Récit de la course : Céven'Trail - Trail aux Etoiles - 62 km 2019, par Titus_30

L'auteur : Titus_30

La course : Céven'Trail - Trail aux Etoiles - 62 km

Date : 3/3/2019

Lieu : Le Vigan (Gard)

Affichage : 156 vues

Distance : 62km

Matos : - chaussures Hoka Speedgoat 2
- sac Ultimate Direction PB Adventure Vest 2.0
- bâtons Camp Xénon Trek
- veste Uglow U-Rain Hybrid

Objectif : Terminer

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Céven’Trail /16ème édition du Trail aux étoiles – 62km – 2550D+ / samedi 02 mars 2019

Malgré les records de chaleur battus durant les derniers jours du mois de février, c’est par un temps quelque peu frisquet et relativement de saison qu’allait débuter ce 2 mars la 16ème édition du trail aux étoiles, épreuve originelle et historique du Ceven’Trail disputée au Vigan dans les Cévennes gardoises.

A près de 56 ans ce sera mon premier trail long sur cette distance et ce dénivelé, m’étant jusqu’alors aguerri sur des parcours n’excédant pas 45 km. Il me fallait franchir un cap, désireux de connaître d’autres sensations et d’autres courses. Avec un entrainement spécifique durant quatre à cinq mois basé principalement sur de l’endurance et du dénivelé, mon unique objectif est d’arriver au bout de ce défi que je me suis lancé, pour faire court : Être finisher !

Une particularité de ce trail est que son départ est donné à midi. Par conséquent, au vu de mon niveau et comme pour bien d’autres concurrents, le dernier quart du parcours devrait se courir de nuit. Ce sera là encore une découverte pour moi malgré quelques courtes sorties à la frontale certains soirs d’hiver.

Durant ces mois de préparation je n’ai pas cessé d’étudier le parcours et son profil, recherchant sur internet récits ou vidéos pouvant m’apporter quelques informations sur ce qui m’attendait. J’en trouvais peu, le parcours ayant changé en 2017 et l’édition 2018 ayant été annulée pour cause de neige tombée trop abondamment. Cela suffisait cependant pour me faire une idée et commencer à rêver à mon périple.

En ce milieu de matinée, les 433 concurrents engagés arrivent petit à petit dans la halle aux sports pour retirer leur dossard et leur lot de bienvenue, une bouteille de jus de pomme bio des Cévennes et un tee-shirt ou des manchons, aux choix. C’est ici que sera jugée l’arrivée et où sont installés les exposants du salon mis en place par les organisateurs. L’ambiance est chaleureuse, certains parcourent les stands, d’autres se retrouvent ou prennent des photos. C’est ici que je rejoins Lorin, mon gendre, et Gautier venus spécialement de Toulouse pour courir ce trail. Pour Lorin ce sera également le baptême du feu sur cette distance. Ces parents sont également présents pour assurer son assistance.

Arrive l’heure d’un rapide briefing puis l’ensemble des concurrents quitte la halle derrière une joyeuse fanfare pour défiler dans les rues du Vigan jusqu’à l’arche de départ située sur le cours principal du centre-ville en ce jour de marché. Dernières photos et derniers encouragements entre familles, amis et coureurs. Je me place volontairement dans le dernier quart du peloton avec Lorin, laissant Gautier sur le devant pour jouer une place au classement.

