Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2004, par Dhom

L'auteur : Dhom

La course : Ultra Trail du Mont Blanc

Date : 27/8/2004

Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)

Affichage : 8769 vues

Distance : 155km

Objectif : Pas d'objectif

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Heurts et bonheurs sur l'UTMB 2004

HEURTS ET BONHEURS SUR
L’Ultra Trail du Mont-Blanc 2004

Définition de mon vieux Larousse, «ultra : …pour caractériser ce qui est exagéré ».
Cette boucle autour du Mont-Blanc, n’est-il pas déraisonnable de vouloir l’effectuer en une seule étape ? La question a tourné dans bien des têtes, dans la mienne elle a fini par la réponse qu’il fallait que j’essaie. Certes, le fait que mon fils Florian se soit inscrit, puis qu’il ait dû renoncer en raison de l’avancement de son départ au Spitsberg le 30 août, a accéléré les choses. Son dossard était à reprendre. Sans ce concours de circonstances, je crois que j’aurais attendu 2005 pour entrer dans l’UTMB. En effet 155 km, 8500 m de dénivelé positif et forcément autant de dénivelé négatif, cela donne à réfléchir et fait intégrer l’abandon comme une probabilité inhabituelle dans l’esprit du sportif d’endurance.
Quelques années sans pratiquer de sport, une dizaine de kilos en trop et nous sommes déjà à 6 mois du départ de l’UTMB. A 50 ans, le cardiofréquencemètre m’apprend que le cœur est resté correct et l’entraînement se fait d’abord à base de marche et de footings légers. Les randonnées du dimanche s’allongent et la barre des 100 km en 18 heures est passée en juin. Mais sur le massif jurassien, autour de Besançon, les collines n’ont rien à voir avec le tour du Mont-Blanc. L’apprentissage de la marche avec bâtons me permet de ne plus craindre la course de nuit, et la lampe frontale rentre doucement dans mon paquetage.
Ma préparation intègre quelques trails « courts » par rapport à l’UT : c’est la découverte de l’esprit des ultra-fondus sur le trail de la vallée des lacs à Gérardmer, ensuite l'ardéchois de Désaignes, puis la Fila sky race à Briançon et enfin la 6000 D à La Plagne. Mais à chaque arrivée, une remarque me vient en tête : « l’UTMB, c’est au moins 100 bornes de plus et le dénivelé moyen est supérieur ! ». Mais les ambiances de course sont supers et je trouve beaucoup de plaisir dans ces sorties sportives.
Et puis ce sont les petites douleurs. Le radiologue m’apprend que mes genoux sont « normalement usés » pour mon âge. Compeed me permet de poursuivre l’entraînement avec des ampoules récidivantes et les chevilles me rappellent qu’elles ont été foulées toutes deux et qu’elles méritent quelques ménagements. Je pense souvent à mon vieux copain Jean-Claude qui rappelle que « si, à partir de 40 ans, tu n’as mal nulle part le matin, c’est que tu es mort ! »
Cette reprise de contact avec le sport me fait remonter vers mes amis sportifs de Pontarlier et j’ai la chance d’entrer dans l’équipe « Sport Aventures Haut Doubs » composé de Luc BOUDAY, Gilles RUBILONI, Daniel GROSLAMBERT, Philippe JEANMONNOT, Philippe LANFRANCHI, Jean-Marie BOURGEOIS et Jean-Luc GIROD. Philippe JEANMONNOT réussit à intéresser la société AIGLE à notre projet et nous sommes dotés de matériels techniques nous permettant d’alléger un budget équipement qui est lourd pour une course de ce type.
Je deviens un peu obsédé par le défi de cette course et nous décidons Cathy et moi d’apprivoiser la région en prenant des vacances à Vallorcine quelques jours avant l’épreuve. Mais le programme d’entraînement est alors très léger et la neige tombant jusqu’à 2000 m dans la nuit du mercredi au jeudi vient rajouter aux incertitudes d’arriver à terminer cette boucle folle.
La brochure technique détaillée de l’UTMB découpe le parcours en 8 étapes, mais à part COURMAYEUR et CHAMPEX, je n’ai pas ressenti un découpage identique car la notion d’étape est intimement liée à l’état de forme dans lequel on se présente vers ces lieux de réconfort et des ravitaillements légers peuvent devenir des havres où l’on s’arrêtera significativement.

I – PARTIR, C’EST COURIR UN PEU !

Vendredi 27 août, la place du triangle de l’amitié à Chamonix est plus que comble pour ce départ par beau temps, l’enregistrement des puces des coureurs semble poser quelques problèmes, mais cela n’altère en rien l’humeur des participants. Ce n’est pas un départ de 100 mètres et la suite prouvera que l’on n’est pas à 5 minutes près. Je recule pour être dans les derniers à partir. Je n’aime pas trop gêner les autres ou être bousculé et je n’ai vraiment nul espoir de lutter pour le podium. De plus, Luc nous a conseillé : « de partir doucement, de continuer tranquillement et de finir calmement ». Il sait de quoi il parle, il arbore le dossard 14, ce qui signifie qu’il a été quatorzième de l’UTMB 2003. Cette première édition n’a été terminée que par 67 concurrents, sur plus de 600 au départ, en raison de conditions météos exécrables qui se sont surajoutées aux difficultés intrinsèques de l’épreuve.
Je suis bien loin de l’arche de départ et je me retrouve juste devant les deux serres files. Je découvre l’existence de cette fonction indispensable, j’échange quelques mots avec eux, mais j’oublie de leur demander à quelle étape ils seront relayés. Encore deux bénévoles dévoués que je tiens à remercier ici ; ils sont plus de 500 à travailler pour nous sur le parcours et sans eux, cette course d’exception ne pourrait avoir lieu. Avec quelques petites minutes de retard, le départ est donné, je piétine à l’arrière de cet impressionnant peloton issu des 1579 inscrits. Le démarrage se fait calmement en plaisantant avec mes voisins, il nous faudra 3 ou 4 minutes de piétinement avant d’atteindre la ligne officielle. Quelques mètres plus loin, je peux faire une bise à Cathy qui est là pour me soutenir. Le premier virage à droite est pris et je commence à courir un peu car le gros de la troupe a pris son essor, lorsque je suis hélé par mon ami Jiji qui, en séjour dans la région, essaie de me voir depuis plus d’une heure. Je coupe mon élan et fais quelques pas en arrière pour lui serrer la main ; il court avec moi une centaine de mètres et je suis ravi d’échanger quelques mots avec lui.

