Récit de la course : Ultra Trail du Mont-Blanc 2018, par poulo

L'auteur : poulo

La course : Ultra Trail du Mont-Blanc

Date : 31/8/2018

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 1309 vues

Distance : 171km

Matos : Kalenji pour le matos imperméable et les chaussures(MT)
Compressport pour tout le reste
Gopro Hero4 Silver et Stabilisateur Zhiyun Evolution pour le matos vidéo

Objectif : Terminer

5 commentaires

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Les UTMB se suivent mais ne se ressemblent pas... :-)

Une fenêtre météo déplorable, des conditions de course dantesque, pluie, neige, vent violent, boue, chute des températures (-7°C en ressenti en altitude), tout y était pour rendre l'épreuve compliquée à gérer à tout point de vue.
Jamais je n'avais été aussi stressé au départ d'une course que cette fois ci, j'étais vraiment dans une sorte d'angoisse à l'idée de partir dans ces conditions. C'est déjà pas simple en tant normal, mais tout s'est décuplé x10 au fur et à mesure des bulletins météo et que le coup d'envoi s'approchait...

Tout commençait pourtant pour le mieux, un départ d'une intense émotion dans une liesse d'encouragements, cette course est vraiment magique, il faut le vivre pour le croire!

 

J'étais tellement sur mon nuage qu'au bout de 500m dans les rues de Chamonix, je me retourne et je m'aperçois que je suis bon dernier, incroyable la foule se referme derrière moi et m'acclame encore plus, inimaginable! :-)

Après ce quart d'heure de folie, on prend tranquillement la route en direction des Houches, l'euphorie retombe peu à peu, il faut gentiment se mettre dans sa bulle.
Je discute un peu avec Nidal Valot, que j'ai rencontré dans le sas de départ, c'était sympa de se rencontrer en vrai!

Puis un peu plus loin, je retrouve Eric Leblacher, l'ancien cycliste pro de la Français des Jeux avec qui je vais faire un bon bout de chemin par intermittence, on s'est fait des bons délires, surtout quand on a cru voir Joe l'Indien (cf Tom Sawyer pour ceux qui ne connaissent pas!!) dans le peloton, un gars qui faisait flipper surtout dans cette première nuit froide et humide! ;-)

Pendant toute la partie qui nous a amené jusqu'au Delevret, j'ai pu rencontrer plein de "fans" de mes vidéos, français bien sûr mais aussi Américains, Norvégiens, Brésiliens, Japonais, Portugais, Australiens, Allemands.... Enorme!! J'ai pu m'apercevoir que ma vidéo de l'UTMB 2015 avait servi à beaucoup de coureurs pour appréhender le parcours!! Merci à tous pour vos retours, ça m'a fait super plaisir!
Au Passage du Delevret, on ne voit plus rien, la nuit tombe, c'est un fait mais surtout un brouillard à couper au couteau s'abat sur le peloton, tout comme la température qui chute, en atteste la fumée qui sort à chaque expiration. J'enfile ma veste, trop peur d'attraper froid!
Heureusement, ça ne dure pas bien longtemps, on attaque la descente vers St Gervais par les pistes de ski, ça glisse un peu sur ce sol humide, et rapidement je ne me sens pas à l'aise du tout. Au départ, je pense à la douleur que j'avais ressenti deux semaines auparavant, l'inquiétude m'envahie mais le fait est que ma cuisse droite me remonte les mêmes symptômes! Peut être un peu trop de crispation, le froid a durci les muscles, les cuisses sont en alertes, ce sont les prémices de ce qui sera un gros handicap pour la suite...
Je retrouve Virginie, Sandrine et Stephan, ma team de choc, quelques mots, des photos puis je repart vers les Contamines.

 


Ça monte tout doucement, mais il faut gérer pour ne pas laisser trop d'énergie, je me sens plutôt bien et je continue de remonter les coureurs. Je retrouve Soffian Turki, un ami pour qui c'est son premier UTMB, il a choisi un départ prudent il a eu bien raison, je le reverrai pour son arrivée! Bravo Champion!
Aux Contamines, il fait froid et il pleut mais toujours autant de public, ça motive à fond!

