Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2011, par audyo15

L'auteur : audyo15

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 13/10/2011

Lieu : ST PHILIPPE (Réunion)

Affichage : 815 vues

Distance : 163km

Objectif : Pas d'objectif

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Lionel Trivel Grand Raid Réunion 2011 l

Mon Grand Raid

L'aventure commence bien avant le jeudi 13 Octobre à 22h. En 2010, j'abandonne à la Possession en raison d'une douleur à la hanche surement liée à ma double fracture du bassin survenue 3 mois plus tôt. J'ai dans la tête la photo de ma petite Hanaé, lampe frontale sur la tête, mes bidons à la main qui m'attendait pour me ravitailler. Rien que pour cela, j'irai au bout cette année.

Malheureusement, pour cette édition, je me rends seul sur l'île. C'est le cœur gros que je les laisse sur le quai de la gare dans un départ mouvementé en raison des grèves SNCF. Paris Orly, je retrouve Antoine Guillon et toute sa famille ainsi qu'Hervé Giraud-Sauveur. Dans l'avion, je pense aux 162 kms qui nous attendent.

Comme en 2010, je vais avoir pendant la course un petit téléphone portable pour envoyer des infos à Audrey. Les amis sont déjà devant l'ordinateur pour le live (site de la course, Facebook, radio RER ...). Mon matériel est au top, j'ai même mon sac sur mesure élaboré par les techniciens de chez Lafuma ! Et puis aux pieds, je vais tester un nouveau modèle : les Sky Race 2 (plus légères et plus souples que les Sky Race). Du côté de l'alimentation et de l'hydratation, les produits Punch Power m'apportent tout ce dont j'ai besoin. (Voir article sur ce sujet sur le site de punch-power.com).

Je vais avoir la chance, de bénéficier d'une assistance personnelle. Jean-Luc, rencontré en 2010 sur l'île va me suivre avec sa fille Lou et son ami Matthieu. Le monde est petit, Jean-Luc habite à la Réunion depuis 2 ans mais est originaire d'un village proche du notre. Lou et Matthieu sont du Puy, ils sont en vacances, solidarité Auvergnate !

Et puis, je suis bien entouré ... Je vais intégrer pour ce Grand Raid l'équipe Lafuma, composée d'Antoine Guillon, Pascal Blanc, Hervé Giraud-Sauveur et Karine Herry ! Nous sommes logés au Vacoa à la Saline les Bains. Karine et Hervé sont dans un autre hôtel. Nous nous retrouvons donc le samedi dans la résidence, Antoine avec Anne, Stelio et Adèle, Pascal et Ombeline, Sébastien Chaigneau (avec qui je partage ma chambre), Christine notre osthéo, qui soigne tous les bobos et nous rassure par sa présence.

Les jours précédents la course sont consacrés à la reconnaissance de certaines sections, au repos, à la préparation des ravitaillements, à la remise des dossards, à la mise en place des stratégies de course, aux soins ... Bref, on ne s'ennuie pas une minute et c'est très vite que le jour J approche. Il règne une ambiance familiale au sein du Team, on se prépare tous ensemble. Derniers messages envoyés à la famille, il est temps de se rendre à Cap Méchant. Il est 19h quand nous partons de la résidence.

Nous arrivons sur le site de départ assez tôt malgré les traditionnels bouchons. La météo est plutôt clémente. Il a beaucoup plu sur le premier tiers de la course. Cela s'annonce donc boueux ...

