Récit de la course : Les Templiers 2008, par Kinéraid

L'auteur : Kinéraid

La course : Les Templiers

Date : 26/10/2008

Lieu : Nant (Aveyron)

Affichage : 3375 vues

Distance : 72km

Objectif : Pas d'objectif

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247 autres récits :

Les Templiers : ou quand la Légende, la Nature et le dépassement de soi ne font qu'un...Grandiose...

 

Je tiens à préciser que j'ai pioché quelques photos sur le net afin d'illustrer le récit.Si jamais les auteurs ne souhaitent pas leur diffusion prévenez - moi.De plus si certains sont OK pour partager quelques photos, je suis preneur.Merci

 

Merci à Gibus et Mic31 pour les superbes photos.

 

Préambule : Le CR est long, j'en suis conscient.Mais c'est l'occasion pour moi de retranscrire toutes les sensations et les images qui me reviennent.C'est aussi ma façon de partager ma course et de rendre un peu tout ce qu'a pu m'apporter la lecture des autres récits de kikoureurs.En espérant que la lecture ne sera pas trop fastidieuse.

 

Je voulais écrire mon 1er CR pour une course qui à mes yeux en valait vraiment la peine, je pense avoir eu raison d'être patient...

 

                                            [ Grande Course des Templiers     72 km  - 3100 D+ ]

 

 

Vendredi 24 octobre

 Il est 8h quand je prends le tram direction la Gare du Midi à Bruxelles.Mine de rien je suis bien chargé : affaires de course, alimentation, rechanges, livres de cours, ordi, camelback...je rentre en effet pour 1 semaine de vacances en France pour la Toussaint et je dois bien prévoir quelques affaires...

10h20 Paris - Gare du Nord : Le rendez-vous est fixé avec Matthieu et Alex un pote à lui.Nous devons descendre ensemble jusqu'à Nant.On charge les affaires dans la voiture et c'est parti pour 675 km de route, direction l'Aveyron.Le début est laborieux pour sortir de Paris et à ce rythme là, mes 2 compères risquent de louper le départ de la VO2 trail du lendemain sur laquelle ils sont engagés ! Le courant passe tout de suite super bien entre nous 3 et après les petites présentations d'usages on embraye directement dans le vif du sujet.Ca commence à parler trail, raid, GPS, rando et compagnie ç'est tout bon le voyage risque de passer plus vite !

On roule bien -tout en déplorant le manque de dénivelé de la Beauce et du Berry - petite pause repas et très vite les collines commencent à se dessiner à l'horizon.Les reliefs du Massif Central se rapprochent pour notre plus grand plaisir, ça devient joli, on a un chouette panorama sur la chaine des Puys...Passage à proximité de Clermont, Sévérac le Chateau...puis sur le viaduc de Millau qui je dois bien l'avouer m'a beaucoup moins impressionné qu'il y a 3 ans lorsque nous étions passé en dessous en vélo avec mon frère.

La fin d'après-midi est déjà là, nous quittons l'autoroute et entrons dans le village de La Cavalerie.Les pots de fleurs sur le bord de la route sont ornés de l'emblème rouge des Templiers, pas de doute nous y sommes.Une grande ligne droite traversant le Causse du Larzac nous sépare encore de Nant, c'est vraiment très beau et le contraste avec mes paysages Bruxellois du matin me fait vraiment tout drôle.Puis c'est l'arrivée à Nant par une route très sinueuse.A peine sommes nous entrés que déjà mon regard se porte sur les hauteurs, à la recherche du Roc Nantais...

 

 

                                    Le Causse du Larzac

 

 

 

 

                      Le Roc Nantais                 

 

Nous nous garons et partons à la recherche des dossards.C'est l'occasion de traverser tout le village et ses petites ruelles typiques.Les boulangeries artisanales vantent les délices de la galette des Templiers tandis que les gros saucissons dans les vitrines nous font de l'oeil, on verra plus tard.Après une bonne 20aine de minutes, nous atteignons les tentes du salon du Trail et en profitons pour retirer nos dossards, les cadeaux ,les flyers...J'en profite pour demander aux organisateurs s'ils connaissent un endroit où je peux planter ma tente pour la nuit, pas vraiment de réponses précises.

