Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2011, par grfl

L'auteur : grfl

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 13/10/2011

Lieu : ST PHILIPPE (Réunion)

Affichage : 747 vues

Distance : 163km

Objectif : Pas d'objectif

2 commentaires

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Le récit

  

Parcours

 

L'épreuve consiste en la traversée de l'île.

Le départ est donné dans le sud-est, à Saint Philippe. Nous entamons ainsi la course par l'ascension du Piton de la Fournaise et poursuivons ensuite nos efforts dans les cirques naturels de l'île, parmi lesquels Cilaos et Mafate

 

Chaleur, froid, humidité, brouillard, pluie sont généralement au programme.

 

Nous allons affronter des paysages volcaniques, des sentiers boueux, des forêts denses et touffues, des montées abruptes, des descentes vertigineuses.

 

Vu la distance, le dénivelé positif et le terrain, cette course a le surnom de Diagonale des Fous.

 

Avant-Course

 

Arrivée sur l'ile le dimanche 09 octobre.

Nous sommes logés à Saint Gilles sur la côte Ouest

Le départ est jeudi à 22h00, nous avons donc le temps de dévouvrir un peu l'île.

Plage, randonnées dans les cirques sont au programme avant de rentrer dans le vif du sujet.

 

Mercredi, la pression monte d'un cran avec le briefing et la récupération des dossards à Saint Denis.

Le stade de la Redoute est plein et on patiente une bonne heure avant d'obtenir notre précieux sésame.

Puce au poignet, sac de vie, tee shirt de course : nous sommes parés.

Une longue file de trailers serpente à travers le stade pour obtenir les cadeaux des partenaires.

Nous préférons boire une dernière dodo et rentrons sur Saint Gilles impatients d'être le lendemain.

 

L'après midi d'avant course est consacrée à la préparation des sacs et à la sieste.

Cap Méchant – Départ 22h00

Nous quittons Saint Gilles vers 17h00 pour rejoindre le sud de lîle.

Les filles sont parties en voiture le matin voir le volcan, nous empruntons donc les navettes de bus.

2h30 de trajet, dans le silence et la concentration.

Le départ approche et nous arrivons au Cap Méchant peu avant 20h00.

Il ne pleut pas malgré les prévisions et c'est tant mieux.

 

Nous retrouvons notre équipe de suiveuses attablée dans un restaurant. C'est important de savoir que les filles vont nous suivre et soutenir pendant notre périple.

Après avoir laissé nos sacs d'assistance, nous rentrons dans le stade. Pointage, vérification du sac : ça y est nous sommes prêts à en découdre.

L'organisation est rigoureuse et il nous est interdit de ressortir du stade ou d'échanger des affaires avec les spectateurs.

Je manque de me faire disqualifier en renvoyant une paire de chaussettes que je ne compte pas utiliser à Marion.

Après explication, il semblerait que certains concurrents récupèrent des produits dopants ou se délestent du matériel obligatoire une fois le contrôle des sacs effectués.

Nous sommes donc parqués derrière les barrières, les filles sont à 2 mètres de nous.

 

A quelques minutes du départ, nous nous rapprochons de la ligne : l'ambiance est détendue et festive mais sans plus.

L'appréhension et la tension sont bien présentes.

J'ai une boule au ventre, me sens fiévreux et malade : je n'ai qu'une envie : prendre le départ.

 

depart.jpg

 

 

22h00, c'est parti pour la Diagonale des Fous, enfin !

C'est une véritable marée humaine qui nous pousse. 2350 fous sont lâchés !

Les 2 premiers kilomètres se font en courant dans St Philippe.

Déjà les premières chutes, un concurrent perd son dossard, un autre laisse tomber son bidon.

J'ai le sentiment que nous allons vivre une course hors normes pendant 50h (voir plus...)

Le public est nombreux le long de la route, ça donne des ailes mais attention au sur-régime.

A la sortie de St Philippe, nous attaquons la montée au volcan.

Jusqu'au 15ème km, une succession de faux plats montants sur un chemin plutôt roulant.

 

J'alterne marche et course pour ne pas me mettre dans le rouge.

Il fait chaud et je transpire beaucoup. J'ai l'impression d'être parti trop vite.

Bart et Chris sont un peu plus loin devant.

 

Kiosque Basse Vallée – 00h02 – 15 Km

 

2h de course et déjà le 1er ravitaillement après 15 km et 690 m +

Je ne m'arrête pas et attaque le début de la véritable montée au volcan.

La pente est  très raide sur ce sentier très étroit en forme de rigole, composé de pierres, rochers et racines. C’est très humide et glissant.

Impossible de doubler, nous progressons en file indienne. Le rythme me convient bien.

Après 1h30 de montée, la végétation commence à s’éclaircir. Nous sortons de la forêt et devinons au-dessus de nous une longue guirlande de frontales.

Le froid s’est installé, et à ma grande surprise je double déjà des concurrents assis sur une pierre à moitié endormis.

J’en profite pour changer de tenue, tee shirt long + coupe vent + bonnet et repart en direction du sommet.

