Récit de la course : Sky Race de Montgenevre - 27 km 2018, par guillaume_crozet

L'auteur : guillaume_crozet

La course : Sky Race de Montgenevre - 27 km

Date : 15/7/2018

Lieu : Montgenevre (Hautes-Alpes)

Affichage : 508 vues

Distance : 25km

Matos : Mon fidèle Camelbak !

Objectif : Objectif majeur

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Champion de France de Trail Master 1 !

Championnats de France Trail Court

Sky Race des Anges, 25km 1400mD+ (raccourci, initial = 27km et 1500m D+)

Montgenèvre

Dimanche15 juillet 2018.

 

Ce weekend des 14-15 juillet 2018 avaient lieu à Montgenèvre les championnats de France de Trail. Au programme, un parcours copieux le samedi sur le trail long avec 67 km et 4500m D+, et un parcours plus rapide le dimanche sur le court avec 27km et 1500m D+. Le tout en altitude puisqu’il s’agit de « Sky Races », avec un point bas à Montgenèvre à quand même… 1800m d’altitude !

Personnellement, j’avais fait du trail court mon objectif de l’année, avec dans l’ordre les objectifs suivants :

-          Objectif 1 : finir sans se blesser 

-          Objectif 2 : faire aussi bien que l’an dernier, càd un Top 30

-          Objectif 3 : Top 20

-          Objectif 4 : Faire 1er en Master 1 (les « vieux » de plus de 40 ans…)

 

Après un printemps chargé côté travail avec beaucoup de déplacements en France et à l’étranger, ces championnats de France arrivaient bien assez tôt cette année… C’est ainsi que je m’y présentai avec au compteur une moyenne de 43 km pour 4 sorties par semaine sur les 2 derniers mois, et une sortie max de 20 km. Correct, mais j’aurais aimé pouvoir faire plus de volume et faire quelques sorties longues.

Il va donc falloir bien doser mon effort, rester calme dans la première boucle, pour ne pas exploser dans la deuxième, d’autant que n’ayant jamais couru encore de Sky Race, je ne sais pas évaluer l‘impact de l’altitude. Bref, ne pas s’enflammer !

 

Arrivée du côté de Briançon le vendredi soir pour retrouver les copains du TTT (Taillefer Trail Team) qui vont courir le long samedi, échanger sur les stratégies de course et partager nos pronostics sur les prétendants au titre pour le lendemain.

Samedi matin, lever de bonne heure pour aller encourager les copains au km 35 (Le Bourget, frontière franco-italienne, après le Col Bousson)…

…retour à la maison pour manger un morceau face à la vue…

… puis je reprends la voiture direction Montgenèvre pour aller applaudir les finishers, féliciter les copains et retirer mon dossard.

Il fait beau et le décor est superbe, j’ai les jambes qui me démangent et je n’ai qu’une envie, c’est d’aller courir dans ces belles montagnes. Mais il faut en garder pour demain alors je prends mon mal en patience. Autour de 15H, le temps commence à tourner et il est temps de faire un peu de repérage.

 

Le parcours est en 2 boucles d’environ 13 km autour de Montgenèvre :

J’ai chargé la trace GPX dans ma montre, et je pars sur le début de la première boucle : une large piste VTT sans difficulté particulière. Au bout de 25 minutes, je m’aperçois que je n’ai fait que 2km, que la pluie est proche, et que je ne pourrai jamais reconnaître les 2 boucles. Je me dis qu’on sera groupés dans la première boucle et que je n’aurai qu’à « suivre le troupeau », alors qu’il y a plus de chances que je me retrouve seul dans la seconde. Demi-tour donc pour aller repérer une partie de la 2ème boucle. Je me retrouve là aussi sur une piste large le long d’un torrent, et je vois que le retour se fera par une autre piste de l’autre côté du torrent. Ça semble se rejoindre pas très loin au-dessus, c’est l’opportunité de parcourir le début de la boucle mais aussi la fin de la dernière descente, ce qui sera utile pour repérer les éventuels pièges et éviter de se mettre une boîte bêtement à la fin de la course par manque de vigilance. Les jambes démangent toujours et je ne peux pas m’empêcher de courir ces quelques km. Au bout d’un peu moins de 2H je suis de retour à Montgenèvre au moment où la pluie commence à tomber, just in time !