II – LA BALME DANS LE CALME

Je prends un rythme plus soutenu, mais je ne dépasserai pas les 8 ou 9 km/h jusqu’aux Houches ; les bâtons et la frontale resteront dans le sac. Le « trafic » est intense et les habitués du boulevard périphérique ne doivent pas être trop dépaysés. La nuit est tombée, après un bref ravitaillement au bas des pistes de ski, nous attaquons le col de Voza et son dénivelé de 760 m sur 5 km à parcourir. Cette première bosse se passe dans un état d’euphorie persistant depuis le départ. Adrénaline et Endorphine sont au travail pour que nous appréciions bien l’aventure dans laquelle nous nous sommes lancés. Je dois avouer que je néglige de consulter régulièrement mon cardiofréquencemètre et que l’objectif que j’avais de ne pas dépasser les 75 % de ma fréquence cardiaque maximale n’est pas mon souci principal à ce moment là. La fiche coureur, récupérée plus tard sur le site, m’apprendra que je suis passé en 1061ème position au col de Voza, et que Vincent DELEBARRE a été pointé 46 minutes avant moi. Je suis dernier de l’équipe AIGLE et mon coéquipier LUC a bien mis en œuvre ses principes puisqu’il n’est que 10 minutes devant moi. Sa grande régularité dans l’effort et son expérience le feront bientôt revenir à sa place de leader de l’équipe et il courra avec Philippe LANFRANCHI lorsqu’il l’aura rattrapé avant les Contamines.
A minuit pile, j’arrive au point de contrôle et de ravitaillement des Contamines en même temps que Jean-Marie. Il est plus cool que moi. Je suis descendu du col de VOZA en état d’euphorie. J’avais l’impression d’être en grande sécurité avec mes bâtons et je suis passé à la 748ème place sans véritable volonté de ma part. J’ai été porté par l’ambiance, mon cardio a souvent marqué 80 %. Ce sont des excès que je paierai plus tard, mais j’ignore encore comme la course sera longue, et je suis alors à environ 7 km/ h de moyenne. Si j’avais tenu ce rythme pendant toute la course, j’aurais été entre Vincent DELLEBARRE et Dawa SHERPA à l’arrivée. Faut pas rêver !!!! Je promets que je serai encore plus calme au départ l’année prochaine, cela m’évitera peut-être des galères sur la suite du parcours.
La montée de Notre-Dame de la Gorge a une sévère réputation et je retrouve le calme dans cette montée. Je sais que j’ai une chance de rencontrer Cathy qui a participé à la randonnée nocturne, organisée par le club alpin français de Chamonix, jusqu’au chalet de la Balme pour participer à une soirée savoyarde et voir les coureurs. J’ai de la chance et je la croise alors que son groupe est sur le chemin du retour. J’ai droit à une bise d’encouragement et nous sommes pris en photo par l’une de ses compagnes de randonnée qui, elle aussi, suit la course dans laquelle son mari est engagé. Nous ne verrons jamais la photo car elles n’ont pas échangé leurs coordonnées et un message laissé sur le forum du site « ultratrailmb.com » est resté sans réponse. Je suis réconforté par cette rencontre attendue et je saucissonne largement quelques instants plus tard au ravito de la Balme. La nuit est belle, la fraîcheur s’est installée mais les étoiles nous attendent dans la montée du Bonhomme.

III – LES CHAPIEUX, ENTREE DANS L’ULTRA

La montée vers le col du Bonhomme, puis vers la Croix du Bonhomme se fait encore en file indienne et il faut réaliser des efforts pour dépasser en sécurité. L’ambiance est toujours excellente et le plaisir d’arriver à passer la plus grande montée de la course sans trop souffrir me fait oublier que l’UTMB c’est long, très long. Je bascule à la Croix du Bonhomme en appréhendant cette longue descente dans la nuit sur des chemins étroits et difficiles. Je ne regretterai pas mes bâtons car ils m’ont évité une foulure lorsque ma cheville est partie de travers sur un caillou et que j’ai pu me rattraper par un fort appui sur mon bâton de droite.
J’ai la surprise d’arriver à la hauteur de Philippe JEANMONNOT peu de temps avant Les Chapieux. Il court avec une deuxième frontale dont l’élastique est passé autour de la taille. Il bénéficie ainsi d’un très bon éclairage du chemin ; il confiera plus tard qu’il avait mal au ventre mais qu’il n’avait pas établi directement le lien entre la frontale et sa douleur qu’il pensait d’origine interne.
Le ravito des Chapieux est l’occasion de savourer cette bonne soupe aux vermicelles qui nous a souvent été servie pendant la course. Nous nous arrêtons sûrement une bonne vingtaine de minutes, mais je dois avouer que le souci du chrono est bien loin dans mon esprit et que les efforts commencent à se faire sentir.
Si l’ultra fond se définit par le passage de la barre des 42 km, soit la distance mythique du marathon, Les Chapieux sont l’entrée dans ce domaine et sur l’UTMB, il faudra parcourir encore 113 km pour mériter l’arrivée.
Pour continuer à se faire peur, si la fameuse formule des kilomètres-effort est vraie, c'est-à-dire que si chaque fois que l’on grimpe 100 m de dénivelé cela correspond à rajouter 1 km, alors l’UT c’est 155 km auxquels il faut ajouter 85 équivalents km pour les 8500 de dénivelé positif. Ce qui nous donne une estimation de 240 km soit 5,7 marathons. Bon, c’est bien de compter, mais c’est encore mieux d’avancer, il faut repartir.