Midi sonne au clocher lorsque le départ est donné et nous partons en petites foulées sous des applaudissements, échangeant encore quelques mots sans pression aucune. J’ai opté pour prendre les bâtons bien que certains posts sur Kikouroù les déconseillaient sur ce trail. Ils sont pour l’heure fixés au sac, inutile de les sortir dès le départ bien que ça grimpe rapidement, mais des ralentissements se forment et nous avançons en marchant à la queue leu leu. Cela se décante dès la première descente qui arrive assez vite et qui permet d’étirer puis de fractionner toute la troupe. Nous évoluons sur un parcours vallonné et varié, entre petites routes, chemins et monotraces qui traversent quelques villages et hameaux où nous sommes encouragés et applaudis. Nous entamons la première des quatre principales ascensions du parcours qui nous mènera, au bout de 4.5 km, au-dessus du col de Mouzoulès. C’est avec l’aide des bâtons que j’atteins le sommet et nous avons déjà accompli environ 30% du dénivelé positif à ce niveau du parcours. La pluie, sous forme de giboulées, se mêle au vent qui souffle sur les crêtes. La descente, quelque peu technique, doit se faire avec prudence les pierres et rochers mouillés étant rendus glissants. Lorin me rattrape et nous admirons le panorama à 360 degrés qui nous est offert. Nous pouvons voir au loin l’ultime ascension jusqu’au rocher d’Esparon qui nous attendra ce soir. La pluie cesse en cours de cette descente de six kilomètres qui nous mène jusqu’à Arre où se trouve le premier ravitaillement. Celui-ci servait également de base de vie aux concurrents de l’Ultra du Bout du Cirque partis huit heures avant nous. De ce fait, étant dans le dernier quart des arrivants à ce poste, les assiettes sont vides et peu de choses nous sont proposées. J’avale quand même un verre de soupe aux vermicelles, refait le plein en eau et repart avec Lorin sans plus m’attarder. J’ai sur moi ce qu’il faut en ravitaillement solide, il n’y a donc pas de problème.

Deux cent mètres de replat et nous attaquons, dès la sortie du village, la deuxième grimpette du jour, un beau col d’environ trois kilomètres pour 400 de D+, qui monte régulièrement en lacets. Nous dominons le Val d’Arre et le village en nous élevant d’un bon pas. Je suis d’ailleurs surpris d’arriver au sommet si rapidement. Je laisse partir Lorin sur le faux plat qui suit, préférant rester à mon rythme et ne pas m’user à vouloir le suivre. Nous ne sommes qu’au premier tiers du parcours. Point de descente après le sommet, nous sommes sur le causse, plateau sur lequel le vent souffle. La pluie fait à nouveau son apparition, j’enfile la capuche de mon coupe-vent sans manche. Je trotte et je marche par moment sur les faux plats ou quand le chemin se relève optant pour la méthode Cyrano, d’autant plus que je ressens un petit coup de moins bien. Cela fait plus de trois heures que nous sommes partis et la moitié du D+ est déjà faite. Je bois et m’alimente en me disant que cette baisse de régime ne va pas durer. Peu avant d’arriver au troisième ravitaillement j’ai en ligne de mire un groupe sur lequel je reviens petit à petit. Cela me redonne le moral, certains doivent subir plus que moi et du coup les jambes sont plus légères. C’est en leur compagnie que j’arrive à Calo Rouge au 26.5km, lieu du ravitaillement où je retrouve Lorin et ses parents. On échange quelques mots avant qu’il ne reparte. Il m’informe que nombreux étaient ceux qui ont eu un passage à vide sur cette portion du parcours qui aura été froide et humide. Contrairement au précédent ce ravitaillement est bien achalandé. Je bois un verre de coca, j’avale un morceau de jambon, un dé de gruyère, quelques amandes, je fais le plein de mes bidons et repart sans tarder.

