L'auteur : Grego On The Run
La course : SaintéLyon
Date : 29/11/2025
Lieu : St étienne (Loire)
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Distance : 82km
Objectif : Pas d'objectif
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lien vers article et photo (à ne pas manquer !) : https://firstquartilerunners.wordpress.com/2026/01/13/recit-de-course-saintelyon-2025-toujours-aussi-belle-mais-chaude-cette-annee/
Il s’agissait de ma quinzième participation consécutive au raid nocturne de la SaintéLyon. Une édition particulière, car après la claque de 2024 où j’avais terminé en plus de 10 heures et un score ITRA de 517 (le troisième plus mauvais en 14 chronos de finisher), j’avais décidé de m’en remettre à la science pour fixer mes objectifs. Pour cette session 2025, j’affichais un volume d’entraînement de 279 km sur les cinq dernières semaines et un poids de 62 kg. Claude, l’intelligence artificielle, m’avait prédit un chrono de 9h17 pour boucler les 79,6 km. Cela dit, il s’était basé uniquement sur la variable poids sans prendre en compte le volume d’entraînement qui était en fait un peu léger par rapport à toutes mes précédentes participation. En général il n’y a pas vraiment de miracle dans ce sens. La réalité du terrain, comme souvent en Ultra, a eu son mot à dire sur la régression linéaire.
Les rituels et l’avant-course
Je ne change pas une équipe qui gagne, ni un estomac qui replâtre. Le vendredi matin, c’est l’arrivée à Lyon avec déjeuner au Danton près de la Part-Dieu pour la troisième année consécutive, le retrait du dossard à Tony Garnier l’après-midi puis pour finir le dîner chez Belle-maman à La Mulatière pour un dîner assez chargé (zut j’ai oublié quoi) avec de superbes pâtisseries de chez Terrasson. Samedi midi, passage obligatoire par les quenelles lyonnaises mais cette fois sans la sauce béchamel. Est-ce là une erreur gustative qui m’a coûté la course ? Ensuite, c’est le « mode larve » : s’allonger et attendre que la torpeur m’envahisse pour une sieste salvatrice qui ne vient pas. Comme quoi c’est bien le signe que j’arrive beaucoup trop frais le jour de la course et que je ne suis pas suffisamment repu par le volume d’entraînement, bien trop léger.
À 18h30, je suis accueilli à Villars par Yves pour la traditionnelle pasta party. 22h30 c’est revêtu de ma panoplie — une seule couche manche longue — je me sens prêt pour le voyage pour ParcExpo à Saint-Etienne. Quelques jours avant j’ai eu la chance de recevoir un Email de l’organisation m’indiquant que j’ai le droit d’aller directement en sas préférentiel étant donné ma cote ITRA.
Le départ : Saint-Étienne ➔ Saint-Christo (19,2 km)
Le top départ est donné le samedi à partir de 23h31. Les premières impressions sont très bonnes, je me sens plutôt léger, cela percute assez bien. En fait, très vite, j’ai chaud ! Et je préfère le froid sur la STL. Cela va me coûter en énergie. Cette Sainté sera une des plus chaudes des 15 dernières années et ce n’est pas un avantage.
Je reste fidèle à mon processus : courir en aisance respiratoire totale, par le nez, pour ne pas brûler mes réserves de glycogène dès l’apéritif. Mais je vais payer TRES VITE la facture de n’avoir rien pris sur moi pour manger sur cette portion. Quelle idiotie. Je n’ai que le repas de pâte mangé à 20 heures dans l’estomac, qui a l’heure qu’il est … n’est plus dans l’estomac ni l’intestin grêle. Je me prends une claque, un mur au 15ièm km. Et ce mur je vais avoir énormément de mal à m’en remettre. Je vais gâcher l’info… je ne m’en remettrai jamais complètement jusqu’à la fin. Des baisses énergétiques comme celles-ci sont des points de non retour quand elles sont à ce point ressenties.
J’atteins Saint-Christo-en-Jarez en 1h59m33s sur les rotules, à une allure de 6:13 min/km, pointant à la 1338ᵉ position.
La portion de doute : Saint-Christo ➔ Sainte-Catherine (14,8 km)
Cette étape est normalement ma préférée, celle des chemins de crête et du spectacle des frontales. Pourtant, les chiffres ne mentent pas : j’ai pioché. J’adore ce fameux chemin de crête qui est cette année le point culminant en l’absence du passage au Signal. On y accède après avoir croisé nos amis qui ont « allumé le feu » de bois/barbecue et enceinte émettant une musique à fond la caisse. Cette année je ne me souviens plus du titre au moment de mon passage, les années précédentes c’était du Van Halen ou de l’AC/DC. Là j’ai la tête dans le seau donc je n’entends rien.
Vite, vite, Sainte-Catherine !!
Avec une allure qui s’effondre à 7:56 min/km, je perds 299 places pour pointer en 1637ᵉ position à Sainte-Catherine. Le « Gouverneur Central » me conduit directement vers la table de Ravito : 2 gobelets de coca et surtout 3 pâtes de fruits, et puis une demi banane et puis faut repartir sinon je reste là.
