Récit de la course : Half Marathon des Sables 2019, par Twi

L'auteur : Twi

La course : Half Marathon des Sables

Date : 22/9/2019

Lieu : CANARIES (Espagne)

Affichage : 393 vues

Distance : 109km

Objectif : Pas d'objectif

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Pas d'autre récit pour cette course.

HMDS Fuerteventura

Le concept

Côté sportif et aventure le HMDS Fuerteventura, c’est un peu la petite sœur canarienne du Marathon des Sables historique : 109km et 3000m de D+ répartis sur 4 jours. Le tout prend place dans ce magnifique terrain de jeu que constitue la péninsule de Jandia au sud-ouest de l’île, dont la partie la plus étroite est constituée d’une bande sablonneuse de 4km de large et 7km de long, el Jable, qui sépare deux massifs montagneux volcaniques où la végétation est quasi-absente. Les 3 étapes nous feront donc parcourir de long en large cet isthme, le traverser plusieurs fois d’une côte à l’autre, soit dans sa partie montagneuse, soit dans sa partie sablonneuse, et le longer sur les plages ou en haut des falaises. Un mini Marathon des Sables donc, où on voit la mer presque en permanence et avec un ratio D+/km un peu plus important.

Bien entendu, on reste en autosuffisance alimentaire pendant ces 4 jours. Puisque seule l’eau et les tentes sont fournies par l’organisation, il est donc nécessaire de porter nourriture, couchage, vêtements et kits de secours et d’hygiène. 

Ça, c’est ce qui donne envie de participer : le défi sportif, les paysages à couper le souffle, l’entraide dans les moments difficiles en course et au bivouac, que l’on peut retrouver sur les photos et films très pros disponibles à profusion sur le site officiel de la course. 

Revers de la médaille, le HMDS, c’est aussi un gros concept marketing orchestré par Waa à grand renfort d’équipements estampillés « HMDS Fuerteventura ». Si sur certaines courses, les participants chassent la côte ITRA ou les points UTMB, à croire qu’ici c’est plutôt les « Like » et les abonnés que certains sont venus chercher. Le peloton est un joyeux mélange de traileurs aguerris venus s’essayer au désert, de routards et coureurs du dimanche venus en famille ou entre amis en quête d’un autre terrain de jeu, de youtubers (les nouveaux héros modernes selon mes enfants), d’une ex-Miss France qui a du mal à porter son sac, de marcheurs nordiques, de mannequins habillés Waa des pieds à la tête, le tout réparti sur 35 nationalités différentes, et avec 43% de femmes. Si les attitudes et motivations de tout ce joyeux monde sont diverses et parfois incompatibles, tous ont en commun de vouloir relever ce défi : affronter le désert, le vent, le sable, le soleil, le poids du sac et l’inconfort du bivouac.

Le côté positif de tout ça, c’est une logistique implacable, notamment au niveau des équipes médicales, omniprésentes et rassurantes (si tu te flingues une cheville ici, pas de risque d’être amené à l’hôpital local dans la Kangoo à Momo, bénévole à la Course du Saucisson), des check-point bien organisés (d’un autre côté, c’est pas dur, y’a que de l’eau) et bien sûr de la couverture médiatique au top. 

Evidemment avec ce tout ce battage commercial, les équipements Waa ont la faveur du peloton. A l’exception notable du sac, j’ai donc pris un malin plaisir depuis des mois à m’équiper chez Raidlight ou X-bionic, par pur esprit de non-conformisme.

Au final, ce barnum, on aime ou on n’aime pas. Si on n’aime pas, on n’est pas obligé de venir, mais on peut aussi très bien observer tout ça au 2ème degré, en se disant qu’une fois dans le désert, la concentration de pénibles deviendra supportable, ou avec un regard d’ethnologue amateur devant une peuplade dont il ne comprend pas les mœurs . C’est comme ça que je l’ai abordé, et je me suis bien marré.

Un mot de l’hôtel aussi, notre camp de base est situé à l’hôtel las Playitas sur la côte sud de l’île, ou nous passerons une nuit avant la course et 2 ou 3 nuits après. Il s’agit d’un immense complexe hôtelier en bord de mer, comme la côte espagnole en est truffée. Ici, un seul mot d’ordre : le sport ; équipements sportifs de folie, boutique d’articles de sport et repas, tout est fait pour le sportif. Rien à redire de ce côté-là donc : même si ce n’est pas forcément le type d’endroit où j’irais passer mes vacances, c’est l’endroit parfait dans ce contexte. Je suis logé dans un appart-hôtel avec 2 autres coureurs, que je ne connaissais pas mais avec qui nous avons rapidement sympathisé: D., trailer aguerri qui vient de région parisienne et C., routard reconverti de Mons, en Belgique.