22h, le départ est donné dans une certaine confusion. Heureusement je m'élance devant, protégé comme une trentaine de coureurs favoris. Les 3 premiers kilomètres sur le bitume permettent de se mettre en jambe. Je suis entre 15 et 16 km/h, il me faut un certain temps pour retrouver des sensations. Et puis, tout s'arrange dans la montée qui conduit au ravitaillement de Mare Longue. Au KM 6 je suis dans le même chrono qu'en 2010. J'entame cette portion comme un échauffement. La course commence réellement à l'entrée du sentier du Volcan et c'est en 1h18 à la 16ème place que j'arrive au ravito situé au KM 16. Anne-Marie nous attend cette année à la sortie du pointage et me donne mes 2 bouteilles, efficace et très pro, merci Anne-Marie. J'aime bien cette montée, c'est pour moi vraiment le début du Grand Raid. Je double quelques coureurs, puis je me retrouve derrière Sébastien Chaigneau ... Il ne va pas bien, il a pris froid et lorsque je le double il est pris de violents spasmes ... Il me parle d'abandon, j'essaie de le remotiver. Je poursuis ma montée dans un bon rythme. J'enfile mes manchettes et ma veste légère Lafuma vers Puy Raymond. Foc-foc apparait déjà. Je suis 10ème en 3h22. Un petit bonjour en passant au journaliste de RER, juste un verre de coca et en route pour le Volcan. Tout va bien, je téléphone à Audrey pour savoir si elle m'a entendu à la radio !

Il faut bien ouvrir les yeux sur cette section pour ne pas se perdre. J'ai les mains toutes engourdies par le froid. Le Volcan est en vue, me voici maintenant 9ème en 3h53. J'avais prévu d'y passer en 4h06. Je trouve mon équipe d'assistance, je récupère un bidon et une barre sans m'arrêter. Il ne faut pas trainer, il fait froid à cet endroit.

La plaine des Sables, on croit courir sur la lune ! J'avance à un bon rythme. Compte tenu de mon chrono au Volcan, je m'attends à recevoir des messages de prudence. Bien vu, Audrey et Damien s'affolent un peu. « Tu dois gérer ! », « Ne t'enflammes pas ! ». J'attaque la courte montée vers l'Oratoire Sainte-Thérése en repensant à 2010. C'est dans ce passage que j'ai fais la connaissance de Christophe Le Saux, un sacré personnage !

A l'approche de Piton Textor, je rejoins 2 coureurs. A ma plus grande surprise, il s'agit de mon ami Antoine et de Michel Lanne. Je pense alors que je ne suis pas à ma place, mais les sensations sont excellentes et je n'ai pas l'impression d'être parti en surrégime. Les messages sur le portable sonnent de plus en plus, preuve d'une certaine excitation du à mon départ peut-être trop rapide. Mon frère Damien s'inquiète, mais je gère ma progression.

Piton Textor, km 40, je suis 6ème en 4h51. Ravitaillement express avec Lou et Matthieu, un gel et un bidon de boisson à la tomate. Changement de paysage, on se croit maintenant dans les Alpes. Nous sommes maintenant 4, Didier Mussard est avec nous. Au ravitaillement de Mare Longue, je change de tee-shirt, j'enlève ma veste, je mange un morceau de Biocake et un mini sandwich. Je suis 7ème en 5h55 au km50 (temps prévu 6h11).

On se retrouve tous les 4 à la sortie du ravitaillement. Après une descente technique sur le col de Bébour, on attaque la partie bitumée de 3kms en discutant, mais à une bonne allure. Les journalistes radio nous interrogent. La question est de savoir si l'on va emprunter la forêt de Bélouve ou la route. Personnellement, j'espère la forêt ! Je n'ai pas fait 11h d'avion pour faire 10 kms de goudron ...

On croise Denis Boulé, le directeur de course qui vient de reconnaitre le sentier. Il confirme l'option initiale, c'est-à-dire la forêt, tant mieux. En 2010 j'ai effectué cette section avec Christophe Le Saux et Jules-Henri Gabioud, le récent vainqueur du Tor des Géants, une belle rencontre. On s'engage donc dans cette jungle, toujours de nuit. Le soleil se lève petit à petit et lorsque la forêt est moins dense on aperçoit le jour. La progression est difficile, Antoine perd une chaussure. Il faut lacer ses chaussures Antoine ! Un peu plus loin, il s'enfonce jusqu'au genou ... De la boue, des racines, des pierres, Michel glisse et tombe entièrement dans un ruisseau ! La sortie est un véritablement soulagement. Nous voilà au ravitaillement de la barrière du parking couverts de boue ! Il fait maintenant jour, je range ma frontale dans mon sac. La descente sur Hell-Bourg est glissante. Il faut être prudent. Antoine se renseigne régulièrement sur les écarts avec les 3 coureurs devant nous. Il a toujours en tête la gagne, et il gardera cet esprit jusqu'au bout, un sacré mental !

