Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2016, par franck de Brignais

L'auteur : franck de Brignais

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 26/8/2016

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1784 vues

Distance : 168km

Objectif : Terminer

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Boucler le tour et tourner une page

Pas simple de commencer le récit d’une telle aventure. Je voudrais qu’il puisse replonger dedans ceux qui y ont participé, aider ceux qui veulent tenter l’aventure et me laisser une trace que je pourrai relire lorsque j’en aurai besoin.

L’UTMB c’est LA course d’ultra la plus connue en France. Elle est hyper médiatisée, connue internationalement. A ce titre elle fait débat, du reste. Ceux qui la trouve insupportable d’extravagance, de sur médiatisation, un prix trop élevé… Ceux qui l’adorent, qui ont des étoiles dans les yeux, qui collectionnent les objets qui s’y rapportent… et bien sur toutes les nuances entre ces 2 positions extrêmes. Chacun a ses bons arguments.

Je suis dans ces nuances : je ne suis pas un fan inconditionnel, mais  l’UTMB fait partie des courses que j’avais envie de faire. Sans aucun doute la médiatisation, mais aussi les symboles qu’elle représente : Le tour d’un massif (et pas n’importe lequel : celui du Mont Blanc !) la distance de 100 miles qui représente un objectif symbolique pour un coureur….et puis quand on n’a pas un gros niveau et qu’on doit progresser pour tenter d’atteindre son objectif, il y a intérêt que cet objectif soit stimulateur !! Et, à mes yeux, c’est le cas.


CHAMONIX. Vendredi 26 Août 2016.Place de l’amitié. 17h30.


Nous venons de trouver une place avec  Denis pour nous asseoir par terre en attendant le départ. Nous venons de faire un tendre bisou à nos épouses et nos enfants. Nous les avons vite perdus de vue. Il y a énormément de monde. Nous échangeons peu, comme d’habitude à ce moment de l’échéance. Je ne sais pas ce qu’il se passe dans la tête de mon camarade, mais dans la mienne : « Voilà, tu y es… Dans quelques minutes ce sera partit… Tu n’auras pas 2 occasions de la faire, donc quoi qu’il se passe, tu avances. Aucunes excuses, pas de faux semblant, tu cours pour toi. C’est ton objectif ultime. Alors tu avances, il n’y a que le serre fil qui t’enlèvera ton dossard ! »

A ce moment-là, c’est en effet mon objectif « ultime » de course à pied. Il y a quelques années, je me suis promis qu’il fallait à un moment arrêter de tirer sur la machine. Je suis rentré dans un engrenage dangereux : les distances s’allongent, se banalisent aussi. Mais mon corps d’homme civilisé des villes n’est pas fait pour ça. Aucun corps n’est fait pour ça. Certains ont des aptitudes un peu plus marquées, mais personne n’est fait pour rester durablement dans ce genre d’exercice. Arrêter une addiction pour en créer une autre n’est pas un problème, mais il ne faut pas que la remplaçante soit plus traumatisante que la 1ère… C’est dans cette résolution que je suis donc. Je continuerai le sport, mais la CAP n’en sera qu’une partie, mineure. En 2017 la CAP fera moins partie de ma vie.

Cette résolution alimente donc ma volonté d’aller le plus loin possible sur cette course. De finir en beauté en quelque sorte.

Sur cette place, entouré par des coureurs de toutes nationalités je repense aussi à la bonne semaine d’échanges avec quelques copains, dont des kikous croisés sur site. Il y a plein de filles et de gars bien. J’aime bien ces moments d’échanges, sans prise de tête. Pas de radicalité chez ces gens là, beaucoup de bienveillance. On rigole bien aussi, des temps de rencontres sympas, des nouvelles personnes que l’on découvre, l’échange… un petit coup de blues en pensant que réduire la CAP c’est aussi réduire ma présence sur les off à Lyon, les rencontres sur les courses…

L’animateur chauffe l’ambiance. Taper dans les mains, lever les bâtons,…Je suis pas très client de ces démonstrations, j’attends le symbole ultime, celui qui fera commencer officiellement la course : Conquest of Paradise de Vangelis….je m’étais pourtant préparé…mais dès les 1ères notes, les 2 400 coureurs se taisent immédiatement, le volume monte de plus en plus fort, j’ai des frissons… les larmes me montent aux yeux, je regarde en l’air pour les cacher… je repense aux milliers de km parcourus pour en arriver là, les réveils à 5h00 pour aller courir parfois dans le froid, souvent sous la pluie… les belles séances avec les copains…  ma famille qui a toujours été à mes côtés, quelques soit les défis… Je pense à ces 2 prochaines journées.


CHAMONIX. Vendredi 18h00. KM 0. D+ 0

L’animateur, après le décompte, donne le départ. Nous avançons doucement pour nous rapprocher de l’arche en suivant le mouvement de foule, je cherche des yeux une connaissance, ma femme, un garçon… je ne vois personne. Je passe sous l’arche, je déclenche le chronomètre…. J’espère au plus profond de moi l’arrêter de nouveau en passant cette arche.

L’ambiance est extraordinaire, un nombre incroyable de spectateurs est massé derrière les barrières. Les regards cherchent un proche, les bouches hurlent des encouragements, les mains des enfants sont tendues et, doucement, nos jambes se mettent en action. La traversée de la rue principale de Chamonix est chaotique, chacun profite de l’ambiance. De mon côté, je prends toutes ces belles images, tout cet influx positif,  je le ressortirai quand ce sera plus dur.  Je me place sur un côté pour ne pas me laisser entraîner par un rythme trop rapide et pour pouvoir taper dans les mains tendues.

On doit parfois ralentir, voir marcher quelques secondes, mais finalement le rythme reste correcte. Mon 1er km bipe : 8’00 pour le parcourir. C’est très lent, mais parfait. Nous sommes en fin de journée mais le soleil n’est pas tout à fait couché. Il fait encore très chaud sur ces 1ers hectomètres goudronnés. J’attends avec impatience le sous-bois qui va nous mener aux Houches. Nous passons enfin le site d’escalade et nous engageons dans le chemin que j’avais emprunté pour finir de boucler la TDS en 2013. Ca me ramène à beaucoup d’émotions : j’avais bouclé cette course dans la douleur, mais tellement fier de ce que j’avais fait. Le torrent nous apporte un peu de fraîcheur, mais finalement pas autant que je le pensais. Je commence à boire beaucoup. Ma plus grande peur sur cette course, après les barrières horaires, c’est une défaillance due à une déshydratation. Je sais qu’elle est terrible et peut compromettre en quelques minutes une course. Je suis donc attentif à bien boire.

J’ai préparé 3 scénarios pour Caroline et les garçons qui vont venir me voir sur certains ravitos. (1 million de mercis à vous… qu’est-ce que ça a été bon de vous savoir à mes côtés !!). Un scénario « lent », qui est celui « j’ai chaud aux fesses, les barrières sont pas loin, mais j’avance ! ». Celui-ci m’amènerait sur la ligne en 45h30. Un scénario « moyen » qui est le plus vraisemblable, en tous cas celui que j’espère de tout cœur. Celui me ramène à Chamonix en 43h30. Et un scénario « rapide » qui tiendrait juste du « miracle ». J’ai surtout élaboré ce scénario pour le 1er tiers de la course si je devais être un peu rapide. C’est le scénario qui permet aux suiveurs (et à moi !) d’arriver serein sur les ravitos pour être sur de ne pas me manquer. Ce scénario, absolument irréel, m’emmènerait au finish en 41h30.

