Récit de la course : La Transpyrénéa 2018, par Bacchus

L'auteur : Bacchus

La course : La Transpyrénéa

Date : 1/8/2018

Lieu : Le Perthus (Pyrénées-Orientales)

Affichage : 524 vues

Distance : 866km

Objectif : Terminer

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5 autres récits :

Transpyrénéa 2018 en Off - l'infini c'est droit devant

Astuce : la taille de la police est trop petite ? Ctrl + molette de la souris pour l'augmenter

Les trois vidéos qui complètent ce récits :

Part1 : https://youtu.be/jkghnMAVkM0
Part2 : https://youtu.be/cpsRcqB0Xj8
Part3 : https://youtu.be/cmlOd0fEp5I

La traversée des Pyrénées c'est infini, c'est pourquoi j'ai appelé ce récit ainsi que la vidéo « L'infini c'est droit devant »

Me voilà donc de retour dans les Pyrénées, deux ans après, pour une deuxième tentative sur la Transpyrénéa. Cette année, la course se fera en Off.

Je suis déjà venu en Juillet 2016 pour participer à la première édition de la Transpyrénéa. Nous avions pris le départ le 19 Juillet du Fort du Perthus à midi.

Et malheureusement pour moi, l'aventure s'est achevée au gîte d'Escolan à St Lisier d'Ustou à peu prêt au tiers de la traversée à cause d'un blessure à la jambe droite (sans doute une fracture de fatigue mais non confirmée car je n'ai pas fait le test de la scintigraphie).

Il y en a quand même 73 qui sont allés au bout sur les 250 qui avaient pris le départ, c'est carrément énorme quand on sait qu'il y a plus de 850km et qu'il y a plus de 50km de dénivelé positif.

Histoire / Géographie

L'idée de traverser les Pyrénées dans la largeur et d'aller de la Méditerranée à l'Atlantique n'est pas récente. La première trace écrite d'une telle traversée date de 1807, un certain Auguste Pyramus de Candole, un botaniste Suisse, a fait cette traversée d'Est en Ouest. Bien entendu, à cette époque, les sentiers de grandes randonnées tel qu'on les connaît aujourd'hui n'existaient pas.

Il y a grosso modo trois itinéraires qui permettent de faire cette traversée avec d’innombrables variantes :

- Le GR10 situé du coté Français de la frontière

- Le GR11 plutôt situé coté Espagnol

- et la HRP, Haute Route des Pyrénées qui comme son nom l'indique passe plutôt par les crêtes et les sommets.

La Transpyrénéa suit grosso modo le tracé du GR10 avec quelques petites variantes mais c'est globalement le GR10 mais sans le gros détour par le cirque de Gavarnie.

Le GR10 est un sentier qui a été tracé au début des années 50, il devait permettre aux randonneurs de se ravitailler, de dormir, donc il descend assez souvent en fond de vallée, contrairement à la HRP. Ce GR10 a été tracé par ses créateurs pour passer dans des bourgs importants, où il y avait des commerces à l'époque. Le village de Siguer, par exemple, possédait une ardoiserie et une mine de fer, ça faisait vivre pas mal de monde, il y avait des commerces, une auberge, des boulangeries. En 70 ans les choses ont bien changées, les mines ont fermé, les commerces aussi, Siguer est aujourd'hui une espèce de désert comme un peu tous les villages de l’Ariège.

A noter qu'à Siguer il reste un monument historique classé : Le rendez-vous de chasse des comtes de Foix, mais il n'est pas visitable, et il agace tout le monde car pour le moindre chantier il faut passer par les architectes des monuments de France.

Toutes les Pyrénées ne ressemblent pas à Siguer, dans les hautes Pyrénées et du coté du pays Basques on sent bien que c'est plus dynamique.

L'idée de faire de la traversée une aventure sportive, n'est pas de hier. La première fois que j'ai suivi un groupe de fondu se lancer dans cette aventure c'était en 2009 et j'ai suivi ce truc de fou sur le forum UFO ou Ultra-fondu. A l'époque, ça me paraissait complètement incroyable de se lancer sur une distance pareille. Kilian Jornet l'a fait en 2010 il me semble.

L'idée d'en faire un événement sportif, on la doit à Cyrill Fondeville en 2014, un organisateur d’événements sportifs au travers de RSO, Raid Sahara Organisation, son entreprise a pas mal de courses à son palmarès. L'idée est lancée et la première édition est programmée pour Juillet 2016. 250 coureurs environ prendront le départ, et 73 franchiront la ligne d'arrivée, ce qui est énorme quand on connaît la distance, plus de 850km et le dénivelé, plus de 50000 mètres.

En 2018 la course devait prendre le départ le 1er Août du fort du Perthus comme en 2016. Je ne vais pas rentrer dans les détails, le tribunal administratif a décidé de geler les comptes de RSO dans l'attente de l'instruction des plaintes déposées par trois participants à l'édition 2016. Jusqu'au bout, Cyrill Fondeville a essayé de trouver une solution, en vain.

RSO n'était donc plus en mesure d'organiser la course. La nouvelle est tombée fin Juin. Douche froide évidemment pour les 240 coureurs inscrits sur les trois distances proposées.

Rapidement l'idée de le faire en Off a germé sur Facebook,

Nicolas Choutet a crée une page Facebook et un groupe Facebook dédié au Off. Ça s'appelait Transpyrénéa 2018 en Off. J'ai crée un Doodle pour essayer de recenser toutes les personnes intéressées et recueillir mail et téléphone des intéressés.

Environ 75 personnes se sont inscrites. On n'a pas réussit à se mettre d'accord sur une date et un départ unique, il y aura donc principalement deux départs. L'un de Banyuls le Lundi 30 Juillet pour environ 50 personnes et un autre du Fort du Perthus le Mercredi 1er Août pour environ 20 personnes, sans oublier la Pastourale en Off, départ de Luchon le 8 Août, et de la Pottoka en Off le 11 Août de la Pierre St Martin.

La grande majorité des participants avaient une assistance personnelle sous la forme d'une voiture ou d'un camping car. Certains n'avaient aucune assistance, l'idée a donc germée sur Facebook de mettre en place une espèce d'assistance mutualisée pour ces coureurs sans assistance. Deux bénévoles initialement prévus sur la vraie Transpyrénéa se sont déclarés volontaires pour assurer cette assistance mutualisée, il s'agit de Jean-Paul Ferret et Hervé Boutier (Je tiens à préciser que Jean-Paul et Hervé ne représentent absolument pas RSO, Jean-Paul l'a très bien précisé dans un post sur Facebook, c'est une initiative strictement personnelle).

L'équipe sera complétée plus tard par d'autres bénévoles qui viendront grossir les effectifs : Georges Terle et son épouse Brigitte, Evelyne Perret et son mari Marc Boyer, et Jean-Noel. Ils auront aussi l'aide de Patrick Ainé dit télé moustache, de Magali et de Gaël, deux épouses de participants.

Quelques réunions téléphoniques entre Jean-Paul, Nicolas et la petite équipe qui s'est mise en place autour de Nicolas et les choses ont commencées à prendre forme. Cyril Fondeville a aussi apporté sa contribution sous la forme de matériel mis à disposition gratuitement comme des tentes, des réchauds à gaz, des tables, un grand merci à lui.

Bien entendu, tous les participants souhaitant bénéficier de l'assistance mutualisée devront avancer à peu de chose près au même rythme. L'allure de la caravane à été calée sur la barrière horaire de la Transpy officielle, donc moins de 400 heures. Le principe était simple, si tu es en retard à un bivouac, tu te démerdes pour rejoindre le suivant par tes moyens. Si tu es en avance, tu attends.

Je dois avouer que j'étais un peu sceptique sur cette organisation mutualisée et sur ma capacité à suivre le groupe. Au début j'étais même sur un schéma d'une traversée sans assistance et j'avais prévu huit sacs d’assistance personnels qui contenaient une boite de Ravioli, une boite de sardines, des gâteaux, des piles, des kleenex... et j'ai déposé ces sacs à divers endroits du parcours : Merens, Siguer, St Lisier, Col de Core, Luchon, Gourette, Barèges, Logibar

Tous les sacs ont été récupéré, je n'ai rien laissé dans la nature. D'un autre coté, si tout le monde avait fait ça ...

J'avais aussi avec moi une tente ultra light, un sac de couchage ultra light, un matelas néoprène ultra (trop) light, bref j'aurais pu être autonome, mais j'ai finalement adhéré à cette assistance mutualisée et ce fut une expérience incroyable.

Eric Chaigneau, le Président de l'association « Les amis du GR10 » a participé aux réunions téléphoniques entre Jean-Paul, Nicolas et la petite équipe. Il a proposé un découpage du tracé permettant à la caravane de faire la traversée en moins de 400H. Il a prévenu tous les commerces et hébergements le long du parcours de notre passage potentiel pour qu'ils puissent planifier un peu les approvisionnements. Il a été d'une grande aide pour le choix des lieux de bivouac. Un grand merci à lui.

La difficulté des étapes était variable selon les lieux de bivouac possibles pour la caravane, ça allait de 40 à 75km.

