Récit de la course : 24 heures de Roche la Molière 2004, par mmi

L'auteur : mmi

La course : 24 heures de Roche la Molière

Date : 19/6/2004

Lieu : Roche La Moliere (Loire)

Affichage : 1656 vues

Distance : 153.6km

Objectif : Pas d'objectif

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

7 autres récits :

Le récit

Epilogue:

Tout a commencé à Eppeville en fait ! Puis Brive 3 jours après en spectateur-caméraman n'a fait que confirmer. Tout ceci Il y a un mois quasiment jour pour jour.
En teminant ce 24 heures, il s'est passé quelque chose de fort dans mon corps et mon esprit. Une espèce de révélation, comme si d'un coup on découvrait une explication à plein de motivations personnelles qui vous font agir, bouger et vous battre.
Ce que je dis là, est peut-être ridicule mais c'est la réalité, on se pose souvent la question de savoir pourquoi on court des ultras, eh bien ce que je peux dire c'est que les sensations personnelles que j'ai ressenti m'en ont donné un aperçu certainement, d'où l'envie de remettre le couvert. Le 24 heures c'est l'autre dimension.

Donc, à la fin de cette épreuve d'Eppeville, gonflé de ces vérités, nous avons décidé mon accompagnatrice de choc et moi-même de monter notre équipe en vue de ce prochain type de courses. Et je peux vous dire qu'on en a discuté des heures durant, elle aussi convaincue que cela correspond au profil de ce qu'elle connait de moi. Bref, nous peaufinons notre envie mutuelle et il ne reste plus qu'à voir quand on s'en refait un.

Roche le19 /06/ 16 2004heures:

Je ne rêve pas, je suis dans le1 er virage et je cours avec les gars de tête que nous détaillions il y a encore quelques minutes avec les potes Ufos: LeTroll, Yvesg83, Superfondu, Annick, Phil.
Je suis dingue, c'est pas vrai, qu'est-ce qu'il me prend, quel prétentieux ce Mmi, t'es pas humble mon gars, ça va se payer cher tout ça, ne cesserais-je de me répéter tout le temps où je tournerai avec ces costauds. Derrière j'entends déjà les autres se dire "ça y est, il est définitivement perdu, cet huluberlu de Mmi...". Et pourtant, je n'arrive pas à rentrer dedans, je suis à coté de la course, ai-je la pression ? pourquoi je n'arrive pas à prendre le dessus et me contraindre au tableau de marche que nous avions élaboré avec Djohra. Elle me verra passer m'interrogeant de ses yeux grands ouverts, essayant une fois de plus de me sonder, d'extirper de mon regard la moindre explication ! Désolé je ne sais pas chérie, pardonnes-moi, je ne sais pas...je culpabilise, ne m'en veux pas !

[Mode OFF]
Sur le retour en voiture avec Annick:
"hé, Annick, tu m'écoutes (la pauvre !), je sais pourquoi"
"Pourquoi quoi ? " me dit-elle.
"hé bien je vais t'avouer, ouais tu sais comme avec les curés, ah oui au confessionnal, je vais t'avouer pourquoi j'ai fait le con au départ"
Annik me regarde, mi-sourire, mi-perplexe.
"Ouais hé bien en fait j'avais peur de merder sur ce 24 heures, j'avais tout simplement la pression, alors j'ai couru comme un con au départ, pour vous, pour vous faire rire, pour que vous disiez, Ah ce Mmi quand même il a du panache !"
Oui, je l'avoue, j'ai pas osé affronter le plan de marche, moi qui suis en général plutôt quelqu'un de cool, hé bien là je m'étais mis le jus, allez savoir pourquoi ! Alors plutôt que de perdre un peu de ma superbe, j'ai joué un coup de poker menteur. Je crois tout simplement que je ne suis pas courageux, je n'ai pas eu la force d'affronter de face un possible échec, préférant une sortie honorable dans la fuite avec mes conneries, tout ça pour préserver un peu de votre sympathie.
Fin de la confession ! ça suffit !

[Mode ON]

Sur le circuit

1ère heure:51 '30"
2ème heure:56 '30"
3ème heure:60 '00
"T'as 7 minutes d'avance, tu es trop rapide, on a prévu 61 km sur les 6 premières heures, tu en as fait que 4 calmes-toi" me dit Djohra au passage des 4 heures. Profites de te changer, alimentes-toi, ECOUTES !
Je finirais donc les 6 heures avec 58 km (ce qui donne une base possible de 200 bornes en appliquant les quatre quart de Léo)

Et c'est là à l'entame de la7 ème heure, que j'ai compris que j'avais interêt à gérer et rplutot rapidement. Une alerte habituelle entre la3 ème et4 ème heure m'a rappelé les dures réalités, c'est dingue ce truc, cela me fait toujours la même chose au même moment mais je sais que ça passe.

12ème heure: 92 km
J'ai ralenti fortement mon allure durant ces 6 dernières heures car j'ai bien conscience d'avoir pris des risques inconsidérés, mais là tout est parfait, aucune douleur, aucune nausée, juste cette maudite pluie qui tombe mais ça va, j'y crois, je suis confiant, je vais enfin revenir avec une perf !
je suis avec Annick il est 4 heures du mat, je suis super bien, j'ai été très inquiet pendant un moment de ne plus l'avoir aperçu sur le parcours mais Djohra m'a informé, Annick a préféré prendre une demi heure salutaire de repos, grand bien lui en prit. Quant à moi, c'est à ce moment que je commets l'ERREUR FATALE, on court lentement, la pluie s'abat de plus en plus fortement, on est trempé. Je décide alors me croyant intelligent de couper une heure pensant que cela me ferait le plus grand bien et de toute manière avec cette flotte, ce ne peut pas me faire de mal. J vais leur torcher un de ces Negative Split, ils vont voir de quel bois je me CHAUFFE.