Je commence à trouver le temps long dans cette montée, pourtant l’arrivée est encore loin.

Toutes les 15 minutes, je regarde mon altimètre pour connaître le dénivelé.

Ce petit jeu m’occupe pendant près de 2h et sans m’en rendre compte j’arrive au ravitaillement de Foc Foc à 2350 m

 Foc-Foc – 03h52 – 23 Km 

Je retrouve Christophe qui me paraît en forme.

Ravitaillement express car il fait froid. Je me sens un peu endormi et ne veux pas m’éterniser.

Nous repartons au pas de course direction le Volcan. Le chemin est agréable et roulant à travers cet immense plateau volcanique.

Je dors à moitié et suit Christophe tant bien que mal.

J’attends avec impatience le lever du soleil.

Il fait encore nuit et nous devinons à notre droite les ombres des masses volcaniques qui nous entourent.

Les 7 km séparant les deux ravitaillements sont avalés en moins d1’h

 

Volcan – 04h41 – 30 Km

 

Pause rapide, une soupe, un verre de coca, poche à eau remplie et c’est reparti

Après une longue partie à travers la plaine des sables, nous attaquons un raidillon qui nous mène à l’Oratoire Sainte Thérèse. La vue est prenante et magnifique avec le lever du soleil.

Une courte descente technique sur des pierres volcaniques nous amène au Piton Textor.

Piton Textor – 06h15 – 40 Km 

Nous sommes au 40ème km

Je fais un premier bilan après 8h de course.

Pas de blessures et de douleurs, les jambes répondent parfaitement.

Je me sens bien et suis rassuré même si je tousse et suis plus sensible au froid que d’habitude.

Grosse ambiance au ravitaillement. Ca réconforte et motive.

Je suis toujours en compagnie de Christophe qui a de bonnes sensations également.

Le soleil se lève, ça réchauffe les corps.

Mais après la nuit et le froid, c’est la boue qui s’invite.

Le parcours est moins lunaire mais bien plus glissant.

Nous descendons sur Mare à Boue à travers la verdure.

J’apprécie ce passage qui se rapproche des paysages alpins.

Il faut cependant être vigilant pour éviter les glissades.

3km de route nous mène au ravitaillement où nous devons retrouver Karine, Marion et Vanessa.

Avec Christophe nous alternons marche et course et arrivons au ravitaillement.

 

Mare à Boue – 07h57 – 50 Km

 

Le poste est tenu par l’Armée. De grandes tentes sont plantées au milieu d’un vaste champ.

Les filles arrivent quelques minutes après nous, elles ont commis une petite erreur de parcours pour trouver le ravitaillement.

Nous décidons de stopper ¾ h et retrouvons Bart qui est là depuis 20 mn.

Je me sens bien musculairement mais j’ai l’impression d’être fiévreux et tousse beaucoup.

J'ai beaucoup transpiré dans la montée au Volcan, je me dis que j'ai laissé une partie des microbes en route.

 

Cette pause me fait le plus grand bien, j’en profite pour bien m’alimenter et changer de chaussettes.

La route est encore longue mais le moral et l’envie sont là.

 

Hellbourg – 14h21 – 71 Km

 

Nous quittons la Plaine des Palmistes pour se diriger vers le cirque de Salazie.

Au programme la fameuse forêt de Bélouve et la descente sur Hellbourg, soit 20 km plutôt tranquilles paraît-il.

En raison des fortes pluies des derniers jours, il était question que la course soit détournée pour éviter la forêt qui peut vite se transformer en champ de boue impraticable.

Au briefing de départ, l’organisation nous informe que la décision sera prise pendant la course.

Entre coureurs, diverses informations circulent. Nous ne savons pas sur quel pied danser ou… courrir mais ne connaissant pas le parcours nous n’accordons pas beaucoup d’importance à cette éventuelle modification.

Une première descente nous alerte sérieusement sur la difficulté à venir.

Un mur glissant et boueux où la seule solution pour ne pas chuter et de s’accrocher aux branches d’arbres qui nous entourent. Je trouve ce passage plutôt ludique.

Une bonne mise en jambes !

La suite : un véritable bourbier pendant 10 km : épaisseur de boue de 20 cm, flaques d’eau, racines, rocher, cailloux. Tout y est et nous mettons près de 4 h pour franchir la forêt.

Cela n’en finit pas. A chaque fin de montée, nous espérons voir la route mais c’est pour mieux replonger dans la boue et la ravine suivante.

Je me retrouve 2 ou  3 fois les fesses dans le bourbier.

J'essaie de bien assurer mes pas tout en veillant à m'économiser.

 

Bart est 10 mn devant et je traverse cette portion avec Christophe.

Cette partie n’est pas à son goût et il laisse beaucoup de forces dans ce passage.

A ma grande surprise je passe plutôt bien la forêt en m’efforçant d’avoir des pensées positives. Je mets un pied devant l’autre en ne pensant à rien d'autre que avancer.

 

Je suis cependant soulagé de sortir de la forêt pour atteindre le Gîte de Bélouve.

