Récit de la course : Marathon Touraine Loire Valley 2014, par Tikadi

L'auteur : Tikadi

La course : Marathon Touraine Loire Valley

Date : 21/9/2014

Lieu : Tours (Indre-et-Loire)

Affichage : 254 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Terminer

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Marathon de Tours (2014)

Tout a (re)commencé par un coup de fil qui, par magie, vous motive et vous redonne de l’énergie : j’en avais énormément besoin. Décembre 2012, croyant bien faire, j’avais décidé d’arrêter l’entraînement au marathon. L’après-Berlin célébré, j’avais stupidement renoncé aux endorphines mais elles ne m’avaient pas lâchées. Mécontentes, quelques semaines plus tard j’étais au fond du sac. Un sentiment de honte (celui d’avoir laissé parler mon coeur plutôt que mes quadriceps) co-voiturait ma motivation. Reprendre les séances… retrouver la ligne, le plus dur restait à faire.

Ce soir de février 2014, une main tendue, une proposition, une idée de reprendre le goût à l’entraînement frappaient de nouveau à ma porte. Ricardo et Célia me proposaient de participer et de venir avec eux en septembre à Tours. Le challenge était formidable, c’était leur premier marathon ! De leur côté, ils étaient déjà bien avancés sur le programme… Le duo génial courrait régulièrement depuis plusieurs semaines : Buttes-Chaumont, La Villette et canal St-Martin… la Parisian love team était déjà bien rodée, raisonnée et régulière dans l’effort, l’objectif étant simplement de se faire plaisir et d’avancer, ensemble sans toutefois se fixer un timing bien précis. Durant ces quelques mois de préparation, nous avons donc conversé au téléphone, parlant de nos entraînements respectifs, de nos doutes… et la motivation revint au fur et à mesure. Les mois devinrent des semaines et le jour du retour arriva.


LE DÉPART

En cette matinée fraîche d’un vingtième jour de septembre 2014, valise bleue en mode minimal, je me laissais bercer par le mouvement continu du TER, le regard happé par ces fileuses du rail et le chant mélodieux du bogie-woogie. Tours, tout droit et en bas, no soucy!  Je renoue avec la cool attitude qui m’accompagne durant ce voyage de 120 minutes. Nous allons courir ensemble, c’est magique ! 

Gare de Tours, une heure en avance, 10h50, le meeting point est fixé à 12h. Le temps de faire un tour de hall de la gare et de humer l’air frais tourangeaux, j’avance en mode repérage, limite comateux vu le réveil… Dans ma « réflexion », la Loire me relie à Nantes donc Tours n’est pas très différente. Cet attachement au fleuve, ce côté sud-Loire imposé... ça me plaît et je sens que la journée va être toptop !L’hôtel est loin d’être une auberge de jeunesse ou un des ces nombreuses bannettes d’un soir dont j’ai eu l’habitude de fréquenter lors de mes déplacements en lone runner. C’est une belle résidence hôtelière qui nous fait l’honneur d’accueillir nos corps dédiés à l’effort et à la boisson isotonique. Pour un quartier proche de la gare, c’est pas franchement craignos. On pourra rentrer tard sans se faire aborder par quelques haleines imbibées de Villageoise ou encore slalomer entre les marguerita et autres repas exotiques mal digérés. C’est un bon choix de l’organisation.  

L’air est frais et stimulant, le soleil brille, le ciel est bleu, les oiseaux et quelques voitures, pour un samedi matin, c’est bien calme. Un appel sur mon maboul, ils arrivent. On se retrouve donc dans le hall de la gare, tous les trois souriant. Y’a du chabadabada dans l’air, j’adore les retrouver à chaque fois. Sourires, embrassades et joie de se revoir, la famille, les cousins ça fait du bien. Welcome à tous les trois. Encore deux runners à récupérer et la crew sera au complet. Direction l’hôtel où, après quelques déboires pour trouver les bons ascenseurs et le bon étage, nous arrivons enfin à spoter nos chambres. Spacieuses, agréables et fonctionnelles, tout est ok pour ce week-end. La classe ! Deux nouvelles recrues arrivent. Amélia, la géniale surfeuse et « G.I. » Gilberto, le tech’ run’ (c’est leur arme secrète !). Il y a un petit air de colonies de vacances. Comme des gamins, nous choisissons nos chambres : les filles d’un côté, les gars de l’autre. Le temps de déballer nos affaires et de faire connaissance avec mon camarade de chambrée, nous partons ensuite manger la traditionnelle assiette de pâtes en ville. Je suis intimidé par toute cette bonne humeur, un vrai plaisir d’échanger, de rires et de détente en terrasse. Merci les filles, vous êtes au top ! 