Finalement 23 coureurs ont souhaité bénéficier de cette assistance mutualisée, dont beaucoup d'étrangers et c'est compréhensible car eux ne pouvaient pas avoir d'assistance en local. En voici la liste :

  • La team Russe : Alexandr et Irina Safonov et leur fille Nina
  • La team Chinoise : Yadi Guan, un Youtubeur Chinois assez connu là bas avec son équipe de quatre photographes, (ce n'est pas exactement Youtube, c'est l'équivalent Chinois que je ne connais pas).
  • Seow Kong de Malaisie
  • Cheryl Bihag de Malaisie
  • Jane Carvalho qui vient du Brésil
  • Francis Rojo Sánchez qui vient d'Espagne
  • Leszek Rzeszôtkô et son épouse qui viennent de Pologne
  • Jan-Jilles Van de Hoeven qui nous vient des pays bas mais qui habite à Dubai
  • Daniel Rastelli qui nous vient d'Argentine

Et toute la team des Français, dont beaucoup de Normands

  • Nicolas Choutet
  • Julien Haule et son épouse Gaëlle qui s'est jointe aux bénévoles
  • Nicolas Lemaire et son épouse Magali qui s'est jointe aux bénévoles
  • Christophe Lardeux
  • Sandra Petit
  • Simon Bigot
  • Laurent Layani
  • Pierre Lemarechal qui connaît le parcours comme sa poche
  • Charles-Edouard Leclere sur la Pastourale (Luchon-Hendaye)
  • Dominique Gauthier sur la Pastourale
  • et moi-même, Jean-Bernard Saint-Eve sur la Transpyrénéa

J'espère n'avoir oublié personne.

Bien sûr, j'ai croisé beaucoup d'autre participants à cette Transpyrénéa en Off qui ne faisaient pas parti de ce groupe de 23, ils sont dans la vidéo.

Nicolas Choutet a réussit à nous obtenir des balises GPS gratuites via la société DotVision Motion, formidable, on pouvait nous suivre à la trace. C'était un vrai plus pour l'équipe d'assistance notamment.

Avant de démarrer cette incroyable aventure, nous nous sommes donnés rendez vous pour une bonne bouffe la veille du départ dans une pizzeria en front de mer à Banyuls, le Dimanche 29 Juillet au soir avec une météo formidable. Un moment bien sympatrique, histoire de faire connaissance en vrai, on occupait toute la terrasse (80 personnes), le cauchemars c'était pour les serveurs parce que c'était commande à la carte et chacun payait sa part, je vous laisse imaginer le bordel, d'un autre coté, difficile de faire autrement.

Nous voilà donc le jour du départ, Lundi 30 Juillet. Jean-Paul Feret et Hervé Boutier ont récupéré les sacs d'allègement du groupe des 23. On s'était donné rendez-vous à la gare de Banyuls, seul parking gratuit. J'arrive le dernier, je garderai souvent cette place dans le classement pour les jours suivants. Par chance, je trouve une place, je gare ma voiture sous un arbre, elle restera là pour presque trois semaines, en fait comme je suis le dernier à être arrivé, je récupère la place laissée vacante par Jean-Paul. Pour trouver des places de parking gratuites à Banyuls... il faut se lever tôt.

Eric Chaigneau est là sur la ligne de départ, il tire le portrait de chaque participant pour le site « les amis du GR10 » et dispense quelques consignes de sécurité. Il nous rappelle que chacun court, marche sous sa propre responsabilité, il n'y a pas d'organisation officielle, chacun est son propre responsable.

Une photo de groupe plus tard, quelques mots de Nicolas Choutet et nous voilà parti pour une aventure qui va durer, en ce qui me concerne, 391 heures et 51 minutes.

 

Il y aura aussi un départ du Perthus le 1er Août

Sans oublier la Pastourale en Off le 8 Août de Luchon


1ère étape : Banyuls sur Mer – Las Ilas (en passant par le fort du Perthus)

Une quarantaine de kilomètre pour une entrée en matière.

La Transpyrénéa officielle démarre du Fort du Perthus et non de Banyuls, le sujet avait déjà fait polémique en 2016. Alors pourquoi ? La raison est simple, impossible de garer 300 voitures à Banyuls, sauf à faire un départ du camping municipal hors GR et encore. Là nous n'étions que 50, la chose était jouable, mais difficile de se garer gratuitement pour trois semaines.

Il est 7 heure, après un petit passage dans Banyuls, on attaque la première montée. Le peloton restera bien groupé sur cette première partie. A noter qu'on a eu un premier blessé au bout de 10km, Christophe absorbé par la discussion n'a pas vu l'arbre qui barrait le sentier, bing, la tête dans l'arbre, suffisamment fort pour s’ouvrir la peau, sans trop de gravité toutefois, il pourra repartir. Peu avant le Perthus, tout le monde prend d'assaut l'auberge de l'Albere. L'aubergiste a été surpris de voir autant de monde, mais ça s'est bien passé.

Arrivé au Perthus, je décide de monter au fort pour prendre symboliquement le départ de ce qui aurait du être la Transpyrénéa officielle, il est 15h51.

Il fait une chaleur incroyable, probablement 40°, tout le peloton est frappé par cette chaleur, j'ai le souvenir de m'être posé plusieurs fois à l'ombre. Au Perthus, il y a plusieurs options pour le GR10, j'ai choisi de suivre la trace GPS de la Transpyrénéa officielle. Il y a une variante du GR10 qui ne passe pas par le Fort. Les marques blanches et rouges sont rares, mais elles existent, donc c'est le bon chemin. En ayant choisi l'option « passage par le Fort » je me retrouve maintenant seul. Quelques kilomètres plus loin, je croise pour la première fois l'équipe de tournage de Yadi Guan, ils sont là avec quatre caméras et même un drône, un Youtubeur Chinois ça fait les choses en grand. En fait c'est pas Youtube, c'est l'équivalent Chinois. Ils me suivent et me filment pendant plusieurs minutes, je me demande ce qu'ils vont bien pouvoir faire avec tout ces rushs, c'est bien beau de filmer, après il faut monter et ça c'est une autre histoire et plus on a de rushs longs et plus c'est pénible.

Las Ilas est un chouette petit village niché au cœur de la montagne, je connais un peu le coin pour y avoir randonné en 2016, peu avant la Transpyrénéa. Il vaut mieux y aller à pied, la route d'accès n'a rien à envier à la route de Cilaos à la Réunion, des virages à gogo, des passages où il est impossible de croiser un autre véhicule, …

Vers 18H j'arrive à la place du lavoir de Las Ilas, l'eau y est potable, il y a un bloc de sanitaires, plusieurs coureurs ont décidé d'installer leur bivouac ici. J'en profite pour prendre un peu d'eau car je suis à sec. La caravane des 23 est installée 2km plus loin sur une aire de camping à coté de l'hostal dels Trabucayrre. C'est un sympathique hôtel/restaurant pour randonneur. Si j'avais su j'aurais sans doute réservé une chambre, mais là je fais comme tout le monde, je plante ma tente.

En voyant le comité d'accueil, je comprends à quel point nous allons être soigné au cours de cette traversée. Je vois Hervé avec trois grands réchauds à gaz entrain de faire la cuisine pour tout le monde, je ne me souviens plus du menu, mais c'était délicieux et qui plus est, tout était bio.

Pendant toute la traversée, quelque soit ton heure d'arrivée au bivouac, même s'il était deux heures du matin, il y aura toujours un bénévole à t'attendre avec un repas chaud complet, c'était carrément du grand luxe. Et les soirs où Hervé nous préparait son Chilli con carné au Chorizo, c'était carrément du trois étoiles.

Pendant toute la traversée, quelque soit ton heure de départ du bivouac, il y avait toujours un petit déjeuner pour nous, café, thé, chocolat, fruit, pain, beurre, muesli, madeleines, gâteau. Tous les jours, avant de prendre le départ, on avait droit à une espèce de kit de survie composé de madeleines, de barres, de pompots, … Sur pratiquement toutes les étapes, nous avons eu droit à ce qu'on appelait un ravitaillement flash où il y avait possibilité de refaire les pleins et même de se faire un plat lyophilisé, Jean-Pierre et Hervé en avait acheté tout un stock. Bref cette traversée fut du grand luxe.

J'ai oublié de préciser, tout ça fonctionnait grâce à une cagnotte gérée par Jean-Paul et Hervé. Chaque participant a mis 100 Euros dans la cagnotte au départ, et on remettait 100 Euros quand la cagnotte était vide. Cette cagnotte servait à payer tous les frais, comme l'essence, les campings, la bouffe, bref tout. Pour l'ensemble de la traversée, je crois que j'ai mis 200 ou 300 Euros dans la cagnotte, je ne me souvient plus exactement.

Pour cette première soirée en bivouac, l'équipe était au complet et comme l'étape était courte, la veillée fût longue. On a eu très largement le temps de discuter pendant le repas.

La dernière fois que j'avais dormis sous une tente, c'était en Août 1985 et c'était en Norvège, j'étais encore étudiant, autant dire que ça ne datait pas de hier.

Je suis parti avec une tente/poncho ultra-légère, sachant que j'allais bénéficier d'une assistance quotidienne, j'aurais du opter pour une tente plus grande. J'aurais aussi du prendre un matelas gonflable plus confortable. Là je suis parti pour faire la traversée avec du matos minimaliste, la qualité du sommeil en pâtira.

Pour cette première nuit, j'ai mal dormi mais j'ai quand même dormi un peu. Réveil en même temps que le reste de la troupe, il faisait encore nuit, j'ai traîné un peu, je quitte le bivouac en dernier au moment où pointent les premiers rayons du soleil.