IV – LE COMBAL EST INEGAL

Philippe et moi repartons ensemble, environ en 400ème position. La fatigue se fait sentir, il est 4 h du matin et l’on attaque par du bitume, revêtement redouté par les traileurs. Cela monte calmement, mais le temps est légèrement brumeux et les participants sont nettement plus clairsemés. Pour la première fois, il m’arrive de rester plus d’un quart d’heure sans voir une lampe devant ; la baisse de la visibilité doit y être pour quelque chose. Dur, dur ! Petit à petit, je me détache de Philippe et je me retrouve en haut du col de la Seigne sans vraiment avoir perçu mon environnement. C’est dans la descente vers le lac Combal que je redeviens un peu plus lucide. Mais le petit matin me paraît bien triste dans cette vallée et pour la première fois, j’ai des doutes sur le parcours, car les balises m’apparaissent comme moins évidentes et j’attends les coureurs qui me suivent pour me libérer de mes doutes.
J’ai le souvenir d’un ravitaillement avec des gens chaleureux au lac Combal, et il le fallait car la fatigue de ce beau matin ne me permettait plus d’apprécier le paysage dont la démesure me paraissait plus hostile qu’admirable à ce moment là. Je n’ai pas arrêté au lac Combal et j’ai continué le combat.

V – COURMAYEUR, TOUT LE MONDE DESCEND

Un dernier coup de rein pour passer l’arête Mont-Favre. Je suis bien redevenu conscient et je passe calmement les 460 mètres de dénivelé. Je suis pointé en 248ème position et ma moyenne est encore de 5,3 km/h.
Il s’agit maintenant de descendre pendant 10 km sur Courmayeur et de perdre 1225 m d’altitude. J’ai l’impression d’être performant, mais les calculs réalisés au calme, bien après la course, donnent une moyenne de 8 km/h sur cette portion. Cela donne une idée de ce que c’est que l’UTMB, quand je me réfère à mon meilleur marathon que j’ai réalisé à plus de 13 km/h de moyenne. Comment imaginer que l’on puisse aller aussi lentement dans une descente à plus de 12 % ? Cet ultra, il bouleverse toutes les certitudes, toutes les habitudes.
Avant le ravitaillement du col Chécroui, je me sens au bord de l’hypoglycémie et j’avale le seul tube de gel énergétique que je prendrai pendant la course. J’en ai les mains toutes poisseuses et je suis content d’arriver au ravito pour les laver. Dans la famille POLETTI, je demande : le fils. J’ai la chance d’être accueilli par le jeune POLETTI, qui est aussi dévoué que ses parents. Il m’aide à me laver les mains, je bois un verre d’eau et je repars pour cette longue plongée sur Courma. Mince, j’ai oublié de lui demander son prénom, mais il faut cependant que je pense à écrire à ses parents qu’il marche sur leurs traces. Je l’ai déjà fait sur le forum internet et je recommence ici. Bravo et merci. Il a eu le temps de me dire que son père s’était arrêté longuement aux Chapieux, et qu’il n’était pas encore passé. A l’arrivée, Michel POLETTI sera plus de 5 heures devant moi, mais je n’ai aucune idée de l’endroit où il m’a dépassé. Il faut dire que j’ai eu quelques passages difficiles.
L’arrivée sur Courmayeur est un plaisir d’autant plus grand que Cathy est à l’entrée du gymnase dans lequel nous attendent nos sacs vestiaires, les douches, les podologues et les kinés. Le réconfort est donc bien au rendez-vous après 72 km parcourus et près de 13 heures d’efforts. Ma vaillante supportrice a dormi 2 heures dans sa voiture avant de reprendre une des navettes en bus pour venir attendre. Cela fait au moins 2 heures qu’elle patiente et il est dommage qu’elle ne connaisse pas tous les gars de notre équipe, car ils sont 4 à être déjà passés. Luc et Philippe L sont arrivés ensemble à 7h08, Gilles les a suivis à 8h16, Daniel est pointé à 8h50 et bien que je ne sois que 2 minutes derrière lui, je ne le rencontrerai pas pendant les 2 heures que je passerai à Dolonne. Philippe J arrivera à 9h27 et Jean-Marie à 11h08. Cathy a pu échanger avec Luc et elle l’a accompagné au repas, mais elle n’a pas identifié Philippe L, Gilles et Daniel. Je passe à la douche et au massage ce qui me prend bien 1h 30, puis je retrouve Cathy, qui est condamnée à attendre dehors. Il est dommage que les rares accompagnateurs ne soient pas admis au moins dans la partie où l’on patiente pour les massages car leur présence est utile à tous sur le parcours. Sans leur présence, les coureurs anonymes comme moi et mes compagnons de galère ne seraient guère encouragés sur le parcours. Et pour les encouragements aux coureurs et les coups de main aux ravitos, Cathy ne fait pas d’exclusive. Elle finit même par connaître certains qui courent à peu près dans les mêmes temps que moi. C’est une des magies de ces courses que de pouvoir contribuer à maintenir le moral de tous, y compris des coureurs sans grade, comme moi, qui sortent ainsi un peu de l’anonymat.
Je mange quelques pâtes sous la tente ouverte également aux accompagnateurs ; je bois beaucoup et je repars sous un grand soleil pour essayer de boucler.

