Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2012, par jcdu38

L'auteur : jcdu38

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 18/10/2012

Lieu : St Philippe (Réunion)

Affichage : 1232 vues

Distance : 170km

Objectif : Terminer

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Le récit

Préambule :

Le Grand Raid est une course à part du fait de son ambiance et des paysages rencontrés. Elle est également à part du fait que lorsque vous vous inscrivez, vous ne connaissez pas forcément encore le parcours ni la distance ni le dénivelé. Mais elle tellement belle qu’on y revient.

Voici le récit de ce 20eme Grand Raid qui marque ma troisième participation à cette course.

Départ au début du chemin Ceinture : 7km 230 mD+ -  1 H 03 1040ème

Placé au milieu du peloton dans le sas de départ, si je mettrai peu de temps à sortir du sas, la mise en route se fera relativement lentement au milieu d’une foule enthousiaste et continue sur  chaque bord de la route.

Arrivée de K. Jornet et I. Carrera au contrôle

 

Rapidement la pluie s’invite à la partie et dès lors commence à se poser la question de savoir quand il faudra s’habiller. Il faut éviter de prendre froid mais en même temps, je n’ai pas d’assistance possible avant Cilaos au km 72. Il faut donc optimiser au mieux l’usage des quelques vêtements secs que j’ai mis dans mon sac (1 veste de pluie, un collant et un tee-shirt manche longue). Pour l’instant, comme la pluie est chaude, je décide de rester en short et en tee-shirt manche courte et de surveiller l’évolution de la situation.

J’arrive donc logiquement au premier pointage dans la masse du peloton en 1 H 03.

Chemin ceinture au Volcan : 35 km – 2530 m D+ - 7 H 09 698ème

Passé le premier point de contrôle, 2 km de descente permettent de dérouler enfin sans monter en pulsation puis on rejoint le chemin parcouru les années précédentes pour monter au kiosque de Mare Longue qui donne accès au single track de la montée au volcan. Sur cette partie, je me rends compte que je ne suis pas dans le bon rythme puisque les personnes qui sont avec moi marchent alors qu’en 2010 je courais sur cette partie. Je décide alors d’accélérer pour me retrouver dans un groupe qui  correspond à ce que je pense être mon niveau de coureur. Je cours donc, je cours, et je remonte du monde. Un peu avant d’arriver au kiosque la pluie devient plus froide et je décide alors de mettre alors ma veste de pluie. Désormais la stratégie sera d’avancer sans s’arrêter pour ne pas prendre froid et de repousser le plus longtemps possible l’usage des vêtements chauds restants.

Arrivé au kiosque en 2 H 49, j’attaque la montée au volcan avec une vitesse ascensionnelle de 500 m/h environ sans forcer sur le rythme cardiaque. De toute façon dans cette partie du parcours, doubler ne sert pas à grand-chose si ce n’est à perdre beaucoup d’énergie pour un gain de place minime. Autant rester dans le rythme du groupe avec lequel on est.  Ceci permet d’arriver sans forcer à Foc Foc en 6 H 22 et en 828eme position. 

De Foc Foc au Volcan le chemin est globalement plat, alors il faut courir pour ne pas perdre de temps. Donc je cours, même si je ne vois pas grand-chose à cause de la pluie qui tombe sans discontinuer et forme un brouillard qui diffuse la lumière des frontales. On voit tout juste à 4 - 5 m devant soi et il faut faire attention à rester sur le chemin.

Finalement j’atteins le volcan 07 H 09 après le départ en 698eme position. Belle remontée dont je n’ai pas conscience en fait car nous en connaissons pas nos positions.

Du Volcan à Mare à Boue : 52 km – 2750 m D+ - 10 H 08 595ème

Du Volcan on repart par la plaine des sables où je me force à courir alors que beaucoup de compétiteurs marchent déjà. Donc je double régulièrement du monde. La montée à l’oratoire St Thérèse se fait avec le jour qui se lève mais toujours sous la pluie.