Hell-Bourg, Antoine et moi bénéficions de l'assistance du club local Déniv. Merci à eux, à cet endroit du parcours, c'est une aide précieuse. Je pointe 4ème en 8h51. Nous sommes au km71. Nous avons environ 20' de retard sur la tête de course.

Devant nous, se dresse le mur du Cap Anglais. Antoine donne le rythme. Didier ferme la marche. On entend la ronde des hélicos, ce qui nous renseigne sur la progression des premiers. Ils sont eux aussi dans la montée. Dans le final, Antoine coince un peu, je prends le relais. Une fois le col passé, on peut à nouveau alterner marche/course. Au bout de quelques minutes, je me rends compte qu'Antoine n'est plus là. Il va revenir, j'en suis sur. Je suis bien, en plus les hélicos sont maintenant juste au dessus de nous et filment notre progression, le pied ! Michel est accueillit en héros à la caverne Dufour. Un collègue du PGHM est visiblement heureux de le voir ! Il entame même le début de la descente vers Cilaos avec nous.

Comme en 2010, Didier Mussard file dans la pente, trop vite à mon goût. Je le laisse, ainsi que Michel. Il ne s'agit pas à cet instant de la course de se fusiller les cuisses ... J'arrive au Bloc, fin de la descente, dans une certaine ferveur. Il y a de l'ambiance. Je profite de la partie goudronnée pour appeler Audrey et Hanaé. Cela fait plaisir de les entendre, elle a passée une nuit blanche devant l'ordinateur. Elle prévient alors Jean-Luc de mon arrivée imminente au stade de Cilaos. Il est 10h07, je pointe à Cilaos en 6ème position. Il reste 73 kms à parcourir. Je suis dans un bon état de fraicheur. Lou et Matthieu ont installé le ravitaillement à la sortie du stade. Quel changement par rapport au Volcan. Ils ont vite appris le métier ... Changement de chaussettes et de chaussures (je prends mes Speedtrail), de tee-shirt, ils sont aux petits soins. Je repars en mangeant, mais sans savoir où sont passés Michel et Didier.

Je trottine dans les rues de Cilaos tout en dégustant mon sandwich jambon/gruyère. Je passe devant la maison de Kinou et de Franck. Je pense régulièrement à eux. Où sont-ils ? J'espère qu'ils vont bien. A cet instant précis, ils sont en fait dans la boue de la forêt de Bélouve.

Dans la descente sur Bras Rouge, j'entends derrière moi un coureur revenir comme un avion ! C'est Antoine, tout sourire et en pleine forme visiblement. Je suis content de le retrouver. C'est un réel plaisir de courir avec lui.

Cilaos / Pied du Taibit, la section la plus chaude du parcours, il faut bien penser à boire. C'est pour cette raison que j'ai emporté 2 bouteilles de 0,5 l. A chaque petite flaque, nous trempons notre casquette. Le ravitaillement approche. Il y a de l'ambiance, on arrive tous les deux à la route au milieu des spectateurs.

Anne, Stelio, Adèle et Christine sont là. Ombeline est déjà partie à dos d'Ane pour retrouver son héros. Leur présence me rassure. Nous avons passés ensemble une semaine formidable. Et puis ma petite équipe est toujours là, à l'écoute de mes besoins. Jean-Luc prend des photos. Je les avais prévenus, au fur et à mesure de la course, la stratégie alimentaire prévue au départ évolue en fonction des envies. Il faut savoir s'adapter, s'attendre à tout sur ce genre de course. Si je ne vois pas mon assistance à un point de ravitaillement, je déclenche le plan B, eau/coca dans les bidons et 2/3 bananes dans le sac !

