Récit de la course : L'Hivernale des Templiers - 60 km 2017, par float4x4

L'auteur : float4x4

La course : L'Hivernale des Templiers - 60 km

Date : 3/12/2017

Lieu : Roquefort Sur Soulzon (Aveyron)

Affichage : 853 vues

Distance : 60km

Matos : Sac Camp Vest Light, La Sportiva Ultra Raptor en 47, deux bouteilles de powerade en guise de gourde. Des pattes de fruit et des Bounty niveau bouffe...

Objectif : Balade

2 commentaires

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2 autres récits :

Holidays on Ice, la der de 2017.

Court récit en accompagnement de la vidéo pour ce dernier dossard de l'année 2017. C'était pas une course d'une incroyable difficulté, super longue et tout, mais bon, j'avais jamais couru dans de tels conditions, donc...

https://www.youtube.com/watch?v=Ta0EIEW1AUg

Allez hop ! c'est partie pour l'Astragale, 62km pour 2000 de D+, et une météo qui s'annonce de circonstance...

givré...

Depuis le climax de fin aout sur le GRP 220, j'ai été feignant. Le manque d'envie mêlé à une forme générale plus qu'émoussée ne m'ont pas permis d'enquiller sur d'autres grosses sorties trails. Mon poids de forme, je ne sais plus dans quel tiroir je l'ai rangé. J'ai bien pris quelques dossards « de vitesses » pour rigoler avec les copains, mais sans prendre le temps de travailler les allures rapide. J'arrive encore à taper le 10k sous les 38'00'', mais mes jambes sont littéralement exsangues. Au surplus, le lundi précédent la course, lors d'un petit footing, paf, une gêne se réinstalle dans ma cheville gauche. J’ai un peu les foies mais je ne me dégonfle pas pour autant. Le week-end est calé de longue date et j’ai envie d’aller faire l’imbécile avec les copains des Courapieds. Tant pis, je prendrais le départ affûté comme un petit beurre, ça me donnera le temps de faire un peu de tourisme.


Me voilà donc à grelotter sur la ligne de départ sous les murailles de la Couvertoirade. Il est 6h30 du mat’, je suis au milieu d’inconnus parce que j’ai paumé mes collègues, et j’ai froid. Mais genre froid comme rarement j’ai eu froid. Pourtant, au milieu du troupeau, on grappille quelques dégrées. Tout à l’heure, en sortant de voiture sur le parking, j’ai cru que j’allais me briser en petits morceaux tellement j’étais congelé par les bourrasques glaciales. L’organisation aurait enregistré jusqu’à -14°C en ressenti…

en descendant de voiture...

avec le froid, on perd en souplesse...

Bref, départ calme, quelques fumigènes, et la meute s’ébranle doucement. Je suis noyé au milieu de sept cent autres bonhommes à frontales, donc la petite visite minute de la cité templière s'effectue au ralenti. On quitte la citadelle par une route enduite de verglas. Même pas un kilomètre de parcouru qu’un gars s’étale au sol dans un gros bruit matte. Va falloir faire bien gaffe où poser ses pieds. Enfin faire gaffe plus tard, parce que là c’est constipation à l’entrée du premier sentier. Je perds genre cinq-dix minutes dans les bouchons, mais ensuite on s’étale sur des pistes plus larges. La première partie du parcours consiste en une traversée d'un vaste plateau. Celui-ci est tapissé de neige ce qui rend le décor vraiment sauvage. Je n'avais jamais couru dans un tel cadre, et entre l'étonnante lune rousse et le jour qui pointe son nez, faut bien l'avouer, ça claque à mort.

plaine givrée


On longe pas mal de champs, du coup les chemins ne sont ni trop techniques ni trop pentus. La neige à pour le moment l'ascendant sur le verglas, ce qui limite les glissades et permet de trotter sans difficulté. Petit point d'eau au onzième, mais je ne m'arrête quasiment pas, trop de queue pour espérer avoir un thé chaud rapidement. D'ailleurs en parlant d'hydratation, l'eau commence à geler dans mes bouteilles de powerade. Leur contenu devient visqueux et ressemble à de la glace pilée, comme dans une sorbetière. Ceux qui possèdent des flasques voient leurs pipettes boucher par des cristaux de glace. Lorsque je bois, afin éviter que ce jus glacé vienne me déchirer les intestins, je le conserve une vingtaine de seconde dans mes joues, en mode hamster, histoire qu'il se réchauffe un peu.

