Récit de la course : Trail de Guerledan - 65 km 2024, par Papy

L'auteur : Papy

La course : Trail de Guerledan - 65 km

Date : 19/5/2024

Lieu : St Gelven (Côtes-d'Armor)

Affichage : 477 vues

Distance : 65km

Objectif : Se dépenser

4 commentaires

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Crash en terre Bretonne

"Même les plus expérimentés se plantent"
"Les conseilleurs ne sont pas les payeurs"
"Etre leader, c'est quoi ?"
"Le management par l'exemplarité ?"

Je viens de passer un week end difficile qui permet toujours de rebattre ses cartes quand il nous arrive d'être rempli de certitudes.
En tant qu'entraineur, manager, consultant ou auditeur j'ai souvent appuyé mes actions par l'exemplarité. J'ai gardé un peu les mains dans le cambouis pour être toujours en phase avec ceux que j'accompagnais ou pilotais.

Certains que j'ai accompagné ici, connaissent ma façon d'être sur les points expérimentaux.
(CF le dossier Hydratation issu de ma grave déshydratation au 24h de St Fons 2001)

Parfois nous touchons aux limites du concept.

Bien que le management par l'exemplarité soit une approche efficace pour inspirer et motiver les équipes, il n'est pas sans défis. Je dois être conscients des pressions et des exigences, et je dois trouver un équilibre pour éviter l'épuisement et maintenir une culture saine et dynamique. Il est également crucial de mettre des limites afin de maximiser les bénéfices tout en minimisant ses inconvénients.

Ce week end j'ai dépassé ces limites.

Coach sportif depuis le début des années 90, dans la plupart des sports d'endurance, j'ai toujours accompagné des athlètes de tout niveau en leur donnant un temps d'avance sur certaines techniques.
Polarisation/Endurance, petit plateaux chez cyclistes semi pro, marcher dans les bosses dans les premiers trail au siècle dernier, s'hydrater précisément pour courir comme un chameau, les renforcements musculaires (sous les quolibets de ceux qui tentent d'en faire aujourd'hui), la prépa mentale (cohérence cardiaque, Méditation par expérience et non guidée), etc...

Bien qu'auteur d'un canevas d'hydratation qui sert de base dans un dossier des sites "Kikourou" et "Onlinetri", J'avais noté des franges de coureurs, les "pisseux" entre autre, qui malgré l'application de mes conseils, n'arrivaient pas à finir leur course ultra en "bon état".

Ayant beaucoup travaillé ce sujet après un crash énorme sur 24h, j'ai remis le dossier à l'étude suite à 2 abandons sur l'UltraMarin au 120ème puis au 90ème km. Cette année il est prévu que j'aille au bout. Je cherche donc à trouver la clé de ces 2 abandons suite à des baisses de tension en dessous de 9.

Le but, ce week end, était de tester la machine à ses limites et une fois atteintes, de finir avec le minimum de carburant, dans les limites horaires, comme lorsque l'on explose au 2 tiers d'un UTMB ou GRR.
Pour cela j'avais choisi le magnifique et difficile Trail du Guerlédan (65km pour 2500D+, très difficile car dénivelé fait quasi exclusivement sur une trentaine de km)

J'ai joué, j'ai testé, j'ai perdu... 
Déjà je revenais des Pyrénées avec 7/8 cols autour du Tourmalet fait avec 21/23 comme dents à l'arrière. J'étais donc très entamé musculairement. Malgré un départ lent, je fus dans la difficulté dès le 30èmekm.
Les cuisses, non reconstruites, ont laché en premier dans la répétitions des descentes abruptes.
J'ai donc rapidement oublié tout espoir d'un classement correct (je joue dans ma catégorie d'âge comme un gamin, cela me joue parfois des tours 😅)

Malgré ce choix, je sens que la machine connait de plus en plus de raté et ma stratégie d'hydratation s'étiole. J'ai le spectre ultramarin qui s'avance. Je choisi donc de l'affronter et de tenter de le maitriser, m'appuyant sur tous les examens médicaux fait pour le circonscrire (Test effort, Echographie, Coronographie, IRM cardiaque, Doppler Veines/Artères, IRM cerveau,...) 

J'ai touché mes limites avec vertiges, perte d'équilibre, fourmis dans les bras et jambes et sudation très très importante. Dès le ravitaillement de Bellevue, au 50èmekm, j'ai eu des vertiges en me tenant au poteau de la tente. Un bénévole m'a proposé une chaise, le spectre de l'abandon est apparu avec le flash "ne pas s'assoir". J'ai poliment refusé et suis parti en titubant vers le pont de l'écluse.

Après de nouvelles "montagnes russes", nous grimpons la "montée infernale" ou le public chauffé à blanc me relance. Je me sens pousser des ailes malgré la difficulté. Quelle erreur de nouveau.
J'arrive au dernier ravitaillement, pleine balle. A sec je demande à ce que l'on me remplisse mes flasques.
Je m'appuie à la table et la tête commence à tourner, je rassemble mes esprits pour ne pas me perdre et tente de repartir. J'attaque la Nième bosse 🥵 passe une barrière et sens que tout fout le camp. J'inquiète ma femme et ma fille qui me rattrapent. je redescends et me tient à la barrière. Je tente de maitriser mes malaises, mais rien ne va. Je m'assoie sur la barrière, les jambes ne me tiennent plus. Au bout de 10' de combat, je me couche et me recroqueville.

