Récit de la course : No Finish Line Paris 2016, par zen77140

L'auteur : zen77140

La course : No Finish Line Paris

Date : 9/4/2016

Lieu : Paris 07 (Paris)

Affichage : 346 vues

Distance : 112km

Matos : Hoka One One (Modèle HUAKA)

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

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No Finish Line Paris 2016, mon premier 24 heures

1 heure à la Tour Eiffel, 2 heures d’arrêt médical, 5 heures de « pause » en totale hypothermie, 16 heures de course réelle, 107 kilomètres parcourus, des chiffres, des chiffres, encore des chiffres, mais est-ce réellement là l’essentiel ?

Retour sur mon premier « 24 heures », sans aucune préparation spécifique, et juste une semaine après le Marathon de Paris.

Avant le départ, rencontre sympathique avec Nicolas P, avec qui je n’étais en contact que sur FB.
(PS : tu es quelqu’un de bien, et tu auras ta revanche, sois en certain !)

La météo annoncée n’est pas top, et j’espère que comme souvent, ils se seront trompés chez Météo France, et que la pluie et le froid partiront en week-end loin de Paname !

Vient le moment du départ, avec quand même une certaine appréhension. Dans quoi me suis-je lancé ? Jamais couru plus de 12 heures, jamais couru plus de 67 kilomètres, et me voilà parti pour je ne sais pas trop quoi d’ailleurs !

Mes sensations sont vraiment excellentes, dès le début, comme c’est le cas depuis quelques semaines déjà… A défaut d’une préparation dédiée, j’ai quand même « bouffé » du kilomètre, et je me sens dans une forme excellente. Seul petit bémol, une douleur au pied droit, suite à une petite torsion lors d’une rencontre de tennis de table il y a quelques jours…

Contrairement à mes mauvaises habitudes, je bois beaucoup, et je mange (pas beaucoup certes, mais un peu). Je sais que la journée va être longue. Bien qu’étant un peu trop « rapide » sur la partie course, je respecte à la règle la méthode Cyrano, en alternant 2’ de marche puis 8’ de course. Je passe au marathon en un peu plus de 4h30’, et je profite de cette « avance » sur mon tableau de bord pour aller un peu lire les encouragements de mes amis sur les réseaux sociaux, des messages qui font vraiment du bien !

Je retrouve Nico, après avoir bouclé 52 kilomètres en 6 heures. Il me trouve super à l’aise, très frais, et ça tombe bien, c’est exactement mon ressenti. Lui va maintenant commencer son 24 heures en Off.

On fait 2 ou 3 tours ensemble, avant ma 10ème pause pipi de l’après-midi (j’exagère à peine), et une vision pas vraiment cool : urine rouge sang. Je prends de suite la décision d’arrêter, et d’aller consulter un toubib présent sur le site. Je passe une heure avec la Croix-Rouge, après avoir fait un bilan quasi complet. Les 3 jeunes bénévoles présents sont étonnés de mon état de fraîcheur après autant de kilomètres parcourus, et semblent désolés que mes réponses soient négatives à tous les arguments qu’ils avancent qui pourraient expliquer le sang dans les urines. Au bout d’une heure donc, je leur signe une décharge et décide de repartir, non sans leur promettre de les tenir informés de la suite des évènements.

3 tours d’1km 300 en marchant avec Nico et 1 litre et demi d’eau plus tard, pas d’amélioration. Pour le coup, réelle inquiétude. Nouvelle pause d’une heure, pas de bêtise ! S'il y a de nouveau du sang, je ne me mettrai pas en danger, et ce sera l'arrêt définitif. Mais ce n'est pas le cas, et c'est sans aucun doute pour la première fois de ma vie que je suis content de la couleur de mes urines, très claires !
C’est donc reparti, cette fois pour de bon !

Comme depuis le début, et en dépit de cette très grosse frayeur, je me sens vraiment super bien. Pas fatigué, pas de bobos, les sensations sont vraiment toujours excellentes et tout va bien.

