Récit de la course : Trail des Poilus - 62 km 2018, par MysterYo

L'auteur : MysterYo

La course : Trail des Poilus - 62 km

Date : 10/3/2018

Lieu : Ablain St Nazaire (Pas-de-Calais)

Affichage : 334 vues

Distance : 62km

Matos : - 2 Buffs (tête + cou)
- Casquette, plus pour la pluie que les rayons du soleil (sac)
- 1ère peau BODYDRY hiver manches longues
- Maillot CRAFT hiver col roulé manches longues
- Veste softshell SALOMON (sac)
- Corsaire 3/4 BV SPORT
- Sur short KALENJI
- Manchons compression SIGVARIS
- Chaussettes Trail INJINJI
- VIBRAM FIVE FINGERS V-Trail
- Camel OLMO 12L RAIDLIGHT

Objectif : Terminer

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Trail des Poilus 2018 ou "Comment apprendre l'humilité et la persévérance"

On ne va pas se mentir, le Trail des Poilus est une référence, que dis je, une institution dans les terres du Grand Nord où le froid est mordant, la bise assassine, la glaise très amoureuse. Si on vous parle des Poilus, on assaisonnera peut être la conversation de jurons affectifs envers l'équipe organisatrice, son escadron de bénévoles, et de jurons plus farouches envers les chemins tortueux empruntés lors des assauts. Des équipes qui prennent soin des coureurs et qui reversent une partie des recettes à de jeunes enfants malades.

Une édition particulièrement riche de sens et d'émotion pour les coureurs en ce centenaire anniversaire de la fin des combats de la Première Guerre Mondiale. Cette année, nous pouvions choisir un ancêtre à représenter, mon arrière grand père Jules a combattu pour la France, il a eu la chance de survivre à ces atrocités sans nom, c'est ainsi que j'ai choisi de représenter l'arrière grand oncle d'une amie indéfectible, mort pour la France, pour donner encore plus de sens à mon périple.

Une édition à ne pas manquer pour moi car j'avais fait l'édition 2014 sur une jambe ou presque. (50km 1700+ en environ 8h50...avec apparition TFL dès le km15, 35km avec antidouleurs et poche de glace, le tout sans bâtons, vous imaginez ? Non ? Vraiment ?)
Cette année, mieux préparé et bien plus en forme, c'est naturellement sur le 62km que je me suis inscrit.
3 semaines avant le jour J, le Nord a connu une vague de froid sans précédent, nous avions des températures allant jusque – 10°C par endroit, le terrain ablainois devrait être dur comme du béton. Mais la semaine précédente, les températures sont remontées et il a plu une bonne partie de la semaine, ce qui annonçait forcément un combat difficile.

Samedi 10 Mars 2018 Souchez 7h00
Je me gare non loin de la mairie, dont la place fait office de sas d'accueil pour les soldats du jour. J'embarque mon paquetage et remonte vers une navette qui me déposera 30 minutes plus tard à mon camp de base situé au Château féodal d'Olhain. (qui a vraiment hébergé un détachement militaire pendant la guerre de 14-18)
L'ambiance est particulière, certains conscrits rient à gorges déployées, d'autres ruminent, d'autres encore gardent le silence les yeux dans le vague. Plus les kilomètres s'égrennent et plus le silence devient pesant. Nous avons tous la même mission à remplir, délivrer le plateau de Lorette du joug de l'oppresseur et ce, quoi qu'il nous en coûte...

7h30 Olhain
Notre navette arrive à son point de chute, elle ne peut nous conduire plus loin. Nous débarquons avec hâte, dans l'espoir d'une fin de conflit. Cette idée sera rapidement balayée d'un revers de main par notre commandant Jacky. Le détachement d'Olhain ressemble à une petite cité. Il y a une vie avant la mort. Le son de la cornemuse entonnant des chants glorieux résonne dans l'arrière cour du château. Nous sommes des hommes de tous bords, Français, Canadiens, Américains, Belges, Britanniques, Italiens, Africains...Corses aussi. L'union fera la force.

9h00
Le départ est donné après les ultimes consignes stratégiques et de sécurité. Nous aurons 62km à parcourir avant d'atteindre l'objectif. Le parcours a été repéré quelques jours auparavant et s'annonce des plus difficiles, aucun cadeau ne sera offert.
Les 1000 âmes chauffées à blanc s'élancent dans la campagne.

Nous quittons pour un temps Fresnicourt le Dolmen en direction du Gué de Caucourt (km3), ancien moulin du village. Le profil est ascendant. Nous refaisons une incursion par Fresnicourt, par son Dolmen, son église, avant de rallier le parc d'Olhain (km18), lieu du premier ravitaillement en eau. J'ai déjà 2h10 de course.

