L'auteur : manonjacquet21
La course : 90 km du Mont-Blanc
Date : 26/6/2026
Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)
Affichage : 237 vues
Distance : 92km
Objectif : Objectif majeur
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Cela fait maintenant plus d’une semaine que la canicule frappe la France entière avec des températures en plaine à 35 degrés à l’ombre. Toute la semaine, je redoute que la course soit annulée à cause de cette chaleur mais finalement non, la course est maintenue, seulement nous sommes dans l’obligation d’emporter une flasque supplémentaire pour avoir 1,5L d’eau.
Jeudi soir, je rentre de Rumilly pour aller directement chercher le dossard avec Papa. Ca y est tout devient concret, les 4 derniers mois d’entrainement vont me permettre -j’espère- de boucler ce tour de Chamonix de 90km. Dossard récupéré, sacs de ravitaillement préparés et affaires posées, c’est parti pour une nuit de sommeil courte avant de se lever à 3h45 du matin.
Le réveil sonne, j’ai bien dormi pour une nuit d’avant course (d’ordinaire je stresse et rumine toute la nuit – environ 5h45 de sommeil ce n’est pas non plus une grasse mat’ mais on fait avec). Il faut se préparer et surtout bien manger car ça sera la dernière fois de la journée que je mangerai quelque chose de « normal ». J’essaie de manger salé pour ne pas trop saturer du sucré rapidement. Je ne sais pas si c’était la bonne stratégie vu les jambes et le cardio que j’avais au début de la course. Mais bref un peu de jambon blanc, tartine de beurre et du poulet et c’est parti 4h15 direction Chamonixxxx.
La course part à 5h05 pour nous (Papa et moi), dans le dernier sas, dernier du sas. On part tranquille en se disant qu’on a large le temps pour doubler et qu’il ne faut pas s’affoler. Après c’est sympa de partir dernier mais pour le coup nous sommes dans les bouchons dans la première montée jusqu’au Brévent. Je suis Papa qui double sur les côtés. Bizarrement malgré un rythme très ok, mes jambes sont lourdes et mon cardio en PLS ( je monte à plus de 185 de bpm), j’ai des douleurs au tendon de la cheville et au genou et j'ai chaud alors qu’il est 6h du matin : je me dis que ce n’est pas mon jour.
On arrive – enfin – au brévent après une longueee montée bien gérée. Maintenant, je suis dans mon élément : la descente. Descente jusqu’à Planpraz, on gère bien notre descente avec Papa pour ne pas se cramer dès le début même si c’est bien tentant car la descente est assez roulante. On arrive à Planpraz et maintenant cap sur la Flégère. J’ai toujours le souffle court mais ça va mieux, je tombe au ralenti sur des cailloux, pile au genou où j’ai mal mais tant mieux le choc de la pierre me fait oublier ma douleur au genou, que je ne sentirai plus de la course. On arrive à la Flègère, il fait déjà chaud. La technique est la suivante : à chaque torrent/ruisseau que l’on a sur notre passage, on s’arrête pour en mettre sur nos bras, jambes et remplir la casquette. Cela nous refait une deuxième santé à chaque fois.
La montée à la tête aux vents est bien gérée, je commence à aller mieux, il me faut bien 5h pour me mettre dans la course (lol). On entame la descente jusqu’au Buet, on commence à rattraper les derniers du second sas et l’on descend assez bien par rapport aux autres coureurs. On arrive au Buet en 5h21, Jeremy nous attend pour faire le ravito – trop trop contente de le voir. On a déjà bien chaud surtout dans la descente exposée en plein cagnard avant le Buet.
Maintenant cap sur le barrage d’Emosson, avant il faut passer par la Villaz (400 de d+ depuis le Buet). Passage assez vallonné durant lequel on prend notre temps pour en garder sous le pied pour la fameuse montée de Emosson. A la Villaz, surprise Jeremy est là alors que nous devions le voir uniquement à Emosson donc trop contente. Je vais bien, j’arrive à manger même si je suis passée sur du liquide depuis le Buet car la chaleur me coupe l’appétit. Papa souffre déjà de la chaleur et ce plus que moi.
