Récit de la course : Ultra Boucle des Ballons 2026, par Zaille

L'auteur : Zaille

La course : Ultra Boucle des Ballons

Date : 11/7/2026

Lieu : Munster (Haut-Rhin)

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Distance : 208km

Objectif : Faire un temps

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208km de bitume, le retour

Retour de l’Ultra Boucle des Ballons pour sa 5ème édition, l’ultra-cousinade organisée par l’ami Christophe, 208km et 5000 de D+ de bitume pour défier Les 3 ballons alsaciens. Il y a deux ans c’était mon premier 200k et je l’avais plutôt bien exécuté, en un peu moins de 31 heures. Pourquoi ne pas y retourner et retenter l’objectif du sub30 … Oui, Pourquoi pas ?

 

Je suis prêt

Mais on ne retourne pas sur l’U2B pour un chrono, du moins ce n’est que rarement la motivation première. Cet ultra est avant tout la retrouvaille de « cousins », tous unis par la même passion du grand fond. On se connait, on se reconnait, on se découvre et toujours dans une vraie ambiance familiale où la bienveillance générale fait qu’on s’y sente bien.

Je n’ai plus l’appréhension de la première fois, celle-ci s’est transformée en impatience trépignante pour retrouver tout ce beau petit monde et bien sûr aussi pour inscrire un nouveau 200k à mon CV. Je crois que j’ai fait ce qu’il fallait. Des semaines bien chargées et 2 blocs exécutés sans trop de difficulté. En bref, je suis prêt, j’ai tout fait pour. Il ne reste plus qu’à espérer que tout se passe au moins aussi bien qu’il y a deux ans.

Sur place, à Munster avec Laetitia, dès la veille je retrouve quelques coureurs à la remise des dossards en fin d’après-midi. Joseph est de retour aussi, avec Alexia qui lui fera l’assistance. On avait terminé ensemble sur l’U2B #4 et même s’il me dit qu’il a oublié le sub30, je garde dans un coin de la tête que la course se fera peut-être à nouveau à deux.

 

Départ

Départ 6h, retrouvaille au parc de la Fecht, 38 solos au départ plus quelques duos. La journée est annoncée chaude, un nouvel épisode caniculaire s’est installé sur le pays mais l’Alsace est encore quelque peu épargnée avec « seulement » des pointes à 34°C. Je sais que je vais devoir surveiller mon hydratation mais aussi l’apport en sel, mon dernier ultra m’a apporté, douloureusement, quelques enseignements en la matière.

Après les dernières consignes du maître de cérémonie juché sur un rocher tel le prédicateur devant ses dévots, le départ est donné vers le premier col et 9km de montée. Comme souvent, j’ai imprimé mon petit planning où étape par étape, difficulté par difficulté, sont notées les allures à respecter pour mon projet de sub30. Cette fois-ci j’ai l’avantage d’une première expérience et je me suis fortement inspiré de mes données de l’édition 2024. Deux gros paramètres restent cependant hors de mon contrôle : le thermomètre et son incidence sur mon organisme.

 

Vers le CP1, km19, le Lac Noir et le plaisir

J’atteins le premier sommet, le collet du Linge, dans les temps convenus. Il y a eu beaucoup de marche et je suis content de pouvoir dérouler un peu à présent en descente, en direction du premier ravito. J’investis mes 2-3 minutes d’avance dans un moment d’isolement dans les bois, ça faisait un moment que mon système digestif râlait un peu. En reprenant la route je retrouve Joseph chez qui tout va bien.

Premier arrêt express au Lac Noir, km19, siège du CP1. C’est toujours un plaisir de retrouver les bénévoles qui font, eux aussi, parties de la famille du jour. On me remplit les flasques pendant que je mange ma première tartine pain/Madame Loïk. Je soigne mon taux de sodium avec un verre de St Yorre avant de repartir pour 23km cette fois. Au programme, pas mal de faux-plat et la montée en lacets jusqu’au Honeck où une pause un peu plus longue est prévue.