2ème jour : Las Ilas – gîte de Batere

C'est une étape encore assez courte, toujours la mise en jambe. La journée démarre sous le soleil, mais la météo n’annonce rien de bon pour l'après midi.

Peu avant l'Ecogîte de la Palette je rattrape Jane Carvalho notre représente Brésilienne de la caravane. Elle venait de chuter et de se faire très mal au genou, elle était en sang. Elle était en compagnie d'un randonneur Anglais et il avait sorti sa trousse à pharmacie pour lui faire un pansement. La blessure avait l'air assez sérieuse, je lui ai proposé ma genouillère mais elle avait suffisamment de bandage. Comme Jane était en bonne compagnie, j'ai filé. Je la retrouverais plus tard à l'Ecogîte de la la Palette, ça avait l'air d'aller, mais en fait cette blessure causera son abandon un peu plus tard. Elle laissera son genou au repos pendant trois jour et tentera de reprendre l'aventure à partir de Siguer, elle jettera l'éponge lors de cette tentative.

Après une descente bien technique, j'arrive à Arles sur Tech en début d'après midi. Je me tape un brin de causette avec le propriétaire d'un camping car. Au bout de 5 minutes je comprends enfin que son fils va en fait prendre le départ de la Transpyrénéa le 1er Août du Fort du Perthus.

Je retrouve Nicolas Choutet et Julien Haule qui sortent d'une pause troquet : « le patron est super sympa, les chips sont gratuites pour les Transpy en Off ». La presse locale a parlé de l'annulation de la course et du Off, on est tous reconnaissables avec notre dossard estampillé Off.

Il est encore tôt, Batère n'est qu'à 12 kilomètres (en montée), j'ai le temps de prendre une bière. Je m’engouffre dans le troquet et je commande un sérieux avec des chips. L'orage éclate à ce moment là, il tombe des hallebardes à Arles sur Tech. Tout ceux qui étaient sur le chemin à ce moment là se sont fait saucer, j'étais bien content d'être au sec. Cette pluie causera pas mal de dégâts aux pieds de certains.

En attendant que ça se passe je commande une autre bière, j'en profite pour commander un sandwich.

Une fois la pluie terminée, j'ai continué mon chemin. Le sentier est détrempé, il y a des herbes hautes, mais comme je suis en chaussure de randonnée haute, pas de problème, j'arriverai les pieds au sec.

Je suis parti dans cette aventure en prenant deux paires de chaussure : une paire de trail Salomon et une paire de chaussures hautes Technica de randonnée. En effet, j'ai une cheville fragile, j'ai donc opté pour cette solution, et j'ai alterné, un jour en trail, un jour en chaussures hautes. A la fin j'ai presque tout fait en chaussure de randonnée, c'était bien plus confortable pour ma cheville et en cas de pluie, la chaussure de rando est bien plus efficace pour protéger les pieds.

Au cours de la traversée, j'ai utilisé 6 tubes de Nok pour protéger mes pieds.

Arrivé au gîte de Batère, il se remet à pleuvoir un peu. J'apprends qu'il reste un lit disponible au gîte, je prends, ça va m'éviter une nuit en tente sous la pluie. Je dépose mon sac au dortoir et je rejoins les autres qui bivouaquent sur un terrain un peu en contre bas et je dîne avec eux.

On prend une petite bière au gîte en attendant la nuit. J'ai dormi à peu prêt correctement cette nuit là, mais il y a toujours du bruit dans les dortoirs.

3ème jour : Batère – Mantet

Je prends le départs aux premiers rayons de soleil avec le groupe des Normands qui avance à bonne allure. Pendant une de leurs pauses je prends un peu d'avance.

J'arrive au gîte des Cortalet sous un grand soleil. Il a beaucoup plu cette nuit, le serveur est obligé de purger les toiles qui servent de protection solaire de la terrasse. Je reprends un petit déjeuner, sous la forme d'un Jambon beurre tomate ail écrasé. Les autres ne tardent pas à me rejoindre.

Il commence à faire très chaud, je connais le chemin qui nous attend, d'énormes éboulis de roches, il y en a pour toute la journée. Je ne traîne pas, je pars seul en direction du refuge de Mariailles. Je croise Pierre Lemaréchal qui descend du pic du Canigou, il avait préféré la variante plus courte conseillée par Eric Chaigneau, mais beaucoup plus technique.

Dans ce coin du GR10, le terrain est vraiment cassant. On passe par des dizaines d'éboulis de roches. J'arrive au refuge de Mariailles, le patron avait prévu un repas spécial pour les Transpy, malgré l'heure tardive, je prends. Je suis rapidement rejoint par Nicolas et Julien.

Avec le soleil et la difficulté du terrain, cette étape a bien entamé la forme. Certains la finiront en stop.

J'ai terminé l'étape avec Julien. En arrivant à Mantet, on demande le gîte Cazeneuve. Personne ne connaît. Après un bon quart d'heure de jardinage, on finit par trouver. Le gîte est blindé, il a accepté tout le monde. Comme il n'y a pas assez de place, Jean-Paul installe trois tentes sur la terrasse, je dormirai dans l'une d'elle, avec un vrai matelas. J'y dormirai bien mieux que dans un dortoir.

Avec Julien Haule et Nicolas Choutet, on a décidé de partir tôt, genre 4H30.

4éme jour : Mantet – Merens les Vals

Mantet-Merens, ça c'est du lourd.

Je connais l'étape, cette partie a été un cauchemar en 2016. Sans GPS, je me suis perdu de nuit du coté du col de la Coma d'Anyell. J'ai perdu au moins dix heures à jardiner là haut. Cette année je tiens absolument à passer cette difficulté de jour.

Lever à 4H. Je prends un petit déjeuner normal : café, pain confiture. Nicolas Choutet, lui s'enfile deux boites de sardines à l'huile d'olive, quelle drôle d'idée. On lève le camp à 4H30. On jardine un peu pour trouver le GR10 à la sortie de Mantet. Rapidement on attaque la montée au col del Pla. Nicolas commence à se sentir mal d'un point de vue gastrique et choisit de faire demi tour.

Comme prévu, nous arrivons au sommet du col aux toutes premières lueurs du jour et au refuge de la Carança au lever du soleil. Ici c'est un vrai paradis, un paysage magnifique. On se reprend un café et on attaque par une grande montée puis une descente vers Planes. En essayant de s'éloigner d'un chien passablement agressif, nous ratons une bifurcation, le temps de s'en rendre compte, deux kilomètres de plus.

A Bolquere, nous retombons sur l'équipe de Yadi Guan qui nous filme en long et en large à 4 caméras entrain de manger et entrain de nous rafraîchir à une fontaine. Que vont-ils bien pouvoir faire de tous ces rushs ?

Peu avant le lac des Bouillouses, encore un endroit magnifique, nous retrouvons Francis l'Espagnol et Jan-Jilles des Pays Bas. Nous ferons équipe sur une bonne partie de la fin de l'étape. On se prend une bière à la terrasse de l'hôtel Houres à coté du lac. J'essaye de presser tout le monde car je vois l'heure tourner et le col de la Coma d'Anyell est encore loin.

Le parcours longe tout le lac puis on entame enfin une longue montée. Chacun avançant à son rythme, petit à petit notre équipe se sépare. J'arrive au col de la Coma d'Anyell, le soleil vient de se coucher. Je peux faire la descente en toute sécurité, il fait suffisamment clair pour suivre les quelques rares marques du GR10. Ici de nuit, même avec le GPS, c'est très compliqué, il faut une frontale qui éclaire à 150 mètres pour repérer les marques, et même le GPS n'est pas d'une grande utilité car la trace n'est pas assez précise.

J'arrive au refuge de Bésines, il reste encore suffisamment de lumière, je ne m'arrête que pour prendre de l'eau, et direction le dernier petit col de la journée. J'arriverai au Porteil de Bésineille sans sortir la frontale. Il me reste une descente bien technique vers Merens.

Arrivé à Merens, je n'arrive pas à trouver le Bivouac (qui est à l'Auberge du Nabre), je téléphone à Jean-Paul qui me passe Eric Chaigneau, j'ai droit à un radio guidage. J'arrive au bivouac complètement cuit peu avant minuit. Il manque encore pas mal de monde à l'appel, beaucoup n'arriverons que le lendemain matin quand je serais déjà parti en direction de Siguer.

Cette étape était vraiment difficile.

A Merens, Patrick Anné (dit Télé moustache) a rejoint l'équipe de bénévoles. Il a sonné le rappel pour faire venir d'autres bénévoles et ça a marché.

Cette Auberge du Nabre est vraiment sympathique, en 2016 j'étais à court de Nok, la propriétaire m'a fait cadeau de son pot de Nivéa, c'était généreux de sa part (attention aux effets secondaires tout de même, la crème Nivéa fait tomber la corne en deux semaines).

Malgré l'heure tardive, je prends le temps de dîner et de me doucher. Ce soir nous dormons dans de vrais lits dans un dortoir très confortable. Je décide de partir assez tard, vers 7H, car dans ma tête l'étape vers Siguer est courte et facile, ce qui est totalement faux.

5ème jour : Merens – Siguer

Je me suis levé vers 6H30 pour un départ vers 7H30. J'étais le dernier parmi ceux qui sont déjà arrivés à Merens. Il manque encore pas mal de monde à l'appel : la team Russe, les Malaisiens, la team Polonaise, Christophe et Sandra, cette étape a fait beaucoup de dégâts.