L’après-midi bien entamé, tous dans la bonne humeur, nous partons chercher nos dossards, prêts à dégainer nos certificats médicaux. Je ne compte plus les paires de running à l’approche du village du marathon où il règne une ambiance festive. J’adore. Yohann Diniz est présent et accompagnera le lendemain les coureurs sur le 10 km. 45 minutes plus tard, dossards, sacs cadeaux, deux bouteilles de vin et une veste technique Asics de qualité ! Rouge ou verte, la fashion week commence tôt cette annéeQuelle générosité pour une première édition.

Retour à l’hôtel, quelques courses pour le repas du soir… des pâtes, de la bonne humeur, des pâtes… et le brief de Gilberto qui détaille la stratégie de course pour le lendemain matin. Je suis cela avec curiosité, c’est pas trop mon truc les programmes, les tubes de gels attribués selon les kilomètres, allure de course. En mode mini mâle, je n’ai pas d’objectif, juste finir. C’est la reprise et le plus important c’est accompagner Ricardo et que l’on termine notre course. Ready ? Presque minuit ? Start ! Tous au lit ! 

LA COURSE

Tututututu - Le réveil sonne, il est 6h. Je n’ai pas trop dormi. Être à l’heure donc je ne traîne pas. J’ai le sentiment de me retrouver à la caserne. Mon binôme de chambrée est aussi réveillé. Sans un mots, nous préparons notre sac, douche et petit-déjeuner sur les tartines-blocks. Toc-toc, on ouvre, c’est Ricardo :

« Alors, bien dormi ?
- Oui, ça va… 
- Prêts ?
- Oui, ça va… »
Sourires, allez hop, on y va. 

 

8h. Il fait frais, même météo que la veille. Génial. La joyeuse troupe est prête. Les filles sont là, toujours de bonne humeur, j’adore. Une petite photo du groupe avant la mise en route puis une seconde et de belles autres à venir… encoreSur le chemin, on égraine sa joie, ses interrogations, son humeur, ses pensées au fur et à mesure que la ligne de départ se profile. Eh oui, on va tous finir par y arriver :) 

Arrivés au départ... l’ambiance est là. Sautillements, échauffements, sourires, grimaces, odeurs et selfies. Consigne est faite et maintenant c’est la fête ! Ça se trémousse sur la ligne de départ, déguisés, enjoués, colorés, les bras en l’air, tous emmenés par la musique et une animation du tonnerre. Gilberto sourit un max, les filles sont heureuses, Ricardo et Célia aussi. De mon côté, je suis dans ma bulle : je me suis isolé un instant, je regarde et je pense à mon père. Première course après Berlin, cela faisait un bail (presque deux années). Heureux de reprendre du service, je pense à toi Daddy.

Donc, la joyeuse team se régale et nous n’attendons qu’une seule chose, que la meute s’élance enfin. Avec Ricardo, nous avons convenu de partir vraiment « easy » : à 9 km/h de moyenne, on ne prend pas de risque. Je pars avec, j’arrive avec ou j’abandonne avec. On ne se lâche pas, c’est notre contrat.


9h05 : Bordel… c’est le départ ! Les conditions sont superbes, il fait bon et on run pour 42 km sous un ciel bleu. Les filles sont parties avec Gilberto depuis quelques minutes. On fait bande à part mais disons plutôt que nous avons une stratégie de course bien affûtée... l’idéal étant d’éviter de se faire ramasser par la voiture balais. Nous surveillons donc nos arrières. :D

Nous courons maintenant depuis 20 minutes et le troupeau des runners alimente par ses globules rouges, bleus, blancs, multicolores, les artères et les ramifications bitumées. Au rythme des foulées, la ville bât avec un second cœur. Les Tourangeots nous applaudissent et nous encouragent avant d’entamer les 20 prochaines bornes dans une quasi-totale-solitude… Nous récupérons en chemin un nouvel adhérent qui se joint à notre formidable aventure. 