 

Vers le CP2, km42, Hohneck et le déjeuner

La montée vers la route des crêtes se fait à la marche en bonne compagnie de Fred et Jean-Jacques. On discute, on rigole, le temps passe beaucoup plus vite. Une fois sur la route des crêtes je reprends la course, Il faut tenir du 7:30 de moyenne sur ce tronçon en sachant qu’il y aura encore 2 coups de cul où je serai à la marche. Il faut donc capitaliser un peu mais avec prudence. Je suis seul, je fais donc mon rythme. La route est à l’ombre mais j’ai déjà l’impression que la chaleur agie sur mon cardio anormalement haut pour l’allure du moment. Je me force à la marche dans quelques faux-plats montants histoire de calmer les chevaux, la route est encore longue.

Ah, des têtes connues au bord de la route : Alexia et Laetitia. Je ne voulais pas forcément d’assistance ne voulons embarquer personne dans ce qui pourrait être une galère mais Laetitia a insisté, soit !  Je lui ai cependant demandé de ne pas faire la nuit, ne voulant pas qu’elle passe une nuit blanche elle aussi. Dans l’immédiat, c’est avec plaisir que je la retrouve même si, à ce stade, je n’ai besoin de rien et le CP2 n’est plus très loin.

Col de la Schucht et ses 3km de lacets, je marche, je suis dans les temps. J’ai dépassé 2-3 coureurs et en tiens 2-3 autres en ligne de mire. Le classement n’a aucune importance à ce stade mais c’est toujours plus motivant d’avoir d’autres zudeubistes au loin. Je retrouve Laetitia au pied du Hohneck, on monte les quelques lacets ensemble. Je lui fais part de mes sensations de course mitigées mais sans vraie incidence sur les allures programmées. En effet, on arrive au sommet presque à la minute prévue.

CP2, km42, 5h30 de course, je m’installe pour « déjeuner ». Un apéro : Tourtel/Bretzel. Le repas : pain/Madame Loïk. Le dessert : Haribo. Je repars un peu en avance, le nouveau tronçon de 23km sera à 95% en descente, attention aux quadris. Pour l’instant aucune douleur (encore heureux) et c’est requinqué que je « fonce » vers Kruth. Il est pas loin de midi est je commence à sentir qu’il fait très chaud dans les zones sans ombre.

 

Vers le CP3, km65, Kruth et la chaleur

En quittant la route des crêtes via la route des américains, on retrouve un peu de quiétude avec une circulation automobile plus diluée. Devant moi une coureuse qui déroule bien, je la suis dans cette descente parfaite, pentue juste comme il faut. Tout au long de cette section je retrouverai Laetitia et Alexia. C’est à partir d’ici que je vais comprendre l’importance d’une assistance. Je n’hésite pas à m’éponger et mouiller mes manchettes, mon bob et mes Buffs. On n’hésite pas non plus à faire profiter également les autres coureurs à proximité de ces pauses fraîcheur.

La descente se termine et je retrouve une nouvelle fois mon assistance arrêtée cette fois près d’une fontaine de village. Quel bonheur de se rafraîchir, je me mouille tout le corps, les 35°C ne sont pas loin dans cette vallée. Il reste 5km de plat sur du chemin piétonnier. Je commence à avoir du mal et j’ai hâte de me reposer un peu. J’ai aussi une douleur à l’intérieur d’un genou qui se manifeste et qui m’inquiète un peu. Pourvu que ça passe !

CP3, Kruth, Km65, 8h14 de course et 7 petites minutes d’avance malgré quand-même 2 pauses supplémentaires à lutter contre la canicule. L’alimentation est déjà moins évidente, je suis déjà obligé de me forcer un peu à refaire les niveaux en glucide notamment. Je sais que les cols de l’Oderen et du Page d’ici 1-2km seront sans pitié si je devais avoir la mauvaise idée de rentrer en hypo. Je prends soin également de bien me mouiller de la tête au pied même si je serai probablement sec d’ici 20 minutes

 

Vers le CP4, km87, St Maurice/Moselle et les abîmes 

15 minutes de pause au lieu des 10 prévues et je pars à l’assaut de pas loin 12km de montée. Laetitia me prévient qu’on ne se reverra probablement plus aujourd’hui, les routes commencent à être compliquées pour les suiveurs et il faut aussi penser au retour. Le premier km sur une piste cyclable en plein cagnard est assommant mais voilà le premier col du tronçon avec de l’ombre par ci, par là. Devant moi, des coureurs prennent quelques risques en cherchant le côté ombragé de la route. Je finis par les imiter, il est 15h, la chaleur est écrasante.

