Récit de la course : Trail des Aiguilles Rouges 2011, par chirov

L'auteur : chirov

La course : Trail des Aiguilles Rouges

Date : 25/9/2011

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 796 vues

Distance : 50km

Objectif : Se défoncer

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Les aiguilles rouges : une course de montagne difficile, mais magnifique !

Objectifs et état d’esprit

 

Sur le papier les Aiguilles Rouges est la course la plus difficile sur laquelle je m’engage, l’objectif est de terminer en me donnant à fond en 11h, un temps qui représenterait selon les estimations une rdm autour de 900, soit 50 de plus que celle estimée pour mon niveau, de quoi être bien classé sur le challenge kikourou lancé par Rodio, même si l’objectif de base reste de terminer sans se blesser.

 

 Récupération des dossard

Chamonix (1035m) -> Lac Blanc (2352m) -> Le Buet (1340m)

 

Le départ est donné peu avant 4h30 avec une météo clémente, mais un temps un peu plus nuageux que prévu et des températures agréables (12° à Chamonix, 5° à 2500m). 643 coureurs traversent Chamonix en pleine nuit, quelques supporters en bord de route pour nous encourager, mais la ville est encore bien endormie à cette heure matinale.

Je décide de garder un rythme un peu élevé pour mon niveau dans ce faux plat montant goudronné, autour de 11-12km/h pour être bien positionné lorsqu’on abordera la montée, je veux être bien positionné dans la montée au Lac Blanc : j’ai prévu de monter vite pour prendre de l’avance sur mes temps de passage et me laisser une marge sur la fin du parcours, en prévision de la grande descente…

Tout d’abord le chemin en direction de la Flégère est assez large, je me permets de doubler quelques coureurs, le chemin se rétrécit par moment en single track avec des parties plus roulantes, dès qu’un coureur relance, je m’accroche et je suis, mes jambes semblent vouloir suivre alors je n’hésite pas : je sais que c’est rapide pour moi, mais je sais aussi que le temps gagner sur cette partie, je pourrais en profiter sur les parties où j’aurais un coup de moins bien.

J’arrive à la Flégère, il fait nuit mais je reconnais cette portion du parcours qu’on avait emprunté lors du marathon du Mont Blanc de la même année, mais en sens inverse, on bifurque en direction du Lac Blanc, le chemin se rétrécit, on est les uns derrière les autres, on avance avec un bon rythme sur une partie assez cassante.

On arrive au Lac Blanc, premier pointage, j’ai 25 minutes d’avance sur mes temps de passage, je me dis que l’idéal serait que je conserve cette marge jusqu’au Brévent, pour pouvoir gérer correctement la longue descente de fin de parcours. J’en profite pour prendre un gel anti crampe, le changement de rythme en descente est toujours synonyme de premières crampes pour moi, je veux éviter ça au maximum.

On attaque la descente vers le Buet, c’est parfois un peu technique et cassant, avec des échelles et pas mal de passages entre les rochers, j’essaie de ne pas perdre de vue le coureur devant moi pour profiter de sa frontale et de son orientation. Quelques coureurs me doublent, vraiment bon descendeur, aucune chance pour moi de les suivre, je risquerais la chute…. D’ailleurs, j’assiste à 3 chutes sur cette partie, certaines font mal mais les coureurs se relève, ça limite encore plus mes ardeurs, je frôle à un moment de me fracasser la tête sur un rocher, mes bâtons me retiennent à la dernière seconde. Le jour commence à se lever, on arrive en bas de la descente, encore un peu de faux plat descendant pour arriver au Buet, je reconnais une fois encore le parcours du MMB, je me cale à une bonne allure et laisse passer plusieurs coureurs plus doués que moi sur le plat. On arrive enfin au Buet, premier ravito de ce parcours. Je me sens relativement frais, je m’arrête moins de 2 minutes, le temps de remplir de nouveau mon camel-back (je traine toujours 2L d’eau avec moi entre 2 ravitos), m’alimenter un peu pour ne pas trop piocher dans mes réserves personnels, et je repars !

 

Le Buet (1340m) -> Col de Salenton (2526m) -> Pont d’Arlevé (1598m)

 

Nous somme au au kilomètre 15.8 sur le plan de course (mais étonné de trouver 16.9km sur mon GPS !) J’ai perdu un peu de temps sur la descente précédente mais j’ai toujours une quinzaine de minutes d’avance sur mes temps de référence, on repart en commençant doucement l’ascension en direction du col de Salenton, elle se déroule en 2 étapes : jusqu’au refuge Pierre à Bérard (20.9km) la pente est assez douce, par moment modérée, puis ensuite on prend 620m de D+ en 2km.

