Récit de la course : Off - Tour de l'Oisans - Etape 1 2006, par L'Castor Junior

L'auteur : L'Castor Junior

La course : Off - Tour de l'Oisans - Etape 1

Date : 20/7/2006

Lieu : La Grave (Hautes-Alpes)

Affichage : 4284 vues

Distance : 46.8km

Objectif : Terminer

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Le récit

Le contexte
Comme beaucoup de kikoureurs, j'avais vu passer au printemps le message suivant :

On cherche 2 ou 3 coureurs d'un bon niveau pour nous accompagner sur le tour de l'Oisans en 4 étapes, au départ du Chazelet (vers la Grave). http://www.kikourou.net/calendrier/course-7540-tour_de_l_oisans_-_etape_1-2006.html
Voir un CR en images :
http://www.kikourou.net/recits/recit-1342-tour_de_l_oisans_-_etape_1-2005-par-mathias.html
Semi autonomie : rando course avec des sacs très légers (boisson, barres de céréales) pour des étapes entre 9 et 13 heures. Nuits et repas du soir en gîtes / refuges. Attention, ce sera très physique. J'en sais quelque chose, l'an dernier je n'ai pas réussi à terminer la 3ème étape...
Cette balade est un "OFF". Coût : 0€, sauf si je dois avancer de l'argent pour la réservation des refuges. Organisation quasi zéro. Je me charge seulement du parcours, des horaires, et de réserver les gîtes et refuges. Objectif : faire un groupe de 3 - 5 coureurs d'un "bon" niveau, et rester ensemble.
Pour plus d'infos : webmaster@kikourou.net


En fait, derrière ce "on" se cachent Mathias, webmaster de Kikouroù, et Serge, webmaster de courseapied.net, deux sites qui m'ont accompagné dans ma découverte de la course à pied début 2005. Pour faire simple, et rapide, les deux gars se tirent la bourre en tête du tableau de bord Kikouroù (200.000 m de D+ annuels pour Serge et 85.000 pour Mathias...). C'est sûr qu'avec mes petits 38.000, je n'en mène pas large... D'un autre côté, Mathias a bien mis "bon" niveau entre guillemets, donc, moi qui commence à avoir des résultats pas trop mauvais dans les trails et courses vertes de la région parisienne, je me prends à rêver de pouvoir être à la hauteur des deux loustics...

Mais, dans la foulée, Mathias envoie un nouveau mail :

J'oubliais : etape 1 : le chazelet - vallouise, 48km, 2500m D+ etape 2 : vallouise - la chapelle en valgaudemar, 48 km, 3850m D+ etape 3 : la chapelle - refuge de la muzelle, 39,5km, 4760m D+ etape 4 : la muzelle - le chazelet, 55,6km, 3250m D+ C'est pas mal pour préparer l'UTMB, non ? L'Bœuf

Gasp...
J'enregistre néanmoins la première étape de ce Tour de l'Oisans OFF 2006 dans mon kivaoù, sans en parler à quiconque (j'ai trop peur qu'on me dise que je suis fou, trois semaines avant la Via Romana et cinq semaines avant ce qui devrait être ma première vraie course de montagne : Courmayeur-Champex-Chamonix fin août...).

Ce n'est finalement qu'après les 12 heures de Bures sur Yvette, où j'ai découvert que j'étais capable de courir, pas forcément très vite mais un peu quand même, pendant douze heures, que je décide de me jeter à l'eau définitivement, en faisant part à Mathias de mon souhait de me joindre à l'équipée. Il me répond, au retour de son périple équatorien, le 3 juin, et je découvre qu'il a déjà recruté un UFO de plus, Nicolas, au pedigree impressionnant.
Que diable suis-je allé faire dans cette galère ? J'aurais pourtant dû me méfier, avec tous les messages de zanimos du Zoo qui déclinaient au fur et à mesure l'invitation du Bœuf finlandais ("C'est attractif Koh Lanta cette année ;-))" glissera même L'Blueb, pourtant aguerri...).
Afin de m'éviter toute tentation de faire machine arrière, je réserve, après m'être assuré que Serge ou Mathias pourra passer me récupérer à Grenoble, mes billets de train dès le lendemain (Prem's : ni échangeables, ni remboursables).