 

 

                     Catégorie Espoir : nous n'étions que 3 !

 

Matthieu et Alex partent à leur hôtel à 20 km de Nant et je récupère mes affaires.Il fait déjà noir et je ne sais pas où je vais dormir, va falloir se tracasser un peu tout de même.Malgré tout ce côté aventure me plait bien et après avoir déambulé un peu dans les ruelles je décide d'aller m'installer dans le champ qui sert de parking P1 à l'entrée du village sur la route de Millau.Je suis tout seul évidemment et je commence donc à planter la tente à la frontale en me mettant bien à l'écart pour éviter de me faire écraser par les voitures qui pourraient arriver cette nuit !On ne peut pas dire que ce soit très confortable car le champ a été retourné il y a peu et de grosses mottes de terre persistent !

 

 

Samedi 25 Octobre

Je passe ma nuit à grelotter et à 8h je suis réveillé par les bénévoles qui commencent a faire rentrer les premières voitures...Très gentillement le monsieur m'indique que je ne peux pas rester là pour des raisons de sécurité et qu'en fait il y a un camping gratuit de l'autre côté du village.Heureusement 2 gars qui s'étaient posés aussi à 4h du matin en voyant ma tente me descendent en voiture jusqu'au camping GCU.

On remonte tout le campement et je prends la direction du Salon du Trail pour aller faire un petit tour des exposants.C'est en regardant nonchalament la liste des gagnants de la tombola que je m'aperçois que j'ai gagné un prix qui s'avère être une inscription au Trail des Citadelles.Malheureusement Michel était occupé à son stand et je n'aurais pas l'occasion d'aller le rencontrer.

Je file au centre du village pour assister au départ du marathon des causses, il fait déjà un grand soleil.Tout le monde à vraiment l'air heureux d'être ici à Nant, c'est la fête du trail, le village est en effervescence, les paysages sont superbes je suis aux anges et mon week end est d'ores et déjà réussi.L'après midi se passera sur le Pont de la prade à assister aux différents départs et arrivées des courses au milieu de tous les spectateurs.L'ambiance est géniale,les sourires sont là malgré la fatigue et je tâcherais d'applaudir tous les arrivants en me disant que demain c'est sans doute moi qui en aurait grand besoin.

Je décide de rentrer au camping un peu avant 19h pour préparer les affaires, et je louperais de peu Matthieu et Alex sur la VO2, dommage.La soirée est très consciencieuse au camping et tous les trailers préparent leurs affaires pour le lendemain avec minutie.Pour tout le monde la course a d'ores et déjà commencée, on entre progressivement dans sa bulle, on fait le vide, demain c'est le jour J.

Dimanche 26 Octobre

3h20 : Je n'ai  pas eu besoin d'attendre les 2 alarmes que j'avais mises, ça fait déjà bien longtemps que je ne dors plus.A cause du froid tout d'abord, mais également de la tension qui commence à s'installer inévitablement.N'ayant pas de lumière dans la tente c'est dans les douches que je vais me préparer.Strapping des pieds, NOK aux endroits stratégiques...le rituel est connu et bien rodé désormais.Je décide de partir en cuissard court avec les Booster, en haut ca sera T Shirt MC / Manchettes / T shirt manches longues et gants en soie.Le Buff et la frontale ajustés, direction la ligne de départ dans la brume matinale.

