Récit de la course : 12 heures de Bures-sur-Yvette 2024, par marathon-Yann

L'auteur : marathon-Yann

La course : 12 heures de Bures-sur-Yvette

Date : 2/6/2024

Lieu : Bures Sur Yvette (Essonne)

Affichage : 221 vues

Distance : 0km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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Il y a deux réponses à cette question

Pourquoi participer aux 12h de Bures, une semaine à peine après un 24h? Pierre Botero : "Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions. Celle du poète et celle du savant. Laquelle veux tu en premier ?" 


Celle du poète ? Les 12h de Bures est une course historique, bucolique, fantastique. Y participer est un pur bonheur. Déjà, elle a un petit côté caché, la publicité restant modeste et puisqu'il n'y a pas de pré inscription, ce n'est qu'à 4h30, en arrivant dans la nuit noire au bout d'une impasse, qu'on est vraiment sûr de ne pas s'être levé pour rien. Le parcours, une boucle de 2,6 km autour du bassin de rétention de Bures, est un petit coin de verdure dans la vallée de l'Yvette. Si on a de la chance, et aujourd'hui cela m'arrivera deux fois, on peut voir des chevreuils venir se rafraîchir dans ce bassin. Les hérons ne sont pas rares. Les héros non plus : la course est ouverte à toute personne voulant faire de un à 50 tours, selon le site de la mairie, et l'on peut s'inscrire toute la journée. Je verrai ainsi des athlètes confirmés, des sportifs débutants, des grands pères et des jeunes enfants. Et des visages connus bien sûr : Tonio, Frantz, Claude, Bubulle... Et bien sûr Ray qui passera sa journée à me soutenir mais aussi à s'amuser à courir avec le lourd sac d'un militaire,  à discuter avec tout le monde, à faire un marathon pour le plaisir, et même (et surtout) à faire le DJ ! Sur quelle autre course pourrais je voir ça ? Et sur quelle course pourrais je voir mon épouse venir récupérer à 5h30 le matin les clés de voiture que j'ai malencontreusement embarquées, pour aller chercher notre fils à sa soirée, avant de revenir l'après midi avec ma fille pour me soutenir, en me prouvant au passage à quel point elle est extraordinaire ?

Celle du savant ? En gérant bien mes efforts, je sais que j'ai la possibilité de gagner, ce qui ne m'arrive pas si souvent. Pour cela, il faudra au moins arriver à 110 km., en fonction de la concurrence, qui se monte à une trentaine de coureurs à 5h. Deux coureurs partent vite, voire très vite pour ce genre de distance. Je ne suis plus un junior et je ne vais pas me lancer à leur poursuite, pour le moment je me contente d'observer, avec l'aide de Ray. Florian est impressionnant, il me prend un tour, deux tours, la troisième fois je lui demande quel est son objectif : il me répond qu'il est venu s'entraîner et ne va rester que 3-4h, pendant lesquelles il va parcourir... 50 km. Ouf.
Il reste Zhuoming devant moi. Lui aussi m'a pris rapidement deux tours, et un bon kilomètre de plus, ça commence à compter et j'augmente légèrement d'allure pour ne pas lui laisser trop d'avance. Si c'est son premier ultra, j'apprends (c'est fou comme on peut apprendre sur ses adversaires pendant une course) qu'il vaut 2h43 sur marathon, ce n'est pas le premier venu.Il a pour lui la vitesse, j'ai pour moi l'expérience du très long, qu'est-ce que ça va donner ?
Je tourne entre 5:20 et 5:30 au kilomètre, en attendant de voir ce qui va se passer. A chaque tour, Ray me tend ma boisson préférée, me demande ce que je veux au prochain tour, m'encourage intelligement. Royal.
Peu avant les 6h de course, ce que j'espérais arrive : sans avoir accéléré, je suis en passe de reprendre un tour à Zhuoming. Mais il ne l'entend pas de cette oreille et se colle dans ma foulée. C'est la situation inverse de la semaine dernière, où nous avions avec Ray contenu d'une façon similaire le retour du 3eme. Bizarrement, ça ne m'agace pas du tout, au contraire je trouve agréable d'être celui qui donne le tempo qui peut faire mal à son adversaire. J'accélère : 5:15, 5:10, 5:05. Nous nous livrons une bataille silencieuse mais intense. À sa respiration, j'ai l'impression qu'il n'est pas facile et peut craquer. J'insiste. Mon 65eme km sera le plus rapide de ma course, en 4:47. Mais c'est insuffisant, pour ne pas exploser plus tard, je lève le pied, Zhuoming remporte la bataille,  et reprendra  son avance.
Ray continue de me soutenir, et je continue à mon rythme. Après 8h de course, je reviens à hauteur de Zhuoming (enfin, avec 2 tours de retard). Nouvelle accélération pour le dépasser, mais cette fois nous sommes côte à côte et discutons gentiment pendant que les km tombent à 5:20. Même motif, même punition, je n'arrive pas à le passer. 

Je sais que le temps joue contre moi. Prendre plus de 5 km en moins de 4h est difficile, en moins de 3h c'est quasi impossible, à moins d'une improbable défaillance de Zhuoming.

 

Et c'est là que le poète et le savant se rejoignent. Le poète, qui connait son Cyrano par coeur, me dit que c'est encore plus beau lorsque c'est inutile, ma misérable foulée me semble soudain pleine de panache. C'est fidèle à ma conception du sport, ne pas s'avouer vaincu sans avoir tout donné. Et c'est fidèle à ma conception de l'amitié, Ray a pris soin de moi toute la journée, faisons le maximum en retour. Le savant me dit qu'en calculant bien, je peux battre mon record sur la distance. Pour ça (il calcule bien, le savant), il faut faire 10 tours en 3h, soit 18 min par boucle.
Avec l'aide du savant et du poète, ces10 tours passent vite. À 4 tours de la fin, je reviens pour la 3eme fois à -2 tours de Zhuoming. Comme un candidat vaincu à une élection, j'en profite pour le féliciter de sa victoire. J'aurais bien aimé lui reprendre un petit tour, pour sauver l'honneur, mais je n'y arrive décidément pas.


Je finis donc avec 124 km, en battant mon RP de 2,6 km, derrière un beau vainqueur. Je reçois deux belles coupes, l'une pour ma place au général, l'autre dans ma catégorie d'âge. A moins que ce ne soit l'une pour le poète, l'autre pour le savant ?

 

4 commentaires

Commentaire de Yannael posté le 08-06-2024 à 18:31:15

Super récit, j'adore. Cyrano, drapé dans son grand manteau, avait manifestement des ailes. Bravo.

Commentaire de bubulle posté le 08-06-2024 à 20:21:08

Tiens, Yannael, tu es le Yannael qui courait sur ces 12 heures (avec son prénom dans le dos) ?

Sinon, eh bien, bravo, Yann. Je sais franchement pas comment on peut arriver à courir aussi longtemps (marcher pas de problèmes, mais COURIR !).

Commentaire de Yannael posté le 09-06-2024 à 15:57:38

Non, ce n'était pas moi. Un homonyme peut-être. Le même jour, je courais une course de ... 8km. Bien différent des 12h et 124km de Yann.

Commentaire de augustin posté le 12-06-2024 à 15:02:22

Bravo Yann, stakhanoviste des efforts très longue distance, grand bravo pour cette gestion toujours très intelligente et pertinente de ces épreuves!

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