Récit de la course : Trail du Ventoux - 50 km 2026, par defi13

L'auteur : defi13

La course : Trail du Ventoux - 50 km

Date : 28/3/2026

Lieu : Bedoin (Vaucluse)

Affichage : 288 vues

Distance : 50km

Objectif : Se dépenser

1 commentaire

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Trail du Ventoux 2026, une machine à souvenirs

J’avais décidé depuis déjà quelques mois de m’inscrire au trail du Ventoux 2026. C’est un rendez-vous que j’affectionne avec mes amis depuis 2024. C’est une épreuve phare du calendrier des trails en France et elle marque généralement le lancement de la saison.

Après m’être un peu égaré l’an dernier (j’avais couru l’Intégrale des crêtes un 75 km dès le début de saison avec un résultat pas au niveau de ma préparation, un résultat démotivant), j’avais décidé de refaire le parcours original le 46 km. Il y a quelques mois, nous apprenions que l’épreuve serait le support des championnats de France de trail, signe parmi tant d’autres que ce parcours est sélectif. Ainsi, il devait y avoir la course des amateurs le samedi et celle des championnats le dimanche. Le parcours original était légèrement allongé (de 46 à 50 km pour le long, le court se contentant de 29 km).

Cette distance de 50 km était plus en phase avec mes envies et mes dispositions en ce début de saison. Malgré une forte envie de me préparer comme en 2024, j’ai malheureusement enchaîné toute une série de bobos et tracas qui m’ont finalement empêché de suivre ma préparation. Après une morsure de chien au mollet en décembre (hématome et douleurs pendant 1 semaine), j’ai chuté en trébuchant sur un morceau de branche fin décembre (douleur au genou une semaine), puis j’ai enchaîné 1 syndrome grippal et un autre virus en janvier. En voulant remettre un peu plus de volume à partir de début février, j’ai réussi à déclencher une inflammation du TFL, ce qui ne m’était jamais arrivé en 15 ans de course à pied ! J’ai couru prudemment sur ma course de préparation (Aymon Trail 42km, 2200d+ le 15/02), mais le TFL restait sensible (douleur 3 à 4/10 après les courses, jamais pendant). J’ai donc adapté ma pratique en diminuant le volume (35~45 km par semaine, exit le travail de dénivelé), mais en incorporant un travail de renforcement musculaire, de gainage et des exercices de pilates (1h30 par semaine pour 4 séances). Bref, à 2 semaines du Ventoux, j’étais en plein doutes et je voulais juste assurer ma participation en étant bien conscient que je serai sans aucun doute très loin de mon niveau habituel.

Une envie tout de même : je voulais consolider la stratégie de course que j’ai adoptée depuis maintenant quelques mois. En 2025 j’ai eu le sentiment que toutes mes courses longues ont été « ratées » (Ventoux 75km, Saint-Jacques 80km, Veni Vici 82km) en raison d’un départ trop rapide, d’un excès de confiance. J’ai terminé ces courses avec des sentiments mitigés, un peu d’amertume, bien que ces courses étaient magnifiques. J’ai souvent constaté que mes courbes de fréquence cardiaque s’effondraient littéralement après la mi-course et que je suis dans l’impossibilité de maintenir un effort de course (même relatif) après 50 km. L’idée derrière une participation à une de ces courses est de partager du plaisir avec des amis, la famille et de les réussir du point de vue personnel (comprendre faire un bon temps ou classement). Je suis réaliste sur ma pratique, la compétition, l’adrénaline, le dépassement de soi, les places grappillées font partie de mes motivations et sont le carburant de mes sensations d’après course. Mes moyens sont en revanche limités pour les grandes courses, j’ai donc avec depuis quelques mois accepté de partir prudemment sur des courses de + 40 km afin de lisser les sensations et parvenir si possible à faire de belles fins de course. J’ai réussi à mettre cette idée en application lors de mon dernier trail (Aymon Trail 42k). En suivant un plan proposé par Chat GPT et en y rentrant mes paramètres, souhaits et données relatives de course, le scénario proposé par l’IA est de retenir mes forces et ne pas développer d’effort inutile avant le chalet Reynard (km27). Je compte m’efforcer d’appliquer cette idée en course.