J’en profite pour faire ma petite escapade prévue au deuxième étage de la Tour Eiffel, bien sûr par les escaliers. Trop de monde là-bas le dimanche après-midi si je décide d’y aller après l’arrivée, aussi ai-je sans doute bien fait d’y aller en début de soirée. De repenser à la tête du gars qui était au contrôle en bout de circuit, et à qui j’ai expliqué ce que j’allais faire, me fais juste avoir un méga sourire ! Dire que les touristes croisés m’ont ensuite pris pour un fêlé du casque n’est sans doute pas loin de la réalité, surtout après leur avoir confirmé que « oui, oui, c’est bien ça, je cours depuis 10h00 du mat’ et pour 24 heures, et là, c’est juste pour faire un peu de dénivelé positif » ! Très grosse patate, montée quasi d’un trait ! Je profite d’un banc pour me poser quelques minutes, apprécier la chance que j’ai d’être là, et faire quelques étirements.
OK ce n’est pas le Mont-Blanc, mais Paris est quand même une belle ville la nuit !
Séance photos avec un groupe de Chinois morts de rire, et redescente presque à fond, en prenant juste garde à ne pas glisser sur les marches bien humides avec la pluie de retour.

Dès le retour sur la terre ferme, je commence à avoir froid.
Pour la première fois. Pas la dernière.
La nuit s’annonce difficile, elle sera horrible !
Sans doute le pire des scénarios pour le (plus que) frileux que je suis, avec des températures proches de zéro degré en ressenti.

En dépit des soupes chaudes et après deux heures de lutte passées à trembler de froid, j’indique à Nico que je vais sans doute faire un break d’une heure ou deux (voire plus, mais je ne lui dis rien). Il est minuit et demie quand je me retrouve installé dans sa voiture. Il sera de retour à 3 heures. Deux heures et demie durant lesquelles je n’aurais pas pu fermer l’œil, passant mon temps à greloter, à me demander ce que je fous là ! A son retour, je lui annonce que je vais passer récupérer mes affaires au vestiaire, me couvrir encore plus, et rentrer à Montparnasse chez mes amis qui m’hébergent pour le week-end.
Décision mûrement réfléchie. Je n’en peux plus, impossible de continuer comme ça. Aucun plaisir. Tout le contraire même !
Et puis après déjà six heures hors du circuit, quel intérêt à continuer ?

Quel intérêt ?
Mais le voilà l’intérêt : après mon abandon aux Templiers (sur blessure, certes, mais abandon quand même), vais-je de nouveau échouer ? Une infection urinaire ne m’a pas arrêté quelques heures plus tôt, et sous prétexte que ça caille, je devrais renoncer ? Non Patrick, certainement pas ! Tu vas remettre ton sac sur l’étagère, fermer ta bouche, et direction le circuit !

Trois tours. Trois kilomètres 900. 45’ a de nouveau trembler, et à prendre la décision de refaire une petite pause, en attendant qu’il fasse moins froid à défaut qu’il fasse chaud. Une petite pause qui va durer… deux heures. Deux heures à trembler comme une feuille, deux heures à m’imaginer être en train de mourir de froid, deux heures hors du temps, les deux heures les moins cool vécues depuis de très longues années. Vraiment ! Il ne fait pourtant pas -50°, c’est juste hallucinant d’être frileux à ce point-là !
Je tourne la tête et je réalise que le jour s’est levé. Je regarde ma montre, il reste maintenant moins de 4 heures avant la fin de la course, et je vais bien sûr… y retourner !
Pour moi, pour mon fils qui sera fier de son papa, pour mes amis… Je vais y retourner, et je vais les terminer ces 24 heures ! Peu importe le nombre de kilomètres parcourus, peu importe qu’il fasse encore froid, peu importe que je vienne de vivre l’une des pires nuits de ma vie !

J’avoue être vraiment dans un état second lorsque je remets la machine en marche. Une soupe chaude, et c’est reparti ! Je me conditionne. Je me dis qu’il ne reste qu’à apprécier d’être encore présent. Que la vie est belle. Un peu plus tard, je retrouve Nico, accompagné de Thiery, venu faire deux ou trois tours avec nous, et qui a eu la super idée de nous amener les croissants pour le p’tit dej’ ! Vraiment super sympa comme attention, à l’image du personnage.

La fin de course est pour moi une très belle ballade. Je décide même d’en terminer en courant, et sur un rythme plutôt rapide, en ayant vraiment une grosse pêche ! Ce ne sont pourtant pas les heures passées en hypothermie qui m’auront permis de récupérer !

Je suis allé au bout de cette grande première, et j’en suis plutôt heureux.