Je ne regarde ma montre que pour connaître les km restants avant le sommet et passe l’info de temps quand je dépasse un compagnon de galère. La circulation est oppressante et certains automobilistes trop pressés nous ignorent magistralement en n’observant aucune distance de sécurité, excédés qu’ils doivent être de retrouver des piétons sur ce qu’ils considèrent leur territoire. Il faut passer outre, un pied devant l’autre.

Devant moi, une démarche bizarre, il titube, zigzague, ça en devient dangereux. Je rejoins le galérien et lui fait part de mon inquiétude. Il avoue s’endormir par moment car exténué. Je lui propose ma flasque de secours que je trimbale depuis 70km mais il décline, j’espère que ça ira. Je m’inquiète de ne pas avoir vu Laetitia monter le col, elle a donc finalement décidé de rentrer, une gorgée fraîche au sommet aurait été tellement la bienvenue mais on fera sans, ça ira.

Enfin le premier sommet, 7km qui m’auront pris 1h15. Je ne pouvais pas aller plus vite et de toute façon il n’est pas question de forcer à 140km de l’arrivée. Je m’apprête à descendre vers le 2ème col et qui voilà … Oh joie, elle est là, le coffre grand ouvert et une bassine d’eau fraîche à ses pieds. Je demande d’abord de la st-Yorre pour boire goulument à la bouteille avant de littéralement me doucher avec une éponge, comme ça fait du bien. On est rejoint par Philippe, le marcheur-dormeur, et évidemment je lui propose, l’oblige presque, de se rafraîchir aussi. On mangera également une nectarine en espérant que nos estomacs ne nous en tiendront pas rigueur.

Cette fois-ci c’est la bonne, on se dit à demain, merci Laetitia. Elle restera encore un peu pour proposer son ravitaillement sauvage aux suivants. Je repars rafraîchi mais pas franchement refait, la fatigue, la chaleur font leur effet. Je monte le dernier petit col avant la descente vers le prochain ravito sans grand entrain. Encore 10km avant une pause où je sais que je ne vais pas compter les minutes.

La descente sans ombre me fait souffrir, les jambes ont du mal et une sensation que je connais que trop bien est en train de s’immiscer dans tout mon être. Un mélange de lassitude, de fatigue et ce fameux état nauséeux qui pousse le mental dans ses derniers retranchements. Je m’arrête deux fois à de petites fontaines publiques pour me mettre la tête sous l’eau. Ces quelques secondes de bien-être n’ont pas de prix et me permettent de continuer à trottiner, doucement, très doucement.

Arrivé dans la vallée, encore 4-5km sur une voie verte où l’ombre est un peu plus présente mais pas tant que ça. J’alterne marche et course. Je dépasse deux coureurs apparemment plus en difficulté encore que moi. Il n’est pas loin de 18h00 et quelques nuages qui cachent le soleil me donnent l’espoir de températures peut-être bientôt plus clémentes. Le chrono ne m’intéresse déjà plus, j’en suis même pas à la moitié et le sub30 est déjà oublié. C’était prévisible, il n’y aura pas de miracle ou peut-être, si, si j’arrive au bout !

CP4, Km87, St Maurice/Moselle, je m’assoie. Comme je m’y attendais, j’ai envie de rien mis à part de fraîcheur. Dommage, il n’y a plus rien de frais. Je me force à boire une St-Yorre tiédasse et fait remplir mes flasques avec de l’eau à la même température. Guillaume arrive, il a tout rendu quelques mètres avant et s’allonge sur un banc, il est cuit de chez cuit. J’ai bien envie de m’allonger aussi, je ne suis pas bien mais la cohue du moment à cet endroit ne s’apprête vraiment pas au repos. Je grignote sans conviction 2-3 petites choses et pars la tête basse.

