Récit de la course : Trail de Bourbon 2013, par alain94

L'auteur : alain94

La course : Trail de Bourbon

Date : 19/10/2013

Lieu : Cilaos (Réunion)

Affichage : 964 vues

Distance : 93km

Objectif : Terminer

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Mon trail de Bourbon 2013

 

 

 

 









Trail de Bourbon 2013

 

Lorsque nous décidons avec des amis fin 2012 de passer ensemble les prochaines vacances à la Réunion et l'Ile Maurice, l'idée trotte déjà dans mon esprit de joindre l'agréable au très agréable (ou vice-versa) et de participer à l'une des trois courses du Grand Raid.

Le choix se porte rapidement sur le trail de Bourbon, il serait en effet déraisonnable de tenter la grande aventure du Grand Raid, alors que je n'ai jamais participé à un Ultra de plus de 100 kms.

Les vacances seront préparées et organisées en fonction de cet évènement, et objectif majeur pour moi en cette année 2013.

 

La première semaine à l'Ile Maurice est consacrée au farniente sur des plages paradisiaques entrecoupé de quelques visites. L'immersion en forêt lors d'une balade au parc national des gorges de Rivière Noire me permet d'imaginer la difficulté et la technicité de l'Xtrem Dodo Trail, qui se déroule sur ces sentiers parsemés de racines glissantes. 

Je suis un peu frustré de ne pouvoir gravir les quelques sommets de l'île au relief très particulier, et l'entrainement se limitera donc à quelques séances sur la plage tôt le matin, vie de groupe oblige. De toute façon, difficile de courir après 8h lorsque la température dépasse 30°C.

 

Nous sommes bien accueillis en ce samedi 12 octobre à l'aéroport Roland-Garros de Saint-Denis que les locaux continuent d'appeler Gillot. Le stand du grand Raid donne le ton de ce qui est une véritable fête pour l'île qui se terminera 8 jours plus tard, avec l'arrivée des derniers concurrents du Grand Raid. 

La dernière semaine d'entrainement sera limitée à deux séances de randonnée active, sur deux des grands classiques de l'île.

L'ascension du piton des neiges, sommet de l'île avec ses 3070m, et de tout l'océan indien d'ailleurs, 20kms, 1700m D+. Départ par le Bloc, redescente par le coteau Kerveguen. Cette randonnée permet de reconnaitre une partie du tracé du trail de Bourbon, la montée impressionnante du coteau Kerveguen, au cœur d'une végétation luxuriante, et humide jusqu'au gite de la caverne Dufour où sera installé le premier ravitaillement.

 Le Piton de la Fournaise, 14kms, 700m D+ au départ du Pas de Bellecombe. Sous une chaleur écrasante, nous avons effectué le tour du piton dont une partie n'est pas balisée mais cela permet d'atteindre le point culminant et de dominer le cratère Bory.

 La remise des dossards a lieu le mercredi au stade de la Redoute à Saint-Denis, où sera jugée l'arrivée des trois courses.

L'organisation a prévu des horaires décalés pour le retrait des dossards, mais les files d'attente sont considérables, surtout pour les dossards du Grand Raid, puis pour le retrait des goodies aux stands des nombreux partenaires. Cette attente sous un soleil de plomb où l'on transpire sans rien faire est aussi l'occasion de discuter avec d'autres coureurs, certains partagent leur expérience, d'autres dont je fais partie et dont c'est la première visite sur l'île sont ébahis par l'ambiance et l'atmosphère qui règne à quelques heures du grand départ, tout en restant humbles devant le défi qui les attend.

Une des particularités de cette course est l'obligation de porter le tee-shirt fourni par l’organisation pour la mise en valeur des nombreux partenaires, au moins au départ jusqu'au 1er ravitaillement  et à l'arrivée sous peine de pénalités.

On distingue les participants à chacune des courses par la couleur du tee-shirt, dossard et casquette : à dominante vert pour la Mascareignes, bleu pour le Bourbon, rouge pour le Grand Raid.