Je décide tout de même de me préparer un minimum pour cette aventure, en essayant enfin mes bâtons Quechua Diosaz Raid 500 achetés au printemps, et en multipliant les sorties à la recherche de l'accumulation de D+, notamment dans le Bois de la Guyonnerie (que des côtes de 60 à 80 m à monter et redescendre sans arrêt).
Le Trail du Pays de Sully, très difficile en raison de la chaleur, fait également figure d'entraînement adapté, avec ses 42 km et 1200 m de D+.
Enfin, le week-end d'initiation à la haute montagne organisé par Aurélie, auquel j'ai finalement décidé d'accoler une tentative d'ascension du Mont Blanc, qui se déroule dix jours avant le périple en Oisans, me fournira l'occasion d'effectuer pour la première fois des ascensions continues de plusieurs centaines de mètres de D+, et même de passer la barre des 3000 m d'altitude avant Serge. Incroyable !
Ce n'est en tout cas pas un luxe, car, début juillet, et sitôt mon inscription au Forum UFO validée, je m'aperçois en le parcourant que Mathias a réussi à convaincre Michel, un autre UFO au palmarès encore plus impressionnant, de se joindre à l'aventure.
Comme le dit alors L'Blueb, "ce n'est pas avec lui que la caravane va ralentir ;-))". Re-gasp...

Revue des forces en présence
D'ailleurs, il serait peut-être bon de présenter, rapidement, par ordre d'apparition dans l'aventure, chacun des doux dingues qui a signé, selon les mots de Michel C., pour "en ch..r".

D'abord, il y a Mathias, alias L'Bœuf Finlandais. Lui, c'est l'organisateur de ce Koh Lanta OFF. En plus d'être le webmaster de Kikouroù (http://www.kikourou.net), le p'tit ligérien de 31 ans est un orienteur chevronné, triathlète (finisher d'Embrun tout de même !) à ses heures, et adepte de toutes sortes de défis fous (Raid 28, 6000D, Templiers, Saintélyon, 100 bornes, ascensions andines, etc.). Il court depuis 8 ans, et pratique l'ultra depuis cinq ans. Un passionné dur à cuire...

Ensuite, il y a Serge, alias la Sauterelle. Lui, c'est le webmaster de courseapied.net (http://www.courseapied.net). On pourrait résumer (et il le fait d'ailleurs souvent lui-même) les objectifs de ce haut savoyard de 27 ans à : du D+, encore du D+, toujours du D+. A vélo, à ski, à pied ou en raquettes, il passe son temps dans ses montagnes et celles des autres à accumuler du dénivelé. A son actif, quelques petites coursettes comme la Grande Traversée des Alpes (600 km et 31000 m de D+) qu'il a terminée en 2005, à la 5ème place, en moins de 89 heures... Ah oui, il court depuis 1999, et pratique l'ultra depuis 2001.

Il y a également Nicolas, alias durdur. Cet UFO, haut savoyard de 35 ans, qui a commencé à courir il y a 18 ans, s'est lancé dans l'ultra en 2002, et, en montagnard aguerri, vit cette passion dans tous les sports : course à pied, ski, escalade et alpinisme. Il a couru à peu près toutes les épreuves mythiques de ces différents sports, se classant souvent à d'excellentes places, comme sur le dernier Tour des Glaciers de la Vanoise, 33ème sur 321 concurrents, moins de trois semaines avant notre défi OFF.