Nous traversons le parc, pataugeons dans la glaise, vampire de tous nos efforts et arrivons sous la pluie à Bracquencourt, les corps sont trempés, plus que quelques kilomètres avant les Etangs d'Hersin Coupigny (km31) où un second ravitaillement plus conséquent nous attendra. J'ai 4h de course en l'atteignant. Je suis à mi parcours, je prends le temps de souffler, de me restaurer. Je quitte les étangs sous la bruine, équipé d'une veste imperméable, qui montrera ses limites plus tard dans la journée.

Les kilomètres défilent. 32,33,34km. Les corps s'usent. Bouvigny Boyeffles, son collège St François, son antenne. La boue est omniprésente. 35,36,37,38...Les soldats glissent dans les pentes. Je porterais assistance à plusieurs reprises car nous ne devons faire qu'un. Une clôture de barbelé, interminable, en pente, nous forcera à la prudence mais malgré tout un bon lot s'y mutilera. L'inquiétude se lie de plus en plus à nos visages émaciés.

Ablain St Nazaire 6h52 de course
Ravitaillement de la Vallée du Bois l'Abbé 44ème km, les choses sérieuses commencent. Le plus difficile des terrains aura raison des plus faibles d'entre nous. Les troncs, les racines, les pentes boueuses, les tranchées profondes, rien ne sera épargné. Une harde de jeunes chevreuils viendra même nous défier. (Les soldats m'accompagnant se souviendront.) Vallée de la Censé, les divers éperons de Lorette.

Km53, ultime ravitaillement complet avant l'objectif final. Il reste 10km de survie. La peur de la mort se lit sur tous les visages des soldats tenant encore debout sur leurs jambes endolories. Les éperons sont redoutables. 8H25 de course.

Km55, un stade de foot désert, la Blanche Voie, nous touchons au but, mais l'ennemi occupe les lieux et nous oblige à bifurquer. 58Ème km, la pénombre se fait de plus en plus ressentir, les pas sont hasardeux. Nous quittons Notre Dame de Lorette par son Anneau de la Mémoire pour contourner la colline et surprendre notre ennemi commun.

Nous progressons par le Hameau de Noulette, moins escarpé. Nous distinguons de la campagne l'immense tour scrutant l'horizon de son œil implacable. Il fait entre chien et loup, mais qui sont les chiens ? Qui sont les loups ? Le moment du dernier effort est arrivé, je gravis la face Nord du plateau et passe l'arche d'arrivée sous les acclamations des soldats, tous plus fort les uns que les autres après 10h10 d'errance. (classement anecdotique : 489ème du général sur 1002 ; 460ème H sur 957 ; 196ème SEH sur 672)

C'était une belle journée pour mourir, la victoire aura d'autant plus de mérite. Il faut maintenant que j'ôte toute cette crasse, que j'enfile cette magnifique veste mais avant, une bonne bière pour mes camarades présent ou tombés au combat. C'était pour nous Arthur. (Fier d'avoir couru en mémoire de ta famille Lola)

A votre santé mes frères !

Cessons là notre joli conte et revenons à des choses plus terre à terre.

Le trail des Poilus ne faillit pas à sa réputation, il est difficile oui, surtout par temps humide (et encore plus pour les soldats du lendemain cette année).

Il a son lot de blessures et d'abandons, n'y allez pas sans préparation la fleur au fusil. Les pierriers c'est fun en montagne, mais la boue et les tranchées ne se fondent pas dans le même paysage. Vous êtes prévenus.

Il faut une main de fer pour avoir donné aux Poilus le visage qu'il arbore aujourd'hui. Tout était parfait pour moi, comme toujours. Parcours, bénévoles chaleureux et souriant, spectateurs encourageant, ravitaillements, le protocole dans Olhain et dans l'aire d'arrivée. La prise de contact des membres de l'organisation pour prendre de tes nouvelles. (Merci Gil) La rencontre sur le parcours avec les copains (Pascal, Fred le photographe narquois, Jérôme) et à l'arrivée (Link, ravi d'avoir fait ta connaissance) C'est vraiment chouette une journée comme ça. On en viendrait même à oublier les crampes et diverses courbatures, mais elles se rappelleront à nous durant les prochains jours...

Merci pour tout, à tous (Gilles, Christophe, Jacky et toute sa tribu), vraiment.
Bravo à tous pour votre bravoure, même un échec est glorieux.

La tête brûlée en minimalistes, c'était moi.

« Je suis tombé en 14 et j'ai vaincu en 18 ! »

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HYDRATATION / ALIMENTATION

Ce que j'avais sur moi : 

- Poche à eau 1,5L (très peu consommé)

- 2 gourdes 750Ml (*1 ISO / *1 Anti crampes) + recharge 1 fois chaque => Plus rien à l'arrivée

- 2 gourdes compote banane (non consommées)

- 1 blister de cacahuètes (en partie consommé)

- 2 barres énergie EXTRA DISTANCE (entièrement consommées)

- 1 barre énergie instantanée (intacte)

- 1 "mule bar" (intacte)

- 4 barres céréales (à moitié consommées)

- 1 shoot caféine (consommé)

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