Sur la route, je sens déjà que je vais vivre quelque chose de grand.La longue procession de trailers qui se dirigent vers la place du village n'y est pas anodine.Ce n'est que le début.Quand j'arrive à mon tour au niveau du départ, vers la fontaine, j'ai la chair de poule de voir tout le monde présent, l'ambiance qui s'en dégage, les uns se concentrant, les autres plaisantant entre eux malgré ce qui nous attend tous.J'attends un peu avant de me placer car je ne veux pas partir trop devant et puis j'ai vraiment envie de bien fixer ce moment dans mon esprit.

 

Petit à petit le peloton grossit, le speaker fait monter la pression en égrénant les minutes nous séparant du départ, les favoris disent quelques mots au micro...Enfin Gilles Bertrand demande à tout le monde d'allumer les frontales et nous fait partager un discours rempli d'humilité sur la course et plus particulièrement sur le triangle des pauvres à Trèves.Le silence présent n'a d'égal que l'émotion sincère qui s'en dégage.Ameno d'ERA retentit, attendu par toutes et tous comme LE signal de la délivrance, le coup de feu surgit et les feux de Bengale s'allument, les clameurs du peloton s'élèvent à leur tour.Ca me prend aux tripes sans que je ne puisse rien contrôler, c'est un moment magique de totale harmonie, c'est beau.Vraiment.

 

Un petit apercu de l'ambiance sur    http://fr.youtube.com/watch?v=pvVUFEhCCkI   

 

 

 

Les premiers hectomètres dans la rue principale sont extraordinaires, tant de monde présent à 5h15 du matin pour nous encourager fait tellement plaisir.Je ne manque pas de remarquer le vieux monsieur qui joue de l'accordéon sous l'abribus, il me semble que lui aussi est un habitué.Les kilomètres sur la route se déroulent tranquillement, on est littéralement porté par la masse.Je suis parti tranquille, je sais que la course est longue et ma tendinite au genou ne demande qu'à se réveiller alors prudence.Je me retourne souvent pour contempler le serpent lumineux qui s'étire, sans fin, dans la nuit noire.Les paroles se font plus rares, chacun est désormais concentré sur ses propres sensations.

On rejoint un sentier large puis très vite le 1er "coup de cul", ça bouchonne un peu mais rien de grave au contraire ça permet de ne pas trop s'emballer.Ensuite c'est du roulant avec l'ancienne voie ferrée, le passage sous les 2 tunnels puis très vite nous arrivons à Sauclières.L'accueil est énorme, c'est de la folie et ça sera le cas ainsi à chaque ravitaillement.Je ne remplis pas le camel, et me contente juste d'un verre d'eau.Je passe à la minute près sur mes temps calculés sur une base de 11h.Tout est OK, je me sens bien, les voyants sont aux verts.

Direction le St Guiral désormais, je ne peux pas m'empêcher de me demander dans combien de minutes la douleur va se réveiller, c'est presque obsessionnel.Mais pour le moment il faut avancer car la montée est longue, je range la frontale, m'alimente et bois régulièrement.Les pistes sont larges, agrémentées de petites descentes par moment, mais pour l'instant rien de technique.J'ai du mal à me repérer par rapport au profil, ne sachant pas si nous avons passé le col de la Guérite.Je cours régulièrement, le rythme est bon et les paysages toujours splendides.Pas mal de coureurs s'arrêtent pour immortaliser la mer de nuages et les organisateurs sont même là pour prendre les photos, bien vu.Ensuite après une descente très roulante nous tournons sur notre gauche à 90° avec un chemin au fort pourcentage, le long d'une cloture et jonché de gros cailloux roulants.Je marche bien et double pas mal de monde.Une fois en haut je retire le T Shirt ML, les manchettes, le buff il commence à faire chaud.

 

                                        Vers le St Guiral

 

 

 

 

 

 

Petit à petit on atteint enfin le haut du St Guiral et j'avoue avoir été un peu déçu car je pensais que l'on passais vraiment au pied comme on le voyait sur les photos des années précédentes, mais là nous le contournons et nous plongeons déjà dans la descente sur Dourbies.

