Récit de la course : Marathon d'Athènes 2025, par marathon-Yann

L'auteur : marathon-Yann

La course : Marathon d'Athènes

Date : 9/11/2025

Lieu : Athènes (Grèce)

Affichage : 252 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

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The authentic race

C'est parfois difficile, en Grèce comme ailleurs, de distinguer ce qui relève de l'authentique, du folklore, ou de l'attrape-touristes. Je me demande un peu dans quelle catégorie ce marathon, the marathon, celui qui relie Marathon et Athènes, va tomber. Pas dans la dernière j'espère, je suis trop amoureux de cette distance et de la Grèce pour supporter une éventuelle imposture ! Sans vouloir divulgacher mon récit, je ne serai pas déçu (vous pouvez lire jusqu'au bout).


D'abord , parce que le weekend athénien avec mon épouse se passe comme dans un rêve. Nous récupérons mon dossard dans un impressionnant palais des sports près de la mer, visitons le  magnifique musée Benaki , goûtons la savoureuse cuisine grecque, et profitons de la douceur de ce mois de novembre pour nous promener tard dans les rues animées de la Plaka avant de rejoindre notre  logement à tout point de vue exceptionnel.


Changement de décors dimanche matin. Une armée de cars nous emmène à Marathon, ce qui relève d'une sacrée logistique, il y a quand même 20 000 coureurs à transporter ! Les cars partent entre 5:30 et 6:45 de différents points d'Athènes, et pour être sûr de grimper dedans sans stress, je vise 6h. Ça fait donc levé à 5h, 4h heure de Paris, ça pique un peu quand même. Mais bon, on n'a pas tous les jours la chance de courir à Marathon ! On n'est pas sorti d'Athènes que je dors déjà.


Le réveil est brutal. Une belle averse nous accueille à Marathon dès la descente du bus. Cette année, il n'y avait plus la possibilité de laisser au départ un sac avec ses affaires , nous sommes tous partis en tenue de course, plutôt légère car la météo annonce plus de 20 degrés. Heureusement, les organisateurs nous ont fourni des ponchos de survie, mariage improbable entre un sac poubelle et une couverture de survie, qui se révélera redoutablement efficace dans les circonstances. Après une dizaine de minutes, la pluie s'arrête et le ciel va progressivement s'éclaircir.

 

Je dois patienter deux heures à Marathon, qui passent assez vite. Comme tout passionné qui se respecte, je fais la chasse aux symboles de ce lieu mythique : un panneau routier marqué "Marathon", la statue de Nikhe, déesse de la Victoire, une mosaïque, la flamme allumée hier brillant dans une jolie vasque.   Puis je patiente dans le stade, où les coureurs se répartissent en pas moins de 25 sas. J'aurai la chance de partir dans le premier. J'y retrouve mon copain spartathlete Julien, qui vient compléter sa collection de médailles. Brillante idée des organisateurs : le ruban qui soutient nos médailles est orné d'une lettre, H cette année. Après 5 éditions consécutives, Julien a pu écrire MARAT, il compte bien aller à jusqu'au bout, en espérant que le bout soit seulement le mot marathon, et non une phrase plus longue ! marathon to athens ?

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Bref, Julien connait bien le parcours, et me le présente en quelques mots : 10 km plat, 10 km avec quelques bosses, une montée d'une douzaine de kms et la plongée vers Athènes. C'est simple, non ?


Première partie, le plat. Nous nous engageons sur une longue ligne droite, la route qui doit nous emmener à Athènes, si nous suivons bien la ligne bleue tracée sur le bitume. Ça part vite, ça part joyeusement. Premier kilomètre, je constate que celui-ci est indiqué non seulement par un drapeau planté ce matin, mais aussi par un panneau routier marron, de ceux qui indiquent les sites touristiques. Ce sera le cas de tous les kilomètres jusqu'à l'arrivée !


Au 4e kilomètre, nous faisons une petite boucle dans Marathon, histoire sans doute d'arrondir la distance à 42,195 km. Le public est nombreux : danseurs, de Sirtaki, enfants nous tendant la main, supportrices grecques nous donnant des rameaux d'olivier, je n'y vois pas le public habituel qui encourage en hurlant leur copain coureurs, mais des passionnés qui encouragent des messagers qui vont jusqu'à Athènes. Je saisis un rameau d'olivier joliment noué avec un ruban, le glisse dans la ceinture de mon short en espérant ne pas le perdre, et continue ma cavalcade.