« Je peux courir avec vous ? » Bien entendu, bienvenue à Thierry ! 

Après avoir fait les présentations, le trio s’éloigne progressivement de l’agglomération, de la voiture balais que l’on aperçoit quelques kilomètres en arrière, girophares allumés. Non, non, nous n’avons pas la pressionDans un virage avant de traverser le pont, je me fais gentillement baptisé « petit Schtroumpf bleu » par un gamin… j’adore ! J’aurais plutôt opté pour « Schtroumpf à casquette » !


5 km : La campagne, les premiers champs et c’est toujours aussi plat. Ricardo est à mes côtés, il va bien mais je le sens un peu tendu quand même. Je prends des nouvelles de temps en temps et je le laisse caler son effort. Parler, rire, discuter par endroits pour faire distraction. Détendus. 

Nous passons le premier ravitaillement et il n’y a plus rien à boire… Les tables sont vides ou ont plutôt été vandalisées par la horde. Je ramasse une bouteille à moitié vide juste dans le cas où il faudrait faire descendre la température. Un peu sur la tête et hop ! 18°C c’est peu mais le corps lui commence à chauffer. Ne pas désespérer… imaginons un instant que cela dure ainsi jusqu’à la fin… non, non… passons. Je suis quand même toujours étonné par le gaspillage sur les premiers ravitaillements : boire une gorgée et jeter la bouteille, comme des champions... c’est très pro ? Le geste est là... l’allure viendra ou pas. Bref, on récupère ce que l’on peut, évitant tout de même les containers à bouteilles et autres poubelles disposées le long de la chaussée. Quelques centilitres suffisent pour éviter la surchauffe. 

7 km : la route est belle, les champs, les oiseaux et Ricardo qui me lance «  Encore 6 fois cette distance… ».  Je lui dis de se concentrer sur sa course, de ne pas y penser et que le plus beau est à venir. Positiver et nous n’avons pas fini de compter.  Nous doublons quelques coureurs bien trempés, proposons notre eau pour rafraîchir... des mercis, des sourires et des encouragements. Toujours une petite pensée pour ceux qui nous accompagnent et ceux qui courent à un rythme différent.

10 km - 10h10 : un nouveau ravitaillement avec, cette fois, de l’EAU POTABLE, enfin ! C’est un soulagement, pas déshydratés mais rassurés. Un petit moment de fraîcheur bien apprécié à l’ombre des peupliers et chênes disposés le long du chemin goudronné. On change d’ambiance, on change d’état d’esprit et le Cher n’est plus très loin. Encore des champs, quelques habitations et pas beaucoup de coureurs à l’horizon. Où sont les femmes ? mais oui, où doivent-elles être à cet instant ? Gilberto prend soin d’elles !


15 km : Je discute avec Thierry et il me fait part de sa décision de s’arrêter au prochain village. Malgré mes encouragements pour qu’il continue avec nous au-delà du Semi, il préfère s’arrêter là-bas. Ok mais ce n’est pas une raison pour relâcher le rythme que nous essayons de garder depuis maintenant plus d’1h45.

Nous apercevons sur notre droite le Cher, une embarcation à fond plat utilisée pour naviguer sur la Loire (un bâteau...), les premières maisons et nous arrivons à Savonnières. Le trio se relance donc à nouveau, stimulé… par le ravitaillement, les bravos et encouragements du public. Nous nous sentons moins seuls, c’est vraiment agréable. Une petite montée et là, le 23e kilomètre à quelques mètres de l’autre côté de la barrière… À tout à l’heure.

Un arrêt et des remerciements pour Thierry. Son objectif est atteint. Merci de nous avoir accompagné durant ces deux heures. Bon repos !