C'est la 1ere grosse descente de la journée et elle est splendide, après une 1ere partie en sous bois puis une piste roulante on a le droit à un superbe single " à découvert " c'est technique, on aperçoit les coureurs devant et apparement ça remonte derrière.Je décide de faire cette descente en dedans pour ne pas réveiller la douleur et tout se passe nickel, on passe sur le  petit pont en bois qui n'est plus gelé à notre passage, virage à droite ça remonte.Je bouchonne un peu dans le single suivant, mais arrive à dépasser et j'aperçois les maisons de Dourbies.Ca sent le ravito, il était temps.

 

 

L'arrivée dans Dourbies c'est vraiment quelquechose sur les Templiers.C'est ce qui ressortait de la plupart des CR, je confirme.On tourne dans les petites ruelles, les gens nous acclament par notre prénom, nous disent que le ravito est tout près, que c'est chouette ce que l'on fait, ça fait vraiment chaud au coeur.Petit virage à droite et on emprunte les escaliers et là c'est encore plus fort, il y a du monde des 2 côtés, les gens crient, applaudissent, encouragent on se croirait un peu sur le Tour de France !!

Passage sous la tente, il y a du monde au ravito.Je prends pas mal de tartines au roquefort ça passe bien, du Coca, quelques bananes, 1 ou 2 pâtes de fruits et je file dehors remplir le camelback.Au final, je me serais arrêté moins de 5mn, ce qui est suffisant pour rester concentré sur la course et ne pas se laisser griser par l'ambiance qui y rêgne ou au contraire avoir des doutes. En effet certains doivent déjà abandonner là...

Je sais que la course commence réellement ici à Dourbies.Le profil de la 2nde moitié de course est terrible et il est primordial d'en avoir gardé sous le pied pour espérer finir.De ce point de vue là tout est Ok pour l'instant.

J'attaque donc la crête du Suquet, il fait chaud et je vois bien que nous serons en plein soleil durant toute l'ascension.J'avance d'un bon pas mais au fur et à mesure je sens que je baisse de rythme, des gens me passent, les silhouettes la haut me paraissent très loin, je ne vois pas le bout de la montée.J'essaye malgré tout de tenir  et la perspective d'un point d'eau vers le sommet est un plus.Il y a en effet un gros réservoir destiné aux vaches avec de l'eau fraiche, je m'asperge, ça fait du bien.Puis très vite nous atteignons le sommet.Certains en profitent pour se reposer sur l'herbe au soleil.Fidèle à mon plan de marche, j'essaye au contraire de ne jamais m'arrêter et de toujours avancer, même si parfois ce n'est pas très vite.

 

 

 

                                                Dans l'ascension du Suquet

 

 Le début de la descente sur Trêves est tapissée de feuilles mortes qui recouvrent les cailloux.C'est très difficile de prévoir ses appuis et je sens que ça va être difficile.La douleur au genou est réapparue en haut du Suquet, en plus j'ai un petit coup de moins bien, il reste encore 30 bornes assez terribles, ça risque d'être dur, très dur.Mais je ne doute pas, je ne douterais d'ailleurs jamais tout au long de la course.C'est plus le fait de se dire qu'on va avoir mal et être obligé de serrer les dents qui est difficile.Car en plus, une autre douleur se réveille et devient de plus en plus présente.Bien connue chez les coureurs à pied, je souffre souvent de la tendinite du releveur lors d'efforts longs.Il m'est alors de plus en plus difficile de lever le pied lors du passage du pas et j'accroche souvent les branches ou pierres au sol.

C'est dommage car la suite de la descente sur Trêves est très sympa, ça tourne beaucoup, c'est glissant parfois, les appuis fuyants.Je laisse passer les coureurs plus rapides, non sans une certaine amertume mais c'est la course.Désormais je ne fais même plus attention à mes temps de passage, l'essentiel désormais est de rallier Nant.

