Récit de la course : Les Berges de Conflans 2004, par rodio

L'auteur : rodio

La course : Les Berges de Conflans

Date : 4/12/2004

Lieu : Conflans Ste Honorine (Yvelines)

Affichage : 2396 vues

Distance : 15km

Objectif : Pas d'objectif

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Les Berges de Conflans

Quartier Chennevières, Conflans Ste Honorine, dans le grand ouest francilien. 13 heures, point encore de foule bigarrée pour courir ces très fameuses Berges de Conflans, joyau des courses de ville, perle des peu courues 15 kilomètres. Je suis venu pour vaincre ma voisine de cage d'escalier. Champion du monde de ma cage d'escalier, c'est possible, il faut que j'y crois. Me suis-je préparé dur pour en arriver à cette promesse de triomphe...non. J'ai pas mal picolé ces derniers temps, et continué à abuser des rillettes, mon faible mignon. Mais j'ai les dents, les crocs et la bave qui vont certainement me permettre de la marquer à la culotte et de prendre ma revanche sur le destin (autre rival, mais beaucoup moins choucard).
Quelques lustres de pratiques athlétiques m'ont appris à faire les bons gestes avant le départ. Quelques bises à la gente féminine venue expressément pour moi. Je ne signe plus d'autographes désormais, mais j'ai quelques photos de moi en slip kangourou dédicacé (le slip pas le kangourou) que je distribue aux nouvelles groupies qui ont entendu parler de moi. Pas de doutes, mes dernières frasques cybernétiques ont été suivi par un public toujours plus nombreux. C'est rodio, chuchote-t-on à mon passage et j'opine de temps à autre aux belles effarouchées.
Bien. Mais que diantre, je suis là pour courir, pour prouver au monde incrédule que le cauchemar de la décrépitude n'est pas une fatalité et qu'on peut consommer rillettes, pâtés, saucissons et gros qui tache, et traverser la vie d'une foulée superbe et déliée.
13 heures 59 minutes 3,4,5 secondes... le temps s'égrène. Dans bientôt quelques secondes, je vais m'élancer parmi cette foule de 850 personnes environ, sur ce parcours dantesque hérissé de 4 promontoires escarpés qui vont rendre les jambes des consommateurs de rillettes dures comme des tartines de pain rassis. Point de voisine, et d'ailleurs fort peu de licenciés du club du PLM Conflans, une grosse vingtaine (sur une centaine de joggers recensés) mais une demi-douzaine de marcheurs (heureusement que les marcheurs sont là). Bref, il va falloir que je me batte contre moi-même, un combat gagné d'avance tellement je suis superbe dans l'effort.
Pan, les aveugles accompagnés s'élancent sous les applaudissements. Le milieu de peloton, engoncé dans sa gangue de coureurs s'interrogent, mais pour peu de temps, le second coup de feu libérant la meute des prétendants au nirvana de la foulée bienfaisante. Je n'ai pas grand chose qui puisse m'indiquer mes temps. Une vague montre "Polar" sans le sous-tif qui va avec et sans les secondes, mais je sais que je suis parti vite. Se faire violence, trouver la foi, chercher le top tempo méga délire, parvenir à la quintessence du moi dans l'effort, telles sont mes ambitions à peine tues. Que vois-je de ce début de course? Un homme affublé d'un chien qui le tracte (monsieur c'est interdit et c'est un avantage illicite, ceci dit en passant), un chien noir, mais je ne suis pas raciste. Un groupe de percussionistes sur la place principale du quartier de Chennevières qui imprime le rythme à ce début de peloton. Des dos de coureurs plus ou moins agréables à regarder. Des rues, mille fois parcourues, théâtre de mes exploits enfantins. Je double une jeune femme de couleur à la silhouette et à la foulée agréables. Nous reverrons-nous? Les trois premiers kilomètres se font en très léger faux-plat. Après le passage sous la voie ferrée, une montée légère et sans conséquence sur l'état de nos fatigues, donne un modeste aperçu de ce que sera le parcours. Puis cinq cent mètres plus loin, c'est la plongée en direction des fameuses berges de Conflans où dorment bon nombre de péniches de cette cité batelière. Il fait beau, quelques oiseaux tentent de gazouiller, mais c'est bien le martèlement des baskets en tout genre qui résonnent aux tympans de mon crâne en ébullition. La télévision est là, comme pour le Tour de France. Nous sommes filmés. J'esquisse une superbe grimace dont j'ai le secret, modèle Harald Norpoth quand il essaie de déborder Michel Jazy lors d'une tentative contre le record du monde du 2000 mètres à Saint-Maur (excusez-moi mais je n'ai pas de référence plus récente, les coureurs ne grimacent plus, c'est l'EPO ???). Pour bien connaître toutes les rues et ruelles ce cette ville qui ne vit jamais aucun homme célèbre y naître, enfin je veux dire vraiment célèbre, ceux qu'on voit à la télé quoi, je sais que nous allons vers une superbe gâterie. C'est la première côte, un bon 17 % d'une longueur de 150 mètres qui matraque vers le quatrième kilomètre. Le poids des ans et l'abus de cochonneries se font cruellement sentir. Dire que les premiers absorbent ce genre d'étouffe-jogger du dimanche sans quasiment baisser de rythme. Ce n'est pas mon cas. Qui mal est, je suis parti trop vite et je commence à le sentir. Les