Je prend un bol de soupe aux vermicelles avant d'engager les hostilités nocturnes!
Un peu avant Notre Dame de la Gorge, j'enfile mon pantalon imperméable car ça commence vraiment à mouiller quand même! Beaucoup de coureurs sont encore en short et tee-shirt, courageux ou inconscients!
Dans la longue procession vers le col du Bonhomme, les sensations sont toujours aussi bonne, je suis dans ma zone de confort, je progresse rapidement, doublant à tour de bras, l'équipement est au top, pour rappel je teste beaucoup de matos sur cette course (veste et pantalon Kalenji imperméable et les nouvelles Kalenji trail MT), et les conditions se sont avérées idéale pour s'en faire une bonne idée, je vous en reparlerai rapidement dans un autre billet!

Beaucoup sont déjà en vrac, ça vomi pas mal sur le haut du col. Moi je bascule rapidement, je ne veux pas trainer car les températures sont glaciales. Par contre, ce que j'avais déjà pu entre apercevoir avant St Gervais se reproduit, mes quadriceps de "descente" sont out!!! A la montée, y'a de la puissance, mais à la descente j'ai l'impression d'avoir les courbatures d'un après marathon, c'est un calvaire mais bon pour l'instant c'est encore gérable!

J'arrive aux Chapieux, un mauvais souvenirs de 2015 où j'avais été malade! Contrôle des sacs, on me demande simplement mon téléphone, le reste de l'équipement obligatoire type veste imperméable ou pantalon est déjà sur moi... :-)
Je retrouve Christophe Martin qui s'occupe du chronométrage à cet endroit. Il en profite pour m'aider dans mon ravitaillement, et pour me mettre un peu de baume au coeur, ça fait du bien de voir des visages connus au milieu de la nuit! Merci Christophe!

Après une compote et un crémage de pied, je repars revigoré vers le col de la Seigne.

Ça commence par une portion de route assez longue en faux plat montant, un peu de répit qui permet de prendre le temps d'ajuster un peu son matériel, continuer de s'alimenter, changer la batterie de la gopro...puis on attaque la montée du col, je ne me souvenais pas que c'était si long, il m'a paru interminable!! Toujours le même spectacle du long serpentin de frontale en se retournant vers la vallée, c'est magnifique!
Après une belle montée où je me suis senti encore à l'aise physiquement, j'accuse un peu le coup au moment de franchir le sommet et j'ai subitement quelques spasmes avec une envie de vomir, j'en suis à deux doigts (sans jeu de mots!) mais ça disparait et j'attaque la descente vers le Lac Combal.

J'ai l'impression de courir sur des oeufs, même en minimisant les impacts, pas moyen de soulager les quadris, pénible!
Pour couronner le tout, ma lampe frontale clignote trois fois, signe de son prochain passage en mode économie d'énergie, heureusement on commence a entrevoir le lever du jour! Le brouillard ainsi que les températures négatives ont du puiser plus rapidement la batterie prévue initialement pour 9h30 d'autonomie.
La batterie de ma montre GPS, une Fénix 3 (merci JP!!), commence aussi à réclamer une recharge après un peu plus de 12h d'activité!
Ravito du Lac Combal, arrêt rapide, l'estomac est en vrac, pas moyen de manger quelque chose, je prend juste un petit café pour me réchauffer un peu.
Le jour se lève maintenant dévoilant sa plus belle lumière sur les hauts sommets, le moment que je préfère sur ces épreuves qui nous font faire des tours de cadran. J'en profite pour faire de belles images au niveau du Lac Combal, un drone tourne aussi, logique, c'est juste splendide!