Nous arrivons rapidement aux Houches. J’ai pris soin d’être prudent : marcher dans les montées, prendre un rythme très lent en trottinant doucement. Ca n’a pas été le cas pour tout le monde, beaucoup dépensent énormément d’énergie à déboiter pour dépasser, parfois en prenant le risque de tomber sur le côté ! On a l’impression parfois d’assister au départ d’un 10km !! Comportements incroyables !! Je nourris le doute que certains n’iront pas loin en jouant à ce jeu… Je bois rapidement 2 ou 3 verres de boisson gazeuse. Je suis très attentif à boire salé, ça sera une constante sur la course. Je ne regarde même pas ma montre, je jette simplement un coup d’œil derrière… il y a énormément de monde… tout va bien, la barrière n’est pas encore là…

Sortis des Houches, la 1ère bosse se présente : 800m D+ pour monter au Délevret. J’attaque avec cœur, peut être trop vite : autant mon niveau était stabilisé sur le plat, autant là, sans avoir l’impression de faire beaucoup d’efforts, je double très facilement. Beaucoup de concurrents au souffle court autour de moi, pour ma part le cardio est bas, je respire seulement avec le nez, vraiment en dedans des possibilités. A mi parcours je double les « lapins runners ». J’engage la conversation, on s’est croisé sur de nombreuses courses maintenant. Le jeune homme semble facile, la jeune femme semble avoir plus de difficultés. Je leur souhaite une belle course et continue mon ascension. Je me fais doubler 2 fois par 2 concurrents qui courent. Arrivé en haut, la vue est superbe, le soleil se couche sur le Mont Blanc… voilà pourquoi je suis là !! Un replat permet de relancer en trottinant en haut, nous nous faisons « biper », je pointe 1 768ème, puis nous attaquons la 1ère descente sur St Gervais. Je me fais doubler à plusieurs reprises. Là encore, toujours sur la réserve. Certains sont des avions de chasse !! Ont-ils tenus ce rythme jusqu’au bout ?! Il faut rapidement mettre la frontale en attaquant le sous-bois.  On devine St Gervais, la sono se fait de plus en plus proche, les 1ères maisons, du goudron… nous rentrons dans l’espace réservé du ravit. D’un coup,  abondance de lumière, d’applaudissements, de cris,…


ST GERVAIS. Vendredi 21h12. KM 21. D+ 900m. 1 748ème


Je n’ai pas anticipé mon arrivée, mais ici pas besoin : jusqu’aux Contamines on a des gobelets. Je prends 2 verres d’eau gazeuse, 2 verres de coca, 2 tranches de pain d’épices, une barre énergétique et je repars rapidement. Je n’attends personne. Mon road book prévoyait un passage « rapide » à 21h25. J’ai donc 13 min d’avance sur mon meilleur scénario. J’ai été un peu trop rapide, mais il n’y a rien de trop sur la barrière. Je prends du coup le temps de manger en marchant. Je me fais beaucoup doubler. La suite va être un enchaînement de montée en faux plat, le long de la rivière. Je relance systématiquement sur le plat, je cours à bon rythme en descente et marche rapidement dès que la courbe de niveau remonte. Je trouve ce passage finalement plaisant : il commence à faire plus frais, nous avançons bien en vitesse moyenne. D’autres ont trouvé très pénible ce morceau jusqu’aux Contamines, je l’ai particulièrement apprécié. Des chemins forestiers larges, quelques chalets de temps en temps, la route pas très loin que l’on entend, la civilisation est agréable et sa présence rassurante, on aura bien le temps de se retrouver seuls en pleine montagne. Je reconnais l’arrivée aux Contas, on est passé par ce chemin en sens inverse lors de la Montagn’hard. On arrive sur le ravito par le bas du parking, là encore, d’un coup, nous passons du silence et l’obscurité à la lumière vive et aux cris et encouragements.


LES CONTAMINES. Vendredi 23h01. KM 31. D+ 1 600m. 1 589ème


14 min d’avance sur mon temps estimé « rapide ». Je cherche des yeux Caroline et les garçons. Ca y est, je vois Caro. « Les garçons sont plus loin, ils ne peuvent pas approcher ». Je suis triste pour eux et moi, je les verrai à la sortie. « Tu as besoin de quelque chose ? Tout va bien ? ». « Impeccable, non je n’ai besoin de rien. Je vais me ravitailler, on se voit à la sortie ». Là encore pas de préparation. Je fais les choses dans le mauvais ordre, je perds beaucoup de temps. Je fais le plein des bidons, je bois encore 2 verres d’eau gazeuse, 2 verres de Coca, je prends des TUC et 2 barres énergétiques. Comme à chaque fois je les mangerai en marchant en ressortant. Ici j’ai perdu du temps et surtout… mon gobelet ! Dans la précipitation et au moment où mes garçons m’ont aperçu et appelé, j’ai fait tomber mon gobelet. Mais dans le noir et avec le monde incroyable qu’il y a, je n’arrive pas à le retrouver. Je prends quelques minutes à faire le tour, mais rien n’y fait. Ca me perturbe beaucoup : je vais en avoir besoin ET ça fait partie du matériel obligatoire, je peux me faire pénaliser si je ne le présente pas !  J’en parle à Caro en ressortant, elle essaie de me rassurer en me disant qu’elle va essayer de trouver une solution. Bisous, je ressors. Je vois mes garçons qui ont la banane, ça me fait super plaisir de les voir et de leur parler quelques secondes ! « Rdv aux Chapieux, dans 5h00 environ !! » « OK ! Bisous papa, cours bien !! ».

On va attaquer un gros morceau : monter à la Croix du bonhomme, 1 400m D+. Mais avant il faut gérer le faux plat montant de 6 km qui relie Les Contas à notre Dame de la Gorge. J’adopte le rythme « marche nordique ». Je tourne à 6 / 6,5km/h environ. Je me fais beaucoup dépasser, mais je ne cède pas à la tentation de courir. J’espère que je capitalise pour le reste de la course. Arrivés à Notre Dame, l’inclinaison devient franchement ardue, et j’enclenche un mode vif et rapide, mais géré. Encore une fois je suis bien au-dessus du rythme général, je me demande si je ne suis pas trop rapide. Il ne me semble pourtant pas, j’ai le cardio très bas, je ne souffle pas, ce qui n’est pas le cas de la plupart de mes compères. La montée est longue, très longue. On voit, au loin, en haut, le ravito intermédiaire de La Balme. A mi chemin je me retourne, il y a comme un air de Saintélyon : le serpent lumineux est superbe, sans fin. Ceci me rassure sur mon classement vis-à-vis des barrières. Je trouve quelqu’un pour échanger en français (c’est pas si simple sur l’UTMB !!), je ne me prive pas. On parle de l’Echappée Belle. Le gars a envie de la faire, mais ne sait pas trop à quoi s’attendre. Je lui parle de mon expérience. J’ai l’impression qu’il est impressionné parce que je lui raconte. Puis il a du mal à tenir le rythme, je ralentis quelques minutes pour rester avec lui et puis je finis par reprendre mon rythme et je double, je double. Le ravito de La Balme arrive. J’avais prévu un passage « rapide » à 01h05, il est 00h46, 19 min d’avance. Tout va bien. Ici je prends pour la 1ère fois une soupe, elle est excellente. Elle me permet surtout de garder un contenant : je n’ai plus de gobelet et il n’y en a plus de fourni. Je prends du Coca dans mon bol. Je mange un sandwich au saucisson qui me fait envie. Et je repars. Je suis resté, pour le moment, moins de 10 min aux ravitos. J’attaque la 2ème partie pour monter au Bonhomme. Là je mets une vraie accélération : je suis bien, superbement bien même. J’appuie sur les bâtons, je fais monter à peine plus le cardio et je double encore et encore. Sur cette partie, pas une seule personne ne m’aura dépassé, j’ai arrêté de compter à 60 dépassements.  Qu’est ce qui fait que je suis aussi bien dans les montées ? Je ne sais pas, je me suis préparé certes, mais la différence est vraiment nette avec les autres concurrents. Je suis en tous cas très content de constater que tout va bien.

En haut de la croix du bonhomme c’est beaucoup moins drôle. Le sentier est très caillouteux, la progression plus lente. Il y a un fort vent qui m’oblige à mettre mon coupe-vent. On finit par redescendre enfin. La descente n’est pas forcément technique mais elle oblige à être attentif et ne permet pas de dérouler comme je le voudrais. La fin de la descente, 3 à 4 kilomètre avant le ravito, on peut de nouveau courir à bonne allure, je ne me prive pas. J’ai beaucoup de plaisir à arriver sur le ravito que je devine dans ce tout petit hameau des Chapieux.


LES CHAPIEUX. Samedi 03 :17. KM 50. D+ 2 910m. 1 291ème


Je vois Caro avant qu’elle ne me voit. « Hello jeune fille !... vous attendez un beau trailer peut être ?! » « Heu oui, mais un qui sent bon !! ». Ok, bien vu ! Elle me donne un gobelet rigide de la Saintelyon qui va me permettre de boire au ravito. Il est par compte compliqué à faire rentrer dans le sac. C’est pas grave, j’ai de nouveau tout le matos obligatoire, je suis tranquille. Là je prends un peu plus de temps : les garçons qui dormaient dans la voiture arrivent, ils ont prévu de se faire des shamallows grillés au feu qui a été allumé par les bénévoles. Je vois qu’ils s’éclatent eux aussi de leur côté, et ça me fait le plus grand bien. Je prends le temps de bien manger, de discuter avec eux en sortie de ravito, un contrôle du matériel par l’orga. C’est au top ! Tous les signaux sont au vert, et c’est tant mieux, un gros morceau, de nouveau, se présente : le col de la Seigne. Il sera suivi par une nouveauté 2015 : le col des Pyramides Calcaires… je vous en parle un peu plus loin de ce col !!... En tout, de nouveau, 1 400m à monter. (1 000 + 400).

