L'auteur : marathon-Yann
La course : Marathon de Marrakech
Date : 25/1/2026
Lieu : Marrakech (Maroc)
Affichage : 296 vues
Distance : 42.195km
Objectif : Pas d'objectif
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"And I said to myself : what a wonderfull word", chantait Amstrong. Je n'avais jamais envisagé d'aller courir à Marrakech, mais... Mais mon frère a décidé d'aller y fêter son mariage, et le frérot n'étant pas idiot, il a choisi d'organiser cela le weekend du marathon. Et d'y participer, avec sa femme et les invités qui le désirent. Pas besoin de vous faire un dessin, j'imagine !
Je ne reviens pas sur la fête familiale, sincère, joyeuse, émouvante. J'en dirai à peine plus sur la ville. Je n'ai eu le temps que de faire un petit tour dans le souk de la ville ocre, mais cette déambulation dans les ruelles étroites remplies d'échoppes colorées et sentant bon l'orient restera longtemps dans ma mémoire. Quel dépaysement ! C'est authentique, c'est beau, c'est animé. Je ne parle même pas des charmeurs de serpents et autres dresseurs de singes qui attendent les touristes sur la place principale de la Medina. Un autre monde, vraiment.

Après m'être levé à 4h samedi pour attraper mon avion et avoir fait la fête une bonne partie de la nuit, je me lève à 6h le dimanche pour la course. Avec tous ces événements, celle-ci est passée au second plan, mais maintenant, it's time to run ! Il fait encore nuit lorsque nous nous dirigeons vers le départ, avancé à 7h45 pour une raison inconnue. Nous discutons gentillement avec les jeunes mariés en passant devant le minaret éclairé de la mosquée de la Koutoubia, puis le célèbre hôtel Mamounia. Moments précieux, moments magiques. Je souhaite bonne course aux tourtereaux et à leur témoin Ben, avant d'aller me placer vers l'avant du peloton. À 7h45 les élites partent, 30 sec plus tard, cela sera mon tour.
Il n'y a pas de sas, mais des meneurs d'allure, de 4h à 2h45, qui partent ensemble, quelques mètres avant moi. Je ne sais pas encore lequel je vais suivre, on verra avec les sensations. Il me faudra plus d'un kilomètre pour les remonter progressivement : 4h, 3h30, 3h45, 3h15, 3h... Je m'arrête là, au moment où deux coureurs se laissent décrocher de ce groupe : " elle va trop vite, elle a décidé de nous faire tous péter !". Je ne connais pas assez mes allures pour savoir si la petite meneuse d'allure va plus vite que les 4:15 / km cible, mais je note dans un coin de ma tête qu'elle est probablement partie sur une base un peu trop élevée (pour nous).
Il fait toujours nuit mais les larges avenues que nous empruntons sont bien éclairées. Alors que le ciel s'éclaircit progressivement, la majestueuse silhouette noire des palmiers se détache sur l'azur pâle, comme des ombres chinoises. Magnifique.

c'est plutôt un coucher de soleil, mais vous avez l'idée
La première partie de course nous fait faire des allers-retours sur de longues avenues, il faut reconnaître que, le jour levé, ce n'est pas très amusant. Je reste toujours dans le groupe des 3h, parfois même un peu devant, histoire de profiter tranquillement des ravitaillements. Vers le 13e km, nous pénétrons dans une plantation d'oliviers, c'est un très joli passage. Tellement joli que je saute le ravitaillement du km 15. En est-ce la conséquence ? Deux km plus loin, alors que nous causons d'importants bouchons dans le centre ville, je commence à ressentir une gêne musculaire. Je ne vais quand même pas me blesser aujourd'hui ? Non, ça passe tout seul.