VI – BERTONE, LE MUR

Une brève descente en sortant de la base de Dolonne et nous voila repartis pour la traversée de Courmayeur, début de la montée de 796 m vers Bertone. Les habitants de la ville ne prêtent guère attention à ces marcheurs avec bâtons et dossards. Les « bonjour » et « buon giorno » que je dispense aux personnes rencontrées ne rencontrent qu’une réponse polie. L’UTMB ne semble pas avoir ici la même popularité qu’en Suisse ou qu’en France. Peut-être que les médias ont moins informé que dans les autres pays organisateurs sur l’aspect particulier de cette course. Et puis Vincent DELEBARRE est passé il y a déjà plus de 6 heures. . .
Pour la première et dernière fois, en sortant de la ville par un chemin large, je rate une balise et je parcours 100 m de trop, en montée, avant d’être alerté par un de mes compagnons de route. A qui la faute ? A ma distraction ? A ma fatigue ? A une faiblesse de balisage ? Je ne le saurai jamais, mais il faut en profiter pour souligner l’excellence globale de l’indication du chemin par ces rubalises fluorescentes qui ont souvent été un réconfort dans la nuit. Encore une performance de l’équipe d’organisation qu’il faut souligner.
Je rejoins le parcours officiel et j’entre alors dans le premier des nombreux lacets qui conduit au refuge Bertone. Les participants à l’Ultra sont mêlés aux promeneurs du samedi ; je regrette de ne pas parler italien pour échanger davantage avec les randonneurs rencontrés sur ce sentier magnifique, où la lumière de cette belle matinée d’été donnerait le moral au plus fatigué des traileurs.
Puis, à mi-pente, le syndrome de l’après Courmayeur me frappe : Les douleurs stomacales deviennent de plus en plus violentes et le ravitaillement de Bertone prendra d’abord un caractère sanitaire qu’il est décent de taire. C’est là que les lacets me semblent être accrochés à un mur. Sur ce type de parcours, mes enfants parlaient de chemin en tortillons, je vous jure que cela tortillait aussi dans mon abdomen. Certains ont accusé la nourriture du centre des sports de Dolonne. Pour ma part je serai prudent sur ce sujet. Il faudrait une statistique significative pour en tirer des conclusions et je pense qu’une nuit blanche et 75 km peuvent suffire à expliquer le phénomène. Allez dire à des gens plus raisonnables que les ultra-fondus que vous étiez fatigués et que vous aviez mal au ventre après des efforts pareils ! Vous verrez bien leur réaction.
Je prolonge la pause de Bertone sur cette magnifique terrasse et je reprends le chemin à peu près ragaillardi par des boissons servies par des bénévoles toujours aussi sympas.

VII – FERRET : « QUE LA MONTAGNE EST BELLE ! »

Cela monte et descend calmement après Bertone. Si le décor n’était pas si grandiose, je dirais que le parcours est vallonné, mais ce serait faire offense à la dimension alpine du paysage. J’ai l’impression que la forme n’est plus aussi mauvaise. Un calcul d’après course m’apprendra cependant que je n’ai réalisé qu’une moyenne de 4,1 km/h sur les 9 km qui vont de Bertone à Elena et il n’y a guère qu’environ 500 de dénivelé positif et à peu près autant de négatif.
Je retrouve Philippe J, 2 ou 3 km après Bertone, il est assis sur le bas côté et téléphone à Béa. Il a dû repartir plus tôt que moi de Courmayeur où il m’a dépassé pendant mon isolement à Bertone. Nous repartons ensemble jusqu’au ravitaillement de Lavachey, où nous sommes à nouveau séparés sans l’avoir vraiment décidé. Décidément, la lucidité n’est plus tellement là.
Nous voici sur le bitume dans le Val Ferret italien, la route est ouverte aux voitures et la course ne semble pas devoir perturber leurs habitudes. Je suis même réprimandé du doigt par un automobiliste qui, apparemment, trouve que je suis peu véloce dans ma traversée de route. Vivement que l’on retrouve les chemins ! Je commence à souffrir de douleurs sous les pieds et le goudron, avec la grande régularité dans les mouvements qu’il permet, ou impose, me paraît ne rien arranger.
Enfin, peut-être que ma grande fatigue de ce moment-là me fait noircir le tableau. Et je devais être dans un drôle d’état puisque le relevé des temps intermédiaires m’a appris après course que j’avais passé Daniel entre Bertone et Elena sans le voir ! Lui, par contre, se souvient bien de m’avoir vu et parlé !
La montagne est belle. Oui, mais elle est vraiment trop haute ! J’attaque les premiers mètres du Grand Col Ferret dans cet état de mes réflexions. J’essaie d’apercevoir le chemin qui m’attend et je distingue la file, maintenant bien clairsemée, des participants qui me précèdent. Ils me paraissent bien loin, et que cela paraît difficile d’arriver là-bas, tout en haut du col. Au tiers de la pente, je m’arrête brièvement au refuge Elena. L’ambiance y est pourtant excellente et les bénévoles toujours aussi disponibles. Mais la montagne m’appelle et le passage au point culminant de la course nous attend. Une fois de plus les chiffres analysés après course sont impitoyables : 1 heure et 1 minute pour monter de 475 mètres !
Enfin la bascule, les bénévoles qui nous contrôlent sont vraiment admirables. Ils sont là, en plein vent depuis au moins 8 heures du matin, puisque Vincent est passé à 8h25. Il est déjà 15h 39 et j’estime qu’ils devront tenir jusqu’à 21h environ. Ils me prêtent la précaire cabine polyester qui leur sert d’abri afin que j’enduise de pommade des irritations devenant de moins en moins supportables et je repars pour une descente annoncée de 20 km.