On attaque donc la fameuse montée d’Emosson, je commence la montée en me conditionnant à avoir chaud pendant longtemps, il est environ 12h30, plein soleil donc il faut bien gérer cette montée. Bizarrement, je ne souffre pas de la chaleur pendant la montée et monte assez bien. Les coureurs tombent petit à petit à cause de la chaleur, Papa tient bien dans cette montée même si c’est plus difficile que moi. Arrivée en haut, j’en profite pour faire 2/3 photos de ce magnifique barrage. Au ravito, Papa va de moins en moins bien, la chaleur l’empêche de s’alimenter et il a envie de vomir. On retrouve Jeremy pour l’assistance et on se pose 20/30min pour que Papa essaie d’aller mieux. Moi j’ai bien faim contrairement au Buet et j’arrive même à manger des morceaux de comté. Je suis contente car cela va me donner de l’énergie pour la suite. Je change de chaussettes car je commence à avoir des crevasses sous les pieds du au fait que mes pieds sont sans cesse mouillés (je m’arrose à chaque fois que l’on voit un torrent). Nous repartons tranquillement, c’est plus dur pour Papa mais il continue quand même. La descente d’Emosson est à l’image de la montée : bien raide et technique. Je vais doucement car je commence à avoir mal en haut des adducteurs donc je veux me préserver car les deux dernières descentes (notamment celle du Tour) sont plus roulantes.
On arrive au Châtelard, mentalement je switche, on a passé la mi-course et je vais encore bien donc on garde le smile et on avance. Heureusement qu’il y avait plusieurs bassins avant d’attaquer la montée sur la tête de l’Arolette car c’était l’étuve. On commence la montée, je suis devant Papa et donne le rythme, j’ai encore mal pas d’énergie – tant mieux car il me reste 9h d’effort. Papa va un peu mieux, on fait une pause avant le ravito de Catogne, il essaie de manger une compote qui fait un A/R dans son ventre. Après avoir bien vomi, on repart en direction du ravito. Cela commence à devenir très compliqué niveau alimentation pour Papa, moi j’arrive encore à manger mais plus que des compotes/gels maintenant. J’ai pris un gel au début de chaque montée et cela a bien fonctionné.
On arrive enfin au sommet de la tête de l’Arolette, je me retourne et je vois Papa qui ne va vraiment pas mieux. Là, je devine ce qu’il va m’annoncer, ce que je redoutais : il abandonne. Je le comprends, il nous reste encore plus de 7h de course et ne pas réussir à s’alimenter rend très difficile la progression. Je pleure à chaude larme, moi qui aurais tant aimé que l’on franchisse cette ligne d’arrivée ensemble. Je pars donc seule affronter les 7h30 de course et la nuit. J’envoie un message à Tata, échanger avec une personne extérieure à la course fait du bien et cela me boost. Dans la descente, je suis comme transcendée, je pleure encore pendant peut-être 20min mais je me dis que je vais finir pour nous deux. Je descends comme à mon habitude, à fond, je n’ai plus mal aux adducteurs. Je double 63 personnes dans cette descente et je retrouve Maman, Marine, Ines et Anna au ravito du Tour.
Je pleure à nouveau un bon coup en leur annonçant la nouvelle. Je fais un ravito express, j’arrive à manger du 4 quarts, je vais bien et j’entame la longue traversée jusqu’au Bois qui va m’achever. 1h26 et 10km de traversée, j’arrive éteinte aux Bois où je vois tout le monde (dont Papa qui avait été récupéré par Maman au Tour). J’ai envie de rien manger, je tente du pain je recrache, un bout de pizza et une moitié de compote.
Là c’est le moment où il ne faut pas se poser trop de question, pas écouter la petite voix dans ta tête qui te dit : « tiens tiens si tu allais prendre une bonne douche pour soulager tes pieds, au lieu de partir pendant 5h seule dans la nuit ». Je repars bien déterminer à finir cette course qui occupe mes pensées depuis plus de 6 mois maintenant. J’ai fait 15h de course, c’est quoi 5h de plus.
J’attaque la montée avec peu d’énergie, je connais cette montée je sais que cela va être long. C’était effectivement long, heureusement que j’ai eu le droit à un magnifique coucher de soleil sur l’Aiguille verte au niveau de la buvette des Mottets. Je regarde de plus en plus ma montre, c’est mauvais signe, je commence à vraiment être fatiguée, j’ai envie de dormir et pour couronner le tout, mes pieds me rappellent à l’ordre à chaque fois que je pose le pied par terre.