 

Une ruelle de Bedoin

Ayant déjà participé à 2 reprises à ce trail, je savais que les conditions seraient difficiles, même si le calendrier imposé par la FFA plaçait la course 3 semaines plus tard que d’habitude. En 2025, j’avais tellement souffert du froid que mes mains avaient été engourdies pendant plus de 2 heures ! J’avais commis l’erreur du débutant en partant de Bedoin (10°) en short, tee-shirt et manchettes.

Cette année, la semaine précédant l’épreuve, j’ai commencé à surveiller la météo et l’annonce de nuits glaciales à Bedoin (0°~2°) combinées à un épisode de mistral m’ont définitivement convaincu de me couvrir chaudement, et bien m’en a pris ! Les annonces de l’organisation nous ont grandement sensibilisés aux conditions difficiles auxquelles nous allions faire face.

Côté alimentation, rien de bien compliqué : une alarme sur la montre pour me rappeler de manger toutes les 45 minutes, 4 gels et 4 pâtes de fruits sans oublier trois flasques de boisson isotonique emportées.

Une fois arrivés à Bedoin le vendredi après-midi, nous avons immédiatement ressenti la fraîcheur. Le sommet du Ventoux complètement enneigé .

Le sommet enneigé

 

 

Bien enneigé même en zoomant

Une partie des amis partaient sur la plus longue distance, tandis qu’un autre sur la version « Évasion Baronnies » qui a fait son apparition depuis 1 an (65 km). Leur course commençant à 4h45 et 5h45, toute la maisonnée se couchait relativement tôt.

Pour les trois coureurs restants, notre départ était prévu à 8h00 le samedi matin. J’ai pu apprécier ce confort avec une nuit complète, un départ donné à 1 km de la location et un petit-déjeuner comme à la maison ! Nous avons pu nous placer sur la ligne de départ parmi les 20 premiers concurrents par un choix après un très léger échauffement. Mon TFL s’est fait oublier et j’ai décidé de partir prudemment pour lui permettre de bien s’échauffer.


  Toujours très bien placé au départ 

Au coup de feu du starter, j’ai juste fait l’effort de partir suffisamment vite pour ne pas me faire piétiner en sortant du domaine des Florans avant de me placer à une allure confortable. Au moins 200 coureurs me dépassent, mais ce n’est pas grave. Théo est devant moi à dix mètres, je ne fais pas l’effort d’aller le chercher. Je me souviens du départ de 2024 où j’avais soutenu une allure de 4’15” au km jusqu’à la première bosse ! Cette année, le credo est de me retenir pour tenir, épargner l’énergie en début de course pour la dépenser bien après.

Après avoir traversé les carrières de sable ocre, nous parvenons à la première bosse. Clairement je suis bien moins en jambes qu’en 2024, je décide rapidement de marcher et de sortir mes bâtons pour économiser mes jambes. Je ne les rangerai plus de la course. Malgré mon manque d’entraînement avec eux (je suis francilien), j’ai fini par les adopter et courir avec eux sans les ranger dans mon carquois même s’il reste pratique.

 


    

Sentier roulant et très agréable (photo prise le surlendemain)

    

On entre dans les carrières de sable (photo prise le surlendemain)

 

Mais c’est surtout sur la suite que je me rends compte de la différence de gestion. Alors qu’en 2024, j’avais couru et relancé de la façon la plus dynamique possible sur les balcons, cette année je marche et pose mes bâtons avec rythme mais sans dynamisme. Je m’attends clairement à faire des temps nettement inférieurs sur cette section sur Strava. Théo a disparu, je mise sur un écart de 5 minutes entre nous qu’il creusera jusqu’au Chalet Reynard avant – je l’espère – pouvoir revenir sur lui si ma stratégie s’avère payant (et si je la respecte!). Ma montre m’indique un cardio assez contenu, sous les 145 pulsations par minute. C’est le bon rapport vitesse / puissance / économie de course, du moins je le pense sur des formats de 50 km.

Nous débutons donc une ascension avec des vues spectaculaires sur la vallée depuis les balcons (entre les kilomètres 6 et 7). Nous traversons une première fois la route qui monte au Ventoux, puis une deuxième fois. Le sentier n’est qu’à quelques centaines de mètres (parfois une dizaine) de la route, nous sommes tout de même plongés dans un environnement naturel assez sauvage, Les sols sont secs. Certaines zones exposées aux épines de pins offrent un tapis confortable pour courir, d’autres sont très pierreuses, couvertes de garrigue, de thym dont le parfum est très agréable.