Peu de temps après, alors que je fais le touriste avec ma gopro au milieu d'une haie de buis, je croise Kil Lian, un gars de Kikourou qui était également sur le GRP 220. On papote un peu. Visiblement, on est tous les deux à la cool, au feeling. Je me dis que j'ai peut être trouvé un comparse de course. Hélas rapidement, au gré des petites montées, je prends de l'avance et je me retrouve à nouveau seul. Dans la première véritable descente conduisant au ravitaillement, alors que je commençais à me dire que tout compte fait ça n'allait pas si mal, voilà que ma cheville gauche pince de nouveau. Rien de très méchant, mais je sens une légère gène. L'angoisse monte, je peste. Le ciboulot se met à cogiter dans tous les sens pour savoir si je dois mettre le clignotant. Ces sombres pensées me dissipent et je manque de me gaufrer à plusieurs reprises.

C’est dans cet état incertain que j’arrive au ravito de Fondamente situé au km 23, après deux heures et demi de course. Étant dans le ventre mou du peloton, la petite salle est bondée et je galère un peu pour accéder aux tables et refaire les niveaux. Je croise Kil Lian qui vient d’arriver et je lui fais part de mes doutes, mais l’atmosphère devenant vraiment trop étouffante, au bout de cinq minutes, je prend la porte. Je me retrouve à poursuivre l’aventure sans vraiment l'avoir décidé. Au pire, si ça tiraille trop, je rejoindrais le prochain ravito en marchant et je bâcherais là-bas. Bon, c’est tout de même dans vingt bornes, donc j’ai intérêt à ne pas trop faire le canard boiteux.

On attaque directement par une belle montée. Je parviens à relancer sur les portions pas trop pentues, c'est plutôt bon signe. Arrivé en haut du second plateau, on se met à sinuer dans la pampa via un genre d'étroit serpentin en dévers tout sauvage et très casse gueule. Heureusement, des arbustes rabougris et quelques bosquets permettent de s’agripper pour éviter d'aller rouler en contrebas. La progression s'en trouve assez ralentie, alors je papotes avec d'autres coureurs. Ça cause Yaktrax et art de vivre et puis on fini par se retrouver à découvert, en bordure de falaise.

bordure de plateau

en bordure de plateau

La trace se fait plus roulante, alternant petits sentiers, pistes, et aussi quelques passages sympa en sous-bois. En revanche la météo est devenue tristounette. Le soleil blafard de l'aube m'avait réjouis, mais là il s'est barré et ne reste plus qu'un plafond gris accompagné d'une bise glaciale. Tout le décor est dessaturé. Les bruits semblent étouffés, mais c'est peut être à cause des deux buffs et de la capuche qui me couvre le crane. Ainsi passe la traversée de ce second plateau. Malgré la relative platitude de ces contrés, les petites ondulations et les relances perpétuelles commencent à m'user les muscles. J'ai bien l'impression que le froid raidi mes jambes prématurément.

causse bien frisquet

ça bourrasque froidement.

On redescend tout en bas de la vallée histoire de faire coucou à Saint Paul des Fonds et aux quelques spectateurs qui bravent le froid, et on regrimpe aussitôt sur un sentier en lacet. Là, y a de la paroi balaise et du panorama qui claque. La météo toujours aussi crapoteuse ajoute à l'ambiance « épique » de ce tronçon.

falaise

des falaises "claquistes"

De nouveau en haut du plateau, je me force à relancer. J'ai pas mal doublé en montée, et j'ai envie de continuer cette dynamique sur le plat. Au détour d'une route, j’aperçois une genre de battisse médiévale. Il s'agit du second ravitaillement, à Viala du Pas de Jaux. À l’intérieur, les tables sont couvertes de denrée comestible en tout genre. Il y a de quoi faire bombance mais je reste sur du classique. Je remplis à nouveau mes gourdes d'un mélange thé (pour la chaleur) / coca (pour le sucre) / eau (pour... diluer) et je file sans traîner, préférant manger en marchant. Expédier les ravitos en moins de cinq minutes, ça me changera des ultras.