Je mange environ toutes les 45'. J'alterne entre mes barres Punch Power à la banane et aux amandes et les gels. Les barres fondent dans la bouche malgré la chaleur. Déjà il faut repartir, Antoine s'élance dans la montée du Taibit. Une clameur, c'est Didier qui nous emboite le pas, puis Michel nous rejoint. Le quatuor est reformé. Comme dans le Cap Anglais, Antoine donne le rythme. Toutes les 15', je lui indique notre gain altimétrique grâce à mon GPS. Cela passe le temps ... Au bout d'une heure environ, on franchit le col, Mafate nous voilà !

Je pense à tous ceux qui me suivent devant leur ordinateur, Audrey, les frangins, les parents, la famille, les potes, les collègues pompiers ... Je dois assumer maintenant ma position et ne pas les décevoir. Je reçois de nombreux messages. J'ai programmé la sonnerie du téléphone sur la musique des bronzés font du ski, mes compagnon de chemin s'en amusent. Les spectateurs qui écoutent la radio RER m'encouragent : « Allez le pompier de Saint-Etienne ! ».

La courte descente sur Marla est vite avalée. Nous pointons en 4/5/6 et 7ème position en 14h50 à 25' de Pascal. Je sors du ravitaillement seul, le premier. J'évite de m'attarder, je bois mes deux verres de coca pendant que les bénévoles remplissent mes bouteilles. Puis je pars tout en mangeant mes bananes.

Didier, Antoine et Michel me rejoignent dans le lit de la rivière des Galets. Les hélicos sont en stationnaires au dessus de nous et filment notre progression. Le manège va durer jusqu'à Roche Plate. C'est assez euphorique ! A cet instant, nous n'avons pas de véritables écarts sur les autres coureurs. Les marcheurs indiquent des chronos farfelus ... Je décide d'appeler Audrey, au moins nous serons fixés. Elle me renseigne immédiatement : derrière le 8ème est à 1h30, le trou est fait. Nous avons 55' de retard sur Julien, 35' sur Freddy et 25' sur Pascal. Antoine pense que tout est encore jouable, il ne lâche jamais !

Roche Plate, Anne-Marie, comme chaque année, est là pour nous ravitailler. Elle nous accueille chaleureusement, nous glisse des petites infos sur l'état physique et mental des 3 premiers.

Nous repartons à 3, en effet, Michel a pris un peu d'avance. On va le retrouver plus loin, vers la Brèche. Mais voilà, il faut se rendre à l'évidence, il a bel et bien filé ! Antoine affirme que l'on ne le reverra plus. Alors, on s'accroche, on se concentre sur notre allure. Il faut réduire les écarts même si Julien parait intouchable. Cependant, aux Orangers, Michel possède 8' d'avance et Pascal a encore grappillé 2'.

Au ravitaillement, une dame me tend une assiette de patates douces sucrées. Elle me dit que l'année dernière, Kilian Jornet en a mangé. Alors si l'espagnol en a mangé, goutons ses fameuses patates ...

Maintenant, direction Deux-Bras, la sortie de Mafate, Didier reste bien sagement derrière nous. Cette portion est magnifique. On alterne passages entre falaises, descentes abruptes, des passerelles, des relances, on arrive ainsi à Deux-Bras par une large piste toujours à 3. On a repris 2' à Michel et 3'sur Pascal. Je suis ravi d'être toujours avec Antoine, l'idée d'attaquer la montée de Dos d'Ane en sa compagnie me réjouit. L'année dernière, j'avais vraiment souffert dans cette partie. Le fait de la gravir de jour change pas mal la donne. On visualise mieux sa progression. J'ai 1h30 d'avance sur mon temps de 2010.