Voilà, rendez-vous est pris, j'ai hâte d'y être, mais le trail de Bourbon est la dernière des trois courses à s'élancer, le samedi à 4h de Cilaos, alors que le Grand Raid débute le jeudi à 23h à Saint-Pierre et la Mascareignes le vendredi à 4h à Hellbourg.

 Nous voilà deux jours plus tard, 23h30 à l'arrêt des cars jaunes à Saint-Gilles les Bains, la navette vers Cilaos devant passer à 0h00. Mes amis m’ont accompagné jusque-là, 20mn à pied depuis le bungalow, et je crois qu’ils sont encore plus anxieux que moi.

Evidemment, 30mn d'avance, c'est beaucoup, je ne voulais pas rater cette navette, je me sens un peu seul et me demande si je suis au bon endroit ? Mais petit à petit d'autres coureurs arrivent, nous pouvons échanger quelques mots, plaisanter afin de cacher notre angoisse à quelques heures du départ.

Enfin, voici les autocars, il y en aura une bonne dizaine pour acheminer tout ce monde à Cilaos même si un grand nombre a préféré dormir sur place, ou d'autres se faire accompagner en voiture personnelle par leurs familles.

Il faudra 1h30 pour parcourir les 40 derniers kms, et ses 300 virages, le serpentin de lumières derrière les cars s'étale sur plusieurs kilomètres. Dans ces conditions, il m'est impossible de dormir, et je me contenterai donc de 2 heures de sommeil dont 1h de sieste au cours de la dernière journée.

Nous voilà enfin arrivés à Cilaos, à 2h30, il fait 4°C et je me dirige rapidement vers le contrôle des sacs pour ensuite gagner le gymnase et avaler un café bien chaud.

3h45, le briefing, la musique envoûtante, et comme à mon habitude, je me place plutôt vers la fin. Je cherche du regard des têtes connues, ou les Réunionnais croisés sur l'Impérial Trail de Fontainebleau un mois plus tôt, en vain.

4h, ç'a y est, le départ est donné.

 

Cilaos - 4h01 - temps de course : 1mn - 0 km - 0m D+ - 1098ème 

C'est un premier soulagement, la fin d'une longue attente, on va enfin savoir si les mois de préparation ont servi à quelque chose.

Les premiers kms sont assez roulants, voire vallonnés alternant bitume et piste jusqu'à Mare à Joseph. Le but étant d'étaler les 1600 participants avant le mur qui nous attend, 800m D+ sur guère plus de 2 kms.

Nous voilà au km 8 au pied du mur, il faut lever la tête pour apercevoir les frontales qui scintillent dans les lacets au-dessus de nous.

A partir de ce moment, c'est monotrace et nous allons devoir prendre notre mal en patience, certains tentent de doubler, cela en est presque indécent à cet endroit où les échelles succèdent aux marches plus ou moins naturelles. Le jour se lève, j'arrive sur le coteau avec le soleil, c'est magique, les paysages, les odeurs de la végétation. La pente vers le refuge s'adoucit, l’hélicoptère nous survole à quelques mètres, le sentier s’élargit mais la montée n'en est pas forcément plus facile avec les pierres et rochers à enjamber.

 

Caverne Dufour - 19/10 7h26 - temps de course : 3h26 - 13kms - 1401m D+ - 815ème 

Je ne m'attarde pas à ce premier ravitaillement, une boisson énergétique, un morceau de banane, et c'est reparti.

On est au point culminant de la course et entamons une longue descente jusqu’à Hellbourg. La première partie ressemble à la fin de la montée, mais c'est beaucoup plus fluide et j'espère regagner une partie du temps perdu. Mais je vais vite déchanter dans cette descente très technique surtout après Cap Anglais où les racines glissantes sur ce secteur humide requièrent une grande vigilance. Je ne suis pas un bon descendeur, et la priorité étant d’aller au bout, je reste très prudent. On ne pourra se lâcher que 800m avant le gite de Bélouve où la piste remplace le sentier.