Km 7,7 après 55:47 un pointage intermédiaire au lieu dit « Piaud » me classe en 204ᵉ position. Sans m’en rendre compte, je suis à peu près là où je souhaitais être et c’est conforme à mon estimation pendant la course. Mon ami Théo est parti en trombe, il est classé parmi les 75 premiers concurrents.

Km 8,5 : une descente souple, facile d’un kilomètre sur une piste forestière. Je l’avais bien repérée, je la connais. J’avais relancé assez fortement en 2024, mais pas cette année. La prudence m’accompagne et je préserve mes cuisses. Tout en bas, les organisateurs ont prévu un point d’eau. Je suis assez surpris de le voir installé là. Je m’assure tout de même que le ravitaillement habituel du km 13 n’a pas été annulé avant de repartir immédiatement. Ma seule flasque remplie avant le départ de 500 ml est encore à moitié pleine.

Km 12 : on traverse une nouvelle fois la route pour cette fois emprunter un sentier en contrebas. Le ravitaillement n’est plus très loin. On y arrive justement au kilomètre 13, 1h45 et 950 m D+. Il fait très beau, le vent se lève, il est frais.

Je remplis ma flasque vidée au cours de ces 12 premiers kilomètres puis la seconde que je n’avais pas remplie. J’emporte deux morceaux de pain d’épice et un de banane : un arrêt rapide, tout en assurant l’essentiel.

On observe çà et là quelques névés, mais rien en comparaison à 2024.

Km 15,5 : au détour d’un virage nous sortons de la forêt et on aborde une route qui mène au col du ventoux. Elle est complètement enneigée. Lorsque les arbres se font moins nombreux on a droit à un panorama splendide : ciel d’un bleu éclatant, beaucoup de lumière et un long ruban blanc sur lequel nous courrons. La neige est assez tassée, je parviens à courir. Parfois elle est un peu molle et nos pieds s’enfoncent dans 15 bons centimètres ce qui nous ralentit. Le cardio est stabilisé autour des 140 pulsations, parfois 145 lors des montées courues.

 


   

Ces passages sont magnifiques, peu exposés au vent

Je croise un coureur déjà rencontré plusieurs fois avec qui j’entame une discussion qui va durer un bon quart d’heure. Il fait cette course en échauffement avant de se lancer demain sur les championnats de France version courte ! Il trottine en me parlant de son projet PTL en août ! On n’a clairement pas le même niveau. Son binôme de PTL vient justement de me rattraper. On poursuit notre route et je finis par les distancer, eux préférant progresser tout en gestion.

 

La tour nous surplombe, ce sont les derniers virages

Nous commençons à apercevoir le sommer du Ventoux au détour d’un lacet. Je parviens tout de même à courir dans cette neige tassée et malgré la pente. Mon effort est mesuré et je pousse sur les bâtons pour le rendre encore plus anodin pour mes muscles. On remarque l’observatoire qui fait office de station météo une station météo en forme de boule à quelques centaines de mètres du sommet.

  

On approche du sommet, on peut observer une bourrasque soulevant de la neige à gauche

45 minutes dans un enfer glacé

Je remarque que le vent a nettement forci à mesure que nous nous approchons du sommet. Mes gants qui ne m’ont pas quitté depuis le début de la course vont m’être indispensables pour ce qui nous attend. Je suis vêtu avec 3 couches : un sous-pull thermique, un tee-shirt technique assez épais (celui du 2T2M 2024 ;-) et ma veste imperméable. Je porte un tour de cou, et un autre au poignet ainsi qu’un bonnet. Je zippe ma veste jusqu’au menton, remonte mon tour de cou et tire ma capuche sur ma tête. Avec mes lunettes de soleil en plus, je me suis offert une bonne protection contre les intempéries qui ne cessent de s’intensifier. En revanche, pour le bas je n’ai qu’un cuissard qui constitue qu’une trop maigre protection.

Nous parvenons à 300 m du col. C’est la dernière fois que je sortirai mon téléphone avant une bonne heure. Les bourrasques deviennent violentes, mais elles sont gommées par le contrefort de la route qui nous offre une bonne protection. On observe toutefois des courants aériens dessinés par la neige qu’ils entrainent. Le spectacle est impressionnant.