Après cette petite pause « négociée », nous engageons un nouveau combat long et silencieux avec ce magnifique faux plat de résistance d’environ 3 km... qui nous emmène à Villandry. Un peu de fraîcheur et un boulevard devant nous comparé aux petites routes pittoresques qui nous ont amenées jusque ici. Ricardo s’accroche au bitume et l’idée que nous n’avons pas encore fait la moitié du parcours commence un peu à éroder nos belles et généreuses convictions. Oui, au 21e, nous remettons cela pour, au minimum… deux heures de course. 


19 km - 11h15 : l’entrée du village, un peu d’humanité après ces quelques minutes de solitude, le château, son parc et une petite séance de slalom entre les pavés, les haies de buis avant de dégainer son plus beau sourire de compétiteur au photographe qui mitraille à tout va. Sourire, c’est aussi une question de muscles et dans ce cas là, on pourrait plutôt parler de rictus. Faire semblant de sembler sans blanc... Vite, revenir à l’essentiel, sortir de ce jardin trop orthonormé et exigüe pour nos corps galvanisés par l’effort: revenons à la course.

Vilan-dry : dry signifie sec = J’ai soif ! Cela tombe bien, un petit ravitaillement sous les peupliers, de longues tables quasi désertes… J’oubliais, nous sommes « l’arrière-garde » de la troupe. Étrange de se retrouver si seuls comme si cela n’intéressait plus personne. La fête est finie ? Quelques gobelets avalés, bananes mâchées, bouteilles vidées… et hop ! 

« Ricardo, on y va !
- Oui… (j’ai l’impresison que mon binôme traîne des pieds). 
- On a encore du chemin et si on s’arrête trop souvent, on finira par ne plus pouvoir partir… » 

Oui, c’est dur pour tout le monde… l’état d’esprit change, ça va être chaud. En parlant de température, elle monte légèrement depuis ce matin...

Nous revenons sur nos pas : une belle épingle à cheveux. Pas trop fan. On passe le 21 kilomètre à 11h30… soit 2h30 x 2 = 5 h minimum de course. En y réfléchissant, je me mets une heure dans la goule. L’expérience est intéressante, traîner après s’être entraîné… c’est l’inconnu mais je reste positif. Je devrai être au 30e kilomètre à cet instant. En tant normal, il me reste une heure à courir. Passons. 

Je suis là pour Ricardo. Où est-il d’ailleurs ? Juste derrière-moi ! Allez, encore un peu plus d’un kilomètre avant de franchir le Cher pour la dernière fois. 

 

LE SEMI-MARATHON

22 km - Savonnières (11h45) - Nous remontons sur Savonnières en longeant les rivière. Nous passons le pont sur la gauche et nous redescendons en petite foulée avant que Ricardo ne s’arrête quelques mètres plus loin : il y a un truc qui ne passe pas ? 

« Comment te sens-tu ?
- J’ai mal un peu partout, c’est dur.
- Oui… je vois cela. Ton genou ?
- Il tient… »

Silence... En sueur, le regard interrogeant le sol puis il se relève, les mains sur les hanches comme pour rechercher son souffle. Il s’interroge, ne dit rien, il reprends sa respiration.

« Dis-moi ce que tu ressens ? 
Il grimace, regarde ailleurs puis se il se tourne vers moi.
- Ça va… c’est dur. » 

Nous discutons quelques instants afin de trouver les bons maux pour de bonnes paroles. Ricardo prend la décision de changer d’allure. 5 minutes plus tard, nous repartons tranquillement, conscients de ce qu’il nous reste encore à faire… 

Petite traversée en passant dans une dépression maraîchère située entre les deux levées de terre. Il fait chaud, j’ai besoin d’une bière. A un carrefour, une auto, une glacière, un parasol parachutés là… un signaleur, quelques encouragements d’une solitude partagée. 

Je trottine, je serpente et je prends le temps de discuter avec mon voisin de course : la soixantaine bien passée, sec et vouté, teint rosé, un peu plissé, un peu usagé et des cheveux blancs embataillés. Combien de marathons déjà concourus à cet instant ? (je ne sais plus). Sa détermination et sa légèreté me stimulent et m’inspirent. Sa foulée précise et délicate me rappelle que le temps est avec nous et que ces 42,195 km ne sont qu’une petite distance comparée à ce qu’est notre longue existence. Nous continuons notre route en direction des bords de Loire. 

