Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2006, par elsangliero

L'auteur : elsangliero

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 25/8/2006

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 3006 vues

Distance : 158.1km

Matos : Asics Gel Eagle Trail GoreTex
Mini Guêtres Raid Light
Caleçon long + COurt
Coupe Vente Quecha
Sac à dos Quecha
Batons
Frontale Petzl Moylite 3

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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UTMB 2006

Samedi 26, 12h09, j’entre dans la base Vie de Courmayeur, perclus de douleurs dans les deux genoux. La descente du Col Checrouit a été dure (un calvaire ?). Sont venus s’ajouter des nausées. Je me traîne jusqu’au poste médical en me disant que je n’irai pas plus loin pour cette première tentative du Tour. Maintenant j’ai du mal à tenir debout. Vertiges … Je m’allonge et le médecin italier me dit : « on va te prendre la pression … ». Dans mon état, je n’en boirais même pas une ! La suite, se réhydrater, manger du sucre, de la confiture, puis découper le dossard, synonyme d’abandon, snif !, je monte vers 14h dans le bus qui me ramènera à Cham assez tôt pour voir arriver Marco Olmo, 58 ans, vainqueur en 21h. Impressionant.

Mais revenons deux ans en arrière, la CO est mon activité principale, courir 20km reste exceptionnel. Et le virus de la longue distance me touche, automne 2004 : 30km, essuie-glaces, semelle orthopédiques, régime. Printemps 2005, premier trail de 35 km, juin 2005, soyons fou, tentons l’Aubrac,46 km. Ah tiens, l’Aubrac c’était bien, soyons dingue, direction les Templiers, 67 km. Waouhh, quel pied les Templiers, et alors … soyons cinglés, en route pour l’UMTB !!!