Une fois la protection disparue, nous subissons les assauts du vent tempétueux. Nous sommes mis à l’épreuve. Je suis désorienté et dois lutter pour progresser vers l’objectif. Parvenu à la chapelle Sainte-Croix, je suis tellement perturbé que je ne suis pas le balisage. Un coureur m’appelle et me signale qu’il faut passer à droite de la chapelle. Un havre de paix pendant quelques secondes puisqu’elle offre une protection contre les intempéries.

 

Si près, mais les difficultés commencent

On aborde maintenant l’ultime partie de l’ascension. Je n’aurais pas l’insolence de la comparaître avec l’ascension d’un sommet alpin, mais les conditions teintent cette épreuve d’une touche d’alpinisme assez troublante. C’est difficile, c’est éprouvant, on progresse pas à pas. Les bourrasques rendent nos pas hésitants. Les bâtons sont balancés vers la droite de la route, mais nous aident tout de même à progresser.

20,6 km 3h10 de course, 1910 mètres d’altitude, nous sommes au sommet, protégés quelques instants par la station émettrice. Cette tour que nous apercevions depuis des kilomètres est imposante, elle nous écrase et nous protège du vent un moment. Sitôt dépassée, les vents sont déchaînés, ils nous fouettent à nouveau et balayent tout obstacle.

Nous ne sommes que de petites parcelles de vie, et cherchons à résister aux éléments en furie. Mes pensées à ce moment de la course : ne pas traîner là, rester ici c’est mourir, tomber ou avoir une défaillance c’est mourir. Malgré l’envie de gérer l’effort de course, je me force à courir dans cet univers hostile. Le vent latéral (de gauche vers la droite) est saisissant, brûlant sur les jambes découvertes, la peau est décapée par les microparticules de neiges propulsées par le vent fou et imprévisible.

Je résiste, tire encore plus mon bonnet sur le front, salue mon idée d’avoir emporté mes lunettes de soleil. Elles sont percutées par des milliers de particules brillantes. Après la neige tassée, et avant d’aborder la descente emblématique entre les poteaux, certaines sections sont verglacées. Je prends d’infinies précautions à me déplacer sur celles-ci et je choisis de les contourner pour éviter la chute. Dès que cela m’est possible, je cours sur les pierres pour éviter tout risque. Les distances entre les coureurs devant et derrière moi sont espacées. Un coureur qui chute ici est en grand danger. Le temps que les coureurs suivants le rejoignent et tentent de lui enfiler une couverture de survie serait problématique. Certains trouveront sans doute ce risque ou mes propos exagérés, mais j’ai eu l’impression d’être sur une fine crête, d’un côté la vie, de l’autre un grand danger.

J’essaye d’accélérer le pas dès que je le peux, en fait tout dépend du support sur lequel nous courons. Ce n’est pas la pente qui est difficile, mais son revêtement. Sur les pierres il n’y a pas de risque, sur la neige tassée pas de souci majeur. En revanche la glace polie, lustrée par des vents fous me fait redouter la chute et je m’efforce de la contourner dès que je le peux. En regardant mes jambes rougies comme par les premiers soleils d’été, je remarque des petits morceaux de glace fixés sur mes poils autour des genoux. À bien les regarder il s’agit de minuscules congères ! Elles resteront fixées là pendant les 2 heures suivantes.

En descendant une dizaine de minutes plus bas, les conditions ne s’améliorent pas. Nous souffrons du froid mordant et des bourrasques, mais la neige se fait de moins en moins présente. Je garde en tête mon seul objectif, préserver mes cuisses pour être capable de relancer au chalet Reynard. Les écarts sont importants sur cette descente assez rectiligne sur laquelle on peut observer les coureurs au loin. Cela me conforte dans l’idée que tout le monde a passé un sale moment et que tous ont voulu accélérer pour écourter cet épisode difficile. Après la course, je regarderai quelques vidéos sur les réseaux sociaux, oui quelques-uns ont osé sortir leur téléphone ou une caméra pour capturer la violence du moment qui restera gravé dans ma mémoire pour longtemps. En tout, cette épreuve dans l’épreuve a bien duré 45 minutes.