 

27 km - Il est 12h30. Nous y sommes et nous profitons d’une petite pause pour échanger quelques mots et nous ré-hydrater. Nos cuisses tiennent le choc et le moral est au beau fixe. Devant nous, notre nouveau défi : un magnifique tapis de course de 15 kilomètres… serpentant et longeant la Loire jusqu’à Tours. Comme une sensation de déjà vu… Nous repartons tranquillement parmi les quelques coureurs, eux aussi éprouvés par l’effort et sous un soleil poursuivant sa grasse matinée, enroulé dans une couette pommelé. Il fait chaud.

Concentré et imperturbable, Ricardo va bien. Il distille son effort et reste dans sa bulle avec son chrono comme unique confident, allure en mode 5.1 : 5 minutes de course pour 1 minute de marche… Comment gère-il sa motivation? Récite-il un mantra pour se soustraire à la réalité ou bien rien, juste de la souffrance ou une sacrée envie d’y arriver ? Je l’admire. Je garde mes distances tout en ayant un œil sur lui. 

 

30 km - Berthenay. L’animation musicale fait de la résistance : là aussi, il faut avoir du souffle après avoir vu passer près les 4/5e des coureurs, du courage pour stimuler avec conviction les derniers forçats de la route. Les bénévoles nous accueillent, nous les bitumeurs, avec le sourire et un enthousiasme réconfortant. Nous prenons le temps de longer la longue table dressée en « notre honneur » sur laquelle s’obstinent encore quelques bouts de bananes, pierres de sucres, gobelets à eau et raisins secs. Un peu démembrés, nos gestes sont maladroits, désordonnés. La fatigue modèle le pas et marque nos organismes. Ne pas traîner, juste ce qu’il faut pour repartir. 

 

35 km - Saint-Genouph. Ricardo tient la cadence. Je viens prendre des news et je reste près de lui. C’est long, très long et aucune idée de l’heure à laquelle nous arriverons à Tours. Les filles et Gilberto doivent avoir franchis la ligne d’arrivée à cette heure-ci. J’espère que leur course s’est bien déroulée. Je n’ai même pas pris le temps de m’intéresser à leurs objectifs ou ai-je trop rapidement décroché lors des briefings post-marathon ? Je n’en sais rien, ma réflexion est brouillée à cet instant. 

 

39,35 km - 14h06 soit...  5h10 de course. Nous passons sous le périphérique. Encore 3 kilomètres, ce sont les plus durs. La distance est courte et les organismes sont à bout. Je pensais me dispenser de fatigue mais là c’est loupé. Ricardo tient le coup mais il grimace et il est temps, grand temps de terminer l’épreuve. 

 

40 km - Une petite alerte : dernier ravitaillement avant l’arrivée et Ricardo a un léger malaise : coup de fatigue ou est-ce une hypoglycémie ? Nous nous asseyons et attendons quelques instants. Boire par petites gorgées, se poser des questions, voir si l’on réagit correctement et manger un minimum pour reprendre des forces. Après quelques minutes de pause, nous reprenons le fil de l’histoire… tranquillement ou presque… Nous suivons l’artère sur deux kilomètres, puis ensuite bifurquons sur la gauche et à droite avant d’arriver sur les grands boulevards.

 

41 km : La musique, le speaker, le public, les applaudissements… le contraste et le sentiment de n’être qu’un zombie, courant je ne sais comment, à la limite du déséquilibre. Les jambes sont dures. Chaque pas martèle le sol, nos corps tendus et la nervosité se mêlent à la fatigue. La crainte de courir trop vite ou de chuter nous incite à être vigilants, décontenancés par cette cacophonique sensorielle intense. 