De l’oratoire, désormais, on est sur un profil descendant jusque Mare à Boue. Un passage rapide à Piton Textor puis la longue descente de 10 km vers Mare à Boue se fait sous une accalmie bienvenue qui permet de négocier au mieux les passages boueux et glissants.

En descendant vers le Piton Textor

Malheureusement ca ne dure pas  et dès l’arrivée sur la route bétonnée, la pluie reprend de plus belle.

Finalement j’arrive à Mare à Boue en 10 H 08 où je me change enfin entièrement. Il reste 20 km à faire d’ici Cilaos, autant être enfin au sec et au chaud dans ses vêtements pendant quelques temps .

De Mare à Boue à Cilaos : 72 km – 3700 m D+ - 15 H 38 537ème

La montée au gite du Piton des Neiges est une longue montée de 12 km pour 1 000 m de dénivelé. Il faut donc courir de nombreuses parties pour éviter d’y passer des heures. Donc, dès qu’il y a un endroit plat ou peu pentu, je relance en courant … Sauf qu’il a plu et qu’il continue à pleuvoir et le chemin n’est qu’un torrent de boue et d’eau. Au début, j’essaie bien d’éviter les flaques et l’eau qui coule puis je me rends compte que c’est une dépense d’énergie élevée alors je décide de passer désormais par le plus court chemin qu’il y ait de l’eau ou pas.

 Résultat, j’ai les pieds trempés et les chaussures et chaussettes boueuses comme ce n’est pas possible. Je monte au Gite en 3 H 30 environ puis je bascule dans la descente de Cilaos sous un soleil radieux. Malheureusement à mi pente, une averse tropicale d’une rare violence nous surprend. Elle mettra à mal mon téléphone portable, qui bien que protégé dans un sac plastique, verra l’eau s’infiltrer à l’intérieur du téléphone et le rendra Hors Service  à tout jamais. Me voilà coupé de mon fan club qui m’encourage régulièrement par SMS !!

J’arrive à Cilaos en 537eme position au bout de 15 H38  de course.

Un TGV (Tour des Glaciers de la Vanoise) de fait me dis-je, plus qu’à enchainer avec un CCC (Courmayeur – Champex – Chamonix) plus que, ….

A Cilaos, je récupère mon sac de rechange, une petite douche froide, ca réveille !!! et je regarde l’état de mes pieds une fois débarrassés de leur couche de boue. Ce n’est pas extraordinaire, des fissures dues à l’eau dans tous les sens. Vite perception de la crème et on oigne et on masse les pieds pour la faire pénétrer. Entre la première et la deuxième couche, pendant que les pieds au soleil récupèrent, je charge mon sac avec les vivres de course nécessaires jusque La Rivière des Galets. Ensuite  une deuxième couche de crème et enfin une troisième sur les pieds, avant de mettre des chaussettes sèches et une nouvelle paire de chaussures. Puis direction la salle de restauration où je dévorerai avec délice une soupe, une soupe, une soupe, un carry, un carry, un yaourt, une pomme, … La course à pied , ca creuse semble t’il …

De Cilaos à Marla : 85 km – 4835 m D+ - 21 H 06  473ème

Après 1 H 20 passés à la base vie (durée plus longue que prévue initialement mais rendue nécessaire par le fait de devoir se refaire une santé après la pluie de la première journée), je repars dans une atmosphère humide et lourde qui combinée à la digestion du repas copieux de Cilaos me font peiner dans le cheminement vers la Cascade de Bras Rouge puis la remontée au Pied du Taibit. J’atteindrai le ravitaillement en 18 H 50 de course et on m’annonce pour la première fois ma position 502eme.