Deux coureurs que nous rattrapons rigolent : "voilà le groupe 3h", l'air de dire "ils ne respectent pas leur allure". Et c'est vrai que, au lieu de 4'15/km, nous avançons souvent à 4'07, voire 4'00 entre les km 22 et 24, profitant du faux plat descendant. Quasiment mon rythme sur 10 km ! Je profite qu'il y ait des toilettes au km 25 pour lâcher prise avant d'exploser. Je ferai la fin tout seul, comme un grand. Les deux km suivants sont difficiles, je suis maintenant seul, au moment où la route s'élève pour un long faux plat montant. Surtout, je ne sais plus trop après quel objectif courir.
Après avoir fait les 2/3 de la course sur une base de 3h, je me dis que si je cours le dernier tiers sur une base de 3h30 (allure "confortable" de 5'/km), je devrais finir en 3h10. Et chaque seconde gagnée sur ces 5'/km peut être retranchée du temps final que je me prédis. Km 29 en 4'17 : je vise 3:09:17. Km 30 en 4'33 : je retranche encore 27 sec, 3:08:50. Vous avez l'idée. Chaque kilomètre m'offre ainsi une récompense virtuelle et sonne comme une victoire. De l'art de penser positivement. Les gens de ma génération qui ont grandi avec le documentaire Les yeux dans les Bleus se souviennent de Zidane à la coupe du Monde 98, avant les quart de finale : " ce que l'on a fait, c'est bieng. On peut continuer, pour faire quelque chose de très bieng. Et après, ce serait grand...". J'ai le même raisonnement : moins de 3h10, c'est bieng, moins de 3h05 serait très bieng. Et après ... Alors je continue à retrancher les secondes.
Nous passons sous un pont au km 30. En remontant, nous rejoignons les coureurs du semi. À ce moment, ce sont des coureurs qui avancent légèrement plus vite que moi, qui me redonnent un élan bienvenu. Mon frère, qui passera ici un peu plus tard, trouvera la queue du peloton du semi, des coureurs qui marchent et s'arrêtent se prendre en photos, entre lesquels il devra slalomer. Pour moi, c'est positif, d'autant qu'il y a un peu plus de public maintenant, la fin est enfin plus vivante.
Je n'avance plus si bien cependant. Aux ravitaillements des km 35 et 40, je m'arrête même pour vider ma bouteille d'eau, et avaler quelques raisins secs pour essayer de récupérer de l'énergie. Mon compte à rebours, ou à débours, est bloqué sur 3h04, c'est très bieng, je n'ose plus rien retrancher de peur d'une mauvaise surprise. Mais j'avance toujours à moins de 5'/km.
Km 41, nous quittons les coureurs du demi pour faire 500m de plus, avant de les retrouver un peu plus loin. Un petit aller-retour qui me permets de voir la meneuse d'allure 3h, peut-être 1 km devant moi, environ 4 min. Les 3h04 semblent cohérents. Ça commence à sentir l'écurie.
Km 42, dans le dernier virage, une voiture affiche le temps officiel : 2:58:40.
Oh punaise, le sub3 à portée de mains. Ce Graal si longtemps inaccessible, serait -il accessible aujourd'hui ? Cela va se jouer à une poignée de secondes !
Alors jouons ! Le sprint est lancé. Moi qui ne fait jamais de fractionné, préférant le volume pour les grosses sorties de l'été, j'en ai refait ces derniers temps, pour gagner un peu de vitesse. Je donne tout. Mais il reste bien plus que 195 m, l'arche d'arrivée n'a jamais semblée aussi lointaine ! 500m, me dira ma montre ce soir ! Quand j'arrive à lire le chronomètre officiel sur l'arche d'arrivée, il me reste peut-être encore 200 m à parcourir, et celui-ci affiche 2:59:50. C'est raté ?
Non, souvenez-vous, j'ai franchi le départ 30 sec après les élites. Il faut considérer le temps puce, pas le temps officiel. Un dernier effort et c'est gagné : marathon bouclé en 2:59:43 (mais vous pouvez arrondir à 2h).
J'avoue que je ne m'y attendais pas. Pas après la noce, pas avec mon rhume des derniers jours, pas 3 semaines après le marathon de Cernay. Mais je prends ! J'en suis d'autant plus heureux. Ce weekend enchanté ne pouvait pas se conclure autrement.
"When the saint, when the saint, when the saint go marching in" , chantait Amstrong. J'emprunte sa mélodie pour chanter "Deux cinquante -neuf, deux cinquante -neuf, deux cinquante -neuf au maaaa-raaa- thon ", un tube qui me remplit de bonheur, sous le regard étonné des marrakechis. What a wonderfull word.

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2 commentaires
Commentaire de Yannael posté le 31-01-2026 à 14:57:52
Wouah, sacré résultat. Marathon en moins de 3h après deux courtes nuits, et 3 semaines après un autre marathon, c'est fort. Bravo Yann.
Commentaire de Bacchus posté le 02-02-2026 à 23:43:51
Sacrée perf, un lendemain de mariage, bravo !!
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