Récit de la course : Transju'Trail - 67 km 2008, par Kassad

L'auteur : Kassad

La course : Transju'Trail - 67 km

Date : 1/6/2008

Lieu : Mouthe (Doubs)

Affichage : 1170 vues

Distance : 67km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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   Préparation

  Cette année je me suis fixé comme objectif de faire toutes les Transjus : Roller, Ski de fond, Trail et VTT
(la forrestière). C'est en trail que j'ai le moins d'expérience, je cours depuis relativement peu de temps
(2 ans à peu près). C'est pourquoi avant le départ j'avais un peu peur et que mon seul objectif était de
terminer la course.  J'ai couru le marathon de Paris comme prépa et depuis je sortais à la Bastille, Mt Jalla
(les classiques grenoblois quoi) avec du roller et du VTT .

  Réveil

  Malgré un petit déjeuner pris à 3h30 j'ai toujours le ventre un peu noué au départ de cette première transjutrail.
Pour moi c'est un petit clin d'oeil : ma première course en Roller fut la première Transroller en 2001, et là
mon premier gros trail est aussi une première pour la transju ! J'étais trop jeune pour participer à la première
transjurassienne en ski de fond, dommage...
  Le départ est donné dans une bonne ambiance, la grosse majorité des coureurs a des batons. Je suis venu les mains
dans les poches mais avec un camel back remplis de victuailles (10 gels : un par heure à la louche), j'ai aussi
une frontale que tout le monde ne s'est pas donné la peine de prendre. D'ailleurs 3-4 coureurs en manque de lumière
 font du chemin avec moi pour profiter du hallo et éviter les premières flaques. On arrive en troupeau assez serré
aux tremplins de la chaux Neuve. J'ai fait le chemin avec un coureur expérimenté qui a bouclé l'UTMB, on discute
l'ambiance générale est vraiment détendue : quelle différence avec un marathon où l'on croise des visages fermés
etc. Ici c'est l'aventure pour tous, un peu plus que du sport. Avec le recul je pense que je suis parti un peu
vite car on est en 40 min aux tremplins (je pensais y arriver en 45-50 min). Mon gatosport a toujours du mal
à passer mais sinon tout va bien.

  Après les tremplins on traverse une forêt, on longe une combe : c'est le meilleur moment en termes de forme sur ce
parcours. Je suis tout juste chaud, pas de fatigue, le petit dej est enfin passé, j'ai les jambes de feu, bref tout
va pour le mieux dans le  meilleur des mondes.

  Première montée, première descente

 Après la chapelle des bois s'annonce la première monté sérieuse du parcours : l'ascencion vers la roche Champion
et la roche Bernard. Monté très technique (je n'aurais pas aimé la faire dans l'autre sens) mais j'ai du jus sous
les chaussettes et cette bosse passe bien. Le point de vue est superbe avec les lacs dans le fond. Je suis toujours
avec mon compère du début, d'ailleurs je trouve que le pack est assez groupé. Je pensais vite me retrouver seul
au vu de la distance et du faible nombre de participants. Après 25k de course on est toujours un bon petit paquet.
Le trajet redescend, traverse la combe puis au trois commères s'annonce la première descente sérieuse : je ne l'ai
pas encore précisé mais le terrain est gras, très gras, tellement gras que dans cette descente j'ai pu voir que
le trail n'était pas si éloigné que ça des sports de glisse. Je manque de m'en mettre une mais je me rattrape in
extremis. C'est chaud bouillant avec de grandes parties boueuses qui glisses, des petites racines disséminées et
des cailloux qui dépassent par endroit (la totale).

  On n'en est qu'à la moitié là ?

  Petit arrêt à Morbier : je retire toutes les merdouilles qui se sont glissées dans mes chaussures, un gel et ça
repart. Première grosse surprise, en lisant le profil je n'avais pas noté qu'on nous faisait refaire un tour dans
hauteurs avant d'aller à Morez, je pensais qu'on allait enchainer direc. Psychologiquement surtout j'ai eu un petit
coup à encaisser les 200 m de déniv auxquels je ne m'attendais pas du tout. Dans la descente sur Morez je commence
pour la première fois à sentir la fatigue dans les jambes et je me rend compte que finir ne sera pas qu'une partie
de plaisir.

  Le trajet dans Morez avant le ravitaillement est un peu longuet. Je mange deux Tucs (seul truc salé du
ravitaillement, c'est la seule remarque que je ferais à l'organisation qui autrement fut parfaite) et je repars
tranquillou vers la grosse montée parcours : l'ascension vers la roche brulée et le gros cretet (600m de déniv
en gros). Je suis plutôt bien dans les côtes (d'ailleurs une constante me concernant : j'ai plus de mal sur les
relances à plat ou dans les descentes où je manque de technique), j'avance a un bon rythme et remonte plusieurs
coureurs.