 

Première étape - « Cofete »

Au programme 30km – 500m D+ - 32% de sable – 65% de sentier – 3% de rocaille

Départ de l’hôtel à 9h30 pour un périple en bus jusqu’au point de départ, un peu à l’ouest de Moro Jable. Le départ est annoncé à midi, on arrive un peu en avance, le temps d’ajuster ses sacs, de faire les pauses techniques qui s’imposent, de profiter un peu du soleil naissant, … et d’attendre ceux qui ont eu un problème d’avion et arrivent directement de l’aéroport (sympa, dans le genre « j’arrive sereinement sur la ligne de départ »). Evidemment, gros barnum, musique, photos, drone, selfies … on est au HMDS. Le petit speech du docteur sur le thème « les anti-inflammatoires c’est dangereux, faut pas en prendre », le briefing technique et go, c’est parti.

Le peloton démarre rapidement et s’étire plein nord dans la Gran Valle, un chemin parfois en monotrace, parfois carrossable qui s’avance en faux plat montant vers le col qui barre l’horizon. J’étais plutôt bien placé au départ, pas trop besoin de doubler, chacun trouve sa place et son rythme. Au pied du col, la course laisse la place à la marche pour quelques 300m de D+, et c’est l’arrivée en haut du col, et la vue à couper le souffle sur le hameau de Cofete et sa longue plage de sable fin. Nous embrassons du regard les 12 prochains kilomètres du parcours. 

 

Le temps de faire quelques photos c’est parti pour une descente pentue mais roulante, où j’en profite pour regagner quelques places.


En bas, le premier checkpoint est déjà là, et s’instaure un rituel qui va bientôt devenir immuable : à l’approche du CP, je bois un maximum et asperge mes vêtements d’eau, remplissage des bidons, « un poco de agua para la cabeza por favor » et c’est reparti. NB : j’ai 2 bidons Raidlight de 750ml chacun sur les bretelles du sac, plus une poche de réserve de 1l que je transporterai plus ou moins pleine on fonction de la chaleur et de la distance entre les CP (en pratique, elle ne m’a jamais été vraiment utile, tout au plus rassurante).

Au sortir du CP1, l’étendue de la large plage de Cofete s’offre à nous. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’aura pas de problème pour se doubler.


Les balisages ayant été mis sur le haut de la plage (pour éviter d’être emportés par la marée j’imagine), il est amusant de constater que le peloton, un peu timide au début, s’efforce de filer au plus près des balises, c’est-à-dire dans le sable le plus sec, le plus mou, et donc le plus épuisant. Puis un intrépide a l’idée de piquer vers les vagues et de courir sur l’estran, où le sable est humide et –en choisissant bien- dur. Il n’en faudra pas plus pour que bientôt 2, 3, 4, puis la quasi-totalité des coureurs ne bifurque vers la mer, où il suffit de suivre les traces du précédent pour trouver un terrain plus propice (sans oublier de surveiller les vagues parfois traîtresses qui auraient vite fait de venir vous tremper les pieds – un comble pour un trail dans le désert !).

Le problème du terrain étant résolu, elle n’en reste pas moins longue cette ligne droite de 8km, malgré les paysages à couper le souffle et la rencontre surréaliste avec quelques naturistes venus chercher la tranquillité sur cette plage isolée. 


Enfin, les meilleures choses ont une fin, on quitte la plage pour retrouver un peu de D+. Même durci tout ce sable m’a épuisé j’en ai un peu plein les bottes (enfin … plein les guêtres), et je laisse passer pas mal de concurrents sur cette section rocheuse, puis sablonneuse qui nous mène au CP2, dont quelque « Waa-chicas » dont je n’aurais pas parié qu’elles en avaient autant sous le pied.

Arrêt express au checkpoint n°2, on refait les niveaux et c’est parti pour les 10 derniers kilomètres, annoncés comme des sentiers, mais qui sont en fait recouverts d’une couche de sable –sec cette fois-ci- suffisamment mince pour laisser passer un véhicule, mais suffisamment épaisse pour disperser une bonne partie de l’énergie propulsive du trailer moyen. Et je ne parle pas du vent, toujours omniprésent, et comme par hasard, de face ; dans cette section, je suis sur une alternance de course et de marche, rythmée essentiellement par l’état du terrain. 