Deux heures après l’ouverture des inscriptions, me voici inscrit.8 mois de préparation plus loin et malgré une entorse récoltée sur un 10 km en ville en pleine Beauce (hum, c’est vrai que c’est pas mon terrain) départ pour les Alpes.
Les deux dernières semaines se sont s’égrenées lentement.
Mercredi, repos, isolement aux Ménuires, petit balade en déroulant.
Jeudi, premier contact avec la Course, retrait des dossards, super bien organisé soit dit en passant. Chapeau aux bénévoles et à l’organisation, les posts critiques voire déplacés lus après la course sur le forum ne fera que renforcer leur mérite (voilà c’est dit). Je rejoins la famille et les amis à Argentine, je les croise plutôt, ils se mettent à l’Apéro et moi au lit.
Vendredi, promenade d’avant course, je vérifie mes sacs. Ceux pour la base vie ont l’air bien chargés! J’ai dû le faire un peu trop confortable, enfin …
Départ pour Cham, Café del Mar et Jean-Louis Aubert dans les oreilles. Arrivée vers 17h, dépôt des sacs pour les bases vie de Courmayeur et Champex.
On se dirige ensuite tranquillement vers le départ, drôle d’ambiance, vivement le départ.
18h30, ça commence à sentir bon, quelques discours, que l’on n’entend pas bien d’où je suis, je me suis placé un peu en retrait.
18h55, on y arrive, les jambes commencent à s’activer.
19h, Go, dieu que c’est bon, après tout ce temps. Enfin Go, tout est relatif, on va marcher pendant 5-10 minutes avant de pouvoir démarrer vraiment. Mais quelle ambiance, l’image d’une armée en marche, acclamée par la foule nombreuse (bizarre comme image, mais c’est le sentiment que j’ai eu). Vraiment un sentiment à part. Une armée de cinglée pensent mes voisins, mes collègues, mais dieu que c’est bon. Dieu que c’est bon !
Sortie de Chamonix et petit sentier forestier, quasi plat pour aller jusqu’aux Houches que j’atteins alors que l’église sonne 20h.
Trois bricoles au ravito, je sors les bâtons du sac et attaque de premier col, Voza en guise d’apéro.
Dingue ça, un petit apéro de 650m de dénivelée qui nous amène à la Villette, 20 km de Course. Dans une autre vie, j’aurais considéré cela comme un exploit et là, pour moi la course n’a pas commencé. Elle commencera aux Contamines où j’ai donné rendez-vous à un certain Monsieur Col du Bonhomme, qui m’avait tant fait souffrir il y a 20 ans lors du Tour, en randonnée 7 jours cette fois-là.
Donc montée du Voza, route puis sentier forestier, la nuit tombe, les derniers rayons de soleil éclairent le Mont Blanc et les Grandes Jorasses ; Ah oui, au fait, il fait beau, on a beaucoup craint un départ sous la pluie mais la météo est idéale, il fera sec jusqu’à demain.
Montée facile, arrivée au ravito de Voza à 21h15. Beaucoup de monde, je ne traîne pas. Je sors la frontale et range la casquette.
Descente de Voza tranquille jusqu’à la Villette où la famille m’attend. Tout va bien, bisous, photos et tchao.
On continue en direction des Contamines, avec son (paraît-il) traditionnel bouchon, un sentier retréci, un peu en dévers, des racines et voilà 15’ à trépigner. Ravito des Contamines (km 25) à 23h30, plus de soupe ? tant pis, merci, plus de tuc, tant pis, le pain ça ira. Une peau un peu plus chaude et go.
A y est, on attaque la longue montée du Bonhomme, je suis à bloc, la montée de la Balme est avalée sans soucis avec un groupe d’Italiens.
Ravito de la Balme (km 33), de la soupe (ouais), des tucs au coin d’un grand feu de camp. Je passe au cuissard long et au coupe-vent car il est 1h et la fraîcheur est tombée depuis un moment, remplissage du camel back et en avant pour le Bonhomme. La montée jusqu’à la Croix du Bonhomme est un vrai régal, on touche les étoiles, j’ai un peu le sentiment d’en garder trop sous le pied, le temps de montée est plus long que prévu. J’arrive (vraiment) frais au refuge à 3h45, km 38. Tiens, on est samedi !
Descente vers les Chapieux avec le premier gros ravito. Je décroche la caravane et avale cette descente mi rocailleuse, mi boueuse pour arriver à la base vie à 4h40 (km 44). Une petite gêne, le strap qui protège une ancienne ampoule a glissé, je passerai voir le podologue. Premier ravito assis, de la soupe aux Haricots ! Dans la famille des plaisirs simple, une soupe aux Haricots à 4h du mat’ !!! Quelques échanges avec mes compagnons de table et petite visite au podologue. Certains ne sont pas beaux à voir dans le poste médical. Pansement, Nok et en route pour la Ville au Glaciers, 5km de route au fond de la vallée. Je commence à penser aux barrières horaires, 40’ d’avance c’est pas énorme, d’autant que j’ai prévu une heure d’arrêt à Courmayeur. Il va falloir le gérer. Premiers moments vraiment seul avec le petit halo de la frontale. C’est le col de la Seigne qui nous attend pour le passage en Italie. Montée bien effectuée, décidément j’ai du coffre, les premières lueurs du jour, le ciel qui blanchit, les pics éclairés et, à l’approche du col, le soleil qui nous inonde. Nous inonde, façon de parler car le vent est bien frais, le sol verglacé par endroit.
Passage au col (km 54) à 7h29 et attaque de la descente sous l’hélico de l’organisation qui doit filmer pour le DVD (hé, le gars là avec le coupe vent Quecha qui fait coucou, c’est moi, comment ça on est 500 à avoir le même coupe vent, bon la prochaine fois je viendrai avec un jambon ou un arrosoir comme M et Mme Bidochon).
Zut, en panne de flotte, c’est pas grave le ravito est pas (trop) loin.
Arrivée à Elisabetta (km 58) à 8h19, 1h10 d’avance sur les barrières, ça va mon stop à Courmayeur est un peu sécurisé (ça il va l’être, sécurisé ….).
Un peu de plat au bord du Lac Combal avant d’attaque la montée de l’arrête du Mont Favre. Petit bilan à ce moment : pas de sensation de fatigue, les restes de l’entorse : pas de problème, du jus dans les montées, pas de pb aux genoux et aux quadri en descente, le moral au beau fixe. Je commence donc à me projeter dans la deuxième moitié de la course.
Passage à l’arrête (km 63) à 9h52. Je serai vers 11h45 à Courmayeur, yes !
Tiens bizarre, j’ai un peu mal en descendant vers le Col Chécrouit, va falloir que je me fasse masser. L’arrivée au Col Chécrouit (km 67) à 10h55 se fait dans un état d’esprit complètement retourné en une heure de temps. Sensation d’avoir des tendinites partout, genoux, chevilles, orteils, hanches.
Je me traîne littéralement, cette descente est logue, très longue. En plus, elle n’est pas (à mon goût) spécialement belle. C’est de plus en plus dur, en plus le sentier est constitué de marches ! Les nausées apparaissent, pas bon. Fin de la descente, quelqu’un me dit « Courage, plus que 800m ». 800m, c’est 3-4 minutes ça ? Plus de 15 en fait. Arrivée à Courmayeur (Base vie, km 72) à 12h09. Ca ne va pas bien, vertiges maintenant. La suite vous la connaissez !

