Récit de la course : Restonica Trail - 69 km 2019, par gpreveraud

L'auteur : gpreveraud

La course : Restonica Trail - 69 km

Date : 6/7/2019

Lieu : Corte (Haute-Corse)

Affichage : 496 vues

Distance : 69km

Matos : Brooks Cascadia 12
Sac Salomon AS5

Objectif : Terminer

6 commentaires

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Restonica 2019

Deux participations au trail du Tavignanu en 2016 et 2017 me laissaient envisager la distance supérieure avec circonspection. Je m'étais senti plutôt bien sur mon deuxième Tavignanu, terminant en 6h30 sans forcer, mais peinait à envisager de doubler la distance sur un terrain encore plus technique.
J'ai pris part en 2018 au trail du Sancy sur 60 km (terminé en un peu plus de 10h) et me suis dit que le Restonica était finalement peut être jouable.

Je me suis donc inscrit en début d'année au Restonica, en restant sur un rythme d'entraînement classique (deux sorties par semaine pour 3h au total avec un peu de vélo en complément).
Mon objectif, en prenant part à la course, était de finir sans blessure et de prendre un maximum de plaisir au contact des merveilleux paysages corses, dans l'excellente ambiance caractéristique de l'évenement.

 

Le départ

La course débute une heure plus tôt (5h du matin) que celle du Tavignanu, alors qu'il fait encore nuit. Le jour se lève progressivement, au rythme de la première ascension. La frontale n'est finalement pas très utile et je ne tarde pas à l'éteindre, éclairé par la lumière du jour et les faisceaux des autres coureurs.

La montée du Bocca Canaglia et ses 1400 mètres de dénivelée est commune au Tavignanu et c'est donc la troisième fois que je m'y engage. C'est toujours aussi long, mais c'est l'occasion de se réveiller et de s'échauffer. Il convient de ne pas trop forcer et d'avancer à un rythme maîtrisé. Je monte à une vitesse équivalente à celle enregistrée lors de mon précédent Tavignanu, atteignant Padule en un peu moins de 2h. Je prends le temps de bien me ravitailler et entâme la fin de la montée sur un tempo maîtrisé, afin de pouvoir aborder la partie roulante qui mene à Boniacce dans les meilleures conditions.

 

 


De Padule à Ninu

C'est un plaisir de trotiner sur la piste forestière qui mène à Boniacce au petit matin, en contemplant le Rotondu, et d'échanger quelques mots avec les autres coureurs, satisfaits comme moi d'avoir pris le dessus sur la première difficulté de la journée.
L'ambiance à Boniacce est détendue et les premiers groupes de coureurs commencent à se former dans la descente suivante, vers Sega.
C'est là que la trace du Restonica quitte celle du Tavignanu et que s'ouvre pour moi une nouvelle aventure. La remontée vers le lac de Ninu est progressive mais paraît longue. Elle se fait principalement en marchant et n'est pas si fatiguante à condition de prendre le soin de se rafrâichir au passage des torrents. J'ai appris de ma petite expérience que c'est un facteur clé de réussite sur ce type d'épreuve.
L'arrivée à Ninu est vraiment agréable et nous nous remettons à courir sur le joli sentier qui mene au lac. Nous croisons ce nombreux randonneurs du GR20 qui peinent sous leur sac à dos, et doivent prendre pour des extra-terrestres ces types qui évoluent à vive allure sur les sentiers. On aperçoit sur l'autre versant les coureurs qui ont déjà contourné le lac et s'en repartent dans la direction opposée.

Le ravitaillement du lac de Ninu est bienvenu et je m'y attarde volontiers. J'apprends au pointage que je suis 180e (sur 320 participants) ce qui ne m'apparaît pas si mal.  Un coureur arrivé avec moi m'indique que nous serions engagés sur une base de 14h de course, ce qui m'apparaît intéressant et conforte mon enthousiasme. La forme est toujours là après 6h d'effort. Je repars avec un camarade de course avec lequel nous avons discuté à plusieurs reprises sur le précédent tronçon et nous nous motivons mutuellement.