La photo ci dessous me représente à 5km de l'arrivée dans une bosse, en train de tenter de récupérer, ne tenant plus sur mes jambes et n'arrivant même plus à ouvrir les yeux. 20' minutes dans cette position avant de pouvoir me lever, marcher puis finalement courir et finir. 30' d'arrêt alors que j'avançais déjà très lentement

Stop à 5km de l'arrivée
En position de l'œuf pour tenter de récupérer.

Je me relance tellement bien avec ma fille que finalement je fini presque au sprint en 10h01'. Je fini pile-poil au milieu du peloton.

Apôtre de l'abandon raisonné, j'ai voulu tester le dépassement de limite pour aller jusqu'au bout.
Cela m'a couté cher, je n'ai jamais été aussi loin depuis 1992 et un 100km à Amiens.

Le management par l'exemplarité est un super outil qui permet d'embarquer. L'exemple ici est coté sportif et peut s'appliquer dans tous les cas, pro/perso/sport/...
Cela demande du doigté car il arrive que l'on soit aveuglé par ses émotions et que l'on oublie d'abandonner certaines positions pour que les équipes et la hiérarchie suivent. Si certains de mes athlètes m'ont remercié pour le débrief et l'analyse qui en a découlé pour leurs objectifs, certains m'en ont fait le reproche. Ces crashs, quand ils sont bien analysés, permettent de retenir beaucoup d'enseignement pour s'améliorer, il faut éviter de les multiplier quand même

J'ai aussi beaucoup appris dans mes échanges avec les médecins et infirmiers quand ils m'ont (mal 😔) perfusés... La piste de l'hypovolémie et/ou hyperventilation psychogène est apparue, nous allons la travailler. (8,5 de tension à l'arrivée, surement bien moins sur la photo)

J'ai l'Alpsman dans 3 semaines, je dois me reconstruire avant 🥴 🤕  (puis l'ultramarin 🤫) 

Alpsman 2024

 

Edit : Pour info, il m'est déjà arrivé (cf mes vieux CR) de finir des ultras sous perfusion avec des tensions très basses. Cela fait des années que je cherche la solution. Mon "record" 😟 est d'avoir atteint 7 à l'arrivée de l'IM de Cambrai. Je ne dois absolument pas m'arrêter sans observer un palier de "décompression"

EDIT 2 : Le 15 Avril j'ai terminé dans de bonnes disposition le 50km du Tiken Trail, c'est aussi l'une des raisons de mon audace sur cette préparation printanière

4 commentaires

Commentaire de centori posté le 24-05-2024 à 10:31:56

a nos âges partir à bloc et enchainer les courses, ce n'est pas top comme idée.
perso je pratique le partir cool - continuer tranquille - finir pépére. pour avoir une vitesse constante tout au long de la course.
ça permet d'éviter de se mettre mal enfin autant que faire se peut, et finir en bon état. et puis le classement ben ça vient tout seul en fait

Commentaire de Papy posté le 24-05-2024 à 15:59:04

Etant l'apôtre de l'abandon raisonné, j'aurais, dans des circonstances habituels, mis la flèche.
Dans ce cas, je devais tester la possibilité de repartir après un gros "coup de moins bien", car tous les tests médicaux étaient au vert.
Je sais, aujourd'hui, qu'avec un peu de maitrise, il est possible de réduire cette hypovolémie qui me cloue sur certains ultra. A moi de le travailler.
La j'ai fini avec 8,5 de tension...

Commentaire de centori posté le 24-05-2024 à 16:35:14

papy j'ai expérimenté ça aussi le énorme coup de moins bien. mes 2 exemples les plus parlants.
HTV 2021: je suis mort, vomi etc.... au km35, 20 minutes d'arrêt dans une pente. mini sieste je ne sais pas trop hop c'est reparti et fini comme une balle
90kMMB: au km70 j'étais cramé, au km75 je vomissais tout ce que je pouvais, j'ai continué en faisant la sangsue sur le mec devant moins, puis c'est reparti et fini à bloc.
le corps est plein de ressources, le tout étant d'accepter de se retrouver dans le trés mal, attendre, manger - boire - vomir - manger - boire - attendre que ca passe et ça repart.
en tout cas pour moi ça marche
MAIS
je pense quand même que ça ne peut repartir que SI et seulement SI on est pas parti trop vite.

Commentaire de CAPCAP posté le 15-06-2024 à 19:29:28

Bonjour Papy,
L'expérience des autres ne fait pas la sienne, mais elle doit pouvoir y participer, quand on y est attentif. Alors merci pour ton CR.
Franchement, je me demande ce qui pousse à se faire si mal. Je me croyais très fatigfué à la Diag, mais c'était rien à côté de toi !
Merci pour ton fil sur l'hydratation, qui m'avait appris beaucoup.
Pourrais-tu en dire plus sur la méditation par expérience? Je n'ai pas trouvé d'info là-dessus.
Je me demande ce que tu as pu faire sur l'Alpsman, ça me semblerait fou d'en avoir pris le départ...
Dans l'attente des nouvelles.

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