La marche et la vitesse de course assez basse ont fait chuter le cardio sous les 130 bpm, rien d’anormal, mais j’espère que je parviendrai à me relancer. En regardant ma montre, je remarque que le vent et le grésil ont fait disparaître un champ de données. Au lieu d’avoir la fonction chronomètre, j’ai deux fois la distance qui s’affiche ! Je corrigerai ce détail en déconnectant l’utilisation tactile une fois l’arrivée franchie. Un peu plus loin, j’ai du mal à m’orienter. Les balises ont dû être arrachées par le vent, on a l’impression de courir sur la lune : des étendues de pierres blanches tristes d’où émergent quelques conifères ou des buissons décharnés. Après une hésitation je m’écarte de la trace et c’est un coureur qui me signale la balise suivante. Au loin j’entends une cloche et j’aperçois à 400 mètres environs des signaleurs ou supporters. Je fixe ce point qui émet un son caractéristique et choisis de me diriger droit dessus quitte à couper dans des sections plus techniques avec des pierres dans tous les sens. Je sais que je me rapproche du chalet Reynard.

 

2ᵉ partie de course : c’est maintenant ou jamais !

Au détour d’un sentier on entend des cris et on voit beaucoup de monde rassemblé. La dernière dizaine de mètres avant de déboucher sur la route devant le chalet est assez technique : la pente négative est très forte et couverte de neige. Certains choisiront de glisser sur les fesses. J’évite la glissade de justesse et me rapproche des tables du ravitaillement du chalet Reynard. Kilomètre 26, déjà 2 000 m de dénivelé positif d’avalés. Le chronométrage a relevé mon passage en 3h58 et classé en 243ᵉ position. Je remplis 1 flasque d’eau et sors la 3ᵉ flasque dont la poudre isotonique n’attend plus que l’eau. Je prends un gel offert par la marque TA et 2 paquets de gommes de la même marque, à nouveau du pain d’épices et quelques chips pour le sel. Cet arrêt est à nouveau assez rapide. On nous annonce que le ravito suivant est très proche (km 32) et qu’il proposera des aliments chauds (soupe).

J’ai bien en tête que ma course doit commencer maintenant et je m’astreins immédiatement à courir de façon efficace tout en me méfiant de cette 2ᵉ moitié technique et difficile. Il y a deux ans je m’étais fait cette même réflexion en constatant qu’il s’agissait d’un joli parcours de + de 20 kilomètres de montagnes russes avec encore de solides raidars à grimper et des descentes sans répit pour des quadriceps fatigués. Je repars donc plus motivé que jamais, mais lucide sur les quelques 22 kilomètres restants.

Immédiatement après cette courte pause nous allons enchaîner montées et descentes en permanence. Je cours à nouveau sur cette portion de descente très facile sur une piste forestière. Je me retiens pour ne pas la courir trop rapidement et lisser mon effort. En regardant mes courbes d’allure, je vois que je cumule des centaines de mètres courus entre 11 et 12 km/h. Le cardio se remet à tutoyer les 130 bpm. Parfois les pentes sont très techniques avec des pierres dans tous les sens, parfois elles sont peu techniques mais très raides et me font souffrir. J’ai pris le parti de ne jamais ranger mes bâtons, ils ont trouvé leur place naturellement dans mes mains. Je les utilise beaucoup sur cette deuxième partie de course, même sans enfiler les anses, je pousse bien dessus en montée. Cela me vaudra de bonnes courbatures dimanche et lundi !

J’arrive au kilomètre 32 au ravito de la Couanche 32 km 2200md+. Je remplis à nouveau mes 2 flasques, d’eau cette fois. Il y a de la boisson isotonique déjà prête, mais ne la connaissant pas je m’abstiens. Je grignote quelques produits, et j’emporte une compote, mais j’ai suivi toutes les alarmes de ma montre et je sais que depuis le début de la course j’ai consommé au moins 50 grammes de glucides à l’heure.

Je repars assez vite et sur certaines portions peu techniques je parviens à garder un bon rythme. Rien ne m’arrêtera, j’ai l’envie et les jambes. Mon TFL a disparu, je n’y pense même plus. Je parviens à relancer sur chaque portion gérable. Je reste en difficulté sur quelques descentes, mais je gagne en envie et mes jambes restent suffisamment gainées pour ne pas trop subir la course. Mon cardio dépasse les 135 bpm pour atteindre les 142 parfois !! C’est un signe, j’ai la capacité à finir fort. Je pense avoir atteint mon objectif, même si je suis trop prudent pour me l’avouer.