Après avoir attendu la remise des récompenses pendant une petite heure, je décide de faire ma 25ème heure, décicace spéciale à Ka Loo et à Brian, en marchant avec Nico. 4 tours à la cool, et quelques euros en plus pour l’association NFL International et leur projet de reconstruction d’une école au Népal. Mes « 24 heures » auront donc permis de récolter 112 euros, et rien que pour cela, ça valait le coup de venir !

Après avoir laissé Nico à qui il reste quelques heures de course, je tente un passage sur le stand « massages », quasi vide ! Seulement 5’ d’attente pour 30’ de plaisir, grand merci !
A J+1, je me sens particulièrement en forme, et ce petit moment y est sans doute un peu pour quelque chose. Seul reste bien gonflé le pied droit, mais d’ici à 2 ou 3 jours, ce sera rentré dans l’ordre.

A l’année prochaine ?
Sans tous mes soucis, sans doute, ou peut-être, aurais-je pu parcourir une soixante de kilomètres supplémentaires, et donc terminer aux alentours des 170, le « score » du deuxième classé hier. Pas trop mal apriori pour une première, sans avoir eu, comme déjà indiqué, de préparation vraiment dédiée à ce type d’effort. Alors oui, je reviendrai.

Et comme retour il y aura, des petites erreurs seront à ne pas reproduire. En tout premier lieu, ne pas avoir pris de vêtements techniques contre le froid. J’avais beaucoup d’affaires de rechange, j’ai eu jusqu’à 7 épaisseurs sur moi (!), mais il y a clairement quelque chose qui n’allait pas à ce niveau-là. Ensuite, mettre toutes mes affaires dans une valise à roulettes, parce que mon sac, très chargé, était vraiment très lourd par moments (les 30 mètres entre la consigne et le vestiaire m’ont par moments parus interminables). Il me faudra aussi mieux manger, dès le début de la journée. Enfin, et tant qu’à faire d’être inscrit à l’avance, respecter une « vraie » préparation, dédiée à ce type d’épreuve.

Pour finir, je tiens à remercier tout particulièrement Nicolas Colombier, avec qui j’ai pu partager cette belle aventure pendant de très nombreuses heures. Merci de m’avoir gentiment engueulé lorsque je ne buvais pas assez de flotte. Merci de m’avoir permis de passer un petit moment dans ta voiture pendant que tu continuais ta course. Merci pour ta bonne humeur et ton support.
Merci au Baume du Tigre et à leur représentant Rémi pour vos supers produits.
Merci à Hoka One One d’exister, vos chaussures sont pour moi de véritables chaussons !
Je remercie aussi tous mes amis pour les messages d’encouragements, via FB ou par SMS.

Pour finir, énormes remerciements à tous les bénévoles présents sur cette No Finish Line, dans des conditions vraiment pas évidentes.

A très bientôt pour de nouvelles aventures...

6 commentaires

Commentaire de Laurent V posté le 15-04-2016 à 10:53:47

Merci pour ce récit passionnant et bravo pour cette belle aventure et ton courage.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 15-04-2016 à 11:18:26

Oh que je te comprends avec mon hypothermie et mes 107 km (quelle coïncidence !). Bravo à toi de n'avoir pas abandonné, tu semblais près de la rupture et tu as continué. Rassure-toi, tu n'es pas frileux, nous sommes nombreux à avoir été congelés.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 15-04-2016 à 11:19:56

... et bienvenue sur Kikouroù, je vois que tu viens de t'inscrire.

Commentaire de zen77140 posté le 15-04-2016 à 12:54:37

Merci à tous les deux :-)

Commentaire de francois 91410 posté le 26-04-2016 à 22:53:55

la nuit aura été dure pour beaucoup, et le mental n'est parfois pas suffisant ... je sais de quoi je parle, moi qui ai également grelotté toute la nuit et jusqu'à l'arrivée... Et bravo donc pour être allé jusqu'au bout avec ténacité, malgré tous ces doutes. Merci pour ce récit qui nous fait vivre de l'intérieur ton épopée parisienne ! pour le coup faut que je me mette au mien ;-)

Commentaire de zen77140 posté le 27-04-2016 à 18:51:31

Merci François.
Le fait est que j'y ai vraiment pris goût, puisque je serai au départ des 100 kms de Millau puis de la No Finish Line à Monaco, bien sûr sur les 24 heures :-)
@ bientôt,

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