Moi, c'est Cédric, alias L'Castor Junior. Essonnien de 29 ans, j'ai débuté la course à pied début 2005, après 27 ans de sédentarité et de rejet total de toute pratique sportive. Probablement rattrapé par mes gènes (mon père est un coureur d'ultrafond chevronné, dont l'expérience m'a apporté beaucoup). Avide de rattraper mon retard vis-à-vis du sport, j'ai embrayé sur l'ultra dès 2005, avec le Trail du Parc du Gâtinais en septembre (55 km), et ai depuis pris un plaisir fou à participer à toutes sortes d'aventures, comme le Raid 28 ou les 12 heures de Bures (deux épreuves locales de grand renom chez les UFOs ;-o) ), et même à un raid d'orientation multisports comme le Trophée Picard début juillet 2006. Quoique ayant du sang montagnard dans les veines (si, si, Michel, la Maurienne est un pays de montagne ;-o) ), j'ai une expérience de la montagne particulièrement limitée (je n'ai jamais skié, ni pratiqué, du fait de mon passé sédentaire, de randonnée alpine). Certes, j'ai bien fait, à l'été 2005, une petite balade au pied du Glacier de l'Etendard et l'ascension, à vélo, des cols de la Croix de Fer, du Glandon et du Mollard (sans le savoir, une partie de l'étape du tour de France partie de Bourg d'Oisans le jour de notre arrivée là-bas. Heureux présage ?), mais ma seule pratique du dénivelé se résume à mes entraînements sur les coteaux de la vallée de Chevreuse, ainsi qu'à quelques trails ou raids organisés en Île de France. En fait, hormis sur Marseille-Cassis, je n'ai jamais pris plus de 100 m de D+ d'une seule traite... Heureusement, le week-end au Mont Blanc dix jours auparavant m'aura permis de franchir, au moins psychologiquement, ce cap.

Enfin, le dernier de la bande, mais de loin le plus costaud, est Michel, alias Michel C., UFO au palmarès réellement impressionnant. Cet isérois de 34 ans est un montagnard complet, qui pratique à peu près tous les sports de montagne possibles et imaginables. Ski, alpinisme, escalade, deltaplane, vélo et, bien évidemment, course à pied, rien ne résiste à ce triathlète endurci, finisher d'Embrun comme Mathias, qui accomplit dans chacun de ces sports des performances de haut niveau. Lancé dans l'ultra depuis 9 ans, un de ses plus beaux résultats est certainement sa sixième place à l'UTMB 2004, en moins de 25 heures, alors que seul un petit tiers des concurrents au départ parvient à terminer l'épreuve dans la limite des 45 heures fixée par l'organisation. Michel entrevoit sa participation à notre petite équipée comme un entraînement à l'UTMB 2006 (Mathias et Nicolas sont dans le même esprit, et, en ce qui me concerne, je me dis que ça ne me fera pas de mal pour le CCC...), après une magnifique cinquième place au Tour des Glaciers de la Vanoise trois semaines auparavant. Il est heureux pour nous qu'il ne se lance pas dans ce tour de l'Oisans à son rythme de compétition... ;-o) De toute façon, hormis lorsqu'il se moque (gentiment quand même !) des parigots à sang mauriennais ;-o), Michel est un personnage particulièrement chaleureux, patient et toujours prêt à faire profiter les autres de sa maîtrise et de son expérience. Ah, si tous les grands champions avaient ces qualités... En tout cas, nous sommes tous particulièrement heureux qu'il se soit joint à nous.

Mercredi 19 juillet : la veille du Jour J
Je file prendre mon TGV (le train, pas la coursette de montagne ;-o) ) après avoir enfin achevé une partie de mes CR en retard (notamment le week-end d'initiation à la haute montagne). Afin de lutter contre ma tendance naturelle à me charger systématiquement comme un mulet, j'ai décidé de ne prendre qu'un sac, un Quechua Diosaz Raid Les Arcs de 27 litres, qui sera donc à la fois mon sac de transport et de course. J'y ai donc mis ma tenue de course prévue pour ces quatre jours, un nécessaire de toilette/soins et la nourriture des quatre jours :