 

Vers le CP5, km104, Pont d’Alfeld et la moitié

Direction le Ballon d’Alsace, 10km de montée. Km par km des panneaux indiqueront la distance restante jusqu’au sommet et le pourcentage de pente. Ça va être long, très long, je dégaine pour la première fois mon casque pour écouter un podcast (sur la course à pied). Je retrouve plusieurs fois Alexia garée sur le côté pour me proposer de la boisson fraîche. Quelle bénédiction, merci, merci. Ces gorgées de fraîcheur me revigorent au point d’avoir l’impression de reprendre du poil de la bête. Le miracle aura-t-il lieu ?

Effectivement, je vais de mieux en mieux physiquement et automatiquement le mental suit, j’ai hâte d’arriver là-haut. En fait, j’ai une idée en tête depuis quelques km : m’arrêter à une auberge et me payer un panaché bien frais. Je me vois déjà descendre les 25cl (je suis raisonnable ce coup-ci) cul-sec. Alexia me propose une Tourtel fraîche mais non merci, je me réserve pour mon fantasme du moment. Autre bonne nouvelle, les températures sont de plus en plus supportables, normal à presque 1100m d’altitude.

Ah le sommet, la vue sur les monts alentours est magnifiée par le calme du début de soirée, il est presque 20h00. Ça, c’est fait, un ballon, plus que 2 mais … Il est où mon panaché ? Là, une terrasse ouverte, je fonce : Vous avez de la pression ? Vous servez des panachés ? On peut vous payer par carte ? … J’avais tout juste sauf que sous 10 euros, pas de carte, je repars dans l’espoir d’avoir plus de chance à l’auberge suivante, celle où je m’étais arrêté durant mon OFF de 2023.

Mer … Au loin je vois qu’il n’y a pas de voiture de garée et effectivement, auberge fermée ! Mois de juillet, un vendredi soir, fermée ! OK, no comment ! On fera sans. 8km de descente et deux demi-flasques, ça va le faire. Le prochain ravito se situe à l’exacte mi-parcours et un dropbag m’y attend avec des affaires sèches et peut-être des boissons fraîches. En attendant, une autre barrière psychologique s’apprête à être franchie, les 100km.

Km100, je pense à Joseph avec qui j’avais franchi ce kilométrage il y a deux ans à cet endroit que je reconnais grâce au panneau de bienvenue en Alsace. Je quitte donc momentanément les Vosges tout en dépassant Gilles toujours très jovial et motivé. Les jambes vont bien et la route tout en lacets est bien agréable. Je scrute au loin, je me souviens tout à fait du prochain ravito et m’attends à retrouver très vite Martial et Fabian, les cantiniers du CP5 mais aussi organisateurs de la Patat’Off.

On y est, 104km. Martial me promet un peu de fraîcheur si je veux bien patienter, le temps qu’il aille à la rivière récupérer quelques bouteilles, excellente idée, j’ai le temps ! Je me change comme prévu et enlève définitivement mes manchettes. Surprise, Joseph arrive. J’ai comme l’impression qu’on va, une fois de plus, passer un bon bout de temps ensemble. Martial ramène du Coke quasi frais, que c’est bon, merci mais le point culminant de la journée sera définitivement 2 minutes plus tard grâce aux deux verres de Fanta frais que l’épouse de Gilles m’offrira, que c’est bon !

 

Vers le CP6, km123, Bourbach Le Haut et la nuit

Joseph part assez vite mais moi je continue de profiter de cette pause pour encore m’alimenter et m’équiper pour la nuit. La suite avec bien 12km de faux-plat descendant a été courue à bonne allure il y a deux ans, pourquoi pas retenter la chose ? Je regarde ma montre et malgré ces 25 minutes de ravitaillement, je n’ai que 35 minutes de retard sur mon objectif. On va dire que j’ai limité les dégâts en respectant le chrono prévu durant la descente.

J’allume ma loupiote, la luminosité du jour se fait petit à petit timide. Il me faudra moins d’un km pour retrouver Joseph arrêté auprès d’Alexia. On continue évidemment ensemble tranquillement tout en discutant. Je profite une fois de plus de son assistance pour m’humidifier, les températures en vallée, sans être caniculaire à cette heure, sont encore chaude et étouffante.