C'est un Off, la plupart continueront l'aventure en shuntant en partie ou en totalité l'étape du jour.

Depuis deux jours, avec sa blessure au genou, Jane Carvalho s'est intégrée à l'équipe des bénévoles. Aujourd'hui, je lui ai confié une de mes caméras pour qu'elle puisse filmer l'équipe d'assistance inside (voir le film pour ça).

Comme je suis parti dernier, je fais la montée vers le refuge de la Ruhle en solo. C'est long et difficile, je n'avais pas ce souvenir de 2016, je crois que mon cerveau est câblé pour ne retenir que les bons souvenirs. Au refuge de la Ruhle je croise deux camarades en partance, mais je les recroiserai plus tard parce que là, ils partent pour un super jardinage. Après avoir mangé, je prends la direction du plateau de Beille. Après avoir pris une bière au restaurant de Beille, je retrouve mes deux camarades qui reviennent de la cueillette aux champignons (il s'agit de Francis et de Jan-Jilles). Nous ferons route ensemble jusqu'à Siguer.

Dans la descente après Beille, nous sommes rejoint par Eric Chaigneau qui est venu à notre rencontre pour nous informer qu'il y avait un ravitaillement flash qui nous attendait en bas. Ce fut le premier du genre, après celui-ci il y en a eu un tous les jours, royal !!

Eric prend le temps de nous rééxpliquer l'itinéraire avant la dernière montée. En effet il y a un endroit où le GR10 est très peu balisé, en 2016 j'y ai jardiné pendant deux heures. Tout le monde peut se perdre à cet endroit.

Avec mes compagnons nous enchaînons les montées et les descentes. Nous acceptons l'invitation d'un gamin pour boire une citronnade dans une cabane de berger. Sa mère nous décrit un soit disant raccourci, quelle mauvaise idée, on aurait du rester sur la trace GPS, on se perd évidemment.

En coupant droit dans la pente nous arrivons finalement à retomber sur la trace GPS, mais quelle perte de temps. La nuit est tombée, mon GPS bip pour me dire que ses piles sont vides. Je prends un jeu de piles neuves et je procède au remplacement à la frontale. Au moment de fermer le couvercle il y a un truc qui coince, je ré-ouvre le couvercle et je réessaye de fermer et là ça marche. Je rallume le GPS, et miracle on est sur la trace.

Ce qu'il vient de se passer là est en fait un très gros problème, ce qui a coincé c'est la carte micro-SD qui contient le fond de carte, et là je viens de la perdre.

Sur le moment, je ne me rend compte de rien et nous poursuivons la descente d'un bon rythme.

Nous arriverons à Siguer assez tard, mais à une heure correcte pour faire une nuit acceptable. Jan-Jilles nous fait part d'une tendinite au talon d’Achille, tout le monde y va de son truc et astuce et de ses crèmes miracles, Jan-Jilles essayera, pas de miracle en si peu de temps. Pour lui, cette tendinite sonnera la fin de l'aventure. Il intégrera l'équipe des bénévoles pour quelques jours puis rentrera chez lui. Il reviendra pour nous accueillir à Hendaye.

Personnellement j'ai choisi de dormir au gîte municipal de Siguer, il restait 3 lits pliables disponibles, pourquoi s'en priver. Les autres ont dormi sous la tente,... au bord de la rivière (Margaux, Margaux, se lavait le… extrait d'une chanson paillarde bien connue)

6ème jour : Siguer – Aulus les bains

Encore une étape que je pensais facile, quelle erreur, dans mes souvenirs de 2016 je n'ai retenu que les bons passages.

Je quitte Siguer dans les derniers aux premières lueurs du soleil.

En allumant le GPS je me dis, tient c'est bizarre, ils n'ont pas encore cartographié la région de Siguer sur OpenStreetMap, alors que la cartographie était pas mal depuis Banyuls, je ne comprendrais que plus tard que j'avais perdu la carte mémoire.

La montée vers Goulier se passe sans problème, mais à Goulier il y a plusieurs versions du GR10, l'une passe par Goulier, l'autre contourne le village et passe par le domaine skiable. En 2016, sans GPS, j'ai jardiné ici pendant presque 4 heures. En 2018, avec la trace GPS (mais sans le fond de carte) j'ai réussit à me perdre quand même. La team Russe aussi. A un moment j'ai vu Irina débouler de la montagne droit dans la pente et je peux vous assurer qu'il n'y avait aucun sentier à cet endroit.

Finalement je retrouve mon chemin et je me retrouve à l'embranchement vers Gestiès. Ceux qui veulent voir l'Etang d'Izourt peuvent le faire (10km en plus), la variante était autorisée en 2016. Tout le monde avait pris ça de toute façon, sauf un Russe.

Dans la montée après Gesties, il y a deux versions du GR10, il y a celle qui passe par le gîte Mounicou, et une autre qui suit une canalisation. La trace GPS passe par Mounicou, mais la direction naturelle vers le village de Marc est l'autre version du GR10, c'est celle que je prendrai. Le sujet a déjà fait polémique en 2016.

A Marc nous attendait un sympathique ravitaillement flash qui était le bienvenu car il faisait une chaleur d'enfer.

La montée qui suit est magnifique, nous progressons de lacs en barrages. Peu après le gîte de Bassiès je rejoint quelques compagnons de la caravane, ils ont fait une pause bière. On fait une partie de la descente interminable ensemble. Dans la vallée je croise un groupe d'autres Transpy qui avaient planté leur bivouac en pleine nature. On se tape la discute et ils m'offrent l'apéro, une petite bière ça ne se refuse pas. Je n'ai pas pris de photos et c'est vraiment dommage.

Aulus les Bains n'est pas sur le GR10, le GR10 passe à 2/3km, par contre il y a un GRP qui passe à Aulus. En arrivant sur la route qui mène à Aulus, moi j'ai pris la route. Mes compagnons ont préféré le GRP. Je suis arrivé bien avant eux car ils se sont perdus à plusieurs reprises (on est hors trace GPS).

Le camping d'Aulus est tout au fond du village, au moins à 4 ou 5 km du GR10.

En arrivant au camping, il faisait sec et beau, mais en plantant ma tente, une petite pluie fine et bien mouillante s'est mise à tomber, elle persistera toute la nuit et jusqu'au départ le lendemain. Ce fut sans doute l'une des pires nuits de ma vie, bien que recouvert d'une fine couche d'herbe, impossible de planter une sardine correctement dans ce sol fait de cailloux, mon dos s'en souvient encore.

7ème jour : Aulus les bains – Maison Vallier

La nuit fut courte et inconfortable. Je me lève vers 3H30, Francis est prêt en même temps que moi pour le départ. Nous ferons route ensemble une bonne partie de la journée.

Comme Aulus est en-dehors du GR10, nous avons décidé, sur les conseils d'Eric Chaigneau, de récupérer le GR10 au niveau de la cascade Fouillet en empruntant le GRP. Ça ne change pas grand chose au niveau de la distance.

Une bonne partie de la montée vers Guzet neige se fera de nuit, nous arriverons dans la station aux premières lueurs du jour. Un groupe d’astronome y a passé la nuit. Toute la station est hérissée de télescopes de toutes les tailles. Une randonneuse qui a passé sa nuit à observer les étoiles nous parle de l'excellent accueil qu'elle a reçue au gîte d'Escolan. Francis et moi décidons décidons d'aller y prendre un deuxième petit déjeuner.

Arrivé à Escolan, on se commande un maxi petit dej. Ici, c'est un vrai havre de paix. C'est là que j'ai abandonné en 2016 sur blessure à la jambe droite. A partir de maintenant je ne connais plus le terrain en dehors des petites reconnaissances du coté de Barèges et de Gourette.

A St Lisier d'Ustou, sur les conseils d'Eric Chaigneau, on sort du GR10 pour rallier Aunac par le GRP. N'oublions pas qu'on a ajouté Banyuls-Perthus à la Transpyrénéa, ici on a donc fait le choix de couper la boucle par Couflens. Le GRP est un peu plus court par contre là on sort de la trace GPS et comme je n'ai plus de fond de carte, mon GPS n'est d'aucune utilité. Francis a un GPS mais il ne sait pas bien s'en servir et je ne connais pas le modèle. On a un peu jardiné pour trouver le GRP. On s'est même pris le choux avec un local qui nous a assuré qu'il n'y avait pas de GRP dans le coin, et que le seul sentier pour aller à Aunac est le GR10, il nous a même engueulé parce qu'on avait pas de carte, quel … Heureusement la randonneuse croisée à Guzet neige arrive à notre rescousse, elle nous mettra sur le bon chemin grâce à son GPS. On en profite pour faire les pleins d'eau à St Lisier et c'est parti pour ce GRP.

Il fait déjà très chaud, et je vois Francis s'arroser constamment avec sa gourde, j'essaye de lui expliquer en Anglais d'économiser son eau car nous n'en trouverons probablement pas avant Aunac, mais Francis ne comprend que l'Espagnol donc impossible de lui dire expliquer quoi que ce soit. On finit par croiser un groupe de randonneurs, parmi eux il y en avait un qui parlait Espagnol. Je lui ai demandé de traduire et là j'ai vu Francis changer de couleur, il ne lui restait qu'un demi litre. Heureusement nous avons croisé plus haut, un ruisseau presque à sec où coulait un filet d'eau sale, il a fait les pleins, je lui ai donné une pastille micropur, mais je crois qu'il n'en a pas bu.