 

Gite Bélouve - 19/10 9h27 - temps de course : 5h27 - 21kms - 1609m D+ - 725ème

 

Le Gite de Bélouve accessible en voiture depuis la N3 ou pour les randonneurs depuis Hellbourg offre un panorama exceptionnel sur le cirque de Salazie. Je ne m'attarderai pas mais me promets d'y revenir randonner, on peut accéder facilement au point de vue sur le Trou de Fer.

A partir de là, la descente s'accentue en direction de Hellbourg, nous croisons de nombreux randonneurs qui montent et nous encouragent. La dernière partie vers le stade est en faux plat et on commence à sentir la chaleur, nous sommes pour la première fois à moins de 1000m d'altitude.

 

Hellbourg - 19/10 10h09 - temps de course : 6h09 - 25kms - 1654m D+ - 696ème

 

Le ravitaillement à l'intérieur du gymnase est très fourni, et malgré la chaleur naissante, je prendrai une soupe de pâtes. J'apprécie vraiment cet aliment semi-solide après plusieurs heures de course pour couper avec le sucré, je sais que des problèmes gastriques surviendront à coup sûr et la soupe va permettre de repousser ce moment-là.

Nous entamons une longue descente sur le bitume, pas très agréable pour finir sur une piste jusqu'à la passerelle sur la Rivière du Mat.

A partir de là, la remontée vers Plaine d'Affouches se fait la plupart du temps en plein soleil. Le ravitaillement est l'occasion de se rafraîchir. Je repars direction Grand Sable ; une stèle y a été installée récemment en hommage aux 63 morts suite à un glissement de terrain en 1875.

Nous sommes maintenant au cœur d'une forêt de pins ombragée et sur cette partie assez plate, je cours régulièrement et double de nombreux concurrents.

La traversée de la ravine de Grand Sable marque le début de la montée vers Plaine des Merles. Il fait chaud dans ces premiers lacets, et pour la première fois depuis le départ, j'accuse le coup. Je sais qu'il y a environ 800m de dénivelé positif jusqu'au prochain ravitaillement qui vont être difficiles sous ce cagnard. Des concurrents me doublent dans le début de cette montée, et finalement, je prends mon mal en patience, et adopte un rythme régulier.

On traverse plusieurs fois la ravine Fleurs Jaunes et le bras des Merles, c'est là l'occasion de s'arroser les jambes et les bras et repartir la tête fraîche sous la casquette trempée. De nombreux coureurs semblent en difficulté sur cette partie et sont arrêtés le long du sentier.

Nous arrivons enfin au ravitaillement de la Plaine des Merles à 1820m d'altitude, c'est l'occasion de se refaire une santé, et après une bonne pause, je repars tranquillement.

Nous quittons la piste pour reprendre un sentier qui descend pour bientôt arriver sur la route forestière du Haut Mafate. C'est une foule considérable qui borde la route et nous encourage, surtout les locaux d'ailleurs, jusqu'au départ du sentier Scout.

 

Sentier Scout - 19/10 14h12 - temps de course : 10h12 - 41kms - 2953m D+ - 462ème

 

C'est avec quelques frissons et une grande euphorie que je rentre dans le Cirque de Mafate , frissons liés à la fatigue naissante légitime après plus de 10h de course mais aussi liés sans doute à l'angoisse et l'appréhension de savoir ne pouvoir être évacué rapidement en cas de blessure.

Mafate, c'est aussi un peu pour ses paysages qu'on est là. On commence une longue descente en direction d'Ilet à Malheur et Aurère. Après la traversée du bras de Bémale, une courte montée nous amène sur une crête, « Le Grand Rein » où l'on a sans doute l'une des plus belles vues de la journée, avec le piton Cabris en point de mire. Cet endroit magique est bien choisi par un photographe qui a largement le temps de cadrer ses sujets, ceux-ci étant maintenant clairsemés sur le parcours. Les nuages ont peu à peu envahi le ciel et il fait nettement moins chaud, ce qui n'est pas pour me déplaire. La descente se poursuit sous les pins jusqu'à Ilet à Malheur.