 

Enfin, après une longue ligne droite le long de la côte (mais au-dessus des falaises) où je me fais encore pas mal doubler, on bifurque à droite vers la crête des dunes, et la ligne d’arrivée est en vue. 

 

Une dernière montée sur le sentier sableux et hop, arrivé au col, je passe la ligne et j’aperçois le bivouac. 4h30 pour 30km !

La première journée est bouclée, je récupère mes 5 litres d’eau et me traîne jusqu’à la tente 213, alvéole 69, une des plus éloignées de la ligne d’arrivée, c’est bien ma chance. Je me mets à l’aise. Il est temps de constater les dégats : ampoules – nada ; irritations – nada ; douleurs musculaires ou articulaires – nada ; coup de soleil – nada ; youpi, j’ai réussi à ne pas m’abîmer !!!

Je n’en dirai pas autant de mes guêtres toutes neuves : les velcros -que j’avais soigneusement collés à la chaussure- sont décollés sur plus de ¾ de leur longueur. J’arrache tout de rage. Quelques heures plus tard, je bricolerai un truc avec des épingles à nourrice et les mini-sandows que j’ai emportés dans mon kit de bricolage, m’accrochant sur les passants prévus pour les guêtres sur mes Altra. Ça a l’air pourri comme plan, mais finalement, ça a bien tenu pendant la course longue. 

 

Découverte du bivouac

J’ai posé mon sac, enlevé mes fringues trempées et mes chaussures, soigné mes non-blessures, enfilé mes tongs. Petit coup de fil à la maison pour les rassurer (eh oui, il y a la 3G au bivouac, c’est le HMDS, faut pouvoir poster ses selfies). Je me retrouve donc en tongs et caleçon, l’étape suivante serait en toute logique de prendre une douche, sauf que bien évidemment non. Donc petit rinçage avec le reste des bidons, et je sèche au vent et au soleil.

Les tentes (genre tente « Pop-up » Quechua) sont regroupées par 6, en étoiles (ou « alvéoles »), et toutes tournées vers le centre de l’étoile, ce qui permettra une bonne convivialité entre les 6 occupants. Revers de la médaille, il y a forcément au moins 2 ou 3 tentes dont l’ouverture est face au vent, donc ouverte au sable qui vole. Bien évidemment, c’est mon cas, en quelques minutes, il y a du sable partout ; si je ferme j’ai trop chaud, si j’ouvre j’ai trop de sable : je choisir d’ouvrir et renonce à lutter contre le sable pour me reposer au frais. 

 

Toujours seul dans mon alvéole, et il reste une bonne heure et demie de soleil, je m’affaire à la collecte de pierres pour constituer un foyer central qui protègera nos réchauds du vent. Enfin, à peu près. C’est à ce moment que je me ferai la seule blessure de la course en me posant un morceau de roche sur le pied. Quel con ! Heureusement, rien de grave.

Pendant que je construis la « cheminée », je vois arriver mes camarades d’alvéole une à une, fourbues mais contentes. Eh oui, par je ne sais quel hasard, je me retrouve seul coureur parmi 5 coureuses dans ce qui constituera notre camp de base pendant 3 nuits.

Le temps de faire connaissance, l’heure de faire la popote approche et le soleil s’éloigne. Nous découvrons les joies de l’Esbit impossible à allumer, du briquet qui brûle les doigts, les subtilités du rechargement en combustible avant que ça ne s’éteigne, la soupe au sable et les lyophilisés croustillants et tiédasses. C’est pas forcément bon, mais c’est bon quand même. Il faut croire que notre alvéole est particulièrement sympathique ou bien organisée, puisque notre petit groupe accueille même quelques voisins qui viennent profiter du foyer.

Rapidement, le soleil tombe et tout le monde regagne sa tente. A la faveur d’une excursion (presque une expédition) technique dont je passerai les détails, je m’offre un crochet vers l’accueil coureurs où les résultats sont affichés. Je me retrouve 60ème sur 450 au scratch, pas mal, je n’espérais pas autant.