Quelques kilomètres plus loin, nous sommes pris dans une invasion de pyrales du buis. Ce sont des chenilles qui tombent des arbres pendus au bout d'un fil très fin. Nous en sommes littéralement couvert, impossible d'y échapper. La seule astuce que nous ayons trouvé était de marcher en tenant les bâtons horizontalement en hauteur devant nous, comme ça les pyrales s'accrochaient aux bâtons.

 

Nous sortons enfin de la forêt au niveau du village d'Azas quelques kilomètres avant Aunac. Il y a une grande flaque boue sur le chemin de terre. En essayant de l'éviter, je glisse et je m'étale de tout le long dans la boue. Les habitants dans la rue étaient mort de rire. Ils m'ont dit que c'était la seule flaque de boue dans toute la montage et qu'elle était due à une fuite de la canalisation et que ça durait depuis cinq ans.

Toujours est il que je suis couvert de boue de la tête aux pieds. Cinquante mètres plus loin, il y a un lavoir, je me dessape presque complètement et je lave complètement mes fringues (c'était pas un mal) et mon sac.

J'en profite pour déjeuner, le temps que tout ça sèche sous ce soleil de plomb.

Entre temps, Nicolas Lemaire nous a rejoint, Francis et lui feront route ensemble.

Entre Azas et Aunac, c'est de la petite route. A Aunac, Magalie (la compagne de Nicolas), et Gaelle (la compagne de Julien) assurent un ravitaillement flash qui est le bienvenu. Gaelle me propose un Expresso vrai de vrai, comment est-ce possible ? Et bien elle a une machine à Expresso dans sa voiture pour des raisons professionnelles, c'est ce qu'elle m'a donné comme explication. Je déguste ce vrai café, un délice qui me permettra de tenir cette fin d'étape.

J'entame la montée vers le col de Core, puis je fais une pause au refuge d'Esbints. Ils y vendent une bière artisanale, j'en achète une bouteille d'un litre et je m'enfile la totalité en terrasse. Je fais le reste de la montée en marche nordique en envoyant du lourd, enfin je crois (hahaha).

J'arrive au col de Core, il fait encore jour, il y a un peu de brouillard par moment. Ici, il y a deux versions du GR10 : le GR10 et le GR10D. Dans les comptes rendus de 2016 la plupart conseillent le GR10D. La trace GPS passe par le GR10, donc si je choisis le GR10D je fait le choix de sortir de la trace et je rappelle que je n'ai plus de fond de carte depuis Siguer, et bien je choisis quand même le GR10D, funeste choix.

Le jour décline rapidement, il n'y a que les balises blanches et rouges pour me diriger, je me trompe à plusieurs reprises, il y a d'autres sentiers que le GR10D. Il fait maintenant nuit noire, je suis dans un alpage au milieux des animaux. Le sentier est très peu marqué, malgré une frontale puissante je n'arrive pas à voir les marques. Je vois une frontale dans les hauts, c'est Nicolas, je l'appelle, il me dirige à la voix pour m'indiquer où il faut passer. On finira cette étape ensemble. A un moment j'ai pris la tête, j'ai réussi à nous perdre et à tourner en rond sur un kilomètre, c'est Nicolas qui m'a fait remarquer « je crois qu'on est déjà passé là ».

On est arrivé à Maison Vallier vers une heure du matin. Que ce fut long, cette étape laissera des traces. Pas de douche ici, on se lave dans la rivière, ça attendra demain. Direction la tente pour une super mauvaise nuit, il y avait de la caillasse parterre, je me souviens que j'ai même essayé de dormir assis dans le tente.

8ème jour : Maison Vallier – Fos

Le jour est déjà levé quand je sort de la tente. Avec la lumière du jour je prends conscience de l'environnement où nous sommes. C'est un peu camping sauvage au bord d'une rivière, nous sommes non loin du chalet de la maison du Vallier.

Je prends un solide petit déjeuner avec ceux qui sont encore au camp, il y a notamment Pierre, la team Russe, la team Malaisienne...

On est en camping presque sauvage, il y a bien un bloc sanitaire public sur le terrain, mais là…

A quoi pensez-vous que cet objet étrange puisse servir ?

 

Les deux pièces noires sont des protèges épaules d'une sacoche d'ordinateur portable, les deux extrémités sont des embouts de bâtons de marche, et au milieux c'est une tresse synthétique ultra solide. L'ensemble ne pèse pas plus de 30 grammes. Je ne garanti pas le résultat si vous pesez plus de 90kg.

 

 

Et bien, cet objet permet de transformer vos bâtons de marche en tabouret assez confortable, et même encore plus confortable et stable si vous vous adossez à un arbre.

Pourquoi j'ai fabriqué cette bidouille ? Parce que je suis incapable de tenir la position accroupie plus de 15 secondes et je trouve ça vraiment très inconfortable. Après cette parenthèse Système D, retour au compte rendu.

On attaque d'emblée par un col, le col du Pas du Lac. Pierre me rattrape à mi-pente, je lui emboîte le pas et je réussi à presque le suivre jusqu'au sommet. Il me fait un panorama complet avec tous les sommets qui nous entourent pour la caméra (voir vidéo). Ensuite chacun poursuit à son rythme.

Après la montée au col de l'Arech et une longue descente, un ravitaillement flash nous attend au gîte d'Eylie, merci Magali. J'en profite pour manger ma boite de Ravioli que je transporte depuis St Lisier. Dans le coin, on croise pas mal de vestiges d'anciennes mines. Attention il y a deux ou trois câbles d'acier qui traînent en travers du sentier.

Encore une longue montée avec pas mal de vestiges industriels et une longue traversée, j'arrive au refuge de l'Araing à coté de l'étang du même nom à l'heure du dîner pour les hôtes du refuge. J'y retrouve Nicolas, nous ferons la fin de l'étape ensemble jusqu'à Fos.

La descente vers Fos est infinie, on arrive au bivouac vers 23 heures. Le campement est installé à coté d'une école il me semble.

 

Un repas chaud, une bonne douche et direction la tente pour dormir. Ici le sol est un peu herbeux, je dormirais un peu mieux que les jours précédents.

9ème jour : Fos – Grange d'Astau

L'étape prévue aujourd'hui est longue (presque 68km), celle prévue demain est très courte (24km). Aujourd'hui nous allons passer par Bagnères de Luchon et par Superbagnères qui est une station de ski. Ces étapes ont été dictées par les lieux de bivouac possibles pour la caravane. Mon idée était de couper la poire en deux et de dormir dans un hôtel de préférence à Superbagnères, mais en fait je n'ai pas trouvé d'hôtel ouvert à cette saison. J'ai donc choisi l'hôtel le Floréal que je connais déjà à Bagnères de Luchon.

Après Fos, on attaque par une première grosse montée, je me fait doubler par Pierre, décidément ça devient une habitude, une longue transversale faites de montagnes Russes, puis une longue descente vers Bagnères de Luchon. Jean-Paul et toute l'équipe nous attendent à l'entrée de la ville pour un ravitaillement flash particulièrement copieux. Je viens de récupérer un sac d'allègement perso que j'avais planqué deux semaines auparavant, je donne l'essentiel du contenu à Jean-Paul, je l'informe de mon intention de dormir ici. Deux nouveaux bénévoles rejoignent l'équipe ici, il s'agit de Evelyne Perret et de Marc Boyer son compagnon, ce sont des habitués de la Transpyrénéa.

A Bagnères je mets le clignotant à gauche, direction l'hôtel, puis direction pizzeria, puis quelques courses, puis direction hôtel pour une nuit réparatrice. Il fait encore jour quand je me couche mais que s'est bon de retrouver un vrai lit.

Vers 17H, un orage éclate et ça déboule pas mal, j'ai une pensée pour mes camarades encore dans la montagne avant de m'endormir, … nan, en fait je m'en fou complètement mais ça fait bien d'écrire ça (hahaha).... mais bien sûr que je m'en soucis, comment toi le lecteur ou lectrice, tu peux croire çà !!!

10ème jour : Bagnères de Luchon – St Lary Soulan

Je quitte l'hôtel vers 4H après un petit déjeuner sommaire dans la chambre.

J'attaque d'emblée par une montée raide vers la station de ski Superbagnères, il paraît que les paysages ici ne sont pas très fun, pas grave il fait nuit. L'essentiel de la montée est dans la forêt. Peu avant le sommet la lumière de ma frontale se reflète dans trois paires d'yeux d'animaux et j'entends un grognement, qu'est ce que c'est ? En tout cas ce n'était pas une zone d'alpage. Je n'ai pas cherché à en savoir davantage, j'ai décampé de là le plus vite possible. Avec les premières lueurs du jour, j'arrive dans la station, le soleil n'est pas encore levé. Le fond de l'air est humide, il fait frais, il a énormément plu hier soir, il y a des brumes mais le ciel semble vouloir se dégager.

Peu après, le GR10 me fait sortir de la trace GPS, pas le choix, l'itinéraire en balcon emprunté en 2016 est fermé à cause d'éboulis. On se tape donc une longue descente suivit d'une longue remontée.

La descente vers le lac d'Oô est magnique (c'est une contraction de magique et magnifique), mais quel nid à touriste, il y en a partout. Quelques kilomètres plus loin, j'arrive aux granges d'Astau où mes camarades ont bivouaqué hier soir sous la pluie. Il est aux environs de midi, je m'arrête dans un de ces pièges à touristes pour manger un morceau. J'y croiserai d'autres Transpy (ne pas oublier qu'il y en a quand même 75). En sortant du restaurant, je croise Evelyne et Marc qui avaient choisi une autre arnaque à touristes pour déjeuner.