Je découvre l'Ilet et suis émerveillé par ces maisonnettes colorées, les jardinets très fleuris. Mon regard oscille sans cesse entre les abords et le sentier devant mes pieds pour ne pas risquer la blessure. Nous finissons la descente au niveau de la passerelle qui surplombe le « Bras de Bémale » 50m plus bas. S'ensuit une montée bien cassante vers Aurère, quasiment 200m plus haut et les marches en pierre, parfois hautes sont un véritable calvaire pour moi à ce moment. J'ai toujours du mal à encaisser les changements du sens de la pente.

 

Aurère - 19/10 16h01 - temps de course : 12h01 - 49kms - 3288m D+ - 401ème

 

Enfin, voilà l'arrivée sur Aurère, accueilli au son d'une musique rock. Je n'imaginais pas voir en ce lieu une batterie et des guitares électriques. De nombreux randonneurs sont présents et font étape, quelques tentes sont installées ici et là en appoint des gîtes certainement bien remplis à cette saison, et une fête est prévue le soir même. Le ravitaillement est situé dans les locaux de l'école.

Je profite de cette halte pour m'alléger, quelques toilettes mobiles étant installées à l'arrière.

Ayant fait plus de la moitié du parcours, le moral est bon. Je repars assez fringuant, direction la rivière des Galets 700m plus bas. Les premiers hectomètres sont en courbe de niveau, on contourne le piton Cabris, puis on enchaine une longue descente quelquefois vertigineuse avec une vue plongeante vers la rivière. Pour la première fois, je ressens une gêne sous l'avant du pied droit, comme si quelques grains de sable s'étaient glissés dans la chaussette.

Le sentier GR R2 se poursuit jusque dans le lit de la rivière que l'on traverse plusieurs fois. J'y croise quelques organisateurs munis de piquets et rubalise qui m'interrogent sur l'état du balisage dans ce secteur, sans doute suite à quelques plaintes en aval. Personnellement je n'ai pas été perturbé, le tracé étant assez intuitif jusqu'à Deux Bras.

 

Deux Bras - 19/10 17h27 - temps de course : 13h27 - 58kms - 3348m D+ - 427ème

 

Deux Bras est le plus important poste de ravitaillement depuis le départ, situé à la sortie du cirque, il est accessible en véhicules 4x4.

L'assistance médicale y est importante avec la présence de médecins, kinés et podologues. C’est l'endroit choisi par l'organisation pour la récupération des sacs assistance par les coureurs et un repas chaud y est servi. Mon appétit n'étant pas au rendez-vous et n'ayant pas choisi d'avoir un sac assistance je ne m'attarderai finalement pas plus qu'aux ravitaillements précédents.

Je repars, traverse le deuxième bras, le Bras Sainte-Suzanne qui marque la fin du sentier dans le lit de la rivière. Débute alors la montée jusqu'à Dos d'Ane. La pente est raide dans un premier temps avant que le sentier étroit à flanc de falaise n'alterne montées et descentes. J'ai en tête un dénivelé de 400m pour arriver à  Dos d'Ane  que j'espère atteindre avant la nuit. J'ai l'impression que les grains de sable se multiplient, et il faudrait que je m'arrête pour les retirer car ça devient désagréable, on verra ça en haut. Enfin le sentier finit par s'élever en lacets mais la nuit est tombée et je ne suis toujours pas en haut. Je m'arrête pour mettre la frontale car ça devient dangereux sur ce sentier étroit parsemé de nombreuses racines.

C'est en débouchant à Dos d'Ane  où la foule applaudit à mon passage, que je me rends compte de mon erreur, certainement dûe au manque de lucidité. Le dénivelé était en fait de 650m.