Au passage à Trêves je profite de la présence de secouristes pour récupérer du sparadrap et consolider mon strapping de fortune, en espérant que ça tienne jusqu'au bout.Puis ça remonte, encore et toujours direction Causse Bégon.Je ne cours pas, je marche .Il fait chaud et les coureurs continuent toujours à me dépasser.J'essaye de faire abstraction de ça car je sais qu'au fond c'est avant tout un challenge contre moi-même que je dois relever.Mais quand la forme est là, la blessure est encore plus dure à accepter.

Causse Bégon km 52.C'est le 2è ravitaillement, toujours la même chose, Coca, roquefort , fromage et Maxim neutre.Beaucoup de coureurs sont allongés au soleil, attendent-ils un second souffle ou le départ de la navette ? Je préfère ne pas le savoir et m'isole un peu pour faire quelques étirements.Pour moi c'est le moment le plus dur de la course.La douleur est là et me fait vraiment souffrir, il reste encore 20km avant l'arrivée, dont 2 terribles bosses.

 

                   Montée vers Causse Bégon

 

20km c'est beaucoup et peu à la fois lorsque l'on vient d'en parcourir 52.J'essaye de chercher au fond de moi les les raisons qui m'ont conduites à être ici aujourd'hui, je repense aux heures d'entrainement et de préparation, aux personnes qui ont cru en moi.J'essaye de prendre pleinement conscience de la chance qui m'est donnée de pouvoir faire de telles choses.Je sais aussi que c'est dans ces moments là que le mental doit prendre le dessus sur le physique.

Je repars non pas pour 20km mais pour 12+8.Je n'ai qu'un seul mot en tête : Cantobre, Cantobre...On continue un petit moment sur une piste roulante sur le Causse, de nombreux coureurs courent encore à bonne allure je me contente de trottiner.On attaque la descente sur St Sulpice, je la trouve très piégeuse surtout sur la fin.Le versant est à l'ombre et le single en dévers, les appuis sont très importants, le moindre faux pas et c'est la chute.Nous arrivons en bas, on passe sous le pont et c'est parti pour une nouvelle ascension.Un bénévole nous indique qu'il y a 300m + à grimper.Peu importe dans les montées la douleur est moins présente et je peux choisir mes appuis plus facilement.

 

                                    Descente sur St Sulpice

 

Le photographe est là, je fais un petit signe ça sera toujours sympa pour le souvenir ! Je grimpe avec un autre gars qui lui aussi n'est pas au mieux, il boîte aussi.Nous avons fait toute la descente ensemble.Le rythme est régulier, on ne s'arrête pas.Equipé d'un altimètre il m'annonce régulièrement notre progression, allez encore 250m de dénivelé, 200m...Mais tout de même je trouve que ça passe assez lentement.Régulièrement, on double des coureurs assis sur les rochers, certains ont des crampes, d'autres vomissent, d'autres encore ont le regard dans le vague.A chaque fois je leur fais une petite tape amicale et un petit mot d'encouragement, je sais que ça peut compter dans ces moments là.

 

 

 

 

 

 

 

 

Durant l'ascension, les paysages sont toujours aussi sublimes et je continue vraiment à me régaler de ces immensités que rien ne vient perturber.Pas de maisons, de lignes électriques, d'antennes téléphoniques, c'est vraiment grandiose et on prend conscience qu'on est vraiment pas grand chose dans tout ça.J'essaye encore de bien fixer ces images, je veux me souvenir de ces moments là.

 

 

 

Plus tard, je demande à un bénévole le nom du vainqueur."Lorblanchet" me répond-il et bien cette réponse m'a redonné un sacré coup au moral.C'est un trailer que j'apprécie beaucoup.