Nous sortons du ravitaillement tous les deux après seulement 2' de pause, mais sans Didier. Est il devant ou derrière ? Dans la montée, on apprend qu'il vient juste de passer. Comme Michel, il tente sa chance. La route est encore longue, il ne faut pas s'affoler. En effet, à mi pente on aperçoit Michel qui parait en difficulté. On le double, il s'accroche. Il est victime d'un début d'hypoglycémie. On bascule sur la route bétonnée, heureux d'en avoir terminé avec ce mur. Le poste du ravitaillement a changé par rapport à 2010. Mon équipe m'attend au bout de la route, ravito express, j'en profite pour mettre ma frontale sur la tête.

Nous sommes encore tous les 3 à l'entame du sentier de la Kala, Antoine toujours devant de plus en plus frais ! Nous allumons nos lampes. Je serre les dents, dans le début de la descente sur la Possession, Antoine prend quelques longueurs d'avance, bien connu pour ses fins de course sans relâche. Mais alors qu'il semblait parti pour de bon, on le retrouve au sol, le genou ensanglanté, victime d'une mauvaise chute. Il se relève, et comme piqué dans son amour propre, repart de plus belle ! Bye-bye Monsieur Guillon, en chasse pour cette 3ème place qui lui semble accessible.

Rester concentré, je discute avec Michel sur la fin du parcours qu'il ne connait pas. Avant d'entrer au poste de la Possession, nous décidons de repartir de celui-ci ensemble. Didier est à 5'30 et Antoine à 2'30, mais je ne le sais pas. Comme d'habitude, je ne tarde pas à mon assistance (toujours au top !). Michel est assis et mange des pâtes. Son équipe me donne une compote, il semble accuser le coup. Il faut vite prendre une décision. L'attendre combien de temps ? Richeville Esparon, double vainqueur du Grand Raid me dit de partir, je dois poursuivre mon chemin. Je quitte cet endroit surchauffé par les spectateurs. Un petit coup d'œil en passant dans la cour de l'école où il y a tout juste un an, une petite fille de 4 ans attendait son papa, un véritable coup de boost. Richeville m'encourage à bord de son véhicule, le long de la route. J'en profite pour appeler Audrey et lui décrire la situation. Je suis bien, il reste environ 20 kilomètres et je vais m'accrocher à cette 6ème place qui me tend les bras.

Dimanche dernier, j'ai reconnu cette partie avec Antoine et sa famille. Je me remémore les différents passages qui m'attendent. Je sais exactement où je dois placer mes appuis sur ce difficile chemin des Anglais. Je relance dès que possible, il ne faut pas se laisser aller, surtout lorsque l'on est seul. Le ciel est dégagé et étoilé, il fait bon. La descente sur Grande Chaloupe est périlleuse. C'est un chaos technique composé de pavés où courir ressemble à un exercice de funambule. Il ne faut surtout pas tomber ! Plusieurs fois, je heurte les blocs avec mes pieds, évitant la chute in extrémis.

Grande Chaloupe, dernier point avec mon assistance, je change de tee-shirt pour enfiler le débardeur du Grand Raid. Il est obligatoire pour l'arrivée, rendez-vous à la Redoute !

Je profite de la montée sur Saint-Bernard pour avoir des infos sur Michel, en 7ème position. Mon frère et Audrey m'annoncent 17' d'avance au dernier point. Je ne suis pas encore à l'abri d'un retour. Courir et relancer dès que la pente s'adoucit, cela devient quand même de plus en plus dur. J'entre dans Saint-Bernard accompagné par des journalistes à moto. Ils m'interrogent, on discute, j'en profite pour saluer ceux qui m'écoutent. Je suis maintenant encouragé par les rois de la dodo, breuvage rafraichissant et désaltérant apparemment ...

Juste avant de m'engager dans le sentier de la Fenêtre, je suis à nouveau sollicité par une journaliste de radio festival. Même si j'ai bien reconnu cette section sur les cartes IGN et les photos satellites, je m'attendais à une montée plus raide. Et bien tant mieux, mais une fois le col atteint, je m'engage dans un chemin couvert de racines glissantes. Je chute sans mal à plusieurs reprises, et pour la première fois je ressens comme un petit « raz le bol » de ces foutus chemins ...