On est rejoint par Guillaume qui a ressuscité après sa pause allongée, la magie de l’ultra. Il n’a pas sa frontale, elle est au prochain CP où il était censé arriver bien avant la nuit. Je lui propose de rester avec moi (il n’a pas trop le choix en fait), il commence à faire nuit pour de vrai et mon éclairage suffira bien pour nous deux. Malgré lui, Guillaume, bien meilleur que moi, imprime un petit rythme et très vite Joseph se détache. Par deux fois je demande à marcher un peu, je ne veux pas me cramer, pas encore et mon cardio est un peu trop haut par moment. Cette première partie à deux passera très vite sur cette voie verte en légère descente.

A Masevaux, on quittera la facilité de la piste cyclable pour embrayer en montée vers Bourbach le Haut, le CP6, qui à ce moment se trouve à environ 5km. On marche sur une pente plutôt facile avant de rentrer dans le col du Hundsruck où les pourcentages sont vraiment costauds. On enchaine les lacets avec au loin un coureur sur lequel on revient une fois sur les hauteurs avec vue sur le village du prochain ravito.

Une courte descente et nous y voilà, CP6, km123. Il est environ 23h30, il fait nuit noire mais la chaleur lourde est toujours présente, on a toujours et encore chaud et rien au frais par ici non plus. Je mange une fois de plus sans conviction quelques tartines de Madame Loïk et passe du sirop de citron, trop acide, à la menthe pour mes flasques. J’embarque aussi une banane, ça ne peut pas faire de mal et repars avec Guillaume.

 

Vers le CP7, km145, Uffholz et le bonheur

Très vite je vais me retrouver seul, Guillaume veut dormir un peu. Il y a 30 minutes, au ravito, il voulait abandonner, c’est donc plutôt positif, il sera finisher, c’est sûr (spoiler : oui !!!). Le nouveau tronçon qui va nous emmener au pied du Vieil Armand (Hartmannswillerkopf) fait 21km avec un peu de montée, pas mal de descente et beaucoup de plat. Avant de basculer dans la descente, je bénéficie d’une dernière pause fraîcheur auprès d’Alexia toujours là pour Joseph qui n’est pas loin, en pleine nuit au milieu de nulle part, encore merci.

Ça va plutôt bien considérant les 130km que j’ai dans les pattes. La descente est faite d’une traite, sans pause, podcast dans les oreilles. C’est une petite route avec quasiment pas d’autre circulation que celle des véhicules d’assistance. J’arrive en bas, sur la voie verte à Bischwiller-les-Thann puis Thann seul, personne devant, personne derrière. Je commence à y croire …

Encore 10km pour atteindre la pause du km145, j’ai hâte d’y être mais aussi hâte d’enchaîner une nouvelle fois le Viel Armand et le Grand Ballon. Une fois là-haut il devrait faire jour et il restera 42km et je serai finisher. Avec quel chrono ? Est-ce important ? Sur un 200k, à mon niveau, si peu ! C’est donc motivé que je me faufile dans le dédale des rues de Thann et Cernay. Pas de terrain technique mais une trop discrète bordure de trottoir me fait malgré tout trébucher et c’est in-extremis que j’évite d’embrasser le bitume. Ma lucidité se prend un électrochoc et j’augmente la puissance de ma frontale.

Devant-moi, deux halos de lumière, le ravito n’est plus très loin. Je les rejoints, deux coureurs à la marche alors que je trottine encore. On cherche un peu notre chemin les yeux rivés sur la minuscule trace affichée sur nos montres, la nuit effaçant le balisage pourtant omniprésent mis en place par Christophe et Elias. Ça commence à monter, j’y suis presque, je continue de courir … Ahhh voilà les cantiniers et leur camping-car.

Un Coke vraiment frais, waow, c’est le bonheur ici. Les sièges sont confortables, on me fait des tartines, on me remplit les flasques, je suis comme un coq en pâte. Aller, je regarde ma montre pour une petite estimation, il est 2h40 du matin et …. Aïe, 1h20 de retard ! Je pensais avoir plutôt bien avancé ! J’ai peut-être aussi surestimé mes temps. Je devrais donc arriver à destination après 13h au lieu des midis car c’est une évidence à présent, je vais boucler la boucle.