La montée au Taibit est une montée que j’aime bien car elle est composée principalement de 2 bosses et un long faux plat montant entre les 2. J’arrive au Col avec la nuit qui tombe et j’en profite pour m’équiper des frontales avant de redescendre sur Marla. Finalement j’arrive à la nuit tombée et je cherche un endroit pour dormir. Malheureusement les deux tentes sont complètes et en plus il y a beaucoup de bruit entre la musique et le ravitaillement. Je ferai un court sommeil de 5 minutes la tête posée sur une table, puis je repars en direction de la plaine des Tamarins me disant que là j’aurai la possibilité de dormir sans être dérangé.

De Marla à Roche Plate : 110 km – 6820 m D+ - 32 H 06  382ème

Hélas à la plaine des Tamarins, j’ai droit à un concert des crapauds de toute beauté et surtout l’herbe est encore trempée de la pluie de la journée. Donc pas de halte possible. Je continue donc en direction du col de Fourche puis j’arrive au ravitaillement à l’entrée du sentier Scout. Là, Miracle ! une place est disponible sous la tente pour se reposer. Je dors 15 minutes d’un sommeil profond avant de me réveiller, il y a vraiment du bruit et du mouvement et la lumière est allumée en permanence dans la tente, les conditions ne sont pas optimales pour se reposer. Ce court arrêt m’a tout de fois été profitable et je repars sur le sentier Scout en ayant l’impression d’avoir effacé une grosse partie de la fatigue. En tout cas, je n’ai plus sommeil.

J’enchaine alors de longues phases où je cours seul dans Mafate avant de rejoindre ou d’être rejoint par un coureur et je passe successivement à Ilet à Bourses et à Grand Place. Puis j’attaque la terrible descente vers la Roche Ancrée. J’avais fait cette partie en sens inverse lors du Grand Raid 2009 et je m’en souvenais comme quelque chose de très raide. Ce qui est effectivement le cas, il faut éviter de se prendre un vol dans cette partie car la chute risque d’être longue avant de pouvoir s’arrêter.

La rivière des Galets traversée, on remonte vers Roche Plate. On alterne une succession de montée descente à la mode réunionnaise qui font qu’on n’a jamais l’impression de prendre du dénivelée. Vers 04 H 30, j’ai de nouveau sommeil, je décide alors de m’arrêter un moment sur le bord du chemin pour dormir et de repartir une fois le jour levé. Je me réveille une demi-heure plus tard avec les premières lueurs du jour et j’atteins alors Roche Plate à 06 H 05 le samedi matin.

De Roche Plate à Rivière des Galets : 136 km – 8100 m D+ - 39 H 17 324ème

Devant moi, le mur du Maido. Face à cette falaise verticale de 800 m, on se demande où est le chemin. Après m’être restauré, j’attaque la montée du Maido et sort de Mafate vers 08 H 00 après 34 heures de course. Grosse ambiance au Maido avec beaucoup de spectateurs venus nous encourager.

  

 

  

 

Du Maido on enchaine par une longue ballade sur les crêtes où on alterne des montées et descentes sans perdre d’altitude sur plusieurs kilomètres avant de se lancer enfin vers la descente sur Sans Souci. Cette descente est roulante même si les rondins de bois disposés régulièrement dans la descente ne permettent pas toujours une course facile et aisée. J’atteins enfin le ravitaillement de St Souci où des bénévoles aux petits soins comme partout ailleurs sur la course, m’offrent 6 crêpes au sucre et à la confiture en plus du ravitaillement standard.

Je repars ensuite rapidement vers le stade de Halte là situé à 4 km de là en traversant la rivière des galets. Partie sans intérêt.

A Halte là, je récupère mon deuxième sac de vêtements et j’en profite pour me changer de nouveau et recharger en vivres pour aller à la Redoute. Un deuxième repas m’est proposé . il sera plus light qu’à Cilaos avec uniquement du riz et des lentilles.

De Rivière des Galets à la Redoute : 170  km – 9830 m D+ - 48 H 51 301ème

Du stade, la remontée vers Dos d’Ane se fait en marche rapide par une longue remontée régulière à sur route et chemin puis on attaque la descente raide de la ravine et la remontée tout aussi raide vers la grotte de la Kalla où il faut mettre les mains et se débattre avec les branches d'arbre et les échelles en bois pour progresser avant d’attaquer une nouvelle descente en enjambant de nouveau troncs et branches.