La remontada y’a pas : Sainte-Catherine ➔ Le Camp – Saint-Genou (11,0 km)
C’est ici que la machine se remet en route, un peu. Oui je reprends un peu des ailes mais pour autant il y a toujours un blocage au niveau de la machine. Je n’arrive pas du tout à relancer, une sorte d’étau autour de la tête très léger m’empêche de mettre la gomme comme lors des belles années (STL 2014 à 2017).
Oui cela va un peu mieux, mais je n’arrête pas de me faire déposer toutes les 30 secondes environ et quant à moi je ne remonte personne. Le moral en prend un sacré coup. Je cours à un petit train de sénateur.
Sur cette portion, je gagne 267 places (que dalle) pour remonter au 1370ᵉ rang. Attention, la remontée au classement ne s’explique que par des arrêts de coureurs en aval ou par des coureurs qui sont restés plus longtemps que moi aux ravitos. Je n’ai dépassé personne sur la portion précédente et me suis fait déposer tout au long ! Sympa la nouvelle entrée au ravito de Saint Genou / Le Camp qui se fait dans le sens de la remontée, par l’arrière (les habitués de la course me comprendront).
L’heure de vérité : Le Camp ➔ Soucieu-en-Jarez (13,8 km)
J’aime bien cette portion globalement en descente douce. En général c’est un terrain ou je mets le paquet. Bon et bien cette année je ne mettrai rien du tout. Je vais subir et trouver le temps très très long. Mais où se trouve Soucieu ?
Là ! Enfin.
On dit que la SaintéLyon commence à Soucieu. Si tu es cuit à ce stade, le chrono te fait ses adieux. Je pointe à Soucieu après 7h09 de course. L’allure de 7:13 min/km me permet de gagner encore 78 places. Je suis en 1292ᵉ position. Et ben ! Mais c’est quoi ces classements au-delà de la millième place à ce moment là de la course ?
Le jour va commencer à poindre et j’entends le chant du coq, ce rituel sonore qui m’accompagne depuis 2010 mais là je suis encore très loin de l’arrivée. Et voilà la fameuse épingle !
Eh oui il va falloir s’y faire à cet aller/retour pour le ravito de Chaponost (depuis 2021 ?). On voit une ribambelle de coureur dans le chemin du retour qui vous remet à votre place et vous rappelle que vous n’êtes plus un « coureur du devant » mais un coureur du pack de la SaintéLyon, ce que je suis devenu depuis la période Covid.
Le final : Chaponost ➔ Lyon (14,2 km)
Finalement pas si mal. Je « cours » plus aisément que l’année dernière (NB. je n’étais pas entraîné et c’était à pied que j’avais terminé). Je vais terminer cette portion en 1 heure 37 minutes (allure de 6:51) ce qui n’est pas si mal. Et puis j’adore cette dernière portion qui ne change plus, même si le parc Accrobranche pourrait nous être épargné à Sainte-Foy-lès-Lyon (rappel: cette commune, je m’y suis marié !)
Cette portion finale est un mélange de souffrance et de libération. Je traverse La Mulatière et jette un coup d’œil aux fenêtres de Belle-maman à qui je ne demande plus de venir me chercher à la Halle Tony Garnier (impossible de se garer et de toute manière le retour à pied est plus rapide). Je franchis le pont Raymond Barre, ce monument magnifique qui annonce la fin de l’aventure.
Je mets le turbo réacteur (c’est pour l’effet de style…en fait je suis cuit) pour les derniers hectomètres, finissant en quasi-apoplexie (comme toujours) mais l’effet endorphinique est toujours présent et très perceptible. Une SaintéLyon cela se savoure jusqu’à la finish line.
Bilan et épilogue
Je franchis la ligne à la Halle Tony Garnier en 9h34m49s, terminant à la 1254ᵉ place au scratch à une allure de 7:13 / km. L’IA la plus conservatrive (avec la plus mauvaise anticipation) avait vu juste à 17 minutes près. Je termine dans les 20 % des finishers au scratch et 9 % de ma catégorie M3H. C’est toujours ça de terminer dans le premier décile de ma catégorie d’ancien combattant et cohérent avec mes autres perfs sur d’autres courses d’Ultra (Ut4M).
Mon score ITRA est de 545 (soit mon 4 eme score en 14 score ITRA de finisher… en partant par la fin)
Ce n’était pas ma plus belle performance chronométrique, mais au niveau émotionnel, la SaintéLyon reste imbattable. C’est fait, j’ai ramené mon 14 eme maillot que j’avais acheté et récupéré vendredi (mais là c’est bon je peux le mettre, sinon je l’aurai jeté ;-).
Maintenant, place au réconfort : au moment de sortir de la Halle Tony Garnier, une pluie torrentielle de quelques minutes, heureusement je sors la GoreTex à la Mickey restée dans mon sac de traileur. Finalement cette veste m’aura permis de remonter à pied jusqu’à La Mulatière en restant au sec, la médaille autour du cou.
À l’année prochaine : ce raid nocturne, pèlerinage pour moi, est exaltant.
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