Quelque centaines de mètres plus loin je prends à gauche et c'est parti pour la longue montée vers le Couret d'Esquierry à 2131m. S'en suit une longue descente vers Loudenvielle. Dans la descente je croise deux autres Transpy, ils le font en Off du Off, ils ne sont même pas inscrits au Off, par contre ils étaient inscrits à la Transpy officielle. Ils ont pour objectif de le faire un 20 jours et ils vont d'hôtel en hôtel.

Loudenvielle est un petit bourg magnifique, je m'arrête à une terrasse pour m'enfiler une grande bière, il fait une chaleur terrible, faut pas trop traîner, l'orage arrive.

J'entame rapidement la montée vers le col d'Azet, au sommet le ciel est noir et on entend déjà le tonnerre. J'entame très vite la descente, l'orage et la pluie me rattrape quand j'arrive devant un abris bus au village d'Azet, je me mets au sec immédiatement et j'attends que ça se passe, il pleut fort.

Je repars en direction St Lary, arrivé en ville sous une petite pluie fine, je tombe nez à nez avec l'hôtel l'Orédon, il y a une chambre de disponible, je prends, il est environ 21H30, je préviens Jean-Paul que je passe la nuit à l'hôtel. Le reste du groupe bivouaque au camping de Bourisp. Je file à la pizzeria manger une bonne quatre formages avec une bonne bouteille de vin, puis direction douche puis dodo, dans cet ordre là à cause de l'heure tardive, dommage pour les autres clients de la pizzeria.

11ème jour : St Lary Soulan – Luz St Sauveur

J'ai eu un peu de mal à sortir du lit ce matin là. Je quitte l'hôtel vers 7h. Je jardine un peu pour trouver le camping. Tout le monde est déjà parti hormis les bénévoles. Je prends un petit déjeuner et c'est parti. Jean-Paul m'explique comment récupérer le GR10 car là on est hors trace. Peu de temps après, il se met à pleuvoir, il pleuvra une grosse partie de la journée, une pluie raisonnable mais je sort le poncho.

On démarre la journée par la montée au col de Portet souvent emprunté par le Tour de France. C'est une montée tranquille dans un chemin d'alpage. Le tout se fera sous une petite pluie fine.

En haut, je commettrai une erreur de jardinage qui m'a coûté un kilomètre.

Une fois sur la bonne trace, la journée va être ponctué par une succession de lacs, les paysages dans le coin sont magnifiques. La pluie et le brouillard se sont levés par moment.

Un ravitaillement flash était prévu au lac d'Aumard, je l'ai raté.

L'approche du col de Madamète est extrêmement minérale, le col est marqué par un énorme kern, je n'en ai jamais vu un aussi gros.

Dans la descente vers Barèges, je suis rattrapé par Bastien Gréau, qui fait aussi la Transpyrénéa en Off.

A Barèges, je retrouve Evelyne et Marc pour un petit ravitaillement flash. J'aurais droit à un sandwich au camembert, quel plaisir et quel luxe. Entre Barèges et Luz-St-Sauveur, il y a deux versions pour le GR10. Je connais les deux. La trace GPS fait un truc bizarre ici, elle commence sur une version du GR10 puis elle fait une transversale par une ancienne version du GR10 aujourd'hui balisée en jaune, puis elle emprunte la deuxième version du GR10. J'ai opté pour la version la plus courte, au passage j'ai récupéré un sac d'allègement perso que j'avais planqué ici deux semaines auparavant.

A Luz-St-Sauveur, le camping est difficile à trouver, il est un peu en dehors de la ville et des campings à Luz-St-Sauveur, il y en a au moins dix. J'arrive au bivouac, il fait encore un peu jour. Direction la douche puis un repas chaud.

Hervé m'a acheté un matelas gonflable, merci Hervé, je vais gagner un peu en confort de sommeil.

12ème jour : Luz-St-Sauveur - Arrens-Marsous

Je croise deux personnes nouvelles au petit déjeuner, ce sont deux coureurs de la Pastourale qui se joignent à la caravane, il s'agit de Charles-Edouard et Dominique. Il fait encore nuit.

On démarre la journée par la montée au col de Riou. Peu avant le sommet, je suis rattrapé par Pierre et Charles-Edouard, ils avancent tous les deux d'un bon rythme.

Dans la descente vers Cauteret, une tuile de plus m'est tombée dessus. J'avais l'habitude de coincer le poncho entre mon dos et le sac à dos, ça marchait très bien. Ce matin j'ai fait de même avec la veste gore tex. A mi-pente je m’aperçois que ma gore tex n'est plus là, je fais quelques centaines de mètres en arrière mais c'était inutile, il y a des dizaines de randonneurs sur ce sentier, aucune chance de la retrouver, tant pis.

Un ravitaillement flash tenu par Jean-Noel nous attends dans Cauteret. Après ça, j'entame la montée vers le lac d'Ilhéou. J'ai choisi de suivre les marques blanches et rouges, rapidement je me rends compte que la trace GPS suit un chemin parallèle sous le téléphérique. Je passe un coup de fil à Jean-Paul qui me dit qu'il y a d'autres personnes sur la trace où je suis. Le chemin vers le lac est très fréquenté, un vrai nid à touristes. Arrivé au lac, le paysage est vraiment magnifique, mais on est encore loin du col, la montée est encore longue et rude.

La descente qui suit nous amène au lac d'Estaing.

Au col des Bordères je retrouve Nicolas revenant de la cueillette aux champignons, décidément, lui aussi a eu quelques problèmes avec son GPS. On rejoint le bivouac d'Arrens-Marsous, il fait encore clair, mais la nuit ne va pas tarder. Ce soir on dort dans un gîte avec des vrais lits, quel luxe. J'ai du mal à trouver le sommeil, je suis à coté des douches, quelques retardataires prennent des douches jusqu'à pas d'heure.

Je me lève assez tôt et pourtant je suis dans les derniers, il ne reste que Simon. Il est vrai que l'étape du jour est très longue. Il aurait été beaucoup plus intelligent de se glisser dans un groupe partant vers 4H.

13ème jour : Arrens-Marsous – Borce

Je quitte Arrens, il fait encore nuit. Peu avant le sommet, je suis rejoint par Simon Bigot, nous jardinons pas mal dans la descente, le terrain est boueux par endroit, il a du beaucoup pleuvoir hier par ici. Aujourd’hui, j'ai choisi de partir en chaussure de trail, c'était pas une bonne idée.

Finalement on trouve la bonne trace, et en route pour le col de Tortes qui m'amènera à Gourette. Ici je récupère un sac de ravitaillement perso planqué une semaine plus tôt. J'en profite pour faire une pause genre casse croûte de 10H. Manger des raviolis froids à même la boite à 10H du matin, ça passe très bien, si si je vous assure.

J'entame la longue montée vers la Hourquette d'Arre en passant par le magnifique lac d'Anglas, il reste quelques petits névés, rien de bien méchant. S'en suit une longue, mais longue descente vers Gabas où nous attend un ravitaillement flash tenu par l'infatigable Jean-Noel.

Entre Gabas et le Lac de Bious Artigues, j’envoie du lourd en marche nordique, enfin je crois. Il fait super chaud, je me prends une crêpe et une bière avant d'entamer le reste de la montée. La montée sera une succession de lacs dans des paysages magnifiques, dont le fameux pic d'Ayous, dommage, la nuit commence à tomber.

La descente se fera presque entièrement de nuit, je ne verrai donc pas le sentier entièrement taillé dans la falaise, je parle du chemin de la Mature dans les gorges d'Enfer.

Peu avant Borce, je fais une erreur de navigation je pars sur une route et je m'éloigne du bivouac. Hervé me passe un coup de fil pour me prévenir, je fais des kilomètres en plus, je fais demi tour sur des kilomètres, mon cerveau est complètement à la masse, finalement j'arrive à rallier le bivouac à Borce qui s'est installé sous un préau. Il est presque 1H, Dominique arrive quelques minutes après moi, je suis au bout du rouleau. Je prends quand même une douche et direction dodo sous ma tente perso, montée par l'équipe des bénévoles, un grand merci à eux.

14ème jour : Borce – Logibar

Je me lève, il fait encore nuit. La nuit fut très courte. Les autres ont déjà tous levé le camp, normal, l'étape est encore très longue.

Je quitte Borce, il fait encore nuit, direction le col de Barrancq puis descente vers Lescun. Je m'engouffre dans la première auberge pour un deuxième petit déjeuner. D'autres Transpy me suivront.

Je retrouve Dominique alors qu'il est parti au moins une heure devant moi, il a tourné en rond.

Ensuite, direction la Pierre St Martin par un enfer minéral. Une fois le Pas de l'Osque passé, la descente vers la Pierre St Martin se fait par une piste de ski. Dans la station je perds la trace du GR10, un promeneur me remettra sur la bonne piste.

Je m'enfile une omelette au refuge JeanDel, je passe le col de la Pierre St Martin où Jean-Noel assure un ravitaillement flash, j'entends une portière de voiture qui claque et comme par magie, une équipe de quatre Chinois. J'entame la descente vers St Engrace en jardinant un peu, le sentier est peu marqué, il y a du brouillard et une pluie fine.