La montée commence par une route goudronnée interminable en lacets. Une pente moyenne raisonnable à 8/9% environ. Certains trottinent, j’adopte de nouveau le rythme marche nordique. Très efficace, même si je me fais reprendre par ceux qui courent. On attaque après une vingtaine de minutes le single qui va nous monter en haut du col. Enfin, pour moi, les affaires reprennent. Là encore, de nouveau mon rythme est nettement au dessus de la moyenne. Mes mains sont solidement attachées aux dragonnes, chaque poussée de bâton est efficace, elle soulage les jambes qui sont malgré tout très fraiches. Les rythmes respiratoires et cardiaques se sont accélérés, mais ils restent raisonnables. Là encore, un somptueux ballet de frontales devant et derrière. Je double sans arrêt. Chaque concurrent devant devient un challenge et sans surprise, je passe devant. Parfois certains essaient d’accrocher le rythme derrière moi, j’entends le « pic pic » de leurs bâtons, leurs souffles, mais au bout de quelques minutes décrochent. Vraiment incroyable, cette sensation est grisante. Je veille tout de même à ne pas aller trop vite. Je garde toute la lucidité nécessaire et gère au mieux cet avantage que je découvre au fur et à mesure des heures qui avancent. Le vent s’est levé et malgré l’ascension, j’ai froid. Je fais une pause au ¾ de ce 1er col, pour remettre ma veste. La vue du serpent lumineux des frontales et du ciel étoilé est incroyable. Du coup, je prends le temps de manger une barre assis sur un rocher. Je me fais dépasser par une dizaine de coureurs, dont un fera la même chose quelques mètres plus loin. Je repars à l’assaut. J’arrive en haut du col et cette 1ère nuit va bientôt nous quitter. Je pointe 1 179ème. J’ai repris 80 places ! On devine, droit devant, les 1ères lueurs du soleil qui n’est pas encore apparu. On bascule de l’autre côté, la bascule est franche, elle nous permet d’admirer le versant italien à l’aube naissante. Sur notre gauche, au loin, les frontales remontent le fameux col des Pyramides Calcaires. En attendant il faut descendre. Je me fais doubler, puis prend la décision de suivre le train et je cours derrière un concurrent. Il est français, m’interpelle : « Pourquoi ils remontent ? on ne descend pas sur Combal ? » «  Non pas tout de suite, c’est la nouveauté 2015 : col des pierres calcaires. Il paraît que c’est caillouteux à souhait et assez technique ! ». Effectivement mes prédictions s’avèrent justes, les commentaires de l’année dernière aussi : bienvenu en Belledonne ! C’est ce à quoi me fait penser ce nouveau passage. Quel bordel ! Des blocs dans tous les sens, beaucoup d’instabilité avec une légère humidité et des jolis névés. Le début de la redescente est du même type. Je me sens assez mal à l’aise dans cette descente et me fais doubler à tout va !! J’ai même l’honneur de me faire doubler par Christian/Bubulle qui me gratifie d’un «ça roule ? » et qui continue son chemin. Ca pour rouler, ça roule… c’est vraiment le bordel, vivement que les chemins s’améliorent !! Je suis très étonné qu’il me double : il a un niveau nettement au-dessus du mien. Alors 2 options : ou bien je suis trop rapide (on n’est pas encore à mi-course) ou Christian en retard… ou un peu des 2 !

Nous descendons droit sur le lac Combal en contre bas. Le paysage est à couper le souffle : une mer de nuage recouvre tout le vallon Italien, sa limite se situe juste au niveau du lac… c’est exceptionnel, le plus bel endroit de la course, et de loin. Ce détour vaut vraiment le coup !!



Alors que je recommence à trottiner, un hélico de l’orga est en train de faire des prises de vue. Je m’imagine déjà sur un teaser de l’UTMB… alors je m’applique, j’en fais des caisses, j’envoi du lourd, je lève bien les jambes… (bon en fait il filmait la mer de nuage de l’autre côté… ce n’est pas pour aujourd’hui encore mon heure de gloire télévisée !!!). J’arrive du coup assez vite au lac… je sais que Caro doit m’y attendre. 5 minutes avant l’arrivée, je m’arrête quelques minutes prendre des photos. Vraiment ce passage est superbe, je ne peux pas le garder que pour moi.



LAC COMBAL. Samedi 07h27. KM 67. D+ 4 130m. 1 140ème.


Caro est bien là. Elle a dû faire 2 à 3 km de rando pour rejoindre le ravito. Les garçons dorment dans la voiture. J’ai un peu moins de 30 minutes sur mon meilleur temps estimé. J’avance donc toujours bien. Christian est là, avec son épouse, mais repart immédiatement dès mon arrivée. Je préfère une pause un peu plus longue. Je refais le plein des bidons, je mange 2 sandwichs au saucisson, et un gâteau italien à tomber par terre !! Je me fais servir plusieurs verres et commence à discuter avec une bénévole. Elle sourit en voyant mon gobelet : il est peu ergonomique par rapport à ce qu’elle a vu jusqu’à présent ! Je lui explique que le mien est quelque part au ravito des Contamines et que c’est un peu la galère. Elle va alors me donner un gobelet repliable d’un concurrent qui l’a oublié « Il ne reviendra pas le chercher je pense… ». Je la remercie vivement, je peux rendre le dépannage à Caro. Nous repartons avec Caro, qui va m’accompagner 2 ou 3 km sur les rives du lac. J’ai adoré ce moment, comme en rando, à discuter de tout et de rien à un rythme tranquille, une petite parenthèse de répit. Arrive mon chemin à droite pour monter à l’arête du Mont Favre, je laisse Caro continuer jusqu’à la voiture et attaque en mode dynamique cette bosse de 450 mètres. Là encore, à l’image des précédentes montées, ça passe très bien, je vais passer plusieurs grappes de coureurs, pas loin d’une trentaine de places. Le soleil est maintenant bien présent, dès que nous sortons de l’ombre il commence à faire chaud, il n’est pourtant que 8h00 du matin… la journée s’annonce très chaude !!



Arrivé au pointage en haut, je prends le temps de boire, manger une  barre et admirer le Val d’Aoste, quelle splendeur au soleil levant. Je vais connaitre et reconnaître les prochains km : je les ai pratiqués en sens inverse sur la TDS en 2013. Je coure en descente, trottine sur les nombreux plats de ce superbe single en balcon. Puis la redescente en direction de Courmayeur s’entame, à bon rythme. Cette descente sera coupée par un passage au ravito du col Chécrouit. Je lui décerne la palme du meilleur ravito : fanfare et chef cuisto italien qui nous a préparé des pastas et pizzas carrément excellentes. Je prends plus de 25 min( !!) pour déguster tous ces bons plats assis dehors, à m’en mettre plein les yeux et plein le ventre !! J’ai perdu beaucoup de temps et pas mal de places, mais je m’en fiche bien, quel pied !!

Il faut cependant repartir, je remercie avec enthousiasme nos hôtes et repart en courant sur la belle et vertigineuse descente sur Courmayeur. Je veux l’aborder prudemment : il commence à faire très chaud et cette descente peut flinguer les jambes pour le reste de la course, je prends donc un rythme sénatorial… Mais me faire doubler par des wagons de coureurs finit par m’agacer et je finis par prendre un « convoi de descendeur ». C’est finalement très ludique, le terrain n’est pas simple, très poussiéreux, truffé de racines, composé de dizaines de petits « S » qui s’enchaînent, sans arrêt. On est 6 à 7 à composer ce convoi, je suis au milieu, j’en prends plein le nez. Je voudrais essayer de manger moins de poussières, j’accélère donc un peu pour prendre la tête. De ludique, cette descente passe carrément à « festival » ! Quel bonheur d’avoir des jambes, je sais que je peux le payer après, mais pour rien au monde je ne voudrais arrêter. Je sens que lorsque j’accélère, je distance ceux de derrière, mais ils reviennent et se raccrochent. Je mettrai moins de 30 minutes pour rejoindre le ravito. L’arrivée dans la vallée est une vraie fournaise, j’ai l’impression de revivre l’épisode « Bourg St Maurice » de la TDS. Un particulier a ouvert le jet d’eau depuis son jardin et je profite de cette généreuse attention… agréable sensation d’être électrisé par l’eau fraîche.