   C'est dans la descente sur les Rousses que j'accuse un vrai coup de moins bien. Je manque encore de m'en mettre
une en shootant dans une pierre (lève les pieds bordel !) et en battant l'air avec de grands moulinets. La descente
est glissante plus que boueuse. Je manque de technique, le physique est entamé, la confiance aussi (avec ma quasi
chute) : je descend comme une limace. J'arrive aux Rousses pour 12h00 tappantes. J'ai un accès de découragement en
constatant mon état et ce qu'il reste à faire.


   La tête et les jambes

  Ca repart avec un  petit détour par le fort des Rousses qui sent fort le comté. Je fait un bout de chemin avec
un trailer de Besançon, ça me fait du bien de discuter d'arrêter de psychoter. Le physique revient aussi : je ne
sais pas si c'est le fameux effet "ultra" mais j'ai un regain de forme insoupçonné. Je laisse partir mon coéquipier
du moment dans la descente où il avance plus vite que moi. Arrivé au fond de la combe le point de vue sur le pont
Perroux est enchanteur (cascade buccolique, ambiance forestière assurée). La remontée sur Prémanon se fait dans
de bonnes conditions. Encore une fois je remonte quelques coureurs lors de cette ascension. A un moment donné entre
les Rousses et Prémanon il y a eu un déclic dans ma tête : je sais que je vais finir. Ce sera en rampant sur les
dents s'il le faut mais je finirais.

  Le ravitaillement de Prémanon est malheureusement l'occasion d'une nouvelle phase pour moi : je commence à
avoir du mal à simplement trotter sur le plat. J'ai encore de l'énergie pour les côtes mais dès qu'il faut relancer
sur le plat ou la descente je sens que la machine renacle. En fait je sombre doucement et me referais passer
par 20-25 coureurs d'ici la fin je pense. Ce n'est pas une vraie explosion mais une usure profonde. J'aurais donné
mon royaume pour un VTT dans la forêt du Massacre (forêt où j'en avais bavé en ski de fond mais c'était de la
rigolade à comparer). En plus je ne vois plus clair : j'ai tellement transpiré qu'une plaque blanchâtre s'est formée
sur ma lentille gauche (je vois tout dans le brouillard jusqu'à la fin de cet oeil là).

  Que sera, Serra

  Lors de la descente sur la combe du lac je vois la monté de la Serra en face. Vu de loin ça ne fait pas si
peur. Un verre de coca et c'est parti. Le point positif est que la température est clémente : en effet, il faut
imaginer qu'on monte sur une avenue empierrée (c'est une piste de ski) d'une centaine de mètre de large, sous le
soleil ça doit être mortel. La première partie est assez facile si on peut dire, tout se corse après avoir croisé
une route (je me rappelle avoir prié pour que la signalisation nous dise de prendre à droite pour suivre à flanc)
là la pente devient démente je sens des prémisses de crampes dans les jambes juste de par l'angle de la pente.
Mais cette montée n'est rien par rapport à la descente qui suit : c'est simple on descent une piste rouge de face.
J'ai cru mourir, mes jambes n'en voulaient plus, chaque foulée est une douleur et une peur (ne pas se prendre une
vautre si près de l'arrivée). Je fais ces derniers km en compagnie d'un autre rescapé qui lui aussi a du mal à
relancer sur le plat. Les derniers trois km (qu'on nous a annoncé deux fois de suite à 2k d'intervalle) sont
interminables.

  L'impression ressentie lors de la fin est indescriptible : soulagement, fierté, douleur tout se mélange et fait
ãque cette transju est plus pour moi qu'une simple épreuve sportive. Durant cette course j'ai changé, il n'y a
que mon dossard qui n'ait pas été modifié par cette aventure. Ca ne s'achète pas, ça se raconte difficilement,
ça se vit.


PS : Merci à tous mes compagnons de route, qui sait on se recroisera sûrement dans les montagnes.


4 commentaires

Commentaire de jess06 posté le 02-06-2008 à 20:04:00

Bravo à toi pour ton courage, quand on y croit on ne peut qu'arriver au bout...La preuve par ton récit. Bonne récup à toi et à bientôt peut être...

Commentaire de nicnic38 posté le 02-06-2008 à 22:51:00

on savait tous que tu pouvais le faire!!

Bienvenu dans le monde l'ultra! L'aventure ne fait que commencer ;-)

Un grand bravo

Commentaire de sarajevo posté le 03-06-2008 à 10:26:00

super récit .... je vois que nous avons tous eus les même sensations sur cette course, du bien , du moins bien, du trés moins bien, du mieux, du super, une envie d'abandon , de la joie , de la fierté ..... bref c'est ca l'ultra ....
Félicitations a toi et a bientot ...
a+
pierre

Commentaire de seapen posté le 04-06-2008 à 11:20:00

Bravo. Un récit magnifique qui transmet bien les sensations que tu as vécu lors de cette course. Et puis je me suis retrouvé un peu au fil du parcours du 33kms, en effet j'avais du mal à me situer. Félicitations et salut.

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