Au final, le repérage s’avérera superflu au niveau orientation car comme je le constaterais le lendemain il n’y avait pas de doute possible sur l’itinéraire, simple et bien balisé. Mais ça m’a permis de me mettre mentalement dans la course.

 

Dimanche matin, lever bonne heure, j’avale mon petit déjeuner et c’est parti. Je retrouve Sylvain et Bastien sur le parking, on y croise également Philippe Propage, l’entraîneur de l’Equipe de France, avec qui je discute 5 minutes. Le bonhomme est sympa, et il m’encouragera sur le parcours, ce qui me fera sincèrement plaisir.

La bonne humeur est de mise ce matin, on déconne, Bastien ne tarit pas de blagues, on se chauffe gentiment. Sylvain connaît tout le monde et on n’arrive pas à faire 100m sans s’arrêter pour saluer quelqu’un et discuter un moment. Pour finir, on croise Julien Rancon avec quelques ami(e)s et on finit par aller s’échauffer avec eux. 

8H30, il est temps de se positionner dans le sas de départ pour être juste derrière le sas élite et ne pas partir des centaines de places plus loin comme l’an dernier à Gérardmer, ce qui m’avait pénalisé (je ne comprends pas pourquoi des gens font le forcing pour être devant au départ si c’est pour partir à 10km/h et bouchonner tout le monde…). Cette fois-ci nous sommes bien placés, on partira froids car il faut réserver les places 1/2h à l’avance, mais c’est toujours mieux que de partir dans la cohue et de se cramer dès le 1er km en courant à 20km/h pour essayer de rattraper la tête de course… La bonne humeur est toujours de mise (et on a récupéré Alvin dans l’intervalle) :

 

9H. Enfin le départ est donné ! Je pars tranquille et remonte facilement le peloton, devant ça s’observe encore sur les premiers hectomètres de plat et la course ne démarrera qu’au bout d’un km, une fois sortis du goudron et mis le pied dans la piste qui s’élève vers le premier sommet.

Là ça accélère franchement par contre. Je reste concentré sur mon rythme et me laisse doubler sans m’affoler, je ne suis pas encore chaud et la course est longue. J’essaie d’estimer environ où je me situe et de rester dans les 30 premières places, et je garde un œil sur les coureurs M1. Deux coureurs M1 me doublent rapidement dès le bas de la piste, un type costaud aux cheveux longs que je ne connais pas, puis Laurent Vicente que j’essaie de suivre en me disant que c’est peut-être le bon wagon.

On quitte la piste et passe dans les alpages et la pente se raidit. Laurent va un peu trop vite pour moi et me décroche peu à peu, je préfère rester concentré sur mon rythme. Je rattrape et dépasse l’autre V1 (le costaud) alors qu’on arrive en vue de la Crête du Chalvet et que l’ambiance devient vraiment montagnarde. Paysage superbe, mais je n’ai pas trop le loisir d’en profiter, on est déjà bien « taquet » et les cuisses brûlent. L’altitude se fait sentir et j’ai la sensation de manquer d’air et d’avoir le cœur qui s’emballe et « pompe dans le vide ». Plutôt désagréable…

Un autre V1 me double en plaçant une grosse accélération alors que je marche. Volontaire pour me marquer au moral ? Si oui c’est peine perdue, je ne suis pas impressionnable et ne lâche jamais rien. Je le redouble assez rapidement, c’était soit du bluff soit une mauvaise gestion de son effort…

Le brouillard monte alors que nous attaquons la crête, le thermomètre et la visibilité chutent brusquement. C’est plutôt une bonne nouvelle pour moi, tout ce qui durcit la course et la rend plus montagnarde est plutôt à mon avantage.

 

Au moment de basculer dans la descente, on n’y voit plus qu’à quelques mètres et il va falloir rester lucide pour ne pas se perdre ni chuter dans la descente. C’est là que Nico Hairon me rattrape. Excellente nouvelle ! Même s’il ne connaît pas le parcours, Nico est un descendeur sûr et il me « fait » la descente dans un fauteuil, je n’ai qu’à le suivre et je ne dépense pas d’énergie à chercher le sentier dans le brouillard. Et puis avoir un pote avec soi c’est vraiment un plus mentalement. J’ai de la chance. Merci Nico !