VIII – DESCENTE VERS LA FOULY

La pente n’est annoncée qu’à 9 %. Mais, il ne faut pas faire de folies avec la fatigue qui s’est accumulée dans les jambes, les bras et surtout dans la sphère digestive. Et puis le cœur impose ses limites, il bat entre 60 % et 65 % de son maximum et refuse de faire mieux. Les bâtons sont toujours aussi appréciables, ils me permettent de tenir 7,5 km/h sur ces petits et agréables chemins de montagne. Le passage sur la terrasse du chalet de La Peule est l’occasion d’échanges amicaux avec les promeneurs attablés. Je suis entré en Suisse et il est à peu près l’heure à laquelle Vincent est arrivé à Chamonix. Sa moyenne globale, montées comprises, est sensiblement égale à l’allure que je tiens dans cette descente !!!
Enfin La Fouly, et là, divine surprise, Cathy m’attend auprès de la fontaine. Cette fois-ci, elle est venue en voiture et attend depuis au moins 3 heures. Il y a également Jean-Luc GIROD qui a dû déclarer forfait pour cette course. Dommage pour lui car il détient toujours le record de France de la plus grande distance parcourue en ski de fond en 24 h. Ils s’occupent de moi pendant le ravitaillement et m’apprennent que Gilles est passé 1h30 avant moi. Une bise à Cathy et Jean-Luc m’accompagne environ 1 km. Il m’encourage à tenir jusqu’au bout. Il me dit cette phrase forte qui me reviendra souvent le reste de l’épreuve : « une course comme ça, c’est avec la tête que ça se termine ». La suite prouvera qu’il a vraiment raison

IX – CHAMPEX, NON SANS PEINE

Il faut prononcer Champé et dire : je fus bien fatigué en arrivant à Champex. Pourtant cela s’annonçait plutôt bien, après La Fouly, les encouragements amicaux m’ayant requinqué et la descente se poursuivant avec, cependant, des variations plus nettes de profil, le rythme fut correct jusqu’au Praz de Fort. La conversation allait bon train avec des compagnons de souffrance rencontrés au hasard des kilomètres. Le ravitaillement du Praz fut un modèle de la sympathique tradition d’accueil de nos amis suisses. Je n’oublierai pas cette grande table sur la terrasse d’une maison individuelle, avec les enfants prenant leur repas à l’intérieur. Merci pour ces quelques instants de vraie chaleur humaine. Nous étions bien fatigués et, de ce fait, peut-être pas très aimables. Mais ce moment convivial nous laisse un souvenir qui à lui seul justifie de revenir l’année prochaine.
La montée sur Champex a marqué l’entrée dans la galère en ce qui me concerne. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 20 heures pour effectuer les 100 premiers km jusqu’à La Fouly, plus de 19 heures pour parcourir les 55 derniers km. Et je n’ai certainement pas été seul dans ce cas ; en effet j’ai été pointé 239ème à La Fouly et exactement à la même place à l’arrivée. L’euphorie de la descente m’ayant même permis d’arriver en 218ème position à Champex.
Mais à partir d’Issert, les choses se sont gâtées ; le soleil commençait à se cacher, je n’ai pas été assez lucide pour m’apercevoir de ma baisse de forme et je ne me suis pas rhabillé suffisamment. Conséquence, je devais me trouver en léger état d’hypothermie en entrant dans la Base de Champex. Je n’ai pas pu apprécier à sa juste valeur le son du cor qui m’a accueilli un peu avant le ravitaillement. Quelle bonne idée que cet accompagnement musical et quelle constance dans l’effort pour les musiciens. Car l’égrènement des concurrents depuis 11h27 du matin ne pouvait guère laisser espérer un accueil de ce genre à plus de 20h.
La nuit tombe, Cathy est à l’entrée du centre d’accueil. Je lui fais part de mon épuisement et j’envisage l’abandon.

X – DE CHAMPEX A CHAMPEX : LA PLUS DURE DE MES ETAPES

J’ai froid, je suis épuisé et je souffre terriblement de mes meurtrissures en dessous des pieds. Je décide cependant de passer entre les mains des podologue, médecin, kinési et ostéo avant de prendre ma décision finale. Cette organisation est vraiment ultra-royale : pouvoir accéder à autant de soins, jamais je n’ai vu cela.
Si j’ai bien compris, nous sommes accueillis dans une base militaire. Cela tombe bien car cela ressemble un peu à un hôpital de campagne. Enfin, j’exagère, car la compétition est très pacifique et il faut souhaiter que tout le monde s’est remis, peu ou prou, de cet UTMB. Il est vrai que nous devons parfois évoquer les anciens combattants lorsque nous racontons notre campagne du 27 au 29 août 2004.
Le passage vers les jeunes kinés est l’occasion d’un échange linguistique enrichissant. Je leur parle de mes « talures » sous les pieds et ils trouvent le mot pittoresque. Je pense alors que le terme est spécifiquement franc-comtois. La consultation ultérieure du dictionnaire m’a permis d’apprendre que le mot était très ancien et surtout utilisé pour les fruits. Enfin cela nous a donné l’occasion d’avoir des échanges plaisants et a engendré la bonne humeur.
C’est allongé sur la table de massage que je retrouve Daniel. Je ne l’avais pas encore vu de toute la course, il semble globalement en forme et plaisante avec les jeunes qui s’occupent de nous.
Je patiente ensuite pour voir le médecin qui en a vu d’autres et ne semble pas très impressionné par mes petits problèmes. Je discute avec Cathy qui me persuade d’aller dormir. Nous convenons que je prendrai ma décision après une heure de sommeil.
J’ai un sommeil agité et lorsque Cathy vient me réveiller, je me sens un peu mieux. Je mange une délicieuse saucisse de veau et des pommes de terre. L’ambiance de la salle de restauration est très spéciale, avec des tas de coureurs épuisés. Champex a d’ailleurs été la fin de l’épreuve pour 130 participants et seulement 3,5 % de ceux repartis de cette base n’ont pas terminé l’UTMB. Champex-Le-Lac est donc bien un cap, une étape cruciale où la décision doit se prendre pour beaucoup.
La nuit est déjà bien avancée et je décide, non pas de repartir, mais de ne pas abandonner ! La nuance est d’importance !
J’ai appris plus tard que les deux Philippe ont arrêté à Champex. Philippe L avait dû se faire « strapper ». Il avait fait une super course jusque là et était arrivé 5 heures avant moi à cette deuxième base. Philippe J, arrivé 1h 30 après moi à Champex, a également quitté la course à cet endroit-là. Mais il l’a fait le cœur serein car son objectif était d’arriver à Courmayeur. Il a prolongé de 35 km et son état général était encore acceptable.
Je prends le temps de voir l’ostéopathe de service qui me bricole un petit bandage pour atténuer mes « talures » et je m’équipe pour repartir.
J’ai passé plus de 4 heures à Champex, il doit être minuit passé et la nuit est sombre et froide. Mais enfin, on ne va pas se laisser arrêter par 38 km et 2200 m de dénivelé positif ! Allez, bouge de là !