Je suis parti sur les bases rapides qui m'avaient permis de courir en 3h04 il y a deux semaines à peine, mais je sens qu'aujourd'hui, ce sera difficile, je dois déjà forcer pour maintenir cette allure. Si loin du but ça ne pardonnera pas. Je ne sais pas si c'est la fatigue de ce précédent marathon, la chaleur (relative) alliée au taux d'humidité, ou la crainte confuse des difficultés à venir, mais j'en viens très vite à espérer les difficultés, pour m'autoriser à ralentir.


Comme annoncé par Julien, celles ci arrivent vers le 10e kilomètre. Oh, ce n'est pas l'Alpe d'Huez, mais une première côte qui n'est pas négligeable. Je baisse l'allure, prends le temps de me ravitailler, et abandonne définitivement l'idée de faire un bon temps aujourd'hui. Ceci ne me déçoit pas, au contraire je me promets de profiter pleinement du moment, des collines à notre droite et de la mer que nous apercevons à gauche. Bien sûr, dès la première descente, j'accélère de nouveau et me dis "pourquoi pas ?", mais ce sursaut s'éteint dès la montée suivante.

 

J'arrive ainsi au semi marathon en 1h34. Commence une longue montée, environ 250m D+ en une douzaine de kms ( je vous laisse faire le calcul de la pente moyenne). Je suis comme hypnotisé par la ligne bleue qui materialise la trajectoire idéale. La route, je pense que c'est la nationale, est large, elle n'a pas un charme fou mais les spectateurs qui la bordent sont incroyables. Bénévoles enthousiastes qui nous proposent à boire tous les 2,5 km (ce qui est loin d'être superflu), spectatrices qui nous offrent des rameaux d'olivier, et ces enfants qui nous tendent la main pour nous communiquer leur énergie. Ah, ces enfants, combien en ai-je vu sauter de joie parce que un coureur leur a tapé dans la main ! Avec quelle fierté ils portent la médaille de la course à laquelle ils viennent, eux aussi, de participer ! Ils me rappellent, par le respect qu'ils nous témoignent, ces gamins qui nous demandaient des autographes sur la route de Sparte. Cela va trop vite aujourd'hui pour des signatures, mais ils sont tellement nombreux, du poupon dans les bras de sa maman aux jeunes adultes, que je ne peux compter combien de mains j'ai "checké". C'est évidemment l'image que je conserverai de cette course.

 

Je cours moins vite, mais la deuxième partie passe presque plus que la première. Dès le semi, je peux entamer le compte à rebours jusqu'à l'arrivée. Je me dis parfois que je n'avance pas si mal, qu'il est normal de ralentir dans la montée, mais les nombreux dépassements que je subi me ramènent à plus de modestie, d'autant que pour ma part je ne double quasiment personne.


Quand la pente s'inverse et que nous commençons à descendre vers Athènes, je n'ai plus l'énergie de franchement accélérer. Pire, une gêne musculaire apparaît, je me demande si le rameau d'olivier que j'ai glissé dans la ceinture de mon short n'a pas comprimé mon imposante musculature ! Ce serait la blessure la plus bête de l'histoire de la course à pied ! Impuissant, je suis dépassé dès le 35e km par le meneur d'allure 3h15, sans pouvoir accrocher sa foulée.


Mais nous approchons d'Athènes, et c'est l'essentiel ! La route s'élargit encore, et les animations sont de plus en plus nombreuses. Le parcours ne nous fait pas visiter la capitale et ses monuments mais nous emmène directement vers l'arrivée. Dans la dernière descente, le long du parc où j'avais hier photographié ce soldat en tenue de parade, je retrouve dans la foule mon épouse et son sourire si doux. Je lui remets mon rameau d'olivier offert à Marathon, et je me sens comme un messager qui a rempli sa mission. Je tourne à gauche vers l'arrivée, où un chronomètre affiche 3h16 de course.


Rien ne m'avait préparé à l'émotion que je ressens en pénétrant dans le stade antique. Je n'avais pas particulièrement fantasmé sur cette arrivée, la rangeant hâtivement dans la catégorie "folklore", mais je suis littéralement saisi par la beauté de ce stade et mesure instantanément la chance que j'ai de courir sur cette piste plusieurs fois millénaire. La beauté des marbres blanc, les gradins tout en longueur garnis de supporters enthousiastes, les anneaux olympiques en point de fuite de cette perspective sans pareille, offrent un ensemble irrésistible. Je suis marathonien, cent fois marathonien, et j'en éprouve une joie authentique.

 

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