 


De Ninu à Grotelle


Le circuit emprunte désormais le tracé du GR20, que j'ai eu l'occasion de parcourir dans sa partie Nord quelques années auparavant. Nous évoluons en courant jusqu'à Manganu au sein d'un groupe de trois ou quatre traileurs et le chemin s'élève ensuite en direction du Bocca Al Porte (Ou brèche de Capitellu), point culminant du parcours et du GR20 à plus de 2200 mètres d'altitude. Le tracé devient de plus en plus technique et s'élève dans la rocaille. A l'aise dans ma progression, je perds mes compagnons de route et dépasse de nombreux coureurs en perdition.
L'arrivée au col me semble être une délivrance, d'autant que le paysage est majestueux, avec le massif du Rotondu sur la gauche et les lacs de Melu et Capitellu en contre-bas. Elle ne l'est finalement pas vraiment, alors que la redescente et le cheminement sur les crêtes se révèlent extrêmement techniques. Je suis repris par quelques coureurs corses, particulièrement à l'aise sur ce type de terrains. J'avance péniblement en compagnie d'un autre participant "continental" avec lequel nous jurons comme des charetiers à chaque passage délicat - et il y a de quoi jurer. La redescente vers Grotelle est tout aussi relevée et éprouvante, d'autant que la chaleur commence à se faire sentir avec la perte d'altitude et la montée du soleil.

Je parviens assez fatigué au ravitaillement. Il est 15h et cela fait  plus de 10 heures que nous avons pris le départ. L'usure commence à se faire sentir et je ne me suis pas assez rafraîchi dans la descente précédente. Je demeure longtemps au ravito, soutenu par les bénévoles qui me rechargent mes gourdes et distillent leurs encouragements. Les hélicos passent et repassent dans le ciel pendant ce temps, laissant imaginer les dégâts que la partie technique du parcours a pu engendrer.

 


De Grotelle à Alzu

Il reste encore 30 kilomètres à parcourir, les pieds et les jambes commencent à faiblir et je sais que le plus dur reste à venir. Nous repartons du ravito en marchant sur la route avec deux vétérans corses. L'un d'eux me dit qu'il préfère au trail le marathon, qu'il court en moins de 3h. Je suis flatté d'évoluer en sa compagnie à ce stade de la course. Nous formons un petit groupe de quatre avec un coureur belge qui mène le train sur la suite de la descente, alternant course et marche, sur un rythme raisonnable qui me convient bien.


La dernière remontée, vers Alzu, tarde à se profiler. Je suis impatient de l'aborder. J'apprécie les montées et je sais que c'est la dernière et qu'elle ne compte que 800 mètres. Nous adoptons un rythme soutenu avec les deux corses, et notre ami belge est malheureusement lâché. Nous reprenons quelques coureurs en difficulté dont un jeune bastiais avec lequel nous avons beaucoup cheminé entre Manganu et Grotelle et qui me paraissait pourtant bien en jambe. Il me dit qu'il est à bout et j'espère ne pas en arriver au même constat.
Je commence d'ailleurs à me sentir un peu faible à mi montée, contraint de laisser partir les deux corses. Je bois un maximum et ingère trois compotes, mais cela ne semble pas suffisant. Je croise un jeune courir nordiste afallé sur le bord du chemin qui me dit se reposer un peu avant de repartir. Je me résous peu de temps après à en faire de même et c'est lui qui me rejoint. Nous repartons ensemble tous les deux, progressant désormais avec une extrême lenteur, incapables de faire mieux. Je sais notre salut conditionné à un arrêt à un point d'eau, certain que nous viendrons à croiser le cours d'une rivière. C'est le cas peu de temps après et nous repartons sur un ryhtme correct. Je réattaque sur le haut de la montée, toutefois déçu, une fois arrivé au sommet, de constater que le ravito est encore à une vingtaine de minutes.

Nous nous retrouvons à Alzu avec mon camarade d'infortune et nous offrons le luxe suprême de nous asseoir et de changer de chaussettes. Il n'y a plus grand monde au ravito et cela sent déjà la fin de course. Nous apprenons toutefois que nous sommes désormais aux abords du top 100, bénéficiant des nombreux abandons en tête de course.  Je retrouve au ravito un autre coureur avec lequel nous n'avons cessé de nous croiser depuis le début de la course. Nous sommes émus de nous retrouver là et nous serrons chaleureusement la main.