XI – TRIENT, RIEN DE RIEN

Non, je ne regrette rien. La décision est prise et Cathy m’accompagne jusqu’à l’entrée du bunker. Je ne sais pas à cet instant que Luc, le premier de notre équipe a déjà passé la ligne d’arrivée, en 24ème position, quelques secondes avant minuit. Gilles, pour sa part, a connu un regain de forme après Champex et j’apprendrai plus tard qu’à cette heure là, il devait atteindre le col des Montets. Daniel est sûrement parti vers 23h00 et il est dans l’ascension vers Bovine.
Je n’ai jamais vraiment vu l’extérieur de la base de Champex, en raison de la nuit tombante à mon arrivée, puis largement installée lors de mon départ. J’ai l’impression d’avoir séjourné dans des souterrains et mon état de fatigue du moment me coupait d’une vision large des événements.
Je suis le conseil de Cathy et je recherche un compagnon de route pour repartir dans cette nuit profonde. Luciano est sur le départ, c’est un coureur italien de 35 ans qui n’est pas équipé de bâtons. L’association se révèle fructueuse et nous sympathisons assez vite. Nos rythmes sont à peu près semblables et nous évoluons certes lentement, mais dans un ensemble réconfortant qui nous fera dépasser une vingtaine de compagnons de souffrance avant d’arriver à Trient. Nos hôtes suisses prononcent Triein.
La montée sur les fermes de Bovine est très sportive en raison de son dénivelé, d’obstacles naturels constitués de rochers et d’une traversée de torrent. Enfin, mes souvenirs me renvoient à ces images fortes entrevues dans la clarté de nos frontales à diodes. Les échanges avec Luciano sont compliqués car nos connaissances réciproques de la langue de l’autre sont limitées. Mes « va bene ? Luciano » rencontrent des « c’est bien, c’est bien ! » et je ne sais signaler les difficultés que par « pericoloso ! ». Merci à la SNCF de ma jeunesse ! Malgré ces obstacles linguistiques, c’est finalement sur cette portion de parcours de 12 km et pendant les presque 4 heures passées ensemble que j’aurai le plus d’échanges avec le même compagnon de route. Nous ne nous sommes pas toujours compris car les développements, relativement plus longs, de l’un ou de l’autre n’étaient pas toujours décodés, mais nous sommes bien entendus et avons été soudés dans l’effort.
Le ravitaillement de Bovine est rapide car il doit être pris debout dans la nuit et le froid. C’est à peu près l’heure à laquelle Gilles a franchi l’arrivée. Heureux homme ! Il me reste 33 km à parcourir ! Je suis en train de calculer mentalement que, si je pose le pied à environ un mètre d’intervalle, je devrai supporter encore 33 000 fois cette douleur intense qui me donne l’impression d’avoir une pointe de fer sous le pied gauche.
La descente sur Trient me paraît interminable et les lumières dans le lointain ne semblent pas vouloir se laisser atteindre. De Bovine à Trient, il y a 7 km. Dans mes souvenirs, il y a encore environ 1 à 2 km de montée douce après les fermes de Bovine, puis viennent 700 m de dénivelé négatif. Sur cette portion de parcours où tout coureur pourrait, de jour, espérer dépasser la moyenne de 10 km/h s’il n’avait que cela à parcourir, eh bien nous avons bloqué le compteur à la moyenne folle de 3,9 km/h. . . L’UTMB c’est vraiment : « venez chercher vos limites ! ».
Le ravito semble de plus en plus proche, nous quittons le chemin pour une traversée d’un pré où le passage des coureurs paraît avoir tracé un toboggan raide et glissant et nous arrivons, enfin ! A environ 500 m de la salle d’accueil, Cathy est là, elle est venue à notre rencontre après avoir piqué un somme d’une durée qu’elle n’arrive pas à déterminer, dans sa voiture. Elle nous accompagne dans nos trottinements harassés et nous sommes accueillis d’une façon remarquable par des bénévoles aux petits soins pour nous.
Dès notre arrivée, Luciano va se coucher et je regrette de perdre cet allié précieux.
Je vais faire traiter mes pieds et mes cuisses par de jeunes kinés et podologues qui sont toujours disponibles et attentifs. Il est plus de 4h du matin, La nuit sera encore bien longue pour tous et les plus méritants ne sont pas forcément ces « fous courants ». Après tout, ils sont bien responsables de ce qui leur arrive. J’ai maaaaal aux pieds ! Les podologues ne peuvent réaliser de miracles. Mais leur gentillesse est un stimulant efficace.
Je ne saurais vous dire si j’ai mangé à Trient. Mais je me rappelle que l’on était très attentionnés pour nous et c’est réconforté par toute cette chaleur humaine que je suis reparti dans la nuit dans un petit groupe d’obstinés qui ont, je l’espère, tenus jusqu’à l’arrivée. Ils le méritaient bien.