Une fois ce passage délicat passé, je cours,  toute sensation de fatigue oubliée, vers la Possession que j’atteindrai 43 H 10  après le départ en 317eme position.

De la Possession à la Grande Chaloupe, on passe par le chemin des Anglais.

Dans mon souvenir de 2010, c’est un chemin empierré dont aucune pierre n’est à niveau. En fait je me rends compte que mes souvenirs sont tronqués car j’ai oublié que sur certaines parties, les pierres ne sont même plus jointives les unes avec les autres et c’est un chaos de pierres à franchir. Chaque fois que c’est possible, je cours. Malheureusement la nuit me rattrape avant la redescente vers Grande Chaloupe. Cette descente est hyper difficile, je prends donc le temps de sortir la frontale et de la faire en marchant, ce serait vraiment dommage de devoir s’arrêter à 15 km de l’arrivée sur une entorse.

De grande Chaloupe on remonte à St Bernard par la fin du chemin des Anglais. La montée est raide mais rapide. Une fois dans St Bernard, chaque fois que c’est possible je cours sur la route. Les bénévoles nous guident à travers St Bernard pour nous faire prendre les bons chemins qui mènent au Colorado. J’atteins le Colorado en 296eme position à 21 H 30. Puis j’attaque la difficile descente du Colorado. Autant les années précédentes ce fut laborieux (1H 40 en 2009 et 2H 40 en 2010 !! pour descendre), autant cette année, j’oublie tout, et je me dépêche de descendre au plus vite.

Je mettrai sur cette partie 1 H 20 à descendre pour rejoindre le Stade où je mettrai un terme à mon périple 48 H 51 après être parti de St Philippe en terminant ce Grand Raid en 301eme position.

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JC

6 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 28-10-2012 à 16:27:03

On a l'impression que tout ça se fait si facilement, quand tu l'écris! C'est quand même une gestion de course admirable que tu as faite (l'expérience de deux GRR doit aider beaucoup à cela). Désolé de ne pas t'avoir suivi dans le Live, mais malheureusement tu n'apparaissais pas dans la liste des kikoureurs participants.

Mais si je l'avais fait, je n'aurais pas manqué d'être impressionné par la régularité de ta progression. Merci de pour ce compte-rendu détaillé et précis....et, comme toujours (et comme ce live que je n'oublierai pas), ça donne envie, même à moi, petit coureur de campagne qui suis encore à des années-lumière d'une course pareille!

Commentaire de Bacchus posté le 28-10-2012 à 22:27:27

Bravo pour ta perf et merci pour ce CR.
Raconté comme cela, ça a l'air simple. Aucun pépin physique, belle gestion de course

Commentaire de Bert' posté le 30-10-2012 à 17:53:57

Bravo !! ça a l'air si simple en te lisant... que je me demande encore j'ai fait pour ramer autant ;-)
Ceci étant, tu as manifestement extrêmement bien géré ta course et ton CR est un bon exemple pour s'inspirer

Commentaire de kiki38 posté le 30-10-2012 à 22:22:53

Un grand bravo à toi Jean Christophe pour cette formidable performance ! tu t'améliores d'année en année......Je pense que tu vas donner envie aux trailleurs de l'ACP, tu seras un bon coach....

Commentaire de maï74 posté le 31-10-2012 à 21:03:45

Tu sembles avoir pas mal couru sur le dernier tronçon, c'est donc qu'il t'en restait sous la semelle, bravo pour cette gestion de course exemplaire ! Bonne récup.

Commentaire de pitas posté le 02-11-2012 à 16:32:57

Bravo, féilicitations!! ca n'avait pas l'air facile..super course

si tu lis ca, tu peux me dire comment tu as geré pour les moments ou tu as dormi? quelqu'un te reveillais?
comment c'est passé la récup?

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