COURMAYEUR. Samedi 10h25. KM 80. D+ 4 600m. 1 054ème


Ma prévision optimiste « rapide prévoyait une arrivée à 10h50. Je garde une avance confortable, je vais pouvoir me permettre un break sympa. Caro et les garçons m’attendent le long des barrières. « On se rejoint dans la salle réservée aux accompagnants »…. et alors là… Bienvenu en Italie !! La salle en question c’est l’Arche de Noé, mais rares sont ceux qui ont respecté la consigne « on monte en couple dans l’arche ! » : au milieu des centaines de coureurs (dont beaucoup en perdition…) gambadent plus ou moins joyeusement les accompagnants, leurs enfants (il m’avait semblé lire dans le règlement qu’une seule personne pouvait rentrer pour un coureur…), parfois très jeunes (j’ai l’immense bonheur de me trouver à côté d’un enfant de 2 ans environ qui n’en pouvait plus d’être ici (ce que je peux parfaitement comprendre…) et qui le faisait savoir en hurlant sans discontinuer. Je perds du coup un peu mes moyens, heureusement ma petite femme est là : chargement de la montre, on change le Tshirt, les chaussettes, la casquette, renokage des pieds. Je mange des choses perso qui me font plaisir. Mais il fait chaud, j’ai hâte de partir. Où est ce que je remplis mes bidons ? « En haut, c’est en haut le ravito » me dit Caro. « On se rejoint dehors quand tu ressors ». Je monte et découvre… un havre de paix : spacieux, silencieux, frais, tout est idéal ici. Je prends donc (de nouveau !) bien mon temps. 2 soupes, des pâtes, du fromage, une part de ce gâteau italien dont je me suis bâffré sur toute la partie italienne (très compact avec de la confiture… une tuerie… presque aussi bon que les tartelettes de la STL !!...), un vrai repas, parfait !! Je sors comme un homme neuf, en plus ma famille est là pour faire avec moi quelques centaines de mètres dans Courmayeur. Je profite de ces quelques minutes avec eux, je sais que la suite va être beaucoup moins rigolote.

Il faut en effet maintenant monter au refuge Bonatti, via le refuge Bertone. Allez mon gars, la montée c’est ton truc à priori, alors tu y vas. Je monte certes plus vite que les autres, m’enfin le rythme général, dont le mien, a considérablement baissé !! Tu as voulu jouer au con à la descente tout à l’heure, maintenant tu assumes !! Je baisse la tête, je rentre dans ma bulle et je monte. Il fait chaud, très  chaud. Il est midi environ, nous montons en plein soleil, l’ombre du début de montée a vite disparu. Le temps me paraît long. Je double encore pas mal, mais je n’arrive pas à rattraper 2 français que j’entends papoter devant. Ils montent eux aussi très bien ! En tous cas à ma vitesse ! On croise de nombreux randonneurs qui ont tous un mot d’encouragement. Là aussi, cette course à cette particularité : tout le monde semble la connaitre, quel que soit le village, le pays traversé, les regards sont admiratifs et les paroles encourageantes ou réconfortantes. Je croise 4 concurrents qui font demi-tour. Ceci renforce encore ma volonté, quoi qu’il se passe, de mon côté, j’avance. Enfin nous apercevons la 1ère étape : refuge Bertone. Un ravito liquide est en place. Je ne prends même pas la peine de sortir le gobelet : je m’empare d’une bouteille d’eau pétillante à moitié pleine et la descend d’une traite… sous les yeux amusés de la bénévole « Vous aviez soif ?... »  Je mouille ma casquette à l’abreuvoir et repart sans perdre plus de temps. Le chemin pour arriver au second refuge aurait pu être fantastique, si je n’avais pas eu à gérer le seul coup de moins bien de la course. Toujours en plein cagnard, ce single à plat est un vrai calvaire. Aucune envie de courir, même la marche se fait au ralenti. J’ai hâte de voir le refuge arriver, les panneaux de rando italien sont très approximatifs : 1,8km annoncés à un carrefour vont se transformer en 3 km… certainement le décalage horaire… (ahhh l’Italie…). Le refuge Bonatti est enfin en visu, mais encore 100 mètres positifs pour le mériter. Ici peu de monde, on voit que le nombre d’abandons commence à être important. De nouveau la famille a fait le déplacement jusqu’ici. C’était programmé : c’était le seul endroit où on pouvait se voir avant la Fouly ce soir. Ils doivent, de leur côté passer du côté Suisse et ont un peu de route à faire. Je ne montre pas un bon visage, mais j’ai du mal à faire semblant. Je suis dans le dur… ça va passer… mais c’est compliqué sur le moment, les doutes ressortent, les calculs sur les barrières, ce que je peux perdre... Je prends le temps de boire beaucoup, mais je n’ai pas faim. On papote avec une secouriste, il y a en effet beaucoup de défaillances dues à la chaleur, et le plus chaud n’est pas encore passé !

Je reste une 10 aine de minutes, le temps de me faire dépasser par Christian qui va faire une pause éclair et je repars pour une bonne descente en direction d’Arnouvaz. La descente est chiante à mourir. Il y a de nombreux randonneurs, c’est la seule consolation. Je n’ai même plus envie de courir en descente alors je marche rapide, et je me fais doubler pas mal… On aperçoit en contre bas le ravito et la sono, mais qu’il est long à venir…


ARNOUVAZ. Samedi 15h14. KM 97,5. D+ 5 800m. 947ème


J’ai perdu 17 places dans la descente. Mais en arrivant j’ai la joie de retrouver Tom, Christian, son épouse et Fabrice, kikoureur parisien. Fabrice est accompagnant et attend Sabine. Leur présence me remonte le moral. Je partage avec eux une soupe et un sandwich. Tom (qui est en pause ici depuis un bon moment apparemment) et Christian repartent. Je finis de manger en papotant, je bois beaucoup d’eau pétillante, fais le plein de bidons et part à l’assaut ... du grand col Ferret !! 800 m positif de nouveau, en plein cagnard et avec une sacrée pente !! J’entreprends courageusement et sur la retenue l’ascension. Encore une fois, je suis surpris, mon rythme est plus élevé que la moyenne, je ne reste donc pas derrière le convoi et je double, sans arrêt, je ne perds pas une seule place, je ne fais qu’en reprendre. Je reste le nez dans mes chaussures, je ne regarde pas en haut. Je suis surpris de croiser un VTTiste, il a certainement dû passer par le côté Suisse, Monter en VTT de ce côté est impossible. Je suis partit 10 min après Tom et Christian et en arrivant au sommet du col, je suis juste derrière eux, ce n’est donc pas un effet de l’esprit, je suis très efficace en montées. Christian est un sacré coureur, bien meilleur que moi et Tom certainement plus encore, je suis très étonné d’être à plus de la moitié de la course et de me retrouver à cet endroit avec eux. Ils se posent en haut du col, je leur tiens compagnie 3 minutes, le temps de boire et manger et je repars sur la descente sans les attendre. Je sais qu’ils ne tarderont pas à me rejoindre et me doubler. Ce qui est le cas quelques minutes plus tard… une tape dans le dos de la part de Tom « A tout à l’heure »… heu je pense pas, il serait temps que tu prennes ton vrai rythme Tom !

Je descends à allure sénateur, vraiment tranquillement. J’aurais pu aller plus vite, mais la route est encore longue, alors j’enclenche le mode économique. Un petit ravito « d’eau de la montagne » (vendue comme telle par le propriétaire !). Elle sort d’une cuve qui m’inspire moyennement, je préfère donc la mienne et repars très vite. Un long single très peu large sur le plat, je dois rester derrière un groupe de 3 randonneurs français qui progressent bien doucement et font comme si ils ne me voyaient et entendaient pas (ils doivent quand même me sentir…). Je prends mon mal en patience un petit quart d’heure puis finis par pouvoir passer. La reste de la descente sur la Fouly se fait dans les prés, rien de très montagnard, c’est long, c’est ch… j’ai hâte de rejoindre la famille en bas… Les garçons sont venus à ma rencontre et il y a un peu plus d’un km de goudron descendant avant d’arriver dans le ravito.


LA FOULY. Samedi 18h51. KM 112. D+ 6 750m. 911ème


   Ici on est en Suisse… et c’est quand même autrement plus rangé et organisé que de l’autre côté de la frontière ! Le ravito est calme, en ordre. On a de la place. Ici j’assiste à un comportement de coureur qui me fait bondir et je ne me gêne pas pour réagir. Il interpelle les pauvres bénévoles « La soupe est dégueulasse, excusez moi, y a pas d’autres termes ». Les pauvres bénévoles ne savaient plus trop quoi faire « on peut rajouter de l’eau ou des pâtes ? ». Ce comportement me retourne, je boue intérieurement.  Je me place alors à côté de lui en le bousculant légèrement me plante en face des bénévoles : « votre soupe est la meilleure que j’ai mangé depuis le début, je peux en avoir une 2ème ??! ». Le connard marmonne un truc que je ne comprends pas et se casse, enfin, un peu plus loin. Sourire entendu avec les bénévoles, je prends ma 2ème soupe qui était vraiment excellente, comme toutes. Là encore je fais un vrai repas : soupe, sandwich, fromage, fruit. Je ressors vite, je veux profiter un peu des miens. Nous nous posons sur un banc à la sortie du village, je m’allonge quelques minutes. Nous sommes en fin de journée, dans quelques minutes nous allons attaquer la seconde nuit. Caro me masse les jambes, ça me fait un bien fou. Je repars vers 19h30 de ce joli village suisse, direction Champex. Je sais qu’il y a 8 km de descente.