jambes iraient, mais le muscle essentiel refuse du monde. Il vient de me sortir un gros écriteau avec écrit dessus : "oh tu te crois chez mémé là, faut te calmer, n'oublie pas que tu es une brèle surchoix!". ll a raison. Je change vite de maillot, retire "super champion imprenable" et endosse "gras du bide en solde". En haut de cette côtelette indigeste : ma voisine ! Elle fait partie du service d'ordre !!! Je la battrais à plate-couture une autre fois. Elle m'encourage et j'en ai bien besoin parce que si cette nouvelle tunique "gras du bide" me va comme un gant, c'est un gant de boxe poids-lourd, là où il me faudrait les mitaines cyclistes du maillot à pois rouges. Si vous faites un jour cette course et que le circuit est toujours le même, dites-vous que vous êtes dans le trytique des réjouissances. Une descente pas franche (avec marches) suit la montée qui tue. Vous laissez la Tour Carrée (un des monuments de la ville) à main droite et dès la pente dévallée, vous rattaquez une montée sèche jusqu'au musée de la Batellerie (150 mètres de délices). Si vous êtes dans le premier quart de la course (comme moi à cet instant), vous croisez la tête de course, et vous vous voyez en rêve. Comment font-ils et qui sont-ils? Et dire qu'ils ne sont même pas kenyans! La seconde pente terminée, nous rentrons dans le parc du stade municipale Biancotto et une gentille bouclette nous montre rapidement l'Orangerie et les vieux bâtiments du musée. C'est joli, mais j'ai la tête ailleurs. A peine ressorti de l'enclos, et une méchante ruelle piétonnière en dégringolade se présente. A peine déboulée, elle se transforme en vilaine grimpette d'une grosse centaine de mètres. Puis c'est de nouveau une descente et là je bombe le torse aux yeux de ceux qui jouent mon remake "moi face aux champions" et qui ahanent alors que je me pavane. Retour sur les berges, acclamations. J'ai entrevu la première féminine en début de parcours (une dizaine de mètres devant moi), la seconde est venue à ma
hauteur dans la descente infernale du triptyque et voici qu'apparaît une sylphide, en même temps que quelques ondes favorables. Un petit dialogue s'engage avec ce qu'il me reste de souffle. La belle est de mon club. Qui est-elle? J'essaie d'en savoir plus. Elle vient de gagner l'épreuve féminine des 4 kilomètres 800 d'Andrésy. J'y étais mais je n'ai pas pu suivre la course (il y en avait trois en même temps). Mais quand elle m'annonce qu'elle a mis 18 minutes 10, je me dis que je vaux au mieux 21 minutes et que c'est définitivement sûr, je suis parti trop vite. Je lui dis bonne chance et je m'attends à ce qu'elle me largue. Bizarrement, je ne me sens pas si mal et j'insiste sur ce tempo. L'a double. Nous arrivons ainsi au Pointil, là où Seine et Oise confluent. Ma femme fixe mon passage pour la postérité de l'album de famille. Je suis en compagnie de la deuxième et de la troisième féminine. Pour l'instant c'est pas mal pour un "totalement has been de la foulée qui tranche". Les choses vont un peu se gâter sur le retour. Le fait de croiser de nouveau l'essentiel du peloton donne du baume au coeur qui en a bien besoin. Le tracé est maintenant plat et suit la totalité des berges conflanaises. Le dixième kilomètre se fait désirer et j'ai certainement baissé de pied, quelques coureurs revenant de l'arrière. La seconde féminine, après s'être arrêtée quelques secondes au ravitaillement du 10 ème kilomètre, a trouvé un point d'appui en la personne d'une grande carcasse masculine taillée comme un triathlète, et les deux m'ont déposé. La fin de course étant à l'inverse du début, je sais que le juge de paix se profile. Il reste trois kilomètres et voici la sente des Laveuses qui va me lessiver (elle est facile, mais la côte ne l'est pas). La troisième féminine me double en courant, alors que je suis contraint de marcher. Cela permet à mon coeur de reprendre sa place dans la cage thoracique. C'est abrupt, ça fait encore 150 mètres et ça n'est pas fini, il y a une centaine de mètres de faux-plat montant en suivant. Je coince, mais cela va revenir. Je paie un peu la note de mon départ trop rapide. Ca y est, nous sommes sur le plateau et je sais que je vais finir honorablement. La sylphide de tout à l'heure réapparaît alors qu'il reste deux kilomètres voire moins. Cela me donne des ailes de la retrouver. Elle semble un peu déçue de se savoir quatrième féminine, cela contraste avec la joie que j'éprouve d'être à son niveau. A un kilomètre du but, j'apprends qu'elle s'appelle Clarisse en écho à quelques encouragements. Clarisse Trocadéro. Mais c'est bien sûr ! J'ai déjà vu son nom plusieurs fois sur des classements et statistiques. Finir non loin de Clarisse Trocadéro qui s'en est allé, ouais, du ballon ! Je termine tant bien que mal ce dernier kilomètre (elle me mettra trente secondes dans la vue en si peu de temps). 1 heure 6 minutes et 35 secondes pour 15 kilomètres montagnerussants, ça me va.

Bon, la suite je ne vous la dis pas. C'est toujours pareil, elles ont encore arraché mon maillot et j'ai du encore m'enfuir à moitié à poil à travers la campagne. Bisous à toutes.

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