 

 


D'Alzu à Corte

Nous engageons la descente à vive allure avec mon collègue nordiste. Cela fait plus de 13h30 que nous sommes partis et les 14h ne sont plus qu'un vieux rêve - la projection était totalement fantaisite. Les 15h peuvent sembler jouables, mais c'est oublier le caractère long et pénible du final, qui est le même que sur le Tavignanu, descente de la vallée du même nom jusqu'à Corte.
Le jour commence à fléchir et il fait moins chaud qu'en milieu de journée. Le haut de la vallée concentre quand même la chaleur résiduelle et les quadriceps finissent par se faire sentir. Je ressens également un échauffement dans les pieds, regrettant de ne pas avoir appliqué de vaseline au ravito, et réalisant que mes nouvelles chaussettes sont nulles. Je suis contraint de ralentir sur la fin de la descente, engageant mon camarade à me lâcher. Je préfère finir en marchant, attendant impatiemment la dernière cascade pour me rafraîchir un peu. Je reprends un peu de poil de la bête dans le dernier kilomètre, me remettant à courir dans les rues de Corte.

Je termine la course au moment où le soleil se couche, après 16h20 de course. Les terrasses sont pleines à craquer et les gens applaudissent à tout rompre. Je pique une forte accéleration dans la dernière descente, m'arrête fugacement à l'arrivée, et me hâte ensuite de rejoindre le stand de restauration pour manger quelques rondelles de lonzu et déguster une Pietra bien méritée - qui n'est pourtant pas ma bière favorite.
Je regrette de ne pouvoir m'attarder un peu plus pour applaudir les derniers arrivants et profiter un peu plus de l'ambiance. Il est cependant déjà tard et j'ai encore une bonne heure de route pour retrouver ma famille. Je retire mes chaussures pour conduire, découvrant les énormes ampoules qui constellent mes pieds...

 

Le bilan

Je termine finalement 132e sur plus de 320 partants (et moins de 200 finishers). C'est pour moi un résultat très honorable d'autant que je finis sans blessures, en dehors des ampoules qui auraient pu être évitées. J'ai vécu une très belle course avec de bons moments d'échange et de partage, et le sentiment d'avoir participé à une belle aventure.

Cela me laisse à penser que les trails longs ne sont pas si inacessibles et que les coureurs moyens peuvent y trouver leur place. La performance sportive pure y revêt moins d'importance que l'agilité, la maîtrise de l'allure, l'hydratation, l'alimentation et la régulation de la température corporelle (facteur essentiel sur les trails par temps chaud).

L'expérience et les points ITRA acquis sur le Restonica me permettront de tenter ma chance au tirage au sort de la CCC pour 2020!

6 commentaires

Commentaire de Gilles+ posté le 29-07-2019 à 11:37:18

Belle course bravo et super récit dans lequel je retrouve pas mal de sensations vécues sur ce beau terrain de jeu. Après 2 TT et ce RT tu devrais adorer l’UTC ;-) Bonne chance pour la CCC !

Commentaire de Shoto posté le 31-07-2019 à 10:52:20

Très beau récit et ressenti de course sur un terrain de jeu magnifique. Bravo à toi pour cette place de Finisher. J'ai fait la CCC 2018 et je pense que tu ne devrais pas avoir de problème pour finir les 101 km.

Commentaire de manoubis posté le 03-08-2019 à 17:58:03

Félicitations... J'ai un pote qui fini 2 places devant toi :-)
Il a du te doubler dans la dernière descente, c'est son terrain de jeu préféré; par contre, son récit n'est pas du tout le même ... il a beaucoup souffert de la chaleur.
Encore Bravo d'être allé au bout sans gros dégâts.

Commentaire de robin posté le 19-08-2019 à 15:11:46

Ton récit m'a rappelé quelques souvenirs ! Bravo pour avoir bouclé ce parcours !

Commentaire de fredviot posté le 21-08-2019 à 23:20:20

Mais je confirme, nous étions bien sûr les bases de 14h 😁

Commentaire de Steve66 posté le 29-08-2019 à 20:58:26

Félicitations pour avoir fini cette course très technique. Je sais de quoi de je parle: j'y étais aussi en même temps mais j'ai été arrêté à Grotelle pour avoir dépassé la barrière horaire de bien plus d'une heure. Comparée au Restonica trail, la CCC va te paraître une course bien roulante.

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