Installation dans la tente, ce n’est pas la place qui manque, mais je découvre rapidement que ma tente est installée pile-poil sur une bosse, centrée au milieu de la tente. Dire que je vais mal dormir serait un euphémisme. D’autant qu’en milieu de nuit, je découvre qu’il pleut dans ma tente : le vent qui vient de la mer amène de l’humidité qui se condense sur le toit intérieur de la tente. J’essuie le tout, et me rendors (ou pas). La solution à cette problématique passe par un subtil compromis entre fermer la tente pour éviter le sable et l’ouvrir pour éviter la condensation.

 

Deuxième étape - « la Pared »

Au programme 54km – 1400m D+ - 36% de sable – 35% de sentier – 29% de rocaille

Lever à 5h et à la frontale pour le départ de cette étape longue. Comme les tentes restent sur place, nous n’avons le droit de ne rien y laisser (à l’exception de la bouteille de 5l qu’on nous a distribuée à l’arrivée) sous peine de pénalité. Cette menace n’est pas un vain mot puisque plusieurs coureurs découvriront le soir qu’ils ont écopé de pénalités pour avoir laissé dans leur tente déchets ou équipement.

Les coureurs à peine réveillés se regroupent sous l’arche qu’ils ont passée la veille à l’arrivée ; l’organisation fait monter l’ambiance. Le doc nous dispense son briefing du jour sur le thème « en cas de coup de chaud, boire ne sert à rein, mouillez vous la tête ». Le décompte commence avec Thunderstruck en arrière plan, ça me rappelle l’Ecotrail où mes enfants avaient bidouillé ma playlist et où j’ai eu droit à cette chanson 5 fois d’affilée.

Et à 6h00, c’est parti ! Le peloton déboule de la dune plein sud vers la superbe plage de Sotavento, où nous cueilleront les premières lueurs de l’aube. Ici le sable est un peu plus compact que la veille, ce qui nous épargne la recherche d’un chemin sur l’estran. Le premier check point est au bout de la plage à 9km de course, inutile de dire que -le jour et la chaleur étant à peine levés- il n’y a pas grand chose à recharger dans les bidons.

Nous remontons alors vers l’intérieur, exactement à la limite entre la zone de sable et la zone de roche. Sous la lumière chaleureuse du soleil naissant, c’est magnifique.


Le chemin suit maintenant parfois un sentier, parfois ce qui s’apparente au lit d’une rivière qui n’a pas dû voir l’eau depuis bien longtemps. Cette portion en fond de ravin est plus ou moins « courable », en fonction du terrain -les gravillons sont parfois tout aussi épuisants que le sable lui-même- et de la pente. Cela nous amène gentiment à un col à 200m d’altitude. De l’autre côté nous attend une descente plus pentue, mais dans le sable, où l’on peut dérouler avec plaisir. Le second CP est déjà en bas au kilomètre 17.

Les 12km qui suivent, le long de la côte nord (ou côte au vent) sont parmi les plus spectaculaires de la course. Nous longeons la côte sur le bord des falaises. Le socle des ces falaises est constitué de basalte, qui vient s’échouer dans la mer en magnifiques plages de galets noirs. Cette couche de basalte est recouverte de grès ou de sable plus ou moins durci et sculpté par les vents ; le tout est animé par une explosion de vagues qui frappent le rivage en gerbes de plusieurs mètres de haut. Le temps est malheureusement un peu couvert, ce qui est un avantage pour courir, mais dommage pour le paysage. 

 



Cette portion est comme je l’ai dit magnifique mais ô combien longue, le terrain sablonneux imposant une fois encore son rythme d’alternance course / marche. Les arrêts photo n’améliorent pas vraiment ma moyenne ; je me fais beaucoup doubler dans cette portion.

J’élabore une théorie selon laquelle, comme dans « Hunger Games », à chaque fois que ma course perd un peu de son rythme, un grand ordonnateur fait apparaître une Waa-chica toute de bleu ou de rose vêtue pour me doubler effrontément et m’aspirer dans son sillage. Ils sont forts chez WAA quand même ! Enfin, le hameau de la Pared est en vue où nous attend le CP3, au kilomètre 29. Je décide de faire une vraie pause après avoir rempli mes 2 bidons et ma gourde de secours de 1l : le soleil tape à nouveau et le prochain CP est dans 15km !