Kilomètre 38, une belle descente forestière, j’embraye et dévale la pente douce et facile à près de 14 km/h.

Je sature du sucré, et j’ai décidé de me passer de mon dernier gel en misant sur l’eau encore légèrement isotonique restant dans mes flasques. Je redoute tout de même la descente finale de 7 km qui m’avait fait tant souffrir en 2024 (parti fort et fini en difficulté) et l’an dernier (75 km très usants). Mais cette fois, la pente est moins dure, très sèche, moins raide qu’avant. Je n’ai pas de difficulté à la descendre, en tous cas moins qu’avant. Je dépasse des concurrents, des dossards 50 km mais aussi des 75 km.

Kilomètre 40, on a déjà avalé plus de 2500d+ ! Ce n’est pas fini, il reste des petits raidars, que j’essaye d’effacer le plus vite possible. J’ai des jambes de feu ! Je n’ai plus d’eau, je dois tenir les derniers 3 kilomètres. Tout va bien se passer.

Nous sortons du massif pour nous rapprocher des habitations, je relance fort dès que je peux, le cardio dépassé les 140 bpm et la vitesse les 14 km/h !

Kilomètre 44,7, passage au check point de Malaval en 6h26 en 213ᵉ position. J’ai grappillé 30 places depuis le chalet Reynard !

On revient vers le domaine des Florans et on remonte la colline face à la ligne de départ franchie 7 h plus tôt ce matin. Je franchis la ligne d’arrivée avec un grand sourire, c’est un signe. Sans le savoir mon chrono est très satisfaisant c’est l’affichage officiel qui m’annonce en 6h51 et classé en 211ᵉ position. J’ai donc réussi mon pari de course en réalisant une deuxième partie de course très satisfaisante et jouissive quant aux sensations ressenties.

Cette course est vraiment difficile, technique et nous teste dans tous les compartiments de notre sport. La gestion est obligatoire sous peine de grosses désillusions après le chalet Reynard. Les conditions cette année l’ont rendue encore plus dure. Je pense que beaucoup de concurrents ont dû être très déstabilisés par le passage au sommet du Ventoux. Ce Ventoux 2026 restera gravé dans la mémoire de tous les participants. Je me souviendrai des conditions dantesques au sommet, et aussi de ma gestion, de la remontada et des jambes de feu à la fin.

La suite de l’année passera par une autre épreuve de 50 km dans les Ardennes belges en mai. Puis j’essayerai de boucler mon premier 90km à Samoëns fin juin, une épreuve où la patience et la sagesse devront encore s’exprimer pour avoir une chance de réussir ce défi.

 

1 commentaire

Commentaire de Shoto posté le 04-04-2026 à 03:18:00

Bravo pour ta course Defi et merci pour ton compte rendu et tes photos très sympas.
Tu as fait une belle fin de course sur un trail bien géré aux petits oignons. Le résultat et le plaisir sont là !

J'étais également sur la même course avec par contre des sensations personnelles bien différentes après le 35ème Km. J'ai subi.

J'ai retrouvé dans ton récit les mêmes impressions sur le passage dantesque au sommet du Ventoux. J'ai pratiqué l'alpinisme dans ma jeunesse et j'avais déjà rencontré ce type de conditions à 4 000 m d'altitude dans les Alpes. Je peux donc confirmer que nous étions bien dans des conditions techniques difficiles comparables à de haute montagne avec un vent à 130 Km/h (cf météo France après course) ... sauf que la semaine dernière nous étions en short ! avec effectivement des congères de glace sur les poils des jambes ! Impressionnant passage. J'ai été étonné que l'Orga n'assure pas une sécurité plus poussée sur ce passage.

Je me retrouve aussi très bien dans ton ressenti de préparations de trails perturbés par des blessures et des baisses de performance ... avec l'âge et le poids des ans, j'accepte celles-ci courant plus à la sensation moins en maitrise des chronos.

Encore bravo pour ta belle course du Ventoux et ton CR inspirant.

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