 

42 km : Nous y sommes presque, ce n’est pas un mirage, juste devant nous… La foulée s’allonge et l’émotion est là : la gorge nouée, je laisse Ricardo filer devant moi mais d’un geste, il souhaite que nous finissions ensemble. 50 mètres encore… les mains serrées, les bras tendus, 42,195 km plus tard… nous voilà, enfin libérés de nos obligations. 5h 39 de course, c’est dingue ! Nous nous prenons dans les bras comme pour se rappeler que nous sommes physiquement vivants. Un grand merci, une joie discrète et intense qui reflète notre état de semi-épuisement. Nous sommes au bord des larmes et je me retiens de ne pas éclater en sanglots. Je lève les yeux au ciel, j’avale ma salive et je reprends mes esprits.<

Nous sommes réveillés de notre torpeur émotionnelle par des exclamations : « les gars, on est là !» Juste derrière nous, ce sont Elles et Lui, notre club de supporters ! Ils ne nous ont pas oubliés. Souriant et heureux de se retrouver, nous échangeons de vive voix, gesticulant sans toutefois faire attention aux coureurs qui franchissent la ligne au même instant. Oups ! Quelques mots échangés mais il faut avancer et penser à se réchauffer. Nous nous dirigeons vers le sas de sortie pour effectuer les formalités administratives d’usage (médaille, bouteille d’eau et banana...) pour être anoblis officiellement en tant que Finishers du marathon de Tours 2014. 

Les retrouvailles sont magiques : on s’embrasse, on se congratule, rassurés et rassurant, la « R Force One » et G.I. Gilb' me paraissent en excellente santé, débordants d’énergie as usual, ils sont en pleine forme. Merci pour ce rafraîchissement, c’est délicieux et réconfortant. Un grand merci pour ces sourires.

 

REPOS DES GUERRIERS

Nous nous dirigeons vers le village pour récupérer nos affaires consignées. J’ai froid et il est impératif changer de fringues. Nos jambes tiennent encore mais une petite séance de massages serait la bienvenue. Un sms rapide à la famille pour rassurer tout le monde et je passe mon portable à Ricardo qui s’éloigne puis disparait dans la foule. Derrière moi, le marathon continue d’exfilter ses derniers naufragés de la route. J’aperçois quelques visages grimaçant de fatigue mais rapidement l’émotion et les sourires reprennent le dessus, satisfaits par tant d’efforts et de sacrifices. 

Je rejoins mes coéquipiers de course allongés sur la pelouse en mode détente : bivouac de sourires, de rires et d’échanges autour de la course et nous en profitons pour nous désaltérer, grignoter et enfiler des vêtements secs. Ricardo nous a maintenant rejoint, lui aussi est encore sous le choc : l’émotion est passée par là et l’expérience marathon l’a définitivement marquée. Bienvenue à toi.

Nous resterons près du village au moins une heure avant de revenir à la résidence, « détendus » afin de profiter enfin d’une bonne douche et du confort d’un bon lit. Un régal de partager ces moments de joie et de convivialité. « Je Team à la folie ! » La fête se prolongera ensuite le soir dans le vieux Tours : nous nous mettrons une double pression en terrasse… puis nous oublierons notre semaine dédiée à la cuisine italienne pour apprécier avec finesse et délectation un bon repas japonais… Qui l’eut-cru ?

« Ricardo, « G.I. » Gilb', Célia, Amélia et Sophia (La R Force One), je souhaitais vous remercier pour l’énergie, la motivation, l’enthousiasme et la générosité que vous nous avez fait partager durant ces deux jours. 

J’espère que nous aurons à nouveau la possibilité de nous retrouver pour une nouvelle aventure. »

Bien à vous,

Olivier

2 commentaires

Commentaire de GlopGlop posté le 18-09-2017 à 08:44:15

Haaa qu'il est bon de lire un CRA aussi bien détaillé teinté d'humour de ci de là !
Olivier Merci ! C'est revigorant à souhait pour moi anxieux pour Dimanche prochain 24 Sept 17 et mon premier Marathon Officiel. Sans Road book ou autre Road map, je vais partir aux sensations et garder en tête ce que tu as enduré. Espérant tenir 4H15, je partirais néanmoins avec les restes d'une métatarsalgie qui s'est réveillée à l'entrainement. Me voilà boosté et me fendrait d'un petit compte rendu de remerciement en guise de réponse.
Cordialement Guy

Commentaire de Tikadi posté le 18-09-2017 à 09:01:49

Merci pour ton message. Le marathon de Tours est régulier et sans grande difficulté hormis les longues lignes droites et quelques faux-plats. Tiens-nous au courant de ta course, de tes ressentis et de tes choix sur la course. Encouragements et je te souhaite une belle course.
Olivier

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