Le sommet est enfin là, le panorama une fois de plus extraordinaire, c'est difficile de s'en lasser.La descente sur Cantobre s'annonce et d'après les infos que j'ai pu avoir elle est vraiment terrible.C'est un euphémisme ! En effet c'est une succession de marches d'1m de haut, de passages très techniques, glissants, en dévers.De nombreux rochers sont présents, on s'accroche aux branches d'arbres pour se rattraper c'est vraiment très ludique.On passe sous la falaise ou des gens font de l'escalade c'est superbe.Disons qu'en temps normal c'est le genre de descente ou je prends un plaisir non dissimulé à cavaler de droite à gauche.Ici mon pied tape très souvent le sol et les dévers exacerbent la douleur.Mais la vison des tentes au loin me motive.On traverse un petit ruisseau, longe un champ avec des ânes et c'est l'arrivée au moulin.

 

 

 

            Passage sous la falaise en arrivant sur Cantobre

 

KM 64,5 Cantobre.Désormais je sais que j'irais au bout c'est une certitude.Je me ravitaille et repars une nouvelle fois sous les encouragements.J'essaye de remercier à chaque fois que je le peux les gens qui sont là depuis des heures sur le bord du chemin.Ils participent énormément au charme et au succès des Templiers, merci à eux.

 

 

On passe sous le pont de Cantobre, les spectateurs nous poussent littéralement, nous disent que désormais c'est gagné, qu'on est super, qu'on va aller au bout, nous encouragent par notre prénom.Eh bien tout ça, ça fait vraiment chaud au coeur et on se sent pousser des ailes.La montée est encore une fois très éprouvante avec des passages de rochers, de marches...Je suis souvent à 4 pattes à la limite de l'escalade.A un moment donné le sentier est très étroit, sous la falaise, au bord du précipice avec le soleil couchant en toile de de fond.La fin est un long faux plat sur un chemin plus large, c'est assez long l'envie d'en terminer se fait sentir Puis je me cale derrière un groupe tandis que nous passons à proximité du Roc Nantais. Nant est visible dans la vallée, cette image je l'ai vue et imaginée de nombreuses fois. Aujourd'hui c'est moi qui en est le spectateur privilégié.La desente s'amorce doucement, un gars annonce "Ca sent l'écurie !" je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire...

 

 

 

 

 

 

 

                                                Nant en contrebas

 

 La fin de la descente est affreuse je laisse passer tous les coureurs qui courent et me dépassent sans mal.Désormais ça n'a plus aucune importance.Je longe le muret en pierre qui fait lui aussi partie de la légende des Templiers non sans une certaine fierté au fond de moi.Les encouragements continuent encore et toujours . J'ai le sourire accroché au visage, je remercie tout le monde je veux tellement profiter de ces derniers instants de bonheur.Puis tout s'enchaîne très vite : la route, le vieux pont en pierre, la dernière grimpette, et enfin le parc.

C'est tout simplement énorme. Le tapis rouge s'approche doucement et je prend la pose pour la photo exactement de la façon dont je me l'étais imaginé lorsque je visualisais ma course.A ce moment je suis vraiment dans un état de totale sérénité et ne peux m'empêcher de verser une larme en repensant à tout ce qui vient de se passer.Je vais taper dans la main du coureur derrière moi et récupère mon T-Shirt de finisher, l'objet de tous les désirs, celui qui vous fait tenir quand ça va moins bien.Le chrono est de 12h02mn28S je ne l'apprendrais que plus tard, pour le moment ce n'est pas ça l'essentiel.

 

 

 

 

 

 

 

A la sortie, Yanshkov, un kikoureur ainsi que sa compagne m'attendent.Nous devons rentrer en covoiturage ensemble.Je pense qu'il commençait à s'impatienter un peu.Normal me direz vous quand on finit 49e en 7h49 pour une première sur les Templiers ! Encore bravo à toi Yann pour cette superbe perf.

Je vais chercher quelquechose à manger, on rentre au camping , charge toutes les affaires et direction la banlieue lyonnaise ou Yann m'héberge pour la nuit.Le trajet se passe bien entendu à se raconter nos courses et à échanger sur le parcours, l'ambiance...