Après 5 bonnes minutes, c’est reparti dans un environnement pour le moins inhabituel pour Fuerteventura : nous suivons le lit d’un cours d’eau dans lequel stagne par endroits un peu d’eau (croupie). Cette abondance aquatique toute relative génère une végétation spontanée (par opposition aux palmiers qu’on trouve de ci de là -visiblement plantés et entretenus par l’Homme) qui nous offre un peu d’ombre. 

Cet oasis sera de courte durée. C’est à cet endroit que l’isthme de la Pared est le plus étroit (4km), mais le parcours nous réserve une belle boucle de 15km dans les montagnes. Nous nous enfonçons donc bientôt dans un ravin très minéral où seuls poussent quelques kapokiers, bien avares en ombre. Le soleil est à son zénith et chauffe à blanc les roches volcaniques alentour, le terrain est fait de gravillons assez peu courables et le peloton est très étiré … qu’elle a été longue cette partie ! 


Tant que je peux je m’essaye à l’alternance course / marche (600m / 400m), mais je suis vite rattrapé à l’ordre par le terrain qui impose son rythme. Finalement, la pente se raidit, et nous arrivons à la crête à 350m d’altitude par une montée très technique où les mains sont plus utiles que les bâtons. Vue à couper le souffle la-haut, qui permet de voir la côté des deux côtés et, en contrebas, le vallon que nous venons de gravir avec ses dizaines de petites fourmis fluos qui peinent encore.

 

La suite, c’est un chemin rocailleux mais carossable qui suit la ligne de crête, battu par les vents. Si je parviens à courir et à relancer au début, j’en ai de plus en plus plein les pattes. Nous sommes au 40ème kilomètre, la proximité d’une antenne 3G m’invite à faire une pause pour envoyer quelques nouvelles et photos à la famille et aux amis. Puis il faut repartir, en descente mais avec ce vent de face qui rend la course difficile et manque d’arracher mon dossard. Je ne parviens plus à dérouler et m'accorde de longue séquences de marche, désabusé. Le CP4 est bien caché, il n’apparait qu’au dernier moment mais est une bénédiction pas tant pour les délices qu’il peut offrir (de l’eau, de l’eau et et de l’eau) que pour le repère qu’il constitue dans cette étape longue. 

Je recharge mes bidons -qui pour la première fois étaient presque à sec, une petite pause sucrée et c’est reparti dans ces infernaux fonds de vallon gravillonnés où le coup de mou ne va pas tarder à me rattraper. Comme d’habitude, tout y passe : « Qu’est ce que je fous là ? », « Pourquoi je fais des courses longues, je me m’amuse jamais après 30km », « Et pourquoi je cours d’abord ? ». Ce n’est qu’un mauvais moment à passer, on s’accroche !

Au bout de 4km, une traversée de route marque la fin de la zone rocheuse … et le début de la zone sableuse. Là où on voit que je suis à bout, c’est que je commence à parler en italien aux bénévoles. Je croise un spectateur qui m’annonce en français qu’il reste 7km ; un peu déçu, j’avais compté 6. Je pose mon sac quelques secondes pour reposer mes épaules. Un autre spectateur m’encourage et m’annonce 6km - j’aime mieux ça, effectivement ça m’encourage ! Le sentier est une longue ligne droite qui suit les lignes de côte et traverse de nord-est en sud-ouest l’isthme de sable. Au milieu de cet isthme, il y a notre bivouac qu’on ne voit pas encore, mais qu’on devine vu qu’il n’est pas loin du champ d’éoliennes. 

Le sable est compacté par le passage régulier de véhicules, je me décide pour une alternance 400m de course - 200m de marche qui va me permettre de rythmer cette dernière partie et de ne pas trop perdre de place parmi les concurrents qui, comme moi, ne parviennent plus à courir 100% du temps. La stratégie est payante puisque, petit à petit on aperçoit les drapeaux de la ligne d’arrivée. Au pied de la dernière dune, la pente de raidit, plus question de courir (en tout cas pas avec 52km dans les pattes) ; je reconnais les lieux puisque le dernier kilomètre est commun avec l’étape d’hier. Un dernier effort, et c’est la ligne d’arrivée tant espérée, franchie au bout de 9h19 !

Je récupère mes 5l d’eau et envoie un petit message à ma chérie pour la rassurer. Maintenant habitué du bivouac, je sais que je ne pourrai pas me reposer dans ma tente en plein soleil et battue par les vents. De toute façon, tout ce dont j’ai besoin est dans mon sac : je file directement au hangar commun, lui aussi battu par les vents, mais ombragé et en dur. Après quelques étirements beaucoup d’eau et une petite boisson de récup, je déroule mon tapis, me colle les écouteurs sur les oreilles, le bidon de 5l sous la tête et m’offre une petite sieste.