- ma panoplie XA-Raid Salomon (short/cuissard, TS, veste légère, saharienne),
- une veste imperméable et respirante (Storm de Millet), très légère et compressible,
- deux paires de chaussettes,
- deux slips,
- un débardeur
- une couverture de survie et une trousse de premiers soins (pansements, compresses, Compeed, ciseaux, etc.)
- gel douche, brosse à dents, dentifrice et, probablement inutiles : déodorant, rasoir et mousse à raser. Je suis une insupportable midinette, on ne se refait pas ;-o)
- crème anti-frottements pour les pieds Aptonia, crème solaire indice 50,
- petite serviette (20x30 cm),
- un drap de sac de couchage en soie Quechua,
- un paquet de mouchoirs en papier,
- lampe frontale : Tikka+,
- boussole pouce,
- pochette imperméable (argent liquide, carte d'identité, carte bancaire, trois formules de chèques, passe Navigo et billets de train),
- mon téléphone portable,
- mon appareil photo et le chargeur de sa batterie,
- mon GPS Forerunner 205 et son chargeur,
- la ceinture émettrice de mon Polar 710i (ce dernier me sert de montre),
- mes lunettes de glacier (on ne sait jamais) et mes lunettes de vue à verres clairs,
- cinq berlingots de lait concentré sucré,
- cinq barres pâte d'amandes/chocolat Aptonia,
- deux barres de miel Aptonia,
- cinq barres de nougat amandes/miel Aptonia,
- une poche à eau CamelBak de 2 litres,
- un bidon Salomon 600 ml,
- une bouteille de St Yorre Sport de 500 ml.

Avec les bâtons, le poids global sans eau est de 5,1 kg. Je ne suis jamais parti aussi léger. Qu'aurait-ce été si je m'étais débarrassé réellement de tout le superflu (mousse à raser, rasoir, emballage des barres, etc.) ? Je porte donc sur moi, en plus des lunettes de soleil à verres correcteurs, une tenue vaguement adaptée à l'aller (et au retour !) en train : pantalon Quechua à jambes amovibles et chemise Columbia technique, ainsi que mes chaussures de trail NB1100, qui seront probablement affreusement peu présentables au retour, mais je ne me sentais pas capable d'embarquer une deuxième paire... Cette tenue pourra, en plus, me servir de tenue de rechange le soir dans les gîtes et refuge.

La RATP et la SNCF se sont visiblement alliées pour protéger mes muscles et articulations en faisant tout pour m'empêcher d'aller faire cette co...rie dans l'Oisans, car le trafic du RER B est interrompu à hauteur de Denfert. Heureusement, le métro fonctionne, et les lignes 4 et 14 me permettent de rallier la gare de Lyon dans les temps, une bonne vingtaine de minutes avant l'horaire de départ du TGV pour Grenoble. J'en profite pour trouver une pharmacie où j'achète deux tubes d'Efferalgan orodispersible, ainsi que des boules Quiès (fruit de mon expérience dix jours auparavant dans les refuges du Mont Blanc). Je file ensuite m'installer dans le train, qui ne démarrera finalement qu'à 14h55, au lieu de 14h30 prévu à l'origine. En cause : le conducteur de notre train, qui ramène un TGV sur Paris qui accuse lui-même un grand retard... J'envoie donc un SMS à Nico et Michel pour les avertir d'un retard prévisible d'une demi-heure, car, Mathias n'ayant pas de téléphone portable, ils seront notre seule interface en cas de problème.
J'arrive enfin à Grenoble à 18h05, soit plus d'une demi-heure de retard. Je trouve Mathias sans problème, et nous filons, dans la Mathiasmobile, vers Bourg d'Oisans, après un petit arrêt au stand pour remplir l'estomac de ce bolide, parfois poussif, mais vorace... ;-o)

Michel, Nico et Serge nous attendent attablés à la terrasse d'un café sur la place principale, mais, pour ne pas rajouter du retard supplémentaire, Mathias et moi ferons l'impasse sur ce ravitaillement alcoolisé, et nous partirons tous, direction St Christophe en Oisans, où Michel déposera sa voiture pour pouvoir couper court lors de la dernière étape, puis vers le Chazelet, au-dessus de La Grave, notre point de départ et d'arrivée pour ce tour de quatre jours.