XII – QUI VA DOUCEMENT, VALLORCINE

651 m en 3,2 km, cela donne plus de 20 % de dénivelé positif. C’est ce qu’il faut affronter en sortant du doux refuge de Trient. Je pars avec le moral, mais je suis bientôt frappé d’un terrible coup de barre. La montée me paraît bien longue avant que le chalet des Tseppes m’ouvre sa porte pour une boisson chaude. L’accueil est toujours de première qualité et j’échange avec un courageux bénévole. Je crois me rappeler qu’il est le graphiste ayant réalisé une si belle affiche pour annoncer « La » course. Décidemment, tous les talents ont été réunis pour cette organisation modèle.
Mais pour moi, le rêve est en train de virer au cauchemar. Les lueurs de cette deuxième aube sur l’UTMB 2004 ne suffisent pas à me redonner une véritable envie de poursuivre et je repars à l’arraché. J’avance péniblement et je ne réussis pas à accrocher de compagnons de route. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de vent. Il fait froid et je ne regrette pas ma veste de montagne. Je me demande si je ne vais pas me coucher, là et las, sur le bord du chemin. Je ressens vraiment ce que peut être la solitude du coureur de grand fond.
La descente sur Vallorcine est bien entamée lorsque je suis contrôlé par un bénévole isolé. Un « sans abri » qui me redonne un peu d’espoir et je dois avouer que je me sens un peu penaud de voir, à cet endroit là, quelqu’un qui sacrifie de son temps, avec aussi peu de confort, juste pour assurer notre sécurité.
Le petit matin est toujours aussi blême et je poursuis la descente moins vite que je n’ai monté le col du Bonhomme du temps où je n’avais pas toutes ces heures de course dans les pattes. Je n’ai pas dû dépasser de beaucoup les 4 km/h dans cette descente. Et pourtant je me suis efforcé de trottiner souvent.
A l’arrivée sur Vallorcine, l’ambiance est bien en harmonie avec mon état personnel, tristesse des corps fatigués et conversations bien difficiles. Cathy est là, elle m’aura attendu au moins 3 heures dans sa voiture. Les accompagnateurs n’ont-ils pas plus de mérite que les accompagnés ?

XIII – A MOI, LES GARDES !

Le café du ravito m’a-il donné un coup de fouet ? Où est-ce le soleil qui commence à vraiment être efficace ? Est-ce l’entrée dans les 15 derniers kilomètres ? Je ne sais pas. Mais j’atteins le col des Montets sans trop de souffrance et pourtant mes pieds sont toujours en capilotade. Daniel a dû passer la ligne d’arrivée au moment où je basculais vers Tré-Le-Champ.
La remontée vers le contrôle du Sentier des Gardes ne m’apparaît comme pas trop difficile. Je me retrouve ensuite assez seul pendant une vingtaine de minutes. Ces moments d’isolement, pendant lesquels le sens de l’aventure collective est perdu, sont terribles en fin de course et c’est avec un grand plaisir que je vois enfin quelqu’un arriver à ma hauteur. Les échanges sont bien limités, et portent essentiellement sur la distance supposée par rapport à l’arrivée.
Puis un trafic inverse commence à se manifester. Il se compose de randonneurs non avertis véritablement de l’épreuve ou de supporters venus à la rencontre de participants. Cela donne l’impression de sortir de cette longue nuit et de revenir vers des gens « normaux » et les sourires ou encouragements sont les bienvenus. Le soleil est de plus en plus présent et le passage sur la terrasse de La Floria est un vrai moment de bonheur. Il fait beau, l’endroit est magnifique, Les personnes présentes sont souriantes et, pour ne rien gâter, l’arrivée n’a jamais été aussi envisageable.

XIV – LA FIN EST PROCHE

Et dans ce cas, c’est une bonne nouvelle. Il faut cependant encore absorber une descente me paraissant beaucoup plus raide sur le terrain que sur le profil de course qui nous a été fourni. Ce final semble avoir été peu apprécié par certains. Pour ma part, je dirais juste qu’il m’a surpris car je n’ai pas retrouvé dans la réalité ce que j’avais cru lire sur le tracé de la plaquette de course. Mais ce n’est pas là où je me suis senti le plus en difficulté.
Enfin je suis en bas de la dernière descente. Un peu de bitume, avec de la circulation, et j’aperçois Luc qui est arrivé à la 24ème place, il y a plus de 12 heures. Il m’encourage et nous échangeons quelques mots à la volée. Puis c’est l’entrée dans la rue commerçante qui descend légèrement vers la place de la Poste. Il est 11h 30, les passants commencent à m’applaudir, cela me surprend car Vincent est arrivé en tête, la veille, plus de 18 heures auparavant. Je n’ai jamais, proportionnellement, été si loin du vainqueur depuis 30 ans que je participe à des courses. Je réponds aux encouragements, d’abord par des sourires, puis en levant un bras ou mes bâtons que j’ai regroupés dans la main gauche. Je n’ai jamais dû courir plus vite qu’à ce moment là pendant tout l’UTMB. Cette ambiance d’arrivée me semblait être réservée à des coureurs mieux classés que moi. Encore une merveilleuse surprise de ce trail qui mérite vraiment de devenir la référence des ultras, une course où tout le monde peut venir chercher sa limite, dans un paysage merveilleux et avec une organisation hors pair.
L’arrivée entre les barrières me paraît être applaudie comme une victoire. J’essaie d’être à la hauteur de l’accueil malgré la fatigue qui doit rendre le sourire bien figé. Je retrouve Cathy aussitôt la ligne franchie et elle a le courage d’une bise à un arrivant dont l’état de propreté est forcément en rapport avec les efforts supportés. Annonce au micro, photographe en action, félicitations de René Bachelard : que d’honneurs pour un anonyme qui n’a fait que d’aller au bout d’une envie un peu folle !
Jean-Marie vient juste d’être contrôlé sur le sentier des Gardes. Courage, il ne reste plus que 7 Km !


XV – OBJECTIF ATTEINT ?