Le bruit du vent dans les structures du hangar finira par me chasser vers ma tente, beaucoup plus calme, où j’irai attendre mes copines d’alvéole qui arriveront progressivement jusqu’à la tombée de la nuit. Sauf une qui a abandonné, suite à blessure. 

Journée de repos.

Au programme de cette journée de repos : repos (si, si !).

  • Un petit déjeuner qu’on prend le temps de préparer et de savourer. 
  • Soins des pieds pour ceux qui en ont besoin (moi toujours pas, nananèreuh). 
  • Lessive, avec les moyens du bord.
  • Consultation du classement : 99ème sur l’étape longue, 86ème au général (-26 places, ben ouais, tout se paye).
  • Séance de yoga proposée par l’hôtel Playitas (chaotique avec le vent, mais ça dérouille).
  • Un bon aligot lyophilisé au déjeuner, manque plus que la saucisse (humour de végétarien .…)
  • Sieste. 
  • Discussions et partage de nos aventures avec les voisins et les voisines.
  • Petite ballade autour du camp.
  • Concert de musique locale, démonstration de lutte canarienne.
  • Cours de démontage de tente (demain matin, on part, chacun doit démonter la sienne).
  • Distribution de coca frais (une vraie cohue, on dirait une distribution de riz dans un camp de réfugiés syriens).
  • Déménagement de ma tente pour profiter d’un emplacement plus plat et dos au vent (c'était efficace : j'ai mieux mal dormi)
  • Ménage dans la tente (récolte de 458,7 grammes de sable).

… tout ça nous amène gentiment à la soirée où se mêlent autour des réchauds qui ne chôment pas l’excitation du lendemain, la tristesse que ce soit déjà fini et l’appréhension d’une 3ème mauvaise nuit.

 

 

Troisième étape - « Tuineje »

Au programme 24km – 500m D+ - 4% de sable – 91% de sentier – 5% de route

Peu de sable prévu sur ce parcours, je relègue mes guêtres toutes pourries dans le sac.

J’avais des a priori assez négatifs sur cette étape : se lever à 6h, démonter la tente à la frontale, marcher 1km jusqu’au parking, monter dans un un bus et retrouver la civilisation, une petite heure de bus, marcher à nouveau 1km jusqu’au point de départ … j’aurais tant aimé rester sur mon petit nuage d’autosuffisance.

Finalement, le démontage des tentes est plutôt bon enfant, malgré les explications de la veille, tout le monde galère et on s’entraide. Je n’y suis jamais arrivé à la maison, et là d’un coup j’ai à mon actif 3 pliages de tente réussis, et deux DNF (Does Not Fold). Dans une ambiance bon enfant, nous descendons ensuite plein sud vers la route principale où nous attendent les bus.

Le remplissage des bus est un vrai bazar, je m’étonne qu’on n’ait oublié personne. Finalement, retrouver le temps du trajet un vrai fauteuil où l’on peut même s’assoupir presque confortablement n'est pas si désagréable. Le bus repasse juste à côté de notre hôtel et nous amène au pied du joli phare de la Entalla. Au pied car, le bus ne pouvant pas monter, il nous faut finir à pied … tout ça pour redescendre ensuite. La vue en valait la peine ! On est en avance, l’ambiance est euphorique, ça chante, ça danse. Certains appréhendent tout de même les 24km qui nous attendent vu l’état déplorable de leurs pieds. Briefing traditionnel du doc sur le thème « contre les crampes, le seul truc prouvé scientifiquement, c’est les cornichons », et le départ est donné sur l’air de the Final Countdown.


Je suis assez mal placé dans le sas de départ, les 100m de dénivelé négatif sur route seront donc avalés à grande allure pour regagner des places. On se dépasse, mais l’ambiance est bonne, ça sent l’écurie. Tant pis pour les quadris, je déroule sans retenue. Arrivé au point où le bus nous avait déposé, le bitume laisse la place à un chemin rocailleux qui va faire une grande boucle dans la plaine de Tuineje. Le parcours est très minéral et visuellement pas très intéressant, ça permet de se concentrer sur la course qui est très roulante. Le CP1 au bout de 8km est atteint après deux petites bosses et passé rapidement. 