Le lendemain je pars de Lyon à 10h30 et ce n'est qu'après 10h de transports que j'arriverais chez moi, dans la région Nantaise, un peu fatigué mais tellement heureux : je suis Templier !

 

Je reviendrais, c'est sur, pour améliorer mon temps et essuyer cette petite frustration. En effet je me sentais vraiment super bien jusqu'au Suquet et si les 2 tendinites ne s'étaient pas réveillées je pense que j'aurais pu finir très bien.Je n'ai eu aucun problème gastrique, pas la moindre crampes ni ampoules, les cuisses répondaient présentes. Je n'ai pas pu attaquer comme je le voulais dans les descentes qui constituent mon point fort d'habitude.C'est ainsi, c'est la course, je suis finisher et je dois dire que ça me satisfait pleinement pour le moment.

 

Je tiens aussi à remercier mes parents pour leur soutien moral et financier, ma famille proche, tous les bénévoles et spectateurs sans exception, Pascale pour les soins kinés et son soutien depuis le début, Benjamin pour les entrainements effectués ensemble et les conseils dispensés, Morgane pour son délicieux gatosport, Guillaume, Florian et Goulven qui ont souvent pris de mes nouvelles pendant la prépa, Damien qui aurait du être de l'aventure, ainsi que la 3è kiné de la HELB pour leurs encouragements Arnaud, Claire et Annju, Claire, Matthieu, Flavien et tous ceux que j'oublie.Merci à vous.

 

 

Voilà ainsi s'achève mon récit, je rajouterais ceci :

 

Il n'y a parfois pas besoin de grand chose pour se sentir pleinement heureux et serein.Ce genre d'épreuve nous invite à beaucoup d'humilité et à prendre du recul par rapport à notre quotidien et à nous même.Je pense parfois que la société dans laquelle nous évoluons nous pousse à être trop exigeants, trop pressés, trop déconnectés de choses simples que j'estime essentielles et nous fait oublier que nous avons vraiment tout pour être heureux.

Si nous pouvons nous rendre compte de nos aspirations profondes et des valeurs humaines importantes à nos yeux, alors, au delà de l'aspect sportif, le pari est gagné.

Pour moi il l'a été plus que jamais.

 

 

" If you set a goal for yourself and are able to achieve it,  you won your race "       Mark ALLEN

 

 

5 commentaires

Commentaire de mic31 posté le 30-10-2008 à 12:29:00

Beau récit et belle course.Je crois que tu m as doublé une ou deux fois vers Trèves.

Et bien sur bienvenue sur les Citadelles puisque tu es l heureux gagnant du tirage au sort.En te souhaitant une belle course "chez moi" le 12 Avril.

@ +, Michel

Commentaire de Françoise 84 posté le 30-10-2008 à 16:29:00

Et bien, pour un premier récit, celui-ci est vraiment réussi!!! On retrouve tout le parcours tel qu'on l'a vécu, chacun avec ses soucis et ses douleurs... Merci à toi et bravo, Templier!!

Commentaire de lule posté le 30-10-2008 à 17:10:00

Salut kinéraid
Merci pour ce super récit. Long dis-tu?! Qu'importe, on ne s'en lasse pas une seule seconde!!
Aussi de très belles paroles à la fin. Il suffit d'un rien parfois..

En attendant ton prochain cr avec impatience ;)
A ploush, lule

Commentaire de yanshkov posté le 31-10-2008 à 12:44:00

Salut Julien

Qu'il est beau ton récit ...

J'espère que tes douleurs disparaissent et que tu vas guérir de ces foutues tendinites !

a+ sur un trail ou peut être en juillet, tu me fileras un pin's ou un magnet !!!!

Commentaire de Gibus posté le 03-11-2008 à 14:11:00

Bravo et chapeau d'avoir ete finisher
bonne recup

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