Je repars donc en essayant de ne pas me griller, mais en essayant quand même de garder ma fragile avance sur mes temps de passage. J’entends derrière moi « kikoureur ? » (mon sac est aux couleurs de Kikourou J), je me retourne et j’engage la conversation, il s’agit de Margoulin, il me dit être sur un timing de 10h, il va vite, trop vite pour mes objectifs, je lui souhaite bonne chance et le laisse filer, au bout de 5 minutes je ne le vois plus !

 Refuge Pierre à Bérard en vue

L’ascension se passe bien jusqu’au refuge (1906m), mes jambes suivent, même si l’ascension semble interminable, il reste 2km et les choses devraient commencer à se corser. Un coureur à côté de moi me lance « le paysage est vraiment beau ici », je relève la tête et regarde autour de moi, c’est vrai que c’est magnifique, mais avec la tête braquée droit devant je n’avais pas fait attention au changement depuis quelques kilomètres, je m’arrête et je prends quelques clichés.

Ca commence à devenir de plus en plus dure, on a des petites parois à franchir en s’aidant des mains, entrecoupé de passages dans les rochers, il faut se concentrer sur l’orientation pour trouver les meilleurs passages. C’est assez amusant, mais le corps commence à payer, on devine le col plus haut, on commence à sortir des rochers et là j’ai un gros coup de moins bien, je fais presque du sur place pendant 2 minutes avant de me ressaisir, je décide que je m’arrêterais 2-3 minutes au col pour prendre des photos et récupérer un peu, en attendant, il reste encore quelques dizaines de mètres de dénivelé, je croise alors akunamatata en train de faire quelques photos (comme à son habitude J), on s’échange quelques mots et je continue, enfin le col ! Et encore une trentaine de minutes d’avance sur mes temps de passage.

 Au Col de Salenton

Je fais un bon break et je repars, je décide de descendre doucement pour ne pas me griller, dans un premier temps la descente est assez prononcée, puis la pente est plus douce, avec des alternances de parties plates, puis une petite montée avant le refuge de Moede-Anterne où nous attend le prochaine ravitaillement. Je laisse passer facilement une dizaine de coureurs devant moins dans cette descente, je sens les jambes qui commencent à tirer et j’angoisse un peu à l’idée de me faire la dernière descente de 1800D- après le Brévent, mais je n’y suis pas encore.

Enfin le refuge, je fais ici aussi un gros break d’une dizaine de minutes pour récupérer quelques forces, après la descente jusqu’au pont il faut ensuite attaquer la longue monter vers le Brévent. Je discute avec un coureur et on trouve étonnant que j’ai à ce moment de la course 2km de plus à mon GPS que sur la roadmap officielle. Je repars pour 3 kilomètres de descente et 400 mètres de dénivelé, je commence à payer les frais de mon départ rapide, les jambes sont lourdes, mais j’arrive enfin au pont d’Arlevé.

 Descente au pont d'Arlevé

 

 

Pont d’Arlevé (1598m) -> Le Brévent (2525m) -> Servoz (811m)

 

Et nous voilà parti pour l’ascension du Brévent, une longue ascension de 1000mD+, alors qu’on traine déjà 3000D+ dans les jambes, difficile… Je me dis qu’il reste quasiment 20km associé à la grande descente de la fin, je me demande comment je vais gérer ça, gros coup au moral, et cette montée qui n’en finit pas, je commence à ralentir, à renoncer ? Non, pas question de renoncer, ni de ralentir, je pense à des images positives, je me mets en mode « warrior » et je repars de plus belle en serrant les dents, je repasse la majorité des coureurs qui m’ont doublés pendant mon coup de mou, le moral revient petit à petit en me rapprochant du sommet, avant l’arrivée au col du Brévent le parcours devient un peu chaotique, avec des pierriers et du rocher un peu de partout, j’aperçois un bouquetin plus haut, je retrouve peu à peu le sourire. On a passé le col et on approche du sommet, il y a une partie assez verticale équipée de 2 échelles, sans problème, mais ça casse un peu les jambes pour les derniers mètres, un large chemin avec un fort dénivelé nous amène jusqu’au ravitaillement du Brévent, on est en haut ! La vue est vraiment magnifique…

 Un peu d'escalade

Le Brévent plus très loin

Grosse pause de 10-15 minutes, j’ai encore un peu plus de 30 minutes d’avance sur mes temps de référence, il reste encore la grosse descente avec le passage à l’Aiguillette des Houches, en y allant doucement, ça devrait le faire. A ce moment de la course, je suis dans les 220 premiers, pourtant on nous annonce au ravito qu’ils ne peuvent pas nous donner plus de 1 ou 2 verre d’eau car ils en auront pas assez pour les autres… Etonnement, surtout pour ceux qui ont prévu de remplir le camel-back à cet endroit, pour moi c’est bon,  j’ai fait le plein à chaque ravitaillement, il me reste 1 litre d’eau, ça devrait suffire pour finir la course.