QUEL CON ! QUEL PRETENTIEUX ! QUEL BOURICOT !
Toujours par fierté je décide de ne pas couper le pointage par puce, je passe donc le portique comme à Brive (c'est d'ailleurs la même équipe qui est aux commandes), je rentre dans une grande tente et demande:
"c'est là qu'on peut se reposer ?"
"non me répond un des gars, c'est le massage ici, c'est la tente bleue juste derrière pour le repos, vas-y, il y a des couvertures."
J'écoute pour une fois, me rend dans la fameuse tente, et là quelle est pas ma surprise quand je ne vois que 3 lits, dont un est occupé par un coureur qui dort profondément. Au vu du truc, je me dis, bon laisse passer la flotte, tu passes 1 heure et tu repars.
Sur ce, je m'allonge sur le lit de camp, chope une couverture et tente de fermer les yeux. Là le cauchemar commence, je me sens humide, j'ai froid, bizarrement je n'arrive pas à réagir, je pense que ça va passer!
Il va s'écouler une heure où je ne cesserais de trembler, grelotter comme on dit. Je suis tétanisé mais c'est étrange, je n'arrive pas à bouger, je n'arrive pas à me lever, je dois dormir ou réver.
J'entends une voix, mais ma tete est sous la couverture, je suis torse nu, j'ai enlevé mon maillot Ufo, me suis entouré dans ce drap de laine et ai couvert ma tête, c'est drole moi qui ne supporte pas de ne pas pouvoir respirer sous les draps. J'ai FROID, j'entends la voix, "Mica, ça va ?" je vomis, mais pourquoi j'ai si froid !
J'entends un bruit comme des "Chips", Phil déplie un truc, c'est une couverture de survie,ce bruit me gene, je n'arrrive plus à penser, je veux repartir, je vois Annick qui me parle "mais t'es gelé, il tremble, Phil faut qu'on le couvre encore plus"
"je me réchauffe et je repars hein Phil, Annick ? vous me laissez pas dormir hein j'ai pas sommeil, j'ai froid" leur dis-je.
Il s'écoulera de nouveau 1 heure.

15ème heure:
Il fait jour, il est 7 heures, qu'est-ce je fais là, j'ai envie de gueuler c'est pas vrai, mon 24 heures, NON, NON je ne peux pas y croire, j'ai moins froid, NON pourquoi ?
Je me lève et je repars en furie, en 1 heure je couvrirais 10 bornes quasiment, je ne veux plus rien lacher.
C'est pas possible, je pouvais le faire, je pouvais faire mes points FFA ( 170km D1, 180 R3), je suis en colère, pas déçu mais en colère, je m'en veux, j'en voudrais même à Djohra, pourquoi l'ai je laissé dormir, sans elle je n'avais plus de guide de repères, elle, elle m'aurait fait changé mes vetements ! POURQUOI ? Pourquoi ils m'ont laissé dormir ?

16-17-18-19-20-21-22- ème heure:

"Vas-y MIMI" me crie Yves à chaque tour !
"mais que fais-tu là Yves ?" lui dis-je .
'Tendinites Mimi, t'inquiètes pas, ça va, fonce, géres c'est bon"
"Merci mon Yves, mais je fais quoi maintenant ?"
" 150c'est jouable" me dit-il 't'es bien, fonce"
"Fredou, super merci d'etre venu, comment va Furet, put... on était inquiet"
"Chico, Nat, je suis content !"

A 7 heures je suis51 ème au classement, c'est comme à Eppeville la claque, je ne veux pas ! je vais remonter, c'est décidé !

23- 24ème heure:
" vas-y mimi" me crie Chico "t'es bien, faut plus rien lacher, les 160 tu peux"
"Je suis mort Christian..." "non mimi, regarde tu cours avec le relais" "oui Mademoiselle, emmenez-moi quelques mètres, je prends votre roue"

Merde j'ai une boule dans la gorge, je suis dans la petite bosse, je ne regarde pas Chico, je le sens à coté de moi, je pense à quelqu'un qui m'est cher et me dit en moi-même: "tu te rends compte, mmi, tu as le vice champion de France qui court à tes côtés, Pap.. tu vois, tu es fier quand même ?"

PAN, PAN !
"bougez plus monsieur" me crie une voix !
"Ok "
"posez votre dossard, l'officiel va vous comptabiliser "
"Merci"



FIN: 36 eme classement general,153 , 6km

C'est le podium des femmes, je suis fier de voir Annick avec sa belle coupe, elle est radieuse avec Nathalie !

Je suis ému, j'ai encore des nausées, je suis pâle me dit-on partout, je suis dans la voiture, mes amis sont sur le stade, je suis ailleurs et pourtant si près.



MERCI à TOUS !

PS: j'aimerais tant ne rien avoir oublié, mais ne m'en veuillez pas si dans mon récit, j'ai été aussi maladroit que dans ma course en oubliant de vous citer, ce n'est pas parce que vous n'êtes pas dans les écrits de ce CR que vous n'êtes pas quelque part dans ma mémoire :-)

--
mmi

Aucun commentaire

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Votre annonce ici !

Accueil - Haut de page - Aide - Contact - Mentions légales - Version mobile - 0.3 sec
Kikouroù est un site de course à pied, trail, marathon. Vous trouvez des récits, résultats, photos, vidéos de course, un calendrier, un forum... Bonne visite !