A partir de St Engrace, on se paye une longue portion de route où j'ai envoyé du lourd, enfin je crois (hahaha).

Je rejoins Dominique au début de la montée, nous ferons le reste de l'étape ensemble. Toute la soirée fut animée par des orages, nous arriverons à Logibar vers 2H du matin. Malgré l'heure tardive je prends le temps de me doucher, de manger puis direction le dortoir. Un vrai lit, quel bonheur, ma courte nuit fut peuplée de cauchemars incroyables, j'en raconte un dans la vidéo.

15ème jour : Logibar – St Etienne de Baigorry

Je me lève, je suis déjà dernier. Quand je prends le départ, le jour est déjà levé, tous les autres sont partis de nuit. L'étape du jour passe par St Jean Pied de Port. Il y a énormément d'hôtels dans ce bourg, c'est là que je ferais étape ce soir et je tenterais de rattraper la caravane demain. La météo annoncée pour la journée n'est pas terrible, pluie et brouillard, pour le moment le soleil est encore là.

Première étape de la journée, les chalets d'Iraty, toute la montée se fera sous une pluie fine. Arrivé à Iraty, la pluie redouble d'intensité, je me mets à l’abri pour un moment. Impossible d'attendre plus longtemps, la descente se fera sous la pluie, poncho de rigueur. Je fais une halte dans un chalet restaurant (chalet Pedro peut être), je mange deux excellents sandwichs fait avec des produits locaux et bio, une vraie merveille agrémentée d'une ou deux bières artisanales. Tout est bon pour échapper à la pluie.

Avec le brouillard et la pluie, je me perds un peu avant les Cromlechs d'Occabé, je prends une route au lieu de prendre le sentier, il y avait un panneau St Jean Pied de Port, j'ai suivit bêtement, je fais des kilomètres en plus, je suis totalement hors de la trace GPS, la pluie, le brouillard et un cerveau en compote, voilà le résultat. Un berger m'a gentiment remis sur le droit chemin avec sa 4L.

Je reprends le GR10 au niveau du village d'Esterencuby. J'y retrouve Evelyne et son mari Marc qui assure ici un ravitaillement flash.

La pluie s'est un peu calmée, je continue jusqu'à St Jean Pied de Port. J'ai réservé une chambre à l'hôtel restaurant le Central, je les ai appelé dans la journée. J'y arrive un peu après 21H30. Je leur explique que je quitterai la chambre vers 4H, ils sont sympas, ils me préparent un thermos de café, du pain, des biscottes, de la confiture pour le petit déjeuner. Malgré l'heure tardive, ils me préparent une entrecôte frite en guise de dîner le tout arrosé d'une bouteille d'Irouléguy rouge, que demander de plus. Un choix de menu dicté par la gourmandise plus que par la raison, j'ai passé une très mauvaise nuit à cause des aigreurs d'estomac (mode Forest Gump). J'ai dîné à la table numéro 83, c'est mon numéro fétiche, en fait c'est mon deuxième numéro fétiche préféré, mais là, ça ne m'a pas porté chance.

Pendant ce temps, le reste du groupe bivouaque à St Etienne de Baigorry, sur un stade de Rugby. Il pleuvra une bonne partie de la nuit.

16ème jour : St Jean Pied de Porc – Sarre

J'ai mis le réveil à 3h30, mais j'ai traîné, je prends tranquillement le petit déjeuner que l'hôtel m'avait préparé. J'avais un mini chargeur USB avec moi, j'ai rechargé la balise GPS durant la nuit, mais j'ai très peu chargé le smartphone et j'avais oublié de le mettre en mode avion. C'est un détail qui aura de l'importance pour la suite.

Je quitte l'hôtel à 4h30, bien en retard. Pour avoir une chance de rattraper le groupe, j'opte pour la D15, ça fait gagner un peu de temps. C'est l'option conseillée par Google maps option « piéton ».

J'arrive au stade à St Etienne de Baigorry alors que le jour est levé depuis un moment. Tout le monde est déjà parti, il ne reste que l'équipe des bénévoles. Je choppe quelques madeleines et quelques bananes et je prends moi aussi le départ. La pluie est de nouveau de la partie.

Je décide de prendre un vrai café au troquet du village en attendant une accalmie. J'y retrouve Evelyne et Marc. La pluie continue va falloir s'y faire. Il faut y aller, je mets le poncho et s'est parti pour une journée bien humide. J'entame la montée vers les crêtes d'Iparla. Je vérifie de temps en temps la trace GPS et je remets le GPS dans une poche du short.

La pluie s'arrête de temps en temps, le début de l’ascension se fait par une petite route étroite. Arrivé au sommet des crêtes d'Iparla, je me rends compte que j'ai perdu mon GPS dans la montée, j'ai fait demi-tour sur quelques centaines de mètres puis j'ai renoncé, aucun espoir de le retrouver. La sangle dépassait de mon short, elle a pu s'accrocher dans un arbuste. Sur le coup, je m'en veux terriblement, pour moi, sur le GR10, le GPS c'est vital. J'avais pensé à un moment télécharger une appli sur le téléphone pour avoir un backup en cas de problème avec le GPS et je ne l'ai pas fait et maintenant c'est trop tard, pas de 4G avec un débit suffisant. J'ai perdu le fond de carte, j'ai perdu ma veste technique, maintenant je perds le GPS, quelle poisse, un jour Monsieur Gus, vous perdrez votre tête (les Bronzés font du ski).

Pour le moment le sentier est bien balisé et je continu mon chemin en suivant les balisages. Tous mes jardinages en 2016 sans GPS me reviennent en mémoire, et notamment celui de nuit dans le coin du col de la coma d'Anyell, j'y ai perdu presque 10 heures, je n'ai pas du tout envie de revivre cette galère.

J'arrive à Bidarray à 13h le cerveau embrumé par ce problème de GPS. Pour couronner le tout, j'ai oublié de basculer le portable en mode avion, la batterie est quasi vide, génial. La météo est toujours à la pluie et au brouillard.

Il est l'heure de déjeuner, on réfléchit mieux le ventre plein, je m'engouffre dans le premier restaurant, le restaurant Barberaena, je demande une table pas trop loin d'une prise électrique, je mets en charge mon portable. Je commande une spécialité basque l'Aoxa, je demande aussi à la serveuse de m'apporter une feuille de papier et un stylo, je vais me faire un road book à l'ancienne (le portable ne capte pas toujours bien dans le coin).

 

La logique aurait voulu que je continu sur le GR10, d'autant plus que les conditions étaient entrain de s'améliorer. Mais avec un cerveau embrumé par la fatigue, accaparé par mes jardinages de 2016, je prends une mauvaise décision. Je me dit que si la suite est aussi compliquée que les crêtes d'Iparla et que j'y suis de nuit, ça va être un gros problème, je ne pense pas à regarder les schémas des dénivelés que j'ai pourtant dans mon téléphone, ce ne sont que trois petits cols et les derniers 10km sont plats. Je décide de passer par la route.

Google maps m'indique 39 km. En partant à 14h, je peux y être à 21h ce qui est compatible avec un départ tôt demain matin. Je note l'ensemble de l'itinéraire avec les numéros des routes et le kilométrages.

Sitôt sorti du restaurant, c'est parti. Je commence par la D918, rapidement je me rends compte que cette route est aussi fréquentée qu'une autoroute, heureusement que le bas coté est large, rien que ça aurait du me faire faire demi tour, mais non je persiste. Il y a de nombreux rond-points à traverser, rien n'est prévu pour les piétons, normal c'est comme la rocade de Troyes, il n'y a jamais de piéton.

Au deux tiers du parcours, j'arrive à la petite ville d'Espelette bien connue pour son piment, c'est très chouette à visiter en été, beaucoup de monde dans les rues. Je m'installe dans un bar pour faire les pleins d'eau et boire une bière. Je vérifie sur Google maps, il me reste environ 13km. J'essaye d'acheter une carte de rando du coin car mon roadbook est quand même bien léger pour la suite, je fais deux boutiques mais je ne trouve rien.

Je prends la D20 en direction de Ainoha, jusque là je suis mon roadbook, tout va bien.

Arrivé au col de la Pinodietta, un détail jette le trouble dans mon cerveau fatigué, je tombe sur des marques blanches et rouges sans autre indication. Est-ce le GR10 ? Pas de signal pour le smartphone, donc je ne peux pas voir google maps pour vérifier.

Je vérifierais plus tard, mais au col de Pinodietta j'étais à 8km de Sare par la petite route sur mon roadbook. La marques blanches et rouges sont celle du GR8, comble de l'ironie, ce GR8 passe par Sare, mais à ce moment là je ne le sais pas et je n'ai aucun moyen de le savoir.

J'aurais du continuer sur la D20 en suivant mon road book, mais j'ai le malheur de demander le chemin le plus court pour Sare à une vieille dame qui habitait là. Elle me dit, « descendez vers Souraïde, il y a un grand rond point, la direction est indiquée », j'ai le malheur de suivre ce conseil, la descente est raide, le rond point est vraiment loin, je continue en direction de Sare, je récupère du réseau, je refais un google maps, maintenant Sare est à 13,2km. J'étais vert de rage. Découragé, j'ai fait du stop. Une première voiture m'a déposé à St-Pée-sous-Nivelle. Je continue à pied sur la D3 sur quelques kilomètres, je continu à faire du stop, personne ne s'arrête, je vois une personne sortant sa voiture du garage, je lui demande si il est d'accord pour m’emmener au camping à Sare, il accepte, ouf, j'étais à bout de nerf. Je maudis cette vieille dame.