Le chemin continue dans la plaine, ça descend maintenant tranquillement jusqu’à la ville côtière de Gran Tarrajal. Puis le sentier laisse place à un dernier fond de ravin, où nous attend le second check-point. La ville approche, on retrouve un peu de bitume dans les rues, avant d’approcher la dernière difficulté de la course, deux montées de 180 et 120 mètres qui surplombent la mer. Alors que je sors les bâtons, je rencontre C., le copain belge avec qui je partage la chambre d’hôtel, nous parcourons quelques centaines de mètres en nous proposant de finir ensemble, mais il décide de se remettre à courir en montée, je ne peux pas suivre et le laisse partir. La montée n’est pas très technique, bientôt se profile le premier sommet. Paysage magnifique, mais il faut tout redescendre … pour mieux remonter ensuite. Les descentes sont un peu techniques, je les aborde avec prudence, il ne s’agit pas de se blesser à moins de 5km de l’arrivée.

Quelques coureurs me doublent encore (dont encore une Waa-chica : selon ma théorie, ça doit vouloir dire que je me traîne). Enfin, au 2ème sommet, l’hôtel et l’arrivée est en vue. Me voilà sur la plage, où je découvre la dernière vacherie, 200m à parcourir dans le sable ; ce n’est pas l’envie de marcher qui manque, mais vu les spectateurs qui applaudissent, j’ai une image de winner à peaufiner. Enfin, le sable est terminé, une petite boucle sur la promenade, une dernière ligne droite sur l’herbe (ah courir sur l’herbe, quel bonheur !) et je passe la ligne au bout de 2h47.

Selfie du finisher avec la médaille (et le buff Kikouroù), cryo des jambes dans une piscine remplie de glaçons, bière du finisher (excellente comme il se doit), et c’est la douche tant rêvée.


Je reviendrai ensuite sur la zone d’arrivée pour encourager les derniers arrivants et essayer de croiser les têtes connues, et finirai par retrouver les copains et copines de l’alvéole 69 et associées autour d’une pizza à la Bodega.

Le soir cérémonie de remise des prix (très espagnol avec les discours officiels, et tout), le film de la course fraîchement monté en exclusivité (à voir sur Youtube - un grand moment d'émotion quand on y était) et soirée de gala où nous ne ferons pas de vieux os.

L’aventure est finie ! La suite, ce sera 2 jours de repos, de bouffe, d’apéros et de visite avant de reprendre l’avion.

 

Bilan

Ce HMDS, c’était une belle aventure, un rendez-vous avec soi-même mais aussi quelques belles rencontres humaines, de coureurs et coureuses bien sympas avec qui j’espère rester en contact, et qui sait partager d’autres périples. 

Mon principal objectif c’était de découvrir cet environnement désertique et surtout de préparer le MDS2020, le vrai. De ce côté, j'ai fait le plein d'expérience, de réflexes et de trucs à faire ou ne pas faire :

  • la préparation et la préservation des pieds, nickel
  • la tenue de course (cuissard, manchons au mollet, manches longues, saharienne), au poil
  • les guêtres collées : à éviter absolument
  • l’hydratation pas de problème
  • la nourriture : je n’ai pas manqué, il y a encore matière à optimiser
  • le bivouac : réchaud et briquet à revoir, trop galère avec le vent (voire même se renseigner sur les chaufferettes chimiques)
  • le couchage : matelas à repenser, pour le reste ça va, mais je crois qu’il faut renoncer à toute perspective de bien dormir
  • le sac : finalement confortable, mais un peu de muscu du dos serait un plus

… mais je détaillerai tout ça dans le post sur le MDS2020.

Côté classement, je suis arrivé 79ème sur la dernière étape et finalement 82ème au général. Bien sûr je m’en fous un peu du classement, l’objectif était surtout d’affronter le désert et moi-même, mais cette place dans le top 100 me conforte dans l’idée que l’entrainement foncier et spécifique de ces derniers mois n’a pas été vain. 

Surtout ça rassure ma moitié et mes proches sur ce qu’ils croient être une folie inconsidérée, que j’ai finalement eu l’air de bien maitriser : non seulement je m’en suis sorti sans dommage, mais aussi avec un résultat dont je n’ai pas à rougir, avec le sourire et l’envie d’y retourner.

Et ça c’est bon pour avril ça !

Cool

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