Je pense à manger un des 2 gels que j’ai emmenés pour avoir de l’énergie pour attaquer la 2ème boucle une fois la descente envoyée. J’ai les doigts gelés et je dois ouvrir le gel avec les dents.

On fait une belle descente sans prendre de risque néanmoins, et rattrapons quelques coureurs, dont Laurent. Je lui crie d’accrocher le wagon pour la descente, mais il préfère gérer à son rythme. Sur la fin de la descente, le V1 costaud nous double et on se met dans sa roue. Puis il met le pied à côté du chemin et chute devant nous, le temps de lui demander si ça va - heureusement c’est le cas - et on repart.

J’ai des super sensations à ce stade de la course, j’ai fait la descente sans forcer et peux accélérer sur la fin. Les copains du TTT sont là pour m’encourager au passage à Montgenèvre, notamment Joris qui a dû abandonner hier au col de l’Izoard après avoir enduré 49km avec un orteil cassé… Ça c’est du mental, chapeau l’artiste ! Je suis chaud bouillant et en pleine forme pour attaquer la 2ème boucle.

Je suis bien dans toute la partie roulante et fais la montée à un bon rythme. Mais au moment de tourner à droite pour sortir de la piste et attaquer la partie vraiment pentue, d’un coup, plus de jambes. C’est le moment où j’ai prévu de prendre mon 2ème gel pour passer cette difficulté. Mais mauvaise nouvelle : je constate à ce moment-là que j’ai perdu mon 2ème gel, sans doute quand j’ai pris le premier après la Crête du Chalvet, je ne m’en suis pas rendu compte avec mes doigts gelés. Pas bon pour la course, et ça m’embête d’avoir ainsi pollué le site. Moi qui maudis les pollueurs qui souillent les sentiers et ramasse les détritus que je trouve quand je cours, j’en suis désolé.

Je me reconcentre sur la course : est-ce que je suis dans le dur et incapable de courir ? Oui c’est clair. Est-ce que je vais me faire mal et ne rien lâcher pour garder ma place ? Oui c’est clair aussi, alors on débranche le cerveau et on marche le plus vite possible ! Je fais la montée comme je peux, le cardio va très bien mais c’est les jambes qui n’ont plus de jus. Enfin on m’annonce que maintenant c’est tout en descente, et ça m’arrange (j’apprendrais ensuite que le parcours initial a été amputé de 2km et 100mD+, ce que je n’ai pas réalisé sur le moment n’ayant pas reconnu cette partie du parcours ; c’est tant mieux pour moi puisque j’étais dans un temps faible).

Dès qu’on bascule dans la descente je retrouve de bonnes sensations. La piste est large et sans difficulté technique, donc il s’agit de dérouler et de se caler sur un bon rythme. Je pars aux sensations, puis jette un œil sur la montre pour vérifier que mon rythme correspond bien à mon ressenti : 3’30 au km c’est correct et ça me permet d’en garder un peu sous le pied si besoin d’accélérer sur la fin. Je termine la descente sans reprendre de coureur ni me faire reprendre, il reste juste à envoyer le faux plat pour remonter à la station jusqu’à la ligne d’arrivée. A ce moment-là, une petite émotion me traverse en réalisant que je peux finir 1er M1, càd « champion de France » M1 !

Mais le faux-plat fait mal. J’agonise dans la relance et j’ai l’impression de faire du sur-place, je me retourne pour voir si ça revient derrière mais apparemment non. Je franchis enfin la ligne d’arrivée et on m’annonce effectivement que je suis dans le Top 20 et 1er M1.

Objectif atteint et même dépassé par rapport à ce que j’espérais ! Je suis super content, j’ai bien géré ma course avec les moyens du jour, et j’ai eu de la réussite (ou de la chance ?), tout s’est bien aligné pour moi aujourd’hui. Je n’en reviens pas d’être Champion de France (même Master) ! Ma première pensée va à ma femme et à mes enfants, qui seront fiers de moi quand je les appellerais pour leur annoncer. C’est pour moi la plus belle récompense, et une grosse source de motivation. Une pensée aussi pour ma famille et mes potes, avec qui j’entends bien fêter ça dignement !

Peu après moi arrivent les 2 autres M1, Nico et les copains du TTT. Tout le monde a bien tourné, et Manon en particulier réalise une énorme performance en se plaçant sur le podium scratch féminin. Nous sommes également 3èmes par équipe.