Là, nous ne trouvons que la mère de famille, que Mathias connaît bien. Son mari, sa fille et son gendre étant partis tenter l'ascension de la Meije, qui domine, majestueuse, tout le massif des Ecrins, et sur laquelle Le Chazelet dispose d'un point de vue privilégié. Sacré challenge, car, quoique légèrement inférieur à 4000 m (3983 m exactement), ce sommet est autrement plus technique que le Mont Blanc par la voie normale.
Nous serons seuls, cette nuit, dans le gîte, dans des conditions royales : deux lits minimum par personne, c'est du jamais vu !
Michel se met au fourneau et nous concocte des pâtes au persil et à l'ail : exquis ! Cet homme a décidément de multiples qualités ;-o)
La nuit se passe très bien, dans un calme absolu, et nous nous réveillons le jeudi matin à 6h00, prêts à partir pour un long périple, plein d'inconnu pour ce qui me concerne...

Le grand jour !
Nous nous réveillons à 6h00, pour un petit déjeuner sommaire (les patrons du gîte ne sont pas revenus de l'excursion à la Meije. Chacun prépare son sac pour le lendemain, et va mettre le surplus dans une des voitures qui sont parvenues jusqu'ici. Pour ma part, pas grand chose à faire puisque mon sac de voyage sera mon sac de course...
Nous partons finalement à 7h10, tranquillement, en marchant, pour une descente jusqu'aux berges de la Romanche. Passage aux Terrasses, puis descente sur La Grave, où je commence déjà à prendre toute la mesure de mon personnage de boulet en chef. En effet, sur cette descente facile, je suis obligé de m'arrêter au bout de quelques centaines de mètres, alerté par la chute de ma veste légère. J'avais pourtant fermé mon sac à dos ! En fait, comme un parfait débutant, j'avais opté pour une fermeture qui me permette un accès facile à la poche à eau, installée à l'intérieur du sac. Résultat, les deux glissières se retrouvant sur le haut du sac, elles s'étaient peu à peu écartées, ouvrant grand la poche du sac. Gasp ! Qu'avais-je bien pu perdre d'autre ? Un coup d'œil rapide me permettait de me mettre au moins en chasse de mes deux paires de lunettes. Ni une, ni deux, j'abandonnai donc mon sac sur le sentier, et remontai rapidement la pente, craignant fortement de ne pas apercevoir les précieux outils. Heureusement, au détour d'un virage quinze mètres plus haut, j'apercevais verres et montures, et pouvais redescendre, l'esprit serein, les ranger dans mon sac, en prenant bien soin, cette fois, de sécuriser la fermeture à l'aide du clip supérieur dont je découvrais enfin l'utilité. Un boulet, vous dis-je...


Petit pêle-mêle des photos du jour.


Le gîte du Chazelet, avec la Meije en toile de fond.


La Meije, majestueuse.

Je retrouvai mes camarades à La Grave, dix minutes plus tard, et pouvais lire dans leur regard une certaine appréhension : certes, le parigot ne connaît pas la montagne, mais s'il arrive à perdre cinq minutes sur une descente aussi simple, la journée va être dure... De mon côté, je préférais ne pas m'attarder sur mon erreur grossière, et décidai donc de reprendre la route sans mot dire... Après avoir traversé la Romanche, nous continuons en suivant le GR en optant pour une petite côte (250 m tout de même) qui nous fait passer en face de l'Alpe de Villar d'Arène, puis redescendre sur la Romanche jusqu'au Pont des Brebis, où nous décidons de rester au sud de la rivière. Las, le chemin que nous suivons s'arrête net, et nous avons le choix entre faire demi-tour jusqu'au pont (idée qui ne nous a, de mémoire, même pas traversé l'esprit) et traverser la rivière aux allures, à cet endroit, de véritable torrent. TUROOM ! (T'es Un Raideur Oui Ou Me..e ?) Comme au Raid 28, mais avec des températures autrement plus élevées, nous aurons donc droit, dès le départ de notre aventure, à un passage humide. Et, comme au Raid 28, les stratégies pour traverser diffèrent : avec ou sans chaussures ? Pour ma part, ce sera, comme au Raid 28, avec : les pieds sont bien mieux protégés, et le mesh évacue l'eau sans difficulté. Après tout, j'ai bien réussi à recourir après les 800 m du tunnel de la Voûte. Ce n'est donc pas une petite traversée d'une petite dizaine de mètres qui va me faire peur...