Alors que je m’étais couvert avec la Goretex pour ressortir du ravito, je me mets à avoir très chaud. Nouvel arrêt pour enlever cette course et me remettre… en Tshirt ! La forme est encore là, et ceci me parait incroyable à ce moment de la course : je vais tout faire en courant. Je vais tourner à une vitesse moyenne de 8,5km/h. Avec des pointes à plus de 11… Un moment divin. Tout est beau, les maisons sont superbes, les habitants super enthousiastes. Certains ont même improvisé un arrêt thé/café dans leur jardin, dont je vais profiter. Seul le temps devient contrariant : de plus en plus d’éclairs et gros grondements se profilent, un orage sérieux arrive. En croisant un pointage « surprise » le bénévole me dit que c’est pour le moment de l’autre côté de la vallée, on est, jusqu’à Champex en tous cas, à l’abri des gouttes.

La remontée sur Champex arrive, mais la descente m’a un peu usé, je prends donc un wagon de 5 coureurs en restant patiemment derrière eux pour monter les 600m de dénivelés. Je me réserve, et profite de quelques échanges en français qui font du bien au moral. Nous arrivons assez vite à Champex, par le haut et sous la pluie qui tombe depuis quelques minutes. Là encore je croise les garçons et Caro peut entrer pour assistance.


CHAMPEX. 21h58. KM 126. D+ 7 320m. 853ème


Je suis, une fois encore, surpris de croiser Tom. Il attend Christian, mais commence à s’impatienter : celui-ci est entre les mains expertes des podologues depuis presque ½ heure. Il informe d’ailleurs la femme de Christian qu’il repart. Ici, enfin, je me détends : j’ai plus de 4h30 d’avance sur la barrière, presque 1h00 d’avance sur mon meilleur temps estimé, je vais, une fois de plus, prendre mon temps : un vrai repas, beaucoup boire. Caro, de nouveau me masse les jambes, ça fait énormément de bien. Pendant ce temps ce sont des trombes d’eau tombent dehors, ça motive pas beaucoup à repartir. Mais pas question de trop traîner non plus : je me rends compte seulement à ce moment que je suis en train de faire un truc pas mal (en tous cas complètement inespéré !!...) je ne veux donc pas trop perdre de l’avance chèrement acquise. Je vais rester 45 min tout de même, enfiler la tenue pluie bisous aux garçons et à Caro et je repars dans la nuit et sous des trombes d’eau. Nous trottinons au bord du lac avec 2 français, on entame la conversation. Ca fait du bien de savoir que l’on va passer un peu de temps ensemble, comme entendu, chacun relance la conversation comme pour faire durer un peu plus ce bon moment. Ce sont des banalités que nous échangeons, mais ça fait passer le temps. On sait aussi que c’est notre dernière nuit, demain, si tout va bien, on rentre sur Chamonix. Il va falloir de nouveau faire une pause : la pluie s’est arrêtée et nous sommes sous un superbe ciel étoilé, j’ai chaud dans mes affaires de pluie, je reprends la tenue « Short/ Tshirt ». Les quelques km de descente très agréables laissent la place à la énième bosse : la montée vers Trient. Mon rythme est de nouveau très bon et les dépassements nombreux, je suis dans cet état d’euphorie, jusqu’à ce que j’entende derrière moi des « pic pic » qui ne veulent pas s’éloigner, j’ai même l’impression qu’ils se rapprochent. Après la surprise (c’est la première fois depuis quelques heures que je ne me suis pas fait dépasser en montée !!... on s’habitue vite !!...), vient le temps de la réaction, pas question qu’il me reprenne. Alors j’appuie plus fort, je fais monter le cardio plus haut, je pousse sur les jambes. Mais rien n’y fait, il est toujours là, je me résouds à me mettre sur le côté et le laisser passer. « Merci ! » me dit il avec un brin de provoc’… mais ce n’est pas tout : ils sont 2 !! Il est suivi par un autre type. Les deux ont entre 25 et 30 ans et montent à une allure incroyable. Je suis bluffé par leur vitesse ascensionnelle à ce moment de la course. Je retiens bien la façon dont ils sont habillés, des fois que…

Enfin nous arrivons au point de passage de La Giète et entamons notre bascule pour redescendre. Le chemin est propice à trottiner, alors je suis mes camarades du moment qui ont relancé. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de cette descente, si ce n’est que je vais doubler mes 2 compères/chamoix de la montée précédente. « Bravo les gars, vous aviez une super allure de montée, vous m’avez impressionné » « Ouai, on s’amuse comme ça depuis le début !! C’est trop cool ! » Je n’ai pas osé leur dire que moi aussi j’étais dans le même trip, vu la mine qu’ils m’ont posé précédemment. Je n’ai pas souvenir de les avoir recroisé, je ne sais pas si ils sont arrivés avant ou après moi à Chamonix. En tous cas la leçon à tirer est claire : sur ce genre d’exercice la différence se fait nettement en montée, en tous cas en milieu de peloton. Ma montée régulière dans le classement est due, bien sûr aux abandons devant moi, mais 90% des dépassements se sont faits en montée, pas ou peu sur plat et descentes durant lesquelles les différences de niveau sont très estompées.  Mon second souvenir c’est une sensation d’endormissement très difficile à contrôler. Mes yeux se fermaient d’eux même. J’en avais pleinement conscience, mais avec une quasi impossibilité de le contrôler. C’est aussi un moment où les « hallucinations » font leur apparition. C’est une sensation étrange : rien à voir avec les BD de Tintin qui voit apparaître une oasis au loin, mais les pierres et racines autour de moi devenaient, l’espace d’une seconde à peine, une grenouille, un serpent, un talisman (oui, oui…). Rien de perturbant ou qui fasse peur, mais une désagréable sensation de perdre le contrôle. C’est aussi à ces moments-là que la chute peut intervenir. Non seulement les jambes sont lourdes de l’effort accumulé, mais le cerveau est beaucoup plus lent à réagir.    

 

TRIENT. Dimanche 02h59. KM 142. D+ 8 240m. 766ème


Je suis heureux de voir Caro, qui semble bien fatiguée elle aussi. Elle aura assez peu dormi et finalement mon avance sur les prévisions lui aura peu permis de se reposer. Ce ravito est un peu « mouroir » et glauque même si le speaker essaie bien de mettre de l’ambiance avec l’aide des bénévoles qui, une fois de plus, sont exceptionnels. Tout le monde est fatigué, l’arrivée est encore loin, mais le corps demande du repos. Après une petite collation, j’essaie de me reposer. Je ne me suis jamais couché dans un lit durant un ultra. Là encore je ne ressens pas ce besoin, mais j’ai besoin de fermer les yeux. Je demande à Caroline de me réveiller dans 10 min si je n’ai pas émergé. Je suis assis, je pose mes bras sur la table et met ma tête dessus. Fermer les yeux fait du bien, je reste pleinement conscient des sons qui m’entoure, mais l’esprit se repose, plus de contrainte, de terrain à analyser, de balise à suivre. Caro me touche l’épaule, 10 min se sont passées. Je ne sais pas si j’ai dormi ou pas, en tous cas cette pause a été la bienvenue. Je repars sachant que le jour est dans moins de 3h00, à l’assaut de l’avant dernière grosse bosse : Catogne ! 700m positifs sur 5 km.

La montée est très raide, enchaînements de grands S d’abord en sous bois, puis à découvert. Le vent se lève, je mets pour la 3ème fois de la course ma Goretex. La fatigue marque encore plus : j’enfile aussi les gants. J’ai toujours un rythme supérieur à la moyenne, je vais dépasser 27 concurrents : pour m’occuper l’esprit et rester concentré, je me suis mis en objectif de compter les dépassements sur cette montée. Finalement je les aime bien ces montées sèches, d’un coup. Au moins on n’a pas de faux espoirs sur un replat, on sait que, lorsque la pente s’inverse, c’est synonyme de redescente dans la vallée, il n’y aura pas la surprise d’une nouvelle montée. La descente est très usante, une fois encore. Les pieds commencent à protester, gentiment. Le dessous est sensible, mais j’ai la chance, comme d’habitude en course, de n’avoir aucune ampoule ou autre problème à gérer de ce côté là. L’arrivée sur Vallorcine se fait par un champ à vaches. Je vois le ravito en contre bas, ça avance très difficilement devant, je passe en courant un groupe de 4 à 5 coureurs en pleine galère. Arrivé au village, je suis arrêté par le passage à niveau. J’attends 2 ou 3 minutes un train qui ne passe pas, le groupe de coureurs ne se pose pas les mêmes questions que moi : un regard à droite et à gauche et ils passent, je fais de même.