Mais qu’est-il arrivé pour exploser aussi vite, d’autant que deux heures après mon arrêt ça va bien !
Oh rage, Oh désespoir … En fait, tout ça ressemble à une lente déshydratation, quand on y pense, j’ai bu beaucoup moins que prévu (beaucoup moins ?), changé mon régime (habituellement que la boisson énergétique, là de la boisson, mais aussi du Coca, de l’Arvie), une heure en panne d’eau après la Seigne, une nuit sous un coupe vent peu (ou pas) respirant, trempé en dessous. Il paraît que c’est les tendons qui morflent en premier … Bingo.

Ensuite, quelques jours pour ressortir de la Course, même si elle reste encore bien présente.

Bilan : le verre à moitié plein : 72 km en montagne, une nuit, 17h d’effort. Le verre à moitié vide : je voulais voir (au moins) la seconde nuit et Champex. Pour le moment c’est le côté à moitié vide …

Mes bonnes résolutions pour l’année prochaine :
- travailler sur le plan alimentation et hydratation
- aller m’entraîner davantage en montagne pour travailler la descente
- changer de veste ? (coucou M. Père Noël)
- partir un peu plus vite pour mettre un peu plus de temps sur les barrières
et bien sûr ....surveiller l’ouverture des inscriptions en novembre !


4 commentaires

Commentaire de béné38 posté le 02-09-2006 à 15:06:00

Merci pour ce beau récit, et bravo pour ton parcours.
Béné38

Commentaire de akunamatata posté le 03-09-2006 à 16:39:00

tu as eu une perf à Courmayeur?
Si c'est non, alors c'est que tu pouvais encore t'alimenter, et ca aurait pu repartir après du repos.
Bon courage pour la revanche en 2007
Akuna

Commentaire de djemjy posté le 03-09-2006 à 20:38:00

T'as fait mieux que la plupart d'entre-nous. T'y as été et ça, ça commande déjà le respect.

Commentaire de manu26 posté le 03-09-2006 à 21:09:00

Joli récit.
C'est assez terrible de te sentir si bien avant la descente pour arrêter à Courmayeur.
On a vraiment envie que tu repartes quand ça ira mieux...
Y'a surement autant d'explications que de lecteurs, mais moi je pencherai volontiers pour un début d'hypo (nausées, plus rien dans les pattes après avoir arrêté la boisson énergétique qui t'allais bien, en plus ça va bien 2 heures après...)
Je pense comme toi que le travail des descentes est plus qu'essentiel, à mon avis c'est même l'exercice le plus important de la préparation avec les sorties longues, mais je pense que c'est l'hypo qui t'as plombé.

Bonne récup, bonne analyse... et à l'année prochaine.

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