J’arrive au Montenvers, déjà une étape de faite dans cette fin épique, je sais que la montée est encore longue pour aller au signal Forbes (41min – 370 d+) mais je m’accroche. A chaque fois que je passe un point de passage, j’entends mon téléphone sonner, ce sont des messages d’encouragement, je le sais. Je ne regarde pas forcément, mais cette petite sonnerie qui coupe le silence de la nuit me fait sourire. Au ravito, je ne suis plus trop lucide, une bénévole me remplit mes flasques, je tente de manger de la soupe de pâtes vermicelles, ce ne fut pas un franc succès, je m’assois peut-être 1min avant de repartir. Je ne veux pas trop m’attarder car je veux rester dans ma lancée de la montée jusqu’au signal Forbes.
Arrivée au signal Forbes, je me prépare mentalement à entamer cette longueee traversée que je connais bien. Traversée trompeuse car nous voyons la lumière du refuge dans la nuit. 1h11 de traversée, ressenti 2h, mes pieds me cisaillent toujours mais il ne faut pas y penser. J’arrive à « manger » deux gorgées de compote mais c’est très difficile. Je me dis que pour la descente, pas grave j’irai puiser dans mes ressources. Je suis quand même bien au bout de ma vie, je pense que je vais faire la descente en marchant, de toute façon j’ai le temps avant la barrière horaire. J’arrive au refuge, je ne m’arrête pas ni pour manger ni pour boire. Je croise le frère de Vincent (un ami qui faisait aussi la course) qui m’annonce qu’il n’est pas loin. Je ne veux pas qu’il me rattrape dans la descente ahah, c’est mon domaine ça.
J’entame la descente douloureusement et après je repense à ce qu’une dame m’a dit dans la montée du Montenvers, certes il reste tout ça à faire mais c’est une dernière montée, une dernière traversée et une dernière descente. Me voila dans cette dernière descente, je la connais, je sais qu’elle est longue et qu’il faut bien la gérer. Si je veux finir sous les 20h, il faut que je la fasse en moins de 1h15, je sais que c’est un challenge difficile au vue de l’état de mes pieds mais faisable. A nouveau je me conditionne : pas le droit de regarder ma montre avant de passer dans la partie sous les bois où l’on voit cham, ensuite je compte 10 virages par 10 virages avant de regarder ma montre. A un moment je me dis que c’est le moment de lâcher les chevaux, je ne veux pas avoir de regret. Je cours, je double près de 30 personnes dans la descente dont ceux qui m’ont doublée dans la montée au Montenvers, je suis trop contente, les coureurs que je double me félicite je suis boostée. J’aperçois au loin le parking du grépon, je regarde ma montre : le sub 20h va être atteint. La descente a été faite en 1h09, soit pile ce que je m’étais dit, mais il ne fallait pas chômer.
Trop contente. Heureuse d’avoir pu finir comme cela, au-delà de la douleur et dans l’inconfort. A Chamonix, j’arrive à courir et j’aperçois vers Snell mes parents, mes sœurs et mes voisines, trop émue de les voir – à 1h du matin dans les rues de Chamonix – pour m’encourager pour ces derniers mètres. J’ai bouclé ces 90km du Mont Blanc en 19h55’53’’ à 21 ans et ça, c’est pas rien. Une chose que je retiens de cette course : l’ultra révèle le corps de manière insoupçonné, met le mental à rude épreuve et rend humble. Entre le papier de la course et la réalité, il y a 19h55, des moments de joies, de pleurs, de passages à vide, de regains d’énergie, d’envie d’arrêter, de motivation.
Bref c’était une course magnifique et j’espère que mon petit corps me permettra d’en courir en pleins.
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2 commentaires
Commentaire de samontetro posté le 20-07-2026 à 18:35:51
Partager une course entre père et fille est un moment exceptionnel. Je pense que cela a dû être encore plus dur pour ton Papa de te laisser partir seule dans la nuit jusqu'à cette grande fierté de te voir passer l'arche d'arrivée.
Pour moi qui rédige quelques CRs de courses partagées avec ma fille, lire ce texte avec la vision opposée c'était beaucoup d'émotion!
Bravo pour ta course, et je dirais à ton Papa "nos filles sont des guerrières!"
Commentaire de manonjacquet21 posté le 20-07-2026 à 21:04:00
Bonjour Samontetro, merci pour ce chaleureux commentaire. Heureusement que d'autres courses sont prévues avec Papa (en espérant qu'il fasse bien moins chaud !). J'ai lu votre récit de course sur la Montagn'Hard 100 que vous avez partagée avec votre fille. Ce récit est si bien écrit que je me croyais dans la course (celle-ci sera à cocher un jour ça c'est sûr !).
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