VALLORCINE. Dimanche 06h38. KM 153. D+ 9 100 m. 722ème


Le jour est complètement levé. J’ai plus de 6h d’avance sur la barrière, je suis crevé, complètement vidé, mais plein de sérénité. A part une blessure majeure, rien de m’empêchera plus d’arriver à Chamonix. Caro est là, comme toujours, fidèle au poste. Je n’ai pas trop faim, pas vraiment soif. Je me force à m’alimenter et à boire un peu. Je regarde rapidement les infos courses du reste à faire jusqu’à Chamonix : 19 km et 900m positifs. Je donne une estimation de l’heure d’arrivée à Caroline : « entre 11h et 13h à Chamonix, mais si tout va bien, avant midi ». Mon esprit commence déjà à anticiper cette arrivée, les 1ères émotions commencent à monter, mais je les refoule rapidement. Reste concentré, la partie n’est pas terminée, elle est superbement engagée, mais le temps te paraitra d’autant moins long, si tu restes concentré. Caroline me dit que Denis est arrivé il y a quelques instants seulement, qu’il a fait une grosse chute. Je suis très étonné par ce peu de différence, on aura entre 5 et 6 heures alors que j’avais estimé entre 10 et 12h. C’est en tous cas le ratio habituel de nos écarts sur trails longs. Il a dû galérer certainement, mais je fais une super perf’ aussi.  


Je repars du ravito et nous longeons un torrent, il fait très froid, je dois mettre ma veste et mes gants de nouveau. Petit à petit, sur cette route sans saveur en faux plat montant, se dessine le « dessert » de cette belle aventure : la Tête aux Vents. Un mur de 900 m positif, on devine difficilement le chemin sur la gauche de la montagne. Plus à gauche encore, le Mont Blanc se dévoile sur le soleil levant. En arrivant au pied de cette dernière difficulté, je prends le temps d’enlever ma veste, je sens que je vais bien vite me réchauffer…

Je me délecte de cette dernière montée. Les jambes vont toujours bien, elles sont dures, certes, mais elles soutiennent l’effort que je demande. Je passe 3 à 4 concurrents. Mais je dois rester derrière 2 concurrents qui tiennent un bon rythme. J’entends leurs échanges mais je ne suis pas avec eux, je profite de ce moment unique, je voudrais que cette montée ne s’arrête pas. Elle se durcit encore, les S laissent la place à de grosses marches caillouteuses à franchir. J’enchaîne les difficultés, sereinement. Je n’y pense même pas, mes pensées sont dans cette fin de course. Je ne cherche pas à expliquer les raisons de cette performance personnelle que je suis en train d’accomplir, je veux juste profiter, voilà mon moment, je ne réfléchis plus, ne calcule plus les temps, n’écoute plus ce qui se passe autour, je profite de l’environnement qui m’est offert.

Il semble que l’on arrive en haut, nous voilà sur un plateau, composé de pierres énormes, bordé à droite par les flancs de pierres du sommet de la Tête. L’environnement est uniquement minéral. Je m’écarte du chemin balisé, je trouve un gros bloc sur lequel je monte et m’assois. « Prend ce temps pour toi, dans 2 heures au plus tard tu seras de nouveau baigné dans le bruit, la chaleur, la foule… ». J’ai hâte de retrouver les miens et franchir la ligne, mais j’ai besoin de faire cette pause. Je reste ainsi une quinzaine de minutes au moins à admirer le Mont Blanc autour duquel j’ai tourné pendant 40h, que j’aurais admiré sous tous ses aspects. Il y a les Grandes Jorasses, massives, noires et impressionnantes, qui sous cette lumière du matin, sembleraient presque douces. Et bien d’autres sommets, que je ne connais pas et que je suis incapable de nommer. Je mange, je bois, j’enlève mes chaussures quelques minutes. Je suis à 2 doigts de m’endormir… Allez, bouge-toi, il faut finir !!

Je reprends mon chemin, je marche maintenant. Nous passons de blocs en blocs, rien de difficile, mais nous avançons lentement. Certains concurrents sentent la fin proche et me dépassent très rapidement. Je n’ai aucune envie de suivre, je marche et je profite maintenant, en direction de la Flégère d’une vue que je ne connaissais pas : la vallée de Chamonix se dessine sur ma gauche et la vue embrasse le Mont Blanc, l’aiguille du midi et les 2 langues glacières des Bossons et de la Mer de Glace. La chaleur est de plus en plus importante, il n’y a aucun mouvement d’air. J’attends avec impatience l’arrivée sur le dernier ravito de la Flégère. Peggy, une copine chamoniarde, m’attend avec ses enfants et je dois me réapprovisionner en haut, je suis à sec. Le chemin est long, interminable, sous un soleil de plomb. Nous croisons beaucoup de randonneurs, tous nous félicitent et nous encouragent… Au loin se dessine le télésiège de la Flégère. Pour m’occuper je compte maintenant les coureurs qui me dépassent, 9 ou 10 je crois sur toute cette portion. Certains ont des jambes d’une fraîcheur incroyable ! Un dernier effort, une dernière petite grimpette nous est demandé pour atteindre le site touristique de la Flégère, mais c’est effort me semble 2 fois plus dur à accomplir que la montée précédente de la Tête aux Vents.

Peggy m’accueille avec le sourire, ses enfants me regardent comme si j’étais un zombi… chose à laquelle je dois certainement ressembler après 2 nuits dehors ! « Tu as meilleure mine que lorsque je suis venu te retrouver au finish de la TDS !!... ». Même sans me voir je sens bien que c’est le cas, l’effort a été nettement plus important mais il a été beaucoup mieux géré. « Tes parents aussi sont en bas, ils t’attendent ». C’est super : c’est la 1ère fois qu’ils viennent me voir à la fin d’une course.  Je remercie Peggy et ses enfants pour leur présence et vais me mettre à l’ombre du ravito, j’ai tellement soif ! Je m’assois quelques minutes, une bénévole vient s’enquérir de mon état. « Tout va bien ? » « Tu m’étonnes !! y a plus qu’à descendre !! » « Oui, compte environ 8km, un peu pentu au début et ensuite un vrai billard ». Parfait ! Je passe une dizaine de minutes à boire, à tenter de retrouver une bonne hydratation, je veux montrer un bon visage en arrivant en bas. C’est bien le minimum à offrir à mes proches et amis qui m’auront suivis, se seront inquiétés pendant ces 2 jours.

Je m’élance donc dans cette descente de 8 km. Elle n’a rien de dangereux ou technique, mon esprit part donc se divertir et me propose plein de réflexions. Ou en est ta décision d’arrêter un investissement aussi important dans la course à pied ? La réflexion s’est forgée au fur et à mesure de mon avancée dans cette course : je n’ai pas envie d’arrêter ou de m’investir dans un autre sport ! La course à pied c’est une passion partagée en famille, , une passion qui m’apporte un équilibre intellectuel à côté d’une vie professionnelle stressante, une passion qui me procure un bien-être physique comme je n’en ai jamais eu, une passion entretenue par des rencontres régulières avec des personnes qui m’enrichissent énormément,… je ne veux surtout pas me passer de tout ça. Cette descente me donne aussi le temps d’analyser ma progression dans cette discipline, la patience qui a été nécessaire pour pouvoir apprécier l’exercice que je viens de vivre. A aucun moment je n’ai eu l’idée de baisser les bras, à aucun moment je ne me suis dit que c’était trop dur et que je galérais, j’ai apprécié la course de bout en bout, j’espère pouvoir revivre ce genre d’expérience, même si je sais que je repasserai par des moments durs, de doutes, je sais maintenant que de tels moments de bonheur existent, même après avoir fourni un tel effort. Pas la peine de se prendre plus la tête que nécessaire : tu es bien, alors continue de profiter ! 