On aborde une route bétonnée puis bitumée en descente, et c'est sur ce terrain dur que je prends conscience que ce ne sont pas des grains de sable mais bel et bien une ampoule qui me perturbe depuis quelques heures déjà. Je quitte la route pour un sentier en pente douce.

Au bout de quelques dizaines de mètres, je suis seul, je ne vois plus de balises et je commence à douter d'être sur le bon chemin. Je ralentis, attends pour finalement apercevoir une frontale qui s'approche. S'agissant d'un Réunionnais qui semble bien connaître le coin, il me rassure et nous faisons un bout de route ensemble.

Nous arrivons à une intersection marquée par l'arrivée sur notre gauche des coureurs du Grand Raid. A partir de là, les 30 derniers kms sont communs aux trois courses. La densité des concurrents est tout de suite accrue, et un calcul rapide me dit qu'ils sont partis depuis près de 45h.

Le passage du sentier Gaston avant l'arrivée au Chemin Ratineau est particulièrement éprouvant, avec de gros blocs à franchir. On se tient aux branches de part et d'autres pour soulager les cuisses et assurer des appuis peu fiables. Enfin un peu de bitume avant

l'arrivée au ravitaillement.

 

Chemin Ratineau - 19/10 20h02 - temps de course : 16h02 - 64kms - 4219m D+ - 349ème

 

Une fois de plus, je ne m'attarde pas à ce ravitaillement, je sais que mon épouse m'attend au suivant, à La Possession et j'ai hâte d'y être. Mes problèmes d'ampoules ne me permettent pas encore d'espérer aller au bout à coup sûr. Peu après le ravitaillement, dans le secteur de la Grande Montagne on accède au sentier de la Kalla, encore un sentier très technique où l'on doit franchir de gros blocs rocheux qui dictent nos pas. Dans cette partie, j'ai parfois l'impression d'être carrément dans la ravine asséchée.

Peu à peu le sentier devient plus carrossable sur une partie plane en sous-bois. Ensuite, la fin de la descente vers La Possession est un peu plus délicate sur des pavés irréguliers.

Enfin quelques habitations apparaissent, le ravitaillement est proche, quelques marches pour franchir un muret le long de l’école et nous y sommes.

 

 

Possession Ecole - 19/10 22h09 - temps de course : 18h09 - 72kms - 4421m D+ - 338ème

 

J'aperçois mon épouse à deux pas du pointage, je pose le sac, lui laisse plusieurs Pompotes que je n'utiliserai pas, et vais essayer de me faire soigner le pied. Un peu à l'écart du point de pointage, de nombreux coureurs du Grand Raid dorment sur des lits de camp ou à même le sol.

J'interpelle une infirmière et lui expose mon problème. Assis sur une chaise, le plus dur est de se baisser pour retirer chaussure et chaussette, curieusement, le pied gauche n'est pas touché. L'ampoule qui a grossi au fil des kms fait à peu près trois centimètres de diamètre. La cloque est percée puis vidée, désinfectée, un pansement posé dessus, je me sens rassuré.

On peut avoir une pensée pour toutes ces personnes mobilisées par l’organisation, personnel médical, bénévoles, indispensables au bon déroulement des épreuves et qui durant trois jours sont sans cesse à la disposition des milliers de coureurs, pas toujours très sympathiques.

Je ressens encore un peu la douleur en posant le pied, mais je sais que compte tenu du profil, je ne courrai plus beaucoup sur les vingt derniers kms. Cependant je commence à espérer aller au bout de cette aventure et je ne regretterai pas les 30 minutes perdues.

Quelques mots, un petit bisou à Madame et c'est reparti, je sais que je ne la reverrai plus avant l'arrivée. J'estime mon temps de course restant à cinq heures, on verra plus tard que c'était largement trop optimiste. Le départ de La Possession se fait sur du bitume, en bordure de la route quatre voies pour rejoindre le Chemin des Anglais.