En sortant, je me rend compte que le ciel est à présent dégagé, tout bleu. D'après ma montre, j'ai avalé un quasi marathon en cinq heures. C'est pas trop mal, mais il reste du chemin et les jambons sont de plus en plus lourds. En plus on redémarre sur de la piste rectiligne, et sauf à marcher une éternité pour franchir cette plaine blanche, pas le choix, faut se remettre à courir. Au bout de quelques bornes à dérouler ainsi en petite foulée, le chemin oblique vers la gauche en direction d'une bugne couverte de rochers. Je me met à grimper dans ce bordel rocailleux tout tarabiscoté. Ça signifie que j'ai le droit de m'autoriser un peu de marche, et ça fait du bien. En haut, dominant la lande nue, on distingue les silhouettes disparates d'autres coureurs cheminant sous le regard approbateur d'un drone.

vue du drone

me vlà à droite, avec une splendide foulée à 10h10


Ce sentier à la fois technique et ludique se met ensuite à descendre cahin-caha vers Lapanouse de Cernon. Ce troisième et dernier ravitaillement commence à se faire désirer. Je dévale avec en bavardant avec un autre traileur afin de faire passer le temps. La montre indique cinquante borne lorsque nous arrivons aux abords de la bourgade.

Ici encore l'arrêt est de courte durée. À l’abri d'une basse voûte de pierre, je grignotes et m’envoie un godet de soupe brûlante que je refroidi astucieusement en y ajoutant du coca (c'est pas si mauvais). Au bout de trois minutes, après avoir remplis mes gourdes, je suis dehors. J'ai hâte d'en finir à présent. Un bénévole m'annonce qu'il reste quatorze kilomètres. Je tablais plutôt sur une douzaine d'après le roadbook, mais bon, on est pas à ça près. Alors que je repasse de l'autre coté du Cernon, je suis pris en flagrant délit de mangeage de petits Lu par le photographe de la course. C'est bizarre comme coin pour shooter les coureurs. Et en même temps, vu comment ça meule, je comprends qu'il ne veuille pas aller faire le pied de grue sur les hauteurs, au milieu du givre.

ptitLu

PTIT LU POWA !

Je quitte progressivement la vallée pour le haut du causse. Le sentier s'élève doucement à travers bois. Il doit être treize heure trente, mais le soleil est déjà bien bas et baigne la nature de teintes oranges. Depuis le village précédent nous faisons route commune avec les coureurs du marathon de l'Orchis. Je dois être en train de revenir sur leur queue de peloton car je n’arrête pas de doubler. Ça confère une impression de vitesse et donne du cœur à l'ouvrage, du coup je me force à relancer dès que je peux. En revanche, les piétinements de ce nouveau troupeau ont tassé la neige et l'ont transformée en verglas. Certaines portions sont littéralement vitrifiées, et je joue les Surya Bonaly à plusieurs reprises.

Après avoir jardiné un peu sur les hauteurs, le sentier redescend à flan de coteau dans les broussailles. C'est étroit et sa bouchonne un peu. Je prend mon mal en patience car il n'y a vraiment pas moyen de doubler. Le fait d'être en retenu sur la pointe des pieds au lieu de dévaler tout doux me tétanise les mollets. Ça sent la crampe et c'est chiant. Dès que la trace redevient ascendante, je me remets à doubler tant bien que mal, souvent gêné par les bâtons. Un vaste replat après la grotte des maquisards permet de dérouler sans entrave jusqu'à amorcer la descente vers Tournemire, au bas du plateau. Certaines portion sont raides et glissantes et les quadris commencent à montrer des signes de fatigue, mais le plus irritant, ça reste les grandes difficultés rencontrées pour doubler et courir à son rythme.

Une fois dans la vallée, il ne reste plus qu'une belle bosse de trois cents mètres à franchir. Ça sent l'écurie, alors je me dépêche de traverser le hameaux en avalant le bitume en courant. J'essaye de dépasser un maximum de coureurs qui seront autant d'obstacles potentiels en moins une fois dans les chemins. La pente démarre assez rudement en sous-bois. A coup de grandes enjambées, et je remonte sur pas mal de monde. Le sentier est étroit mais je trouve toujours une petite bande adhérente d'herbe ou de feuilles mortes à droite ou gauche pour doubler sans problème. C'est étrange d'ailleurs, on dirait que les coureurs du marathon s'efforcent à rester au milieu de la sente, là où les pierres sont les plus glissantes. Visuellement c'est chouette, on a un superbe panorama dans le dos et une paroi magistrale trône devant nous. Au pied de celle-ci, le chemin oblique sur la droite et s’infléchit doucement. La falaise plongeant tout ce versant dans l'ombre, le sol ressemble à une patinoire. La vigilance est de mise mais je me permet quand même de courir, en plus, malgré l'étroitesse de ce passage, les coureurs plus lents ont la gentillesse de me laisser passer.