Le sentier s’est élargi, il a laissé la place à un chemin, très large, on devine l’entrée sur Chamonix, les 1ers chalets, je suis un peu désorienté, je ne sais plus trop combien de temps il reste, d’un coup je devine mes 2 garçons et Caroline, sur le côté en train de monter à ma rencontre. C’est une joie intérieure indescriptible, que c’est bon de les voir !! Je les gratifie seulement d’un « hello la famille !! » joyeux et sobre. « Il en reste encore beaucoup ? » « Non un bon km avec des détours dans Chamonix ! ». Nous courons maintenant ensemble, côte à côte. Je ne retiens plus mes émotions, derrière mes lunettes noires, mes yeux s’embrument. J’en ai tant rêvé, j’ai tant admiré les femmes et les hommes capables d’accomplir ce tour. Je suis en train de relier la ligne d’arrivée de l’UTMB, les spectateurs m’applaudissent, m’encouragent, me félicitent. Il fait chaud, de plus en plus chaud. Je ne peux pas parler, pas remercier comme je l’ai fait pendant 41h, ces gens, ma femme, mes enfants. Nous attaquons l’avant dernier virage, je prends la main de mes garçons, Caroline intègre la ronde. Voilà le moment que j’attendais : passer, en famille, la ligne d’arrivée. C’est une façon pour moi de les remercier, de les rentrer encore plus intimement dans ce que je vis.

Dernier virage, l’arche majestueuse est dressée et attendait mon arrivée, je lève les bras au ciel et boucle cette course de rêve entouré de ceux qui me sont chers.


CHAMONIX. Dimanche 11h36. KM 172. D+ 10 100m. 723ème

 

Je ne sais pas trop quelle conclusion vous proposer. Celle, très pragmatique qui consiste à dire ce que je tire comme enseignement sportif de l’épreuve ou bien celle qui va résumer ce que j’ai ressenti et en quoi elle m’a rendu plus fort ? Et bien les 2 mon capitaine !

Cette course je l’ai réussie parce que je l’ai préparée physiquement : j’ai aligné les km, les sorties en montagne, les étirements, les séances de yoga, le renforcement musculaire spécifique,… Je l’ai préparée psychologiquement : je m’étais préparé au pire (le hors délai) pour pouvoir savourer le meilleur, mais je m’étais aussi convaincu qu’il n’y avait pas d’autres issue que de réussir. A aucun moment l’idée de baisser les bras ne m’a traversée. Cette course je l’ai réussie parce que je suis entouré, pas que pendant la course : j’ai une femme et des enfants qui croient en moi, me regardent avec fierté quand je réussis, me stimulent et m'encouragent quand je doute. Cette course je l’ai réussie parce que j’aime ma passion, parce que cette passion est ce que je vis de mieux aujourd’hui et j’ai bien l’intention de l’entretenir le plus longtemps possible.

 

Franck

 

43 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 05-09-2016 à 22:11:31

Nous avons quand même toujours un mystère : mais où donc t'ai-je dépassé pour la dernière fois ? Tu repars de Champex 6 minutes avant moi, j'arrive à La Giète 21 minutes avant. Cela semble expliquer, mais je n'ai absolument pas souvenir de cela....et toi apparemment pas, non plus. Pourtant le petit Bob l'Éponge sur mon sac, on ne le loupe pas.

J'en conclus donc que je suis passé trop vite en montée...:-)

En tout cas, quelle belle course tu as faite ! Tu peux répéter à l'envi que je suis bien meilleur coureur, nani nana....mais tu as quand même rudement bien avancé alors que je me prélassais aux ravitos...:-)

En tout cas, tu as bien savouré le meilleur !

Et maintenant, je me remets à mon récit car je n'en suis...qu'aux Contamines !

Commentaire de Arclusaz posté le 05-09-2016 à 22:16:29

Quand on veut, on peut.
Merci Franck pour tout.

Commentaire de TomTrailRunner posté le 05-09-2016 à 22:21:39

Pourquoi chercher à pratiquer un autre sport quand ta pratique sportive s'est déjà commuée en philosophie de vie.

Respect pour ce parcours de vie mon ami

Commentaire de Turtle1975 posté le 05-09-2016 à 22:31:57

Superbe !
ça fait rêver... si un jour je tente l'aventure, ton parcours me servira de modèle.

Commentaire de Bert' posté le 05-09-2016 à 22:38:16

Difficile de bien expliquer ça avec des mots, mais nos quelques échanges avant et après, comme ton récit, me donnent simplement l'impression de parfaitement comprendre ce que tu transmets !!

Assurément un très bel accomplissement... qu'il faudrait d'autant plus poursuivre que tu as une famille en or.

Tu trouveras bien vite de nouveaux projets. Savoure bien en attendant :-)

Commentaire de didscott69 posté le 05-09-2016 à 22:46:35

bravo pour ton parcours Franck!
un récit qui arrive à me faire vivre (bien assis sur le canapé) cette course mythique.

Commentaire de jano posté le 05-09-2016 à 23:03:32

Quelle lucidité ! Dans la préparation, pendant la course et en écrivant ce CR !
Bravo à toi.

Commentaire de Bérénice posté le 05-09-2016 à 23:28:25

Passionnant ton récit ! J'ai presque eu chaud en le lisant ! Un immense bravo non seulement pour la perf mais aussi pour le très beau mental. Je t'ai suivi sur le fil sans te connaitre et je suis contente d'avoir le détail. Encore un grand bravo et surtout continue car tu as tout compris :-). Et bravo à ta famille génialissime qui l'a bien vécu aussi ce tour du Mont Blanc !

Commentaire de gj4807 posté le 05-09-2016 à 23:45:59

Il est extra ton récit. Chapeau Franck!

Commentaire de La Tortue posté le 06-09-2016 à 00:40:48

le dernier paragraphe est superbement bien écrit !
bravo

Commentaire de ch'ti Gone posté le 06-09-2016 à 08:39:15

L'Ultra ca rend fou!
Tu voulais que la montée de la Tête aux Vents ne s'arrête jamais...Les mecs normaux n'ont qu'une hâte, qu'elle se termine rapidement.
En fait ta montée à la Tête aux vents est juste le fruit de ta superbe gestion de course.
Félicitations à toi, à Caro et à tes 2 gones. Impressionnant le nombre de fois ou ils sont venus te soutenir.

Commentaire de Philippe8474 posté le 06-09-2016 à 09:19:23

Magnifique (récit et course)
Merci de nous faire partager ça.
Le soutien de sa famille est un carburant inestimable!

Commentaire de blaireau59 posté le 06-09-2016 à 09:31:48

Un modèle de gestion de course, mais bien plus encore un modèle de cheminement de vie. Inspirant et émouvant. Je le mets de côté pour le relire le jour où ...
Merci tout simplement

Commentaire de marat 3h00 ? posté le 06-09-2016 à 11:00:53

Bravo pour ta perf et merci d'être et d'écrire ce que tu es.
bises à ta famille sans qui rien n'aurait la même saveur

Commentaire de anthodelb posté le 06-09-2016 à 11:04:35

Bravo Franck. Quand un ultra se passe de cette façon c'est que du bonheur et ça à l'air tellement facile. Mais il ne faut pas s'y tromper, c'est une sacrée performance que tu as fait là. Je te souhaite d'en revivre plein d'autres comme ça dans les années à venir.

Commentaire de tidgi posté le 06-09-2016 à 11:25:45

"Une grande volonté raccourci le chemin"
Et bravo pour celui-ci parcouru...

Commentaire de Benman posté le 06-09-2016 à 12:10:03

Bravo à la fois pour la course et le récit. Il donne vraiment envie... quel beau partage.

Commentaire de zeze posté le 06-09-2016 à 12:55:53

Bravo Franck
C'est un bonheur de lire ce type de récit. Bravo à toi mais aussi à toute ta petite famille qui a su si bien te soutenir.... tu me donnes envie reste à récupérer les fameux points.... aller on t'engage pour l'X alpine l'année prochaine A Bientôt
Bernard

Commentaire de paulotrail posté le 06-09-2016 à 13:24:48

Pas facile pour moi de lire ton récit...

Tout comme toi, départ de course très prudent et mise en route progressive...
Tout comme toi, 'Tu n’auras pas 2 occasions de la faire, donc quoi qu’il se passe, tu avances. Aucunes excuses, pas de faux semblant, tu cours pour toi. C’est ton objectif ultime. Alors tu avances, il n’y a que le serre fil qui t’enlèvera ton dossard ! »'

Hélas, pas besoin de serre fil , un simple ménisque en a décidé autrement....
Fin de l'aventure au Lac Combal avec un genou en vrac.
Jamais entendu parler de ménisque sauf ce jour là !!!!!
Bah, la vie continue mais j'aurais manqué quelque chose...

En tous cas, un très grand bravo à toi : quelle gestion de course, quelle volonté, quelle famille.

Si mon médecin est d'accord, j'espère te rencontrer à nouveau dans nos collines Lyonnaises.