Au bout de quelques centaines de mètres, on passe un portique en bois qui marque le départ du Chemin Crémont, on s'élève rapidement sur de gros pavés de pierres de laves la plupart du temps très irréguliers. On cherche parfois où poser son pied. Ce chemin construit au dix-huitième siècle va s'avérer un véritable calvaire et je mettrai près de deux heures pour effectuer les sept kilomètres jusqu'à Grande Chaloupe.

Plusieurs coureurs dorment sur les bas-côtés, sous leurs couvertures de survie. Je plains ceux qui passent ce secteur en plein jour, sous un soleil de plomb et des semelles ramollies par les pavés brûlants. La descente est prudente pour éviter l'entorse, enfin

quelques centaines de mètres de bitume sont les bienvenus avant le ravitaillement.

 

 

Grande Chaloupe - 20/10 0h24 - temps de course : 20h24 - 79kms - 4798m D+ - 325ème

 

Nous sommes encore une fois accueillis en musique, mais il y a peu de monde à cet  avant-dernier point de ravitaillement pourtant accessible par la proximité de la route nationale. Certainement l’heure avancée dans la nuit y est pour quelque chose. Je m'hydrate, et repars à nouveau sur le Chemin des Anglais, cette fois plus carrossable au fur et à mesure de la montée, les pavés étant peu à peu recouverts d'herbe.

Je rattrape un concurrent du Grand Raid, bien content de pouvoir échanger quelques mots sur cette ligne droite montante qui n'en finit plus. C'est son deuxième Grand Raid treize ans après le premier, il avait juré de ne plus revenir ...

Nous arrivons au  quartier de Saint Bernard et le bitume remplace le sentier. Après une légère descente nous abordons la dernière côte sur des terres rouges et poussiéreuses. Un concurrent me demande s'il peut me suivre, sa frontale étant hors service. J'ai l'impression de le ralentir mais je me rends vite compte que c'est lui qui a du mal à me suivre, nous ferons route ensemble jusqu'au ravitaillement où il pourra faire recharger ses batteries.

 

Colorado - 20/10 03h01 - temps de course : 23h01 - 88kms - 5627m D+ - 313ème

 

Je le laisse là et repars seul après avoir avalé un coca. On en a fini avec la montée, on est à quelques kilomètres de l'arrivée, mais il reste encore six-cents mètres de dénivelé négatif pour atteindre le stade de la Redoute. Ces quelques kilomètres seront interminables sur un sentier encore une fois très technique. Enfin, on aperçoit les lumières, puis la route, l'arrivée est proche. Les derniers hectomètres sont plus roulants, on passe sous la route où les murs sont recouverts de graffitis, on longe le stade et l'on foule enfin cette piste en terre battue.

 

Redoute Arrivée - 20/10 04h28 - temps de course : 24h28 - 92kms - 5655m D+ - 310ème

 

Je franchis la ligne, les bras levés, je marche jusqu'à la médaille. Il y a peu de monde à cette heure tardive, ou plutôt matinale, il fait frais. Je m'assieds sur l'herbe humide et admire les arrivants, ceux du Grand Raid en sont à près de 54 heures de course. L'émotion m'envahit, je réalise, je ne savais pas mon corps capable d'un effort aussi long.


Il ne me faudra pas longtemps pour m’endormir dans la voiture qui me ramène à Bois-Court, malgré les nombreux virages. La nuit sera courte mais je récupèrerai finalement assez vite et assez bien pour effectuer quelques randonnées avec mon épouse.

 

Grand Bassin, Le Trou de Fer, le Piton des Neiges pour la 2ème fois, La Nouvelle, autant de balades qui donnent envie d’y revenir.

 

Et je sais que j’y reviendrai, cette fois pour tenter l’aventure du Grand Raid, la Diagonale des Fous, pour revivre des émotions à l’image de cette terre et de ces paysages : uniques.

 

 

 

 

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