Las, la Bièvre à Buc coule paisiblement, tandis que les courants ici manquent de nous emporter tous. Nicolas et Serge chutent d'ailleurs, et même Michel, qui a sagement opté pour un passage plus large mais où le courant est moins fort, peine à garder l'équilibre. Heureusement, après quelques minutes humides et quelque peu angoissantes, nous arrivons tous à bon port et pouvons, dès lors que chacun a rechaussé ses running, reprendre notre route, en espérant regagner bientôt le soleil qui se fait discret au fond de cette vallée encaissée.


Mathias, les pieds trempés après la traversée de la Romanche.


La Romanche, là où nous l'avons traversée.

Nous montons ensuite tranquillement au Pas d'Anna Falque, à 1720 m, puis embrayons sur la montée au Col d'Arsine, premier de la journée, qui culmine à 2340m. En chemin, Serge nous abandonne pour aller recharger son CamelBak (cet extra-terrestre se nourrit uniquement, pendant la journée, d'un dosage savant de poudre Maxim et d'eau. Jamais de solide... !), et nous en profitons pour boire un peu, comme nous le ferons régulièrement, à l'eau d'un torrent, où nous rafraîchissons également nos couvre-chefs respectifs. Les 620 m d'ascension sont bouclés, très tranquillement, en 1h15', sans la moindre difficulté. Les paysages sont magnifiques, et je suis émerveillé à chaque pas, ou presque. Je prends quelques photos, mais préfère néanmoins me concentrer sur l'exercice : nous n'avons fait, pour l'heure, que le plus facile, et la journée et, plus encore, le périple, sont loin d'être terminés. En tout cas, au sommet, j'ai déjà plus de 1000 m de D+ dans les pattes, pas très loin de mes records sur une journée en course à pied, si j'excepte l'ascension du Mont Blanc.


Mathias, Serge et Michel, dans la montée sur le Col d'Arsine.


Le lac de l'Etoile ?


La vue depuis le Col d'Arsine.

La descente, le long du Petit Tabuc, sur le Casset est très roulante, et me permet de suivre d'assez près mes camarades, à mon grand soulagement. Nous profitons de la fontaine du village pour recharger les poches à eau avec de l'eau bien fraîche, qui ne le restera certainement pas longtemps, puis embrayons, dans la vallée, sur le Monêtier-les-Bains et son centre de vacances EDF, où nous abandonnons le GR54 pour une variante plus technique mais, a priori, beaucoup plus agréable, qui nous évite notamment le passage sous les télésièges de l'Eychauda. Nous longeons donc le Grand Tabuc, en direction du Col des Grangettes. Nous faisons une pause déjeuner devant une grangette, où je pique à Michel une tranche de saucisson (ah, qu'il est agréable de manger un peu de salé dans ces sorties longues !). Mathias, qui est déjà mort plusieurs fois, en profite pour se reposer un peu. Visiblement, les maux d'estomac contre lesquels il se bat depuis des mois reprennent le dessus, et on sent, déjà, que les quatre jours ne seront pas, pour lui en tout cas (mais peuvent-ils l'être pour quiconque ?) une partie de plaisir... C'est en raison de ces difficultés, qui surcompensent parfois ses qualités intrinsèques largement meilleures que les miennes, que Mathias me ravira parfois la place de maillon faible...


Mathias se repose aux Grangettes.


Nico, au même endroit, visiblement moins fatigué.


Le début de la montée au Col des Grangettes, probablement la seule ascension où je serai devant tous mes camarades : Serge, Mathias, Nico et Michel.