J'aborde l'orée d'une pinède avec une coureuse en visuel, une cinquantaine de mètre devant moi. Je regarde où je mets les pieds un court instant et lorsque je relève la tête, celle-ci est assise au milieu de chemin. Curieux. Alors que je suis en train de me demander ce qu'elle fait là ainsi prostré, me voilà à mon tour sur le cul. Une grosse plaquasse de verglas dissimulée sous les aiguilles de pins vient de m'envoyer au tapis. J'ai rien compris mais je ne me suis pas fait mal. En revanche, la personne devant moi semble avoir méchamment chuté sur son poignet. Je l'aide à se relever et lui propose qu'on poursuive ensemble, il ne doit rester que deux ou trois kilomètres jusqu'à l'arrivée. Elle me dit que ça va aller mais en même temps me parle de fracture. J'insiste, lui propose d'appeler au moins le PC course. Non non, elle insiste pour que je file. D'autres coureurs arrivent en marchant. Bon, après avoir demandé une dernière fois, je reprend ma route en trottinant de manière ultra précautionneuse.

Une gorge s'est installée entre le chemin et la falaise. C'est beau mais une glissade du mauvais coté et c'est la maxi gamelle. Quelques encablures plus loin, on a le droit à un genre de toboggan givré coincé le long d'un muret. Impossible de rester de bout, même avec toute l'attention du monde. Soit on descend sur le cul, soit on fait le ouistiti de branche en branche. C'est assez drôle de voir tout le monde galérer pour franchir ces quelques mètres de sentier (je m'inclus dans le lot hein).

Une petite route sinueuse nous fait traverser Roquefort par le bas. Toujours à l'ombre, celle-ci est verglacée en de nombreux endroits. Il est un peu tard pour espérer faire un bon chrono maintenant, et les La Sportiva commencent à taper dur sur le béton, donc j'y vais pépère. Arrive le dernier coup de cul menant jusqu'à la ligne d'arrivée. Hélas pour moi, ça bouchonne de nouveau et je me retrouve à marcher au ralenti. Non pas que je veuille grappiller à tout prix quelques secondes, non. Mais c'est juste que sur une course, je n’apprécie pas trop de finir mollement, avec encore de la réserve sous le pied. À la sortie de ce sentier, c'est limite si ça ne s’arrête pas pour causer chiffon. Alors là non, m'en fout, je force le passage peu courtoisement et je pars au galop. Je n'ai pas fait cent mètres que j'entrevois déjà la salle des fêtes faisant office d'aire d'arrivée. Je pensais qu'il restait encore un peu de grimpette et je suis presque déçu. Pas grave. Encore quelques foulées et me voilà sur l'estrade, récupérant ma médaille et ma planche à saucisson de finisher.

goodies

Les goodies dans leur habitat naturel

Trajet bouclé en 8h26, 140ème sur 705 partants. C'est pas jojo mais ça fera l'affaire. Ma montre indique 64 bornes pour 2300 mètre de D+. C'est un peu plus que prévu, mais bon, la précision GPS...

Un peu hagard, je cherches mes collègues du regard mais la salle est bondée. Comme prévu, la plupart ont fini devant moi, et il en reste encore deux en chemin. L'espace étant vraiment trop exigu pour se poser confortablement après l'effort, nous nous retrouvons tous à la voiture quelques dizaines de minutes plus tard. Pas question de s'attarder. Je me change en grelottant sur le bord de la route puis insère non sans difficulté ma carcasse usée à l’intérieur du véhicule. J'ai ramassé de belles courbatures...

Globalement, la course est très chouette. Certains diront trop roulante, mais moi j'aime bien courir, donc traverser les causses en petite foulée rasante, ça ne me dérange pas, même si ça fait un peu couiner les jambes. Non le seul vrai problème, c'est les quatorze derniers kilomètres qui, rejoignant la trace du 40 et du 22, se retrouve souvent encombré, ce qui nuit un peu au glorieux final qu'on est en droit d'espérer sur une course :D



 

2 commentaires

Commentaire de Benman posté le 11-12-2017 à 21:23:39

Bravo pour ta course. Braver le froid et les éléments forge le mental pour la suite. J'aime beaucoup les goodies au naturel ;-) A+

Commentaire de float4x4 posté le 13-12-2017 à 07:55:32

Merci, félicitation également, j'ai cru lire que presque au même moment, tu faisais également couiner tes abducteur sur la SaintéLyons :)

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