Le froid au petit matin est saisissant, bien plus que dans la nuit, et pour la première fois depuis le départ j'ai froid, ça ne dure pas bien longtemps car déjà se dresse la montée vers l'arête du mont Favre. Je suis à deux à l'heure, un coup de moins bien, forcément je ne mange plus depuis un petit moment...
Au sommet je contemple le panorama qui s'offre à nous avec un des organisateurs de l'UT4M dont je n'ai pas retenu le nom (si tu te reconnais, je te salue bien!! ;-) ) Ce point de vue est un de mes passages préféré sur ce parcours de l'UTMB, peut être parce qu'a chaque fois, j'y suis passé au lever du soleil, ce qui lui donne une saveur supplémentaire. Je profite de la présence du staff médical pour demander de "l'aide" pour mes maux d'estomac et aussi pour me faire prendre en photo! Merci pour votre gentillesse!

Après avoir avalé deux spasfon, je reprend mon chemin de croix en descente puisque ce n'est plus que ça dont il s'agit avant d'arriver à Courmayeur.

Juste avant, je fais une longue pause au col Checruit ou je m'essai à une assiette de pâtes, les nausées m'ont quitté mais ce n'est pas le gros appétit...

La descente final vers Courmayeur a un petit gout de Grand Raid de la Réunion avec 4 bornes de marches, pas des plus agréables quand on a des barres dans les cuisses!
Courmayeur, km 80, c'est la pause!!
Je récupère mon sac de délestage, changements des batteries, changement intégral des fringues, ça commençait à sentir le moisi! :-p
Changement aussi de chaussures, les MT se sont révélées très efficaces sur le terrain mais je les ai trouvé un peu large sur l'avant, m'obligeant à serrer un peu plus fort le laçage. Pour éviter les échauffements, je suis repartis avec les XT6.
Une demi assiette de pâtes glisse dans mon petit estomac apeuré, je me dis que le spasfon a du faire son effet et que ça revient doucement.
Après une petite heure d'arrêt, je repars pour de nouvelles aventures, il fait super beau en Italie, j'ai rangé tout le matos de pluie dans le sac, sortie ma tenue Compressport de super héros, mes nouvelles lunette de soleil spécial UTMB, et un moral requinqué!

J'aime bien cette partie du parcours qui nous offre en principe un beau panorama sur tout le massif du Mont Blanc, bon là il fait beau mais les nuages sont quand même fortement accrochés sur les sommets, on repassera pour la vue (ou alors, allez voir ma vidéo de l'UTMB 2015... :-) )

Mais en montagne le temps change vite, et plus on se rapproche du fond de vallée et d'Arnuva, plus les petites ondées se font présentes. Le grand Col Ferret est quand à lui dans un énorme nuage noir, ça ne laisse rien présagé de bon!
Après voir passé le refuge Bonatti, où je me suis fait un thé qui était passé pourtant comme une lettre à la poste, mes vieux démons de l'estomac reviennent à la charge! Un blocage, comme si j'avais besoin d'un rôt pour que tout se débloque, sauf que ça ne vient jamais...
La petite descente vers Arnuva se fait maintenant sous la pluie, le temps a reviré au tempétueux avec du vent et dans la boue glissante, génial!
Au ravito, la tente est pleine de coureurs, il fait une chaleur pas possible comparé à l'extérieur. Je retourne voir le médecin qui me redonne deux spasfon et me conseille de me reposer un peu ou de repartir sans manger pour laisser mon estomac au repos, y'a aucun risque d'après lui. Je choisi la deuxième solution puisque je n'ai pas envie de dormir et que la montée vers le grand col ferret est suffisamment longue pour ne pas secouer l'estomac.
Un bénévole ouvre la porte de la tente vers l'enfer, les coureurs en short n'ont pas le droit de repartir sans mettre un pantalon, ça pleut très fort maintenant!
Je m'engage dans ce chantier la tête baissée pour limiter les gifles mais la pluie se transforme en grésil qui cingle le visage.