Paulo

Commentaire de Mazouth posté le 06-09-2016 à 13:41:34

Quel plaisir de lire ton récit. C'est grand ce que tu as fait. Par la perf, déjà, par le mérite lié à la préparation physique et mentale de ce rêve depuis des années, et surtout par la façon dont tu l'as vécu en savourant avec lucidité. Tu donnes un bel exemple du plaisir qu'on peut prendre quand on progresse avec humilité et détermination, étape par étape, jusqu'au sommet. Maintenant, je ne doute pas que tu vas en trouver d'autres, des sommets à atteindre ;-)

Commentaire de a dreuz posté le 06-09-2016 à 13:46:56

Bravo pour cette aventure et merci de nous faire partager ça par un récit.

Commentaire de Mams posté le 06-09-2016 à 15:55:15

Récit plein d'émotions que je partage, belle aventure en famille! Merci pour ce beau récit et bonne récup'!

Commentaire de kld_root posté le 06-09-2016 à 16:30:26

Un UTMB tout en maitrise .. c'est pas si fréquent qd on en connaît la difficulté !
Avec ce récit tu nous as tous emportés avec toi .... beau et fort ! bravo.

Commentaire de Trixou posté le 06-09-2016 à 17:46:53

Tout à été dit, bravo Franck !

Commentaire de Papakipik posté le 07-09-2016 à 14:17:37

Trop efficace ton com ;-)
BRAVO Franck et content t'avoir pu partager ton arrivée !

Commentaire de Bruno Kestemont posté le 06-09-2016 à 18:13:46

Une course de rêve, comme j'en rêve désormais: envie de me lancer dans l'UTMB: "Arrivé en haut, la vue est superbe, le soleil se couche sur le Mont Blanc… voilà pourquoi je suis là !!"

Commentaire de fildar posté le 06-09-2016 à 18:57:18

Bravo pour tout, de la prépa à la gestion de la course.
Tu as réalisé ton rêve de façon magistrale

Commentaire de patrovite69 posté le 06-09-2016 à 20:48:54

On est fier de toi et cette passion on continuera à la partager avec toi . Les garçons sont déjà prêts à repartir te suivre...et moi aussi...

Commentaire de coco38 posté le 06-09-2016 à 21:11:41

Totale maîtrise de bout en bout... Une assistante parfaite... que dire... BRAVO !!!
Et puis je connais quelqu'un qui disait après sa première 6000D "un rêve de 20 ans et bla bla bla... maintenant je vais passer à autre chose et bla bla bla...". C'était en 2009 !
Donc continues tant que le plaisir est là... le plaisir de partager avec famille et amis...
A+
JC

Commentaire de Spir posté le 06-09-2016 à 21:58:04

Alors grace à toi ce soir, j'ai fait trop cuire ma quinoa, griller mes filets de poulet et pas avancé d'une virgule mon CR... Merci...
C'est une aventure impressionnante cet UTMB, d'autant plus forte qu'elle est vécue en famille. Quelle maturité dans la gestion de ta course ! Bravo pour avoir su te préparer et réussi à vivre ce rêve d'une si belle manière !

Commentaire de Davitw posté le 07-09-2016 à 14:43:05

Superbe CR, vraiment. Il y a plein de belles choses que tu transmets et c'est super chouette.
La Plénitude est omniprésente dans ta course, et tu retranscris cela avec toute l'humilité qui te caractérise. Même si tu étais bien préparé, c'était pas gagné et c'était finalement ton jour, celui où tout te souris et je trouve ça superbe.
Chapeau Franck, la réalisation de ton rêve est très inspirante !

Et sinon, encore heureux que tu n'arrêtes pas, comment on fait nous sinon ? ;)
A très vite
David

Commentaire de Vik posté le 07-09-2016 à 15:51:41

"Je m’imagine déjà sur un teaser de l’UTMB… alors je m’applique, j’en fais des caisses, j’envoi du lourd, je lève bien les jambes… (bon en fait il filmait la mer de nuage de l’autre côté… ce n’est pas pour aujourd’hui encore mon heure de gloire télévisée !!!)"

bon ben ça sera pour la prochaine fois, puisque tu as, heureusement, décidé de continuer finalement dans cette belle lancée :)
à bientôt pour un restoff ou autre off à récup !

Commentaire de bruno230 posté le 07-09-2016 à 17:15:23

Un récit qui ressemble vachement au récit de "la course parfaite",tu t'es tellement investi que tu l'as méritée amplement.
En plus ça te permet de prendre la sage décision de ne pas mettre un terme à la CAP et même si maintenant tu vas trop vite pour qu'on chemine ensemble sur une course,il restera les Off et les fins de course à partager.

Commentaire de ArnaudB posté le 07-09-2016 à 17:50:41

Que de progrès, et quelle belle gestion tout au long de ce monument de l'ultra-endurance !
Quel sacré pouvoir d'attraction possède cette épreuve... content qu'il t'ait, toi aussi, fait changer d'avis quant à ta résolution de départ.

Commentaire de Mazouth posté le 07-09-2016 à 19:20:32

Bon alors Franck, j'ai lu un récit... comme quoi tu serais parti trop vite, et puis en fait tu serais tout le temps allé trop vite. Fais attention la prochaine fois hein, c'est un coup à mettre moins de 43h ça !

Commentaire de Stéph le givré posté le 07-09-2016 à 22:17:00

Bravo Franck,
Super course et un très beau cr avec beaucoup d'émotion et de retenue.
l'ultra teail.

Commentaire de Stéph le givré posté le 07-09-2016 à 22:19:42

L'ultra trail en effet ne se raconte pas mais ce vit et tu nous l'a fait vivre merveilleusement. BRAVO

Commentaire de xian posté le 08-09-2016 à 21:50:07

alors moi, je suis pas d'accord avec tous ces commentaires élogieux et je dis carrément NON !
- NON, Franck, c'est n'importe quoi ce récit : je l'ai déjà lu 5 fois tellement il est addictifiant (tu n'imagines pas le temps que ça me prend)
- NON, Franck, c'est n'importe quoi cette course : à te lire (et à t'avoir vu courir le vendredi suivant), l'utmb, ce n'est qu'une grosse STL qui aurait boosté son D+... même pas mal, même pas long, même pas dur
- NON, Franck, c'est n'importe quoi ce mélange de ton aventure à toi, de l'aventure de Caro & des gars et de votre aventure familiale : vous éclatez brillamment les codes classique du coureur solitaire, loin de son foyer, qui galope au soleil couchant
- et surtout NON, NON, NON, Franck : tu m'as réveillé mon petit diablotin, qui s'était pourtant bien rendormi après l'UT4M Master... depuis le suivi de ta course, la lecture de ton récit (et celui de Caro), mon diablotin me susurre régulièrement des insanités du genre "t'as vu, ça a vraiment l'air super, l'utmb"... "tu t'imagines à sa place, dans 2 ou 3 ans ?"... "tu le connais, Franck, il est nettement moins fort que toi, ça serait une course hyper fastoche, tu peux faire podium" :-)
allez, on se calme, le diablotin !
Bravo Franck !!!! avec cette belle course, tu viens de prouver que tu as le niveau pour courir dans les Monts du Lyonnais : vivement le prochain off (mais tu viens avec ton super sac poubelle...)

Commentaire de snail69 posté le 08-09-2016 à 23:20:44

Vraiment heureux pour toi que ce soit passé au delà de tes espérances,. C'est tellement mérité !


Commentaire de Shoto posté le 11-12-2016 à 22:25:59

Il est vraiment superbe ton recit. Bravo à toi pour ta course mais aussi à ta Caro qui et formidable. J ai aussi aimé ton respect des bénévoles et ta maniere de rembarrer le goujat qui n aime pas la soupe sur le ravito. Merci à toi.

Commentaire de Bruno Kestemont posté le 25-07-2017 à 14:58:47

Merci mais moi, il me fait peur ce récit (avant mon premier UTMB). Moi, dans les montées, je me fais dépasser par tout le monde. Aux ravitos, si je mange tous ces sandwishes et gateaux, je tombe malade. Félicitaiotn et merci pour un récit qui fait rêver !

Commentaire de Fredo2l_Esterel posté le 28-07-2017 à 09:15:27

Je m étais garder ce CR depuis un bail vu le nombre de commentaires, qué régal, qué mental , qué gestion, qué vision de course.
La tête aux vents je ne me l imagine que comme ca, savourer jusqua la fin! En admettant que j y parvienne mais y a pas chier des bulles, on se botte le cul et on y va. Tu as une famille en or, prends soin d eux.

Merci pour tout ces précieux détails, qué mémoire, qué parcours , quélle histoire , qué aventure, tu participes au mythe de cette course, moi qui entendait parler a un repos post volley de cette course en 2009, en pensant mais ils sont tarés!!!
Et voila J arrive au depart en 2017, bien décider à en profiter un max, ton CR me dit que ca vaut le coup au moins une fois puis laisser son tour, il y a plein d autres courses.

Bravo!!!!!

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