 

Vers le CP8, km164, Grand Ballon et le début de la fin

Le plein de menthe à l’eau est fait, je repars après une nouvelle belle pause de presque 20 minutes. Je rentre dans la forêt par cette petite route où commencent les 12km du Veil Armand en laissant derrière moi les 2 coureurs dépassés. Pas de nouvelles de Joseph, Alexia l’attendait au ravito, une fois de plus, il ne doit pas bien être loin.

Pas de gros pourcentages et une circulation anecdotique rendent cette longue montée à la marche plutôt facile. Je me souviens d’un replat vers la fin et je scrute chaque bout de lacet espérant découvrir le tronçon où je pourrais courir un peu. Je ne suis pas tout à fait seul, des bruits ou des yeux illuminés par ma frontale témoignent de la vie sauvage bien présente. J’écoute un nouveau podcast et avance sans douleur toujours motivé malgré ce gros morceau de 21km essentiellement en montée que je suis en train de déguster.

Km153, ah, enfin un peu de répit, je trottine, c’est satisfaisant et je sais que bientôt ce sera la descente sur le Gros Ballon. Une petite luminosité annonce aussi la nuit qui va bientôt rendre les armes, je pourrais déjà presque me passer de frontale mais par sécurité, pour rester visible, je la garde encore un peu. D’ailleurs, voilà une frontale qui arrive par derrière … Joseph ? Qui court ? Mais non ! C’est Victor qui est sur la version relais de l’U2B. Il est en pleine forme, on échange 2-3 mots puis je le somme à continuer et ne pas perdre son temps avec un vieux randonneur.

Voilà la descente. Au loin, la sphère radar du Grand Ballon, ça me parait super loin mais il ne me reste pourtant que 9km dont les 6km d’ascension en lacets. J’apprécie de courir à nouveau malgré une petite gêne de type ampoule sous le talon gauche, rien de grave. Je reconnais bientôt le gros croisement avec le panneau qui fait bien plaisir : « Grand Ballon ». A côté, un autre panneau indique la route barrée semaine prochaine pour le Tour de France. Il y en avait déjà au col du Hundsruck et au Veil Armand, on est en plein sur l’itinéraire du Tour 2026.

Il fait bien jour, je range définitivement la frontale et ma loupiotte rouge, encore une belle étape mentale. La montée se fait sans difficulté, bientôt le ravito avec mon 2ème dropbag.  Sur la fin, j’ai une belle vue sur les lacets que je viens de gravir. J’espère voir Joseph mais personne. On va quand-même bien finir par se retrouver ! J’ai prévu une bonne pause là-haut, ça sera peut-être à ce moment. Presque il fait froid et c’est bien la première fois que je me fais cette réflexion depuis le début de mon périple et ce n’est pas désagréable.

Km164, CP8, enfin ! Bien content d’arriver ici, il me reste un marathon à parcourir, 6 heures environ (ou plus). Je me change à nouveau et m’oblige à manger. Je jette mon dévolu sur un soupe qui passe plutôt bien. J’en reprends même une 2ème fois. Les bénévoles sont en veste, ils ont froid mais me concernant c’est largement supportable. Je me débarrasse, via mon dropbag, de mon matériel d’éclairage, ça sera toujours ça de moins à trimballer.

 

Vers le CP9, km187, Sondernach et les cuissots en miettes

J’attaque la descente après plus de 20 minutes de pause et toujours pas de Joseph (Ni Alexia). Mes quadris commencent à sérieusement râler. Je cours tout doucement, ils vont être longs ces 22km avec un peu de descente, du plat, du vallonné puis pour terminer, la grosse descente de 11km du Platzerwasel. Je commence à alterner course et marche même sur le plat. J’ai aussi mal à la plante des pieds, je crois qu’il est temps que ça se termine.

Je regarde rarement ma montre, juste pour l’itinéraire même si je le connais plutôt bien. Plus de spéculation sur le chrono, juste avancer, un pied devant l’autre. J’avais envoyé un message à Laetitia en-haut du Grand Ballon en indiquant une HAE (Heure d’Arrivée Estimée) pour 13h30. Arriver, terminer, valider une telle course doit être la première satisfaction.