Si, comme le demande Cathy « l’objectif c’est de souffrir ? », alors il a été largement atteint. Et elle a vraiment eu le temps d’étudier la question pendant ces longues heures passées, de nuit comme de jour, à voir et encourager mes compagnons d’endurance.
Si l’objectif était de finir, ce qui me paraissait impossible il y a moins d’un an, alors il est atteint aussi. Avec beaucoup de difficultés certes, mais c’est réussi pour cette année.
Si l’objectif c’était de participer à une aventure humaine collective, dans un décor exceptionnel, alors c’est également gagné. Car le cadre de ce trail est fantastique et, surtout, la qualité de l’organisation est remarquable. Il faut une énergie extraordinaire pour fournir à près de 1600 inscrits un parcours aussi bien balisé, des ravitaillements aussi fréquents, un suivi sanitaire aussi conséquent. Le tout pendant plus de 44 heures de course, auxquelles il faut ajouter les nombreux mois précédents et sûrement encore de nombreuses heures après l’arrivée.
Si l’objectif était de renforcer les liens d’amitié avec les membres de l’équipe, alors c’est aussi une réussite. Bien sûr, il n’est guère possible de se voir en continu sur une telle course. Mais nos accompagnateurs nous tiennent au courant du sort de nos co-équipiers dans la mesure des informations qu’ils parviennent à glaner. Et surtout, nous sommes toujours ravis de croiser un visage ami pendant ces longues heures d’effort. Mais, plus encore, c’est après la course que l’on peut échanger sur nos souvenirs respectifs, la mémoire nous fait revivre des moments forts que seuls des compagnons passés par cette expérience peuvent véritablement écouter longuement.
Si l’on souhaitait réaliser une bonne performance par équipe, alors là aussi il y a un motif important de satisfaction. Nous sommes 5 sur 8 inscrits à franchir la ligne. Et encore, Jean-Luc a été blessé avant la course, mais il est raisonnable de l’imaginer dans les finishers. Philippe L aura sûrement à cœur de prendre sa revanche l’année prochaine, il était dans les temps de Luc et ce sont des douleurs aux pieds, aux chevilles et aux genoux qui l’ont fait abandonner. Philippe J s’est piqué au jeu et il projette de boucler l’année prochaine. Jean-Marie a géré sa course avec sagesse, il finit 288ème et en bon état. Daniel, toujours serein et confiant, termine 173ème et prêt à repartir car c’est un habitué de ces ultra-courses. Gilles, pour sa deuxième participation est rentré dans les références de l’équipe, d’abord par sa 40ème place à l’arrivée, ensuite par sa remarquable régularité sur toutes les étapes, mais surtout par l’état de ses pieds qui a impressionné tous ceux qui les ont vus. Quel courage pour supporter des ampoules et blessures semblables. Luc est resté le leader incontesté de l’équipe, classé en 24ème position, il est monté sur la deuxième marche du podium en Vétérans 2. Conformément à ses propres conseils, il est parti doucement, sa moyenne pour atteindre le col de Voza a été d’environ 6 Km/h. Mais contrairement à beaucoup d’autres, il a été capable de maintenir cette allure moyenne pendant toute la course.

XVI - ET APRES ?

Les moments vécus immédiatement après la course restent au diapason de ce que j’ai pu connaître pendant mes 39 h 32 mn sur les chemins de l’UTMB. Il nous est proposé, à nouveau, des services de repas et de douche accessibles sans problème. Les nombreux bénévoles sont toujours disponibles et souriants, et je tiens à les en remercier une nouvelle fois.
Je m’efforce de rester éveillé car je souhaite absolument profiter de cette ambiance unique. J’ai aussi terriblement envie de voir les podiums et d’applaudir Luc pour sa deuxième place. J’arrive à tenir jusqu’à cette remise de récompenses qui s’effectue alors que certains concurrents franchissent encore la ligne sous les applaudissements. Puis la fatigue est vraiment trop grande et je dois aller me coucher.
J’ai dormi 16 heures sans discontinuer. Par deux fois, je me suis brièvement réveillé dans un extrême état de sudation. Le réveil du lundi se fait dans l’appréhension de poser les pieds sur le sol et je suis soulagé de voir que cela est largement supportable. Quelques jours dans des chaussures larges et la gêne devient de plus en plus diffuse et ne vient nullement perturber mon activité normale. Finalement, cet UTMB 2004 se termine plutôt bien pour moi.
Mais les jours passent, et l’envie de revenir l’année prochaine sur cet ultra se fait de plus en plus forte. Aurais-je encore la chance de faire partie des finishers ? Nous avons été 420 participants sur 1579 inscrits à franchir la ligne, ce qui représente environ 27 % de réussite. En 2003, ce pourcentage n’avait pas atteint les 10 %.
Il est possible de penser que, pour cette deuxième édition, la météo a été optimale. Nous n’avons souffert d’aucune précipitation, Les températures ont certainement été aux alentours de zéro degré lors des passages en altitude de nuit, mais cela est resté très supportable. De même le soleil du samedi n’était pas trop écrasant.
Cette course contraint à la plus grande des humilités. Elle deviendra vite une référence. Elle attirera ceux qui ne l’ont pas encore tentée. Les participants 2003 et 2004 sont déjà souvent dans l’envie de revenir. Elle pose question à beaucoup de sportifs par son caractère hors norme. Sa règle de classement au temps d’abord, puis au kilométrage parcouru ensuite, donne également la philosophie dominante : « venez découvrir vos limites ».
Merci encore aux « trailers du Mont-Blanc » pour votre organisation 2004 et bon courage pour l’édition 2005. Les 1900 places offertes devraient être rapidement remplies, car toutes les conditions sont requises pour faire de cet ultra un incontournable dans le monde de la course à pied. Le dernier week-end d’août devrait être un rendez-vous qui fera rêver bien des traileurs pendant de nombreuses années.

Dhom (dossard 481)

2 commentaires

Commentaire de bin' posté le 12-06-2007 à 12:06:00

félicitation !
mon papa la fait en 2005 et 2006 mais tu es plus fort !
Bin' 10 ans

Commentaire de bin' posté le 12-06-2007 à 12:07:00

félicitation !
mon papa la fait en 2005 et 2006 mais tu es plus fort !
Bin' 10 ans

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