Nous quittons le causse pour une descendre par un chemin monotrace dans les gorges encaissées de la Vis au moment où le soleil fait une timide apparition. Je descends à bonne allure avec d’autres coureurs. Il s’agit de ne pas trop regarder le paysage magnifique des gorges en aval, le sentier est très étroit et certains pierriers tombant sont vertigineux. Nous arrivons ainsi au fond des gorges au lieu-dit la Foux de la Vis où se trouve un ancien moulin et où la Vis sort en résurgence du monde souterrain. Cet endroit est magnifique mais il faut faire attention aux rochers humides et glissants par lesquels nous franchissons la rivière avant de poursuivre notre route le long de ses méandres. Je fais cette partie du parcours seul et m’arrête par moments pour admirer les falaises calcaires des gorges éclairées par les rares rayons de soleil. Je rattrape trois coureurs peu avant l’entrée dans le fameux cirque de Navacelles et nous arrivons ensemble vers 17h15 au village du même nom. C’est d’ici que débute la troisième grosse ascension, 325 D+ sur 2.5 km. Nous franchissons à nouveau la Vis par un vieux pont cintré en pierre puis le chemin, caillouteux à souhait, s’élève. Au début il monte en lacets et j’arrive à garder un rythme relativement bon malgré la fatigue qui se fait ressentir. Mais d’un coup au détour d’un virage … Un mur ! « Dré dans l’pentu ! » comme disent nos amis savoyard. Là, ce ne sont plus seulement des cailloux mais des rochers qu’il faut passer à la force des mollets et des bras en appuyant sur les bâtons. Mes genoux cris au supplice et ma crainte est de ne plus pouvoir courir une fois le sommet passé. Je sors du petit Mafate cévenol au bout de trois quart d’heure d’efforts, alors que le soleil atteint l’horizon. Instant magique et magnifique dans ce somptueux décor naturel classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Je suis à nouveau sur le causse. Les côtés intérieurs de mes genoux sont douloureux. Je marche quelques pas sur le plat le temps de récupérer un peu et détendre les tensions musculaires, puis je reprends en petites foulées en direction de Blandas où se trouve un ravitaillement et la première barrière horaire. J’y parviens en début de soirée, vers 18h30, avec trois quart d’heure d’avance sur la barrière. Je vois le camping-car des parents de Lorin et Michel son père me rejoint. Lorin est déjà reparti il y a environ une demi-heure, tout va bien pour lui. Rapide restauration, remplissage des bidons, puis je m’équipe pour la nuit en changeant mon tour de tête pour un sec, idem pour le tour de cou, j’enfile une veste et mets en place la lampe frontale. Moins d’un quart d’heure après mon entrée au poste de contrôle je repars alors que la pénombre s’installe.

Beaucoup de coureurs repartent en marchant. Quant à moi, oh miracle, plus aucune douleur ! Je dirais même que je me sens bien et c’est en trottinant que je poursuis ma course. Je n’ai pas encore allumé la frontale pour profiter de cette atmosphère entre chien et loup au milieu de nulle part en pleine nature. Le parcours nous fait passer une barrière pour pénétrer dans un champ. Un peu plus loin en tournant la tête j’aperçois à quelques mètres de moi une vache de race Aubrac avec son veau en train de paître paisiblement sans se soucier de mon passage. Je finis par allumer la frontale. Je vois d’autres loupiottes au loin devant moi. Je continue à revenir régulièrement sur plusieurs concurrents qui n’ont déjà plus la force ou le courage de prendre ma foulée. La nuit est installée. Je traverse un hameau perdu sur ce causse où quelques personnes emmitouflées sur le pas de leur porte m’encouragent : « Bravo ! Allez courage ! »… « Merci ! » … J’avance ainsi me sentant vraiment bien, marchant quelques fois lorsque le chemin s’élève puis reprenant ma course. Subitement le sentier semble disparaitre. Il se transforme en monotrace et plonge en une descente raide et très technique en lacets serrés. J’avais repéré sur le profil du parcours et sur Google Earth cette descente que j’imaginais difficile d’autant plus de nuit. Longue d’environ trois kilomètres, elle me permet, grâce en partie aux bâtons, de revenir là encore sur ce secteur sur plusieurs coureurs qui descendent péniblement en marchant. J’aperçois en contre bas, dans la nuit noire, les lumières du village de Bez comme vues d’avion. J’arrive à la salle polyvalente de Bez un peu avant 20h15 avec plus de trois quart d’heure d’avance sur la barrière horaire. Il y a pas mal de monde. Je bois un coca, picore un peu dans les assiettes et ne m’attarde pas plus, inutile de compléter les bidons j’ai peu bu depuis Blandas.