Au Markstein, 8h du mat et c’est la cohue. Un trail y est organisé. Un bénévole veut même m’obliger à prendre la direction de l’arche de départ et j’ai un mal fou à lui faire comprendre que je suis sur une toute autre course. Beaucoup de monde et beaucoup trop de circulation par ici, j’ai hâte de bifurquer et quitter la route des crêtes. J’espère que Laetitia n’aura pas l’idée de venir jusqu’ici. D’ailleurs je ne sais pas qu’elle est son plan, qu’elle m’attende tranquillement à l’arrivée, ça m’ira très bien !

Je suis contraint à me forcer à courir dans les descentes. J’avais le même problème il y a deux ans où avec Joseph on faisait du 700/300, 700m de course pour 300m de marche. Pour l’instant je « pousse » jusqu’à 1000m mais que c’est dur, j’ai les cuisses en feu. La moindre sollicitation me fait mal. Et la circulation, elle n’est pas beaucoup plus diffuse alors que je ne suis plus sur cette fameuse route des crêtes. Le camping-car du ravito du CP7 me dépasse et me demande si j’ai besoin de quelque chose. Non merci, à part des cuisses neuves (ou même d’occasion) ça va.

Oh !! Laetitia ! Elle est entrain de remonter ma dernière grosse descente. Elle fait demi-tour et se gare un peu plus loin. Quelle belle surprise, je m’autorise une pause et descends presque d’une traite une cannette d’Orangina que je n’attendais pourtant qu’à l’arrivée. Elle vient de croiser Christian FATTON qui descendait à tout allure, toujours aussi impressionnant le vétéran.

Rendez-vous est pris au dernier ravito, le CP9, dans 4km. Bizarrement je cours à nouveau et mes quadris ne se manifestent plus. Je m’amuse même à mettre du rythme. Je ne sais pas si c’est l’Orangina, Laetitia ou la pente au pourcentage parfait qui fait çà mais je « fonce », du moins c’est l’impression que j’ai même si je suis probablement encore bien au-dessus de 5:00 au kilo. En contre-bas je vois le la route de fond de vallée. J’arrive !

Km187, je m’assoie une nouvelle fois. Laetitia est là et me remplit les flasques. J’estime mon arrivée, dans 22km, vers 13h30, dans 3h30. Il reste la montée du Petit Ballon, 10km, 2h et la descente, 1h30 en fonction du bon-vouloir de mes cuissots. Je suis bien là, à l’ombre des grands arbres. J’ai souvenir que l’ombre se fera rare par moment dans la montée et il sera bientôt midi avec toujours encore des températures caniculaires.

 

Vers le CP10, km208, Munster et Poséidon

Pour arriver, faut y aller, donc j’y vais. Laetitia m’accompagne à la marche sur le 1er km. A bientôt ! Après un peu de plat nous voilà dans la montée sur cette petite route goudronnée. Je marche, inutile de le préciser. Pas de podcast, la batterie de mon téléphone est trop faible. Je rentre dans ma bulle en zigzagant de tâche d’ombre en tâche d’ombre. Finalement je suis plutôt protégé dans le début de cette montée, c’est déjà pas mal.

Km … ??? Merde alors, ma montre fait un blackout. J’essaie de la rallumer mais rien, plus batterie. Je l’avais pourtant rechargée à 18% il y a 3h ! Je me rabats sur le téléphone et là … pareil ! Dingue ça, les deux ont décidé de me lâcher quasiment au même moment. Ça ne changera pas grand-chose à ma stratégie qui est juste d’avancer mais là je suis injoignable et donc également pas moyen de donner de nouvelles sur mon HAE une fois arrivé en-haut.

Les hallucinations sont de plus en plus présentes. Les trous sur la route sont des visages, les arbres sur le côté d’énormes sculptures. Tout est tellement réel bien que je sache que tout est fake ! Jusqu’à présent je voyais des choses sans intérêts mais là je commence à voir des toits de ferme-auberge, des écriteaux annonçant un bistrot. Je rêve toujours encore de mon panache mais l’espoir de pouvoir m’en payer un au sommet s’est envolé avec mon téléphone déchargé.