On ne voit plus rien, les coureurs sont prostrés et avancent au ralenti, le sentier n'est qu'un ruisseau boueux. Lors des deux fois précédentes où j'avais pu gravir ce col, j'avais aimé cette ascension pas trop difficile et très visuelle mais cette fois ci, c'est un vrai parcours du combattant, les yeux rivés sur ses pieds en espérant que ça passe vite mais il n'en est rien. Plus on monte, plus il fait froid, la pluie se transforme alors en neige et le paysage s'habille de blanc, mais qu'est ce que je fais là!!! Pourquoi s'infliger pareil torture!! J'ai le visage anesthésié par le froid!

Plus de cuisses dans les descentes, plus d'estomac et maintenant plus de moral, c'en est trop! Je ressasse encore et encore dans ma tête les raisons qui font que je suis là, le pour, le contre, j'essai de positiver mais rien à faire, je cale....

Passage au col, je demande s'il fait meilleur en Suisse, le bénévole à un sourire crispé, il me dit juste que le vent se calmera un peu en redescendant un peu plus bas...
Après une longue descente vers la Fouly en serrant les dents, je rencontre Laurent Bourgeois avec qui j'ai des amis en commun, il essaiera de me faire changer d'idée mais c'est trop tard, le conseil a voté, ma décision est irrévocable!
Virginie m'attend à la Fouly, je rend les armes, km 112, il n'y a plus de plaisir depuis trop longtemps, l'émotion est forte, je ne vous fais pas de dessin...

J'ai fait ce choix en préférant garder mon intégrité physique plutôt que de finir ces 55 derniers km en marchant pour au bas mots encore 15 heures de souffrances, alors oui j'avais largement le temps de finir cet UTMB mais quand vous l'avez déjà fait une fois dans de bonne condition, à quoi bon se torturer, quel intérêt à s'infliger tant de douleurs, aucun, je m'arrête pour ne pas risquer d'être encore plus mal, le corps a des limites que la tête ne connait pas mais c'est vrai dans les deux sens...Pas de regrets!
Désolé pour tout ceux qui s'étaient investis avec moi dans cette belle aventure, merci à ma team de choc, à Jean Philippe mon community manager :-) et à ma femme qui a assuré comme d'habitude, toujours aux petits soins pour moi!
Merci à ma famille, à tous mes amis et collègues qui m'ont soutenu de toutes leurs forces.
Merci à vous tous que je ne connais pas et que je rencontre ça et là sur les sentiers.
Merci à Kalenji, PowerBar et Compressport qui m'ont soutenu dans ce projet.
Et surtout merci à Philippe et Horizons Sports sans qui je n'aurai pas pu être à nouveau au départ de ce qui reste la plus belle course à mes yeux.

5 commentaires

Commentaire de st ar posté le 02-01-2018 à 15:39:46

Super récit Bruno !
qui relate bien tout ce que l’on a vécu au cours de ce périple;) Avec des moments de bonheur, de partage avec les autres mais aussi des moments plus délicats à gérer mentalement, des décisions difficiles à prendre, des conditions météos dantesques. Je me souviens aussi avoir été heureux de te voir à l’arrivée, quel réconfort…bref une édition qui restera dans les annales ;)
En espérant te retrouver vite sur les sentiers !
Et merci pour le clin d’œil ! ;)

Soffian

Commentaire de poulo posté le 02-01-2018 à 21:59:47

Merci Soffian!!! ;-)

Commentaire de pinafl posté le 05-01-2018 à 17:35:38

Je me disais en lisant ton récit qu'il n'y avait que des comptes-rendus d'expériences réussies sur le forum, tu m'as donné tort. Belle humulité de raconter un abandon en tous cas, better luck next time!

Commentaire de poulo posté le 05-01-2018 à 18:55:03

Merci, oui c'est pas non plus légion d'abandonner ses courses donc c'est pas mal des fois de montrer cette facette aussi de l'ultra trail ! Et j'ai même fait une vidéo aussi de cet échec si tu ne l'as pas vu!! https://youtu.be/p2lgSLaCwcc

Commentaire de La Tortue posté le 23-01-2018 à 01:31:29

tu n'as pas vraiment abandonné puisque tu as...1 an d'avance ;-)

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