Les derniers mètres de l'ascension du Col des Grangettes, à 2684 m, sont effectivement assez techniques, comme le laissait présager la carte qui les trace d'un simple pointillé. En revanche, la vue sur le lac de l'Eychauda est magnifique, et mérite à elle seule l'effort. Les 900 m d'ascension depuis les Grangettes auront été parcourus en 1h35', ce qui, vu les difficultés du sommet, me convient parfaitement. Et, cette fois, j'ai bel et bien battu tous mes records de D+ en une seule journée : 2270 m au sommet du col. Même pas mal ;-o)
La redescente jusqu'au lac de l'Eychauda d'abord, est bien plus technique que celle du Col d'Arsine, et je laisse filer mes camarades, qui m'attendront au bord du lac. Je suis notamment, de loin Mathias, qui opte pour un trajet au plus près du lac, qui oblige à quelques reprises à mettre les mains. Puis nous continuons la descente, le long de l'Eychauda, sur Chambran, où mes camarades s'échappent à nouveau. Nous croisons de nombreux randonneurs, assez surpris, visiblement, de croiser des coureurs qui ne prennent même pas, à leurs yeux, le temps de profiter du paysage...

A partir du Sarret, Michel, Nico et Serge filent sur Vallouise, sur la route d'abord, puis en empruntant quelques chemins. Je vois que Mathias traîne un peu la patte derrière, et, autant pour ne pas le laisser seul sur cette voie où la circulation est étonnamment, et désagréablement, dense, que pour préserver quelques forces en vue des étapes à venir, je marche moi aussi, et nous mettrons une bonne demi-heure avant de retrouver enfin nos camarades sur la place de l'église de Vallouise.

Bilan de cette première journée : 9h00' pour 46,8 km et 2642 m de D+.

Nous nous attablons rapidement à la terrasse d'un café où, pour fêter cette journée de records personnels, je paie ma tournée : bière ou panaché pour tout le monde, sauf Serge, qui ne boit jamais une goutte d'alcool et opte pour un Perrier citron, et un coca supplémentaire pour Mathias, qui a bien besoin de reprendre des forces. Ce dernier m'offre ensuite un sorbet en même temps qu'il fait ses courses pour le lendemain. C'est incroyable ce qu'un simple glaçon vaguement aromatisé au citron peut faire un bien fou après une telle journée.
La gîte, déjà éprouvé par Mathias en 2005, est très agréable, et la douche procure un plaisir intense. Le repas est également très appréciable. Les propriétaires et les autres clients, dont certains nous ont aperçu lors de la descente, sont aux petits soins avec les "sportifs" que nous sommes. Notre voisine immédiate habite Embrun et son mari s'est essayé au célébrissime Ironman du crû, et elle apprécie donc particulièrement les performances de Mathias et Michel. Tous sont en tout cas bluffés par le fait que nous soyons partis le matin du Chazelet, et que nous présentions finalement une certaine fraîcheur physique après une telle journée.
Néanmoins, je m'interroge au fond de moi sur ma capacité à aller au bout de l'aventure. Il s'agissait là d'une étape plutôt "facile", et je l'ai quand même vraiment senti passer, même si je ne ressens aucune douleur musculaire ou articulaire.
Bah, il sera toujours temps de se décider demain matin...
A suivre...

L'Castor Junior

3 commentaires

Commentaire de L'Dingo posté le 01-08-2006 à 14:24:00

"..Las, le chemin que nous suivons s'arrête net, et nous avons le choix entre faire demi-tour jusqu'au pont (idée qui ne nous a, de mémoire, même pas traversé l'esprit) et traverser la rivière aux allures, à cet endroit, de véritable torrent..."

Pourquoi n'as tu pas désosser ton rasoir , extrait la lame et abattu un mélèze pour faire un pont? :-)) TUROOM !

C'est comme ça qu'il fait Mac Gyver! Arfff :-))))

En tout cas j'attends avec délectation les épisodes suivants de ce périple passionnant

L'Dingo ^[°o°]^

Commentaire de jojo57 posté le 04-08-2006 à 18:37:00

Il est très vivant ton CR . Merci pour le temps que tu as pris pour le rédiger et partager sur Kikourou . A lire on a presque l'impression que c'est une ballade entre copains ... ça devait être ça !!!!
M'en vais lire la suite

Commentaire de akunamatata posté le 22-02-2007 à 08:38:00

Ca donne envie pour les prochaines editions Off !

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