Dix kilomètres ! Il ne me reste plus que dix kilomètres à parcourir ! Cette phrase traverse mes pensées. Je réalise alors que j’ai battu sans m’en rendre compte mon record de distance et de durée sur un trail. Je me dis même que terminer sous dix heures est possible, je n’y avais pas pensé jusque-là mais c’est faisable. Oui mais avant d’arriver il va falloir encore escalader la dernière difficulté du parcours qui commence dès le centre de Bez pour atteindre, un peu plus de deux kilomètres plus loin, le rocher d’Esparon. Celle-là même que nous voyions au loin ce matin depuis les crêtes. Deux bornes en soit ce n’est rien. Mais pour 330 de D+, avec cinquante kilomètres dans les pattes, de nuit et sur un sentier raide et caillouteux … c’est moins facile qu’il n’y paraît. Je débranche donc le cerveau et avance tel un automate un pas après l’autre, m’aidant des bâtons, sous les encouragements des hululements d’une chouette. Tel Jésus sur son chemin de croix, je m’arrête par moment pour soulager les tensions musculaires. J’entends des cliquetis de bâtons de concurrents qui reviennent sur moi. On atteint enfin le village d’Esparon, ouf ! C’est fini !... Que neni ! Le rocher est plus haut ! Il faut encore monter cent à deux cents mètres (Je ne sais plus, ils comptent double de toute façon) pour atteindre ce fameux rocher. Cette fois ça y est, c’est fait ! S’en est fini des montées, il ne reste plus qu’à descendre sur Molières-Cavaillac et nous en auront pratiquement terminé. Je me lance donc dans la descente avec quelques coureurs et suit tout ce petit groupe jusqu’au moment où j’entends : « Quelqu’un a vu des balises dernièrement ? ». J’arrive à hauteur d’eux, à l’intersection de chemins, il faut bien se rendre à l’évidence : rien n’indique la direction à suivre … D’autres coureurs arrivent, même question, « Ben non, on n’a rien vu … ». Appel au PC course pour essayer de savoir où nous sommes, le temps de retrouver notre chemin, je me dis que c’est mal barré pour passer la ligne d’arrivée sous les dix heures …

Une fois le parcours retrouvé au niveau de Molières, en bas de la dernière descente une bénévole placée à un carrefour m’informe : « Plus que quatre kilomètres. Allez bravo ! C’est tout plat jusqu’au bout ! ». Je regarde ma montre, 21h35. En temps normal quatre bornes pour en moins d’une demi-heure c’est largement jouable, mais là … Tant pis, je tente. Je fais tant bien que mal, comme je le peux, ces derniers kilomètres en courant alors que bien d’autres marchent jusqu’à l’arrivée. Je remonte encore pas mal de « coureurs », sûrement ceux qui sont passés devant alors que nous étions égarés. Mais qu’ils sont longs et monotones ces derniers kilomètres à l’approche du Vigan ! J’entre enfin dans la ville. Des spectateurs applaudissent et prodiguent les derniers encouragements : « Allez ! Plus que quelques mètres et c’est fini ! », « Bravo ! » … « Merci ! Merci ! ». Ca y est ! Au bout de la rue c’est la halle aux sports. J’entends le son de l’animateur au micro. Je rentre dans la halle inondée de lumière, quelqu’un agite une cloche, on applaudit, on crie bravo. Je l’ai fait ! Je suis finisher du trail aux étoiles, finisher de mon premier trail sur cette distance en un peu moins de 10h05’. Dommage que je me sois égaré. J’estime avoir perdu quinze à vingt minutes sur ce coup là. Mais peu importe ! Je suis heureux et étonnamment pas épuisé, pas plus fatigué que sur un quarante bornes, quelle satisfaction ! J’ai rarement pris autant de plaisir sur une course. Lorin et ses parents sont là, il aura fini en 9h23’,  bravo à lui. Quant à Gautier, 7h37’ lui auront suffi pour boucler la boucle ! Respect. Cette première expérience sur la distance m’aura convaincu de continuer de progresser pour m’aligner sur ce format de courses voir plus long dans l’avenir. Je me suis vraiment régalé sur ce trail aux étoiles, le parcours est magnifique et varié avec juste ce qu’il faut de technicité. Bravo et merci aux organisateurs et aux bénévoles présents jusque tard dans la nuit. Je reviendrai c’est sûr !

A noter pour l’anecdote que Fabrice d’Aletto, vainqueur de l’ultra du bout du cirque disputé sur pratiquement le même parcours mais avec une boucle supplémentaire pour faire 100 km, aura terminé sa course dans le même temps que le mien en 10h05 … Une vraie machine ! Cela laisse pantois et rêveur. Chapeau bas.

J’espère que ce compte rendu, un peu long peut-être, donnera envie à certains de s’aligner sur cette épreuve et qu’il les aidera à la préparer.

 

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