Je repars pour la première partie de la descente jusqu’à l’Aiguillette des Houches, on descend environ de 300m de dénivelé pour reprendre 100m. Les jambes vont bien, je cours sur un bon rythme, je vois 2 coureurs couper les chemins de plusieurs dizaines de mètres, mais je les reprends à chaque fois, je ne comprends pas ce besoin de couper les lacets alors que le règlement et le bon sens sont assez clair à ce sujet… Etonnamment, il commence à tomber quelques gouttes de pluie, un petit cumulus congestus s’est formé sur notre position, mais ne semble plus évoluer, ça ne dure que 5 à 10 minutes. On arrive assez rapidement à L’aiguillette des Houches, j’ai toujours une bonne vingtaine de minutes d’avance sur mes temps de passage, j’y crois, il ne reste plus qu’à descendre sur Servoz, 1500D- !

 Vue magnifique tout autour

C’est partie, les premiers mètres sont trop technique pour courir, mais rapidement je reprends un bon rythme pour arriver sur une superbe crête très en pente, trop en pente… Ici je me rends compte que je ne peux plus courir, le choc de la descente sur mes jambes est trop fatigant est trop brutal, je ne finirais pas la course si je continue, et ça commence à devenir douloureux… Je marche donc, assez rapidement, en m’aidant des bâtons pour me retenir, cette descente sur les crêtes semble interminable, un petit coup d’œil sur l’altimètre, je n’ai descendu que 400m ! Ca va être dure… Le chemin débouche dans une forêt, mais la pente reste aussi forte, j’essaie de relancer un peu dès qu’il y a un semblant de plat, mais c’est toujours de très courte durée. Au bout de 700m de D-, mes jambes commencent à trembler, je ne tiens plus debout, les bâtons me servent de béquille, il me reste encore plus de la moitié à descendre, ça devient un vrai calvaire, je vois des dizaines de coureurs me doubler et certains me demandent si je vais bien, je serre les dents, quoi qu’il arrive, je franchirais la ligne d’arrivée.

On passe « Les Grosses Pierres » et approche Montvauthier, il reste environ 2km, je me rends compte que j’ai perdu toute l’avance que j’avais sur mes temps de passages, dans un dernier sursaut d’orgueil, je range les bâtons et me remet à courir à fond dans les derniers mètres de descente, puis sur le plat, je reprends quelques coureurs, puis c’est la ligne d’arrivée ! 10h46 de course et 252ème. Une course magnifique et éprouvante, très satisfait d’avoir tenu mes objectifs fixés au départ, un très bon souvenir malgré le calvaire de la descente.

Arrivée de la course

Un bon repas de fin de course

5 commentaires

Commentaire de margoulin posté le 26-10-2011 à 20:45:09

Salut,

Jolie résumé, ca fait un peu revivre la course :)

Vivement la prochaine édition!

Commentaire de @lex_38 posté le 26-10-2011 à 22:46:39

Merci pour ton CR!
Et Bravo pour ta course!

Commentaire de Pytheas posté le 27-10-2011 à 00:08:19

Pas facile... Ça avait l'air bien technique, en tout cas bel effort, bravo !!!

Commentaire de akunamatata posté le 27-10-2011 à 13:18:38

hello Chirov,

vraiment une course belle et dure, le ravito du btrevent fut tangent pour certains, ils ont failli arreter les coureurs par manque d'eau !
rapatriement d'eau par helico en express au brévent !
ouf j'imagine la tete des 300 derniers devant renoncer si pres de la fin sinon.

Commentaire de Philippe8474 posté le 02-11-2011 à 20:37:44

Bravo pour la course et tes objectifs tenus.
Et merci pour le fichier que tu avais posté sur le fil du TAR. Je m'en suis servi, ça donnait 9H03, j'avais arrondi à 9H00 et j'suis arrivé en 9H00. Pas possible d'être plus précis. Merci!!

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