Ah, du monde, de l’animation, je reconnais les lieux. Je reconnais le dernier virage, l’auberge  (pour de vrai) où j’avais bu un verre durant mon OFF et où je ne boirai rien aujourd’hui. Le soleil tape fort, je m’arrête juste une minute pour demander l’heure à un cycliste : 12h13. J’ai mis 2 heures environ comme prévu, je suis dans les temps annoncés à Laetitia plus bas. Maintenant il s’agit d’être attentif au balisage. A priori rien de compliqué pour rejoindre Munster mais je n’aimerai pas descendre du mauvais côté et devoir remonter …

Je trottine quelques mètres et déjà j’ai un doute. C’est bien par-là ? Oui, je reconnais et un peu plus loin un marquage au sol confirme la chose. J’ai à nouveau du mal à courir, les cuisses ne veulent pas. Je force, j’alterne course et marche mais la lassitude me fait lâcher le morceau. A quoi bon ? Je perdrais peut-être 15 minutes en marchant tellement je cours doucement donc … Je décide définitivement de marcher.

Marche rapide quand-même ! Il y a 12km de descente et à défaut de montre, j’essaie au fur à mesure d’estimer combien j’ai déjà fait. Difficile ! 3 ? 4 ? Peut-être même 5 ? En fait je n’en sais rien. Je sais par contre qu’à un moment je devrais bifurquer à droite, je reste donc attentif à la moindre intersection. On est en forêt mais bizarrement peu d’ombre et mes flasques sont presque à sec. Je ne sirote plus ma menthe à l’eau que par micro-gorgées.

A droite toute ! C’est ici, ouf, me voilà rassuré. C’est la petite route qui mène à Munster et qui débute par un bon petit raidillon. Ça ne me fait ni chaud ni froid, je marche un peu plus lentement c’est tout. Un peu plus loin des promeneurs sont installés autour d’une table de pic-nic. Je me permets de leur demander un peu d’eau qu’ils me donneront volontiers. Il voulait même m’offrir une bière … Je n’ai pas osé, manque de lucidité diront d’autres !

J’utilise l’eau récolté principalement pour me mouiller la tête et la nuque. J’ai hâte de voir les premières maisons mais pour l’instant je ne vois que des arbres. Il reste moins de 6km, c’est ce que mes bienfaiteurs d’avant m’ont promis. Par contre je n’ai aucune idée de l’heure … On s’en fout … Une fois de plus !

Ah, les premières maisons, je sors de la forêt et là plus un centimètre d’ombre. Le soleil me brûle la peau. Je scrute autour de moi pour un quidam qui serait dans son jardin et qui pourrait m’arroser mais la chaleur me laisse peu d’espoir. Là, une fontaine !! Je m’approche … Ah non, juste un mur en béton que mon cerveau a transformé en bac en taule rempli d’eau. Le clocheton d’une église sonne 14h, me voilà fixé, pas de sub30, pas de sub31 et finalement même pas de sub32.

Je reconnais finalement un bout de Munster, la caserne des pompiers il me semble et au loin une silhouette, Laetitia. Hello ! Je cours à nouveau, je sais que j’arrive, elle me devance, me dirige vers la route qui longe le parc de la Fecht. C’est là, elle prend de l’avance pour se mettre en place sur la ligne d’arrivée. Je traverse la route, le petit parking, le parc et le comité d’accueil du ravito d’arrivée. Enfin !! 32h15.

Je prends de suite une chaise, ouf, quelle satisfaction, 208km !! Content de ma course qui ne pouvait pas mieux se passer dans ces conditions caniculaires. Et Joseph ? Il est là, douché, changé. Mais ? Victime d’une douleur à la hanche, il a abandonné au km179, je n’ose pas imaginer sa déception, si proche de l’arrivée ! Je me lève difficilement et récupère mon T-shirt « Finisher » bien mérité avant d’embrasser pour la seconde fois Poséidon.

 

La journée se terminera avec une soirée des plus conviviales en ferme-auberge avec tous les acteurs de cet ultra. Je pourrais enfin boire mon panaché (et plus encore). Merci à Christophe, merci aux bénévoles, merci à Laetitia, merci à Alexia, merci de m’avoir permis de me dépasser et d’arriver à boucler cette distance hallucinante …208km et 5000D+.

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