Heureusement, l'arrivée sur Colorado est rapide. Je retrouve avec plaisir de larges pistes biens roulantes. Les cuisses sont toujours là, pas de crampes ni de douleurs musculaires. Je passe sans m'arrêter au ravitaillement, il me reste de la boisson. Un appel bref à Audrey, je veux qu'elle me prévienne lorsque Michel passera à Colorado. Dans la précipitation, je ne lui demande pas l'écart avec le 5ème, trop concentré pour préserver ma 6ème place. J'ai alors 7' de retard sur Freddy Thévenin, mais je ne le sais toujours pas ...

Je connais cette fameuse descente, son cheminement à travers les blocs et les arbres. Il faut rester attentif. La fin approche, je reçois de plus en plus de messages (la famille Fialon toujours à fond, Xavier, Tony, Eric, Gérald ...) A mi-pente j'aperçois le stade de la Redoute, il parait si proche mais je sais qu'il me reste environ 20 à 25' d'efforts. Je relance sur les parties moins techniques, je profite de ces derniers instants de course. J'entends maintenant le bruit du stade. Je bascule dans la dernière portion sans végétation, toujours attentif à mes appuis, je prends même un dernier gel, on ne sait jamais ...

Je suis maintenant sous le pont, je sais que c'est terminé. 400 mètres avant la ligne d'arrivée, Audrey m'appelle : « Ou es tu ? ». Je suis vraiment heureux de partager ces instants avec elle. Je rentre sur le stade et je pointe mon bracelet électronique pour la dernière fois.

6ème en 25h14, j'avais prévu 26h38 ... Tout s'enchaine très vite, la remise de la médaille et du célèbre tee-shirt « j'ai survécu », quelques interviews aux journalistes. J'apprends que Pascal a terminé à la 2nde place et Antoine fait 4ème. Génial, la victoire par équipe semble acquise. Freddy Thévenin est 5ème à 5'. C'est si peu après 162 kms mais il ne faut pas avoir de regrets, il mérite largement cette place après la course qu'il a fait. Je remercie Lou, Matthieu et Jean-Luc, mes assistants d'un jour (et d'une nuit !). Puis je retrouve avec grand plaisir les amis du Team Lafuma. Tout le monde est là, on a le sourire ! Je pense à Hervé qui s'est arrêté à Hell-Bourg et à mes 2 potes toujours en course (ils sont à cet instant au pied du Taibit). Karine, quand à elle, est bien partie pour une 2nde victoire.

Sébastien Chaigneau est également présent. Il m'aide à me changer et me félicite, merci. J'appelle une dernière fois Audrey, la famille, eux aussi, ils ont mérité une bonne nuit de sommeil !

Dans la voiture, conduite par Seb, je m'endors enfin avec le sourire.

MERCI à Audrey et ma petite Hanaé, en 2012 on reviendra tous les 3.

MERCI à toute ma famille qui me soutient, à Damien, mon frère qui me fait mal à l'entrainement ...

MERCI à tous mes potes, aux Rangers du Risque, aux amis d'Atousports.

MERCI à Pascal, Ombeline, Antoine, Anne, Stelio, Adèle, Christine et Sébastien avec qui j'ai passé 10 jours formidables.

MERCI à toute l'équipe LAFUMA, toujours à l'écoute de mes besoins.

MERCI à PUNCH POWER et à David pour son soutien.

MERCI à Jean-Luc, Lou et Matthieu, ils ont réussi avec succès leur brevet d'assistant.

MERCI au magasin RUNNING CONSEIL de Saint-Etienne et à BV SPORT.

MERCI aux collègues pompiers de Saint-Etienne qui me soutiennent.

Et enfin il ne faut pas oublier de remercier son entraineur ... Alors MERCI Lionel.

1 commentaire

Commentaire de Byzance posté le 30-08-2012 à 21:53:03

Bravo à toi ! J'avais suivi assidument le live et l'évolution des balises (à l'origine celle de Franck puis la tienne sur les conseils de Denis et Franck).

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

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