Je retrouve la caravane vers 21h, le temps de dîner, une douche, je prépare le sac pour le lendemain, puis direction la tente pour un repos bien mérité. Quelle journée galère.

17ème jour : Sarre – Hendaye

C'est la dernière étape, l'idée c'est qu'on arrive à peu prêt tous en même temps à Hendaye vers 15h, il reste une trentaine de kilomètres. Je me lève vers 5h, un dernier petit déjeuner et en route.

Comme je n'ai plus de GPS, il faut absolument que je me mette avec quelqu'un qui en a un, je ferais équipe avec la team Russe.

Il ne reste plus grand chose comme difficultés, quelques petites montées comme le col des Fontaines.

Au col d'Ibardun on est sur la frontière Espagnole, il y a plein de boutiques, c'est déjà la civilisation.

Peu avant la dernière descente, je prends un peu d'avance sur la team Russe, je ne fait pas attention, je prends une variante qui va sur Urrugne, arrivé en bas, ne voyant personne me suivre je décide de remonter, encore 1km et 200 de D+, je tombe sur Laurent et un copain à lui venu faire la dernière descente avec lui, c'est décidé, je lui colle aux baskets jusqu'au bout.

Jusqu'au dernier moment, j'ai réussi à me tromper de chemin, faut que je me fasse greffer un GPS, je ne vois pas d'autre solution.

L'arche d'un pont de chemin de fer nous sert d'arche d'arrivée, une excellente idée de l'équipe des bénévoles. Nous nous rendrons ensuite en groupe vers le front de mer où nous ferons de nombreuses photos. Je vous invite à regarder la vidéo.

 

 

Cette superbe aventure sera clôturée par un dernier repas concocté par notre grande équipe de bénévoles. Un grand merci à eux, c'est incroyable ce que cette équipe a su nous apporter, les images parlent davantage que n'importe quel récit.

Cette traversée des Pyrénées a été pour moi une aventure incroyable, merci à mes compagnons de route, merci aux bénévoles, ce fut une aventure sportive mais ce fut aussi une formidable aventure humaine.

Ce que nous avons vécu dans le groupe des 23 est très proche de ce que nous aurions vécu avec la Transpyrénéa officielle, surtout pour moi qui ai tendance à flirter avec les barrières horaires.

Si tu fais la traversée en solo, c'est pas pareil, là à 23 on a gardé une partie de l'esprit de compétition. Bien entendu, on a eu accès au sac d’allègement tous les soirs, c'est très confortable mais pas indispensable. Personnellement j'aurais pu trimbaler ma tente-poncho, mon sac de couchage et mon matelas néoprène, je l'ai même fait sur les deux premières étapes.

Bien entendu, la bouffe cuisinée par l'équipe de bénévole était exceptionnelle avec les moyens du bord, ils se seraient contenté de pâtes, de boites de raviolis ou de cassoulet, ça me convenait aussi. Il se trouve que là on a mangé quasi-bio pendant 17 jours, un vrai luxe.

Bien sûr qu'il y a eu des orages, j'ai souvent eu du bol pour passer au travers, mais je suis quand même tombé dedans parfois. A 20km de Logibar, j'ai été pris dans des bourrasques de pluie, un 4x4 s'est arrêté et il m'a indiqué une Cayola à 300 mètres, j'y ai attendu que l'orage passe.

Je suis prudent en montagne, à aucun moment je ne me suis mis en danger, je ne me suis jamais senti en danger (sauf au bord de la D918 quand j'ai pris la décision saugrenue de passer par la route), le GR10 n'est pas un sentier dangereux.

Cette année nous n'avions ni kiné ni podologue, on s'est débrouillé par nous même, chacun a soigné ses bobos, c’était roots, dans les années 90 au début du trail, c'était comme ça, et moi j'aime ça.

J'ai participé au huit premiers jour de la Transpyrénéa 2016, peut être que mon cerveau ne se souvient que des bons moments, mais moi j'estime avoir vécu un super moment, même s'il s'est soldé par un abandon.

Cette année j'ai fait la totalité de la Transpyrénéa 2018 en Off, j'estime avoir vécu une aventure formidable.

La Transpyrénéa est un événement sportif qui doit avoir le droit d'exister, cet événement doit exister avec RSO ou une autre organisation, mais comme c'est l'idée du Boss de RSO, autant que ce soit avec eux. En aucun cas ça ne peut être une course comme un trail long, on parle de 900 kilomètres, impossible de déployer un dispositif comme à l'UTMB sur une telle distance. Peut être qu'il faut la déclarer comme une randonnée accompagnée sans classement officiel mais avec un classement officieux, mais avec une liste de matériels obligatoires quand même.

J'espère que la Transpyrénéa continuera d'exister, nos Pyrénées le méritent, nos Pyrénées méritent un tel événement sportif.

Vive la Transpyrénéa.

Nos Alpes aussi mériteraient un événement comme celui là. J'aimerai que la GTA renaisse de ses cendres.

 

Les leçons personnelles :

Il me faut deux moyens de navigation. J’aurai du télécharger une appli sur mon smartphone. J'y avais pensé jusqu'au dernier moment, je ne l'ai pas fait. J'aurai aussi du télécharger les cartes IGN.

La qualité du sommeil, c'est fondamental. Là je suis parti avec un matelas néoprène à 5 Euros de Décathlon. Grosse erreur. Là, j'avais accès à un bivouac tous les soirs, j'aurai du prendre un matelas pneumatique normal, genre 8cm. Pour une Transpy normale, j'opterai maintenant pour un thermarest, il ne faut pas hésiter à investir 150 Euros.

Pour les chaussures, je persisterais dans mon choix : alternance chaussures hautes chaussures basses. En mettant des semelles amortissantes dans les chaussures hautes, pas de problème pour trottiner dans les descentes.

L’entraînement pour ce type d'aventure est spécifique selon moi. En 2016, je n'ai rien fait de particulier, à part mes sorties classiques et ça s'est terminé par une fracture de fatigue. Entre 2017 et 2018 j'ai casé plusieurs blocs de 4 à 6 jours où j'ai randonné avec un sac de 8 kilos pendant 12 à 16 heures par jour. Là, le corps prend l'habitude de ce genre d'effort.

La Transpyrénéa n'est pas un trail comme un autre. En 2015 j'ai fait l'UT4M, à l'arrivée, j'étais mort. Quand on arrive à Merens les Vals, je crois qu'on est au 190ème kilomètre, ce n'est que le début.

Le soin des pieds est fondamental. J'ai utilisé 5 ou 6 tubes de Nok. Il ne faut pas hésiçter sur les chaussettes non plus. Là j'ai tout fait en Forclaz 500.

Il y aurait encore beaucoup d'autres choses à dire.

J'espère qu'il y aura une autre édition de cette course. Je m'y inscris immédiatement.

Merci de m'avoir lu

6 commentaires

Commentaire de jul32 posté le 22-05-2019 à 15:36:48

Un grand respect pour cet exploit, et pour toute l'humanité qui transpire dans ce récit et qui fait l'intérêt j'imagine de ce genre de défi. Bravo, et encore bravo.

Commentaire de LaBalle Rine posté le 23-05-2019 à 08:26:39

Woow...ça c'est une épopée "Bigger than life" !...bravo pour le concept, l'orga, la perf' et...le récit !...incroyable ce que vous avez tous accompli...franchement, respect !!!
Et merci pour le partage, surtout !

Commentaire de le-lent posté le 24-05-2019 à 13:32:57

Il y a des courses qui se courent, d'autres qui se marchent, celle-là se vit. Que de souvenirs! Je n'y repense pas assez souvent, et donc: merci ;-)

Commentaire de Bacchus posté le 24-05-2019 à 20:08:42

J'aime bien cette expression "celle là se vit". Effectivement c'est une course à vivre. J'ai abandonné en 2016 mais j'en garde un excellent souvenir. Ce off est pour moi l'expérience sportive la plus aboutie que j'ai vécu jusqu'à maintenant. Il y en aura d'autres.
Au plaisir de te re-croiser sur une course.

Commentaire de Fonfon 64 posté le 26-05-2019 à 22:48:03

Merci et Bravo ,
tu as compris les Pyrénées , la Transpy et la famille qui s'est formée autour d'elle et de RSO . Elle se vit, oui et je rajouterais … se partage .
effectivement elle commence à Merens km 166 et je dirais au km 300...apres l'Ariège .
C'est de la montagne pure ...rien à voir avec de l'ultra (j'ai pas changé de discours)
Je retiens la greffe du GPS … (Je blague et je le precise lol)
à bientôt
persiste et signe
Cyril Fondeville

Commentaire de Fonfon 64 posté le 28-05-2019 à 13:10:28

Merci et Bravo ,
tu as compris les Pyrénées , la Transpy et la famille qui s'est formée autour d'elle et de RSO . Elle se vit, oui et je rajouterais … se partage .
effectivement elle commence à Merens km 166 et je dirais au km 300...apres l'Ariège .
C'est de la montagne pure ...rien à voir avec de l'ultra (j'ai pas changé de discours)
Je retiens la greffe du GPS … (Je blague et je le precise lol)
à bientôt
persiste et signe
Cyril Fondeville

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