Christophe préfère ralentir et j’attaque la descente sur Hellbourg en trottinant malgré la technicité du terrain.

Je me sens bien même si j’ai les pieds trempés et les jambes couvertes de boue.

 

J’arrive à Hellbourg et retrouve Bart qui s’apprête à quitter le ravitaillement.

C’est toujours aussi humide, il tombe une légère pluie fine.

Je ne vois pas Christophe arriver et décide de ne pas l’attendre.

J’en profite pour avaler 2 soupes, me nettoyer et sécher les pieds et repart 15 minutes après à l’assaut du Gîte du Piton des Neiges.

 

Gîte du Piton des Neiges – 18h24 – 80 Km

 

1500 m de montée raide, avec certains passages qui s’assimilent plus à de l’escalade que de la course à pied !

Je trouve un rythme correct et monte au train sans m’arrêter, j’entraîne un réunionnais qui me suivra toute l’ascension.

J’atteins le cap anglais en un peu moins de 3h.

Encore 1h de montée et de traversée pour atteindre le Gîte.

Et là gros coup de pompe sur ce passage. Je m’arrête 5 mn sur un rocher : plus de forces, plus d’envie et qu’une chose en tête : dormir !

Je prends 2 barres céréales, un coup de fouet, passe un coup de fil à mon Papa : sans vraiement comprendre comment, je retrouve rapidement des forces et finit en courant la dernière portion avant d’arriver au ravitaillement.

J’atteins le Gîte regonflé mais légèrement somnolent.

 

Cilaos est en dessous, 1200 m plus bas, englouti dans une mer de nuage

Nous dominons le Cirque.

 

Une courte pause et plongée sur Cilaos où il est prévu une longue pause et surtout les filles sont là à nous attendre. J’ai hâte de revoir Marion.

  

Cilaos – 20h35 – 88 Km

 

La descente est raide, je retrouve mon pote réunionnais que j’ai traîné dans la montée. Là c’est lui qui ouvre la route. Nous descendons en courant sautant de rochers en rochers et doublons de nombreux concurrents.

Le soleil se couche rapidement et c’est parti pour une 2ème nuit.

Mon ouvreur se tord légèrement la cheville et préfère ralentir. Je continue seul au pas de course.

 

Je rejoins un groupe de coureurs que je compte dépasser rapidement. Mais ce sont une quarantaine de coureurs qui de suivent.

La fin de la descente se fait en file indienne en marchant.

Chaque coureur descend tranquillement sans doubler sauf  2 réunionnais qui nous dépasse !

J'échange quelques amabalités avec l'un d'entre eux en mémorisant bien son numéro.

Je voulais savoir si il avait terminé ou non le Grand Raid mais impossible de se souvenir de son dossard aujourd'hui...

 

Ca n'avance pas assez vite à mon goût.

C’est frustrant et ça m'énerve surtout que je me sentais bien et voulais gagner du temps sur la suite.

Je me répète sans cesse que la course est encore longue, que ce ralentissement me permet d'économiser mes jambes mais je n'arrive pas à positiver.

Tout sentiment est amplifié avec la fatigue

 

Je ne comprends toujours pas comment au bout de 80 km nous trouvons encore des ralentissements.

Trop de difficultés sans doute et pas assez de portions roulantes pour étirer le peloton.

Bref, passons à autre chose...

 

J'atteins enfin le Bloc, fin de la descente.

Il reste 2 km de route goudronnée arriver à la base vie de Cilaos.

Je courre suis frustré, j’ai encore les jambes et l’envie, même si je devine et ressens de bonnes ampoules sous la voûte plantaire.

500 m avant le pointage à l’entrée de Cilaos je devine dans la nuit une silhouette qui m’est familière. J’accélère et retrouve mon Bart qui marche frontale éteinte.

La route et la fin de la descente ne sont pas à son goût et il traverse un moment difficile.

C’est ensemble que nous arrivons au ravitaillement et retrouvons les filles qui nous attendent depuis midi.

Un peu de lassitude et beaucoup de fatigue mais quelle joie de retrouver Marion même si elle ne m’a pas reconnu dans la nuit…

Bart part se coucher directement.

Etant en avance sur le timing fixé et surtout large par rapport aux barrières horaires je décide de stopper 3 heures voire plus.

Je sens mes pieds douloureux et sais qu’en raison de l’humidité et de la boue j’ai du attraper de belles ampoules. Près de 24h que mes pieds sont enfermés dans des chaussures détrempées.

Passage obligé à la tente des podologues. Soins, pansements et chaussettes sèches et je rejoins les filles qui nous attendent aux abords du stade.

Impossible pour elles d'accéder au ravitaillement ; elles ont donc établi un petit camp : couvertures, affaires de rechange : tout y est et c'est le top !

Marion m’a trouvé du sirop et prend soin de moi ; c’est réconfortant et motivant.

Vanessa me masse même si je me sens bien musculairement.

Malgré le froid et la longue attente, elles étaient là et ont assuré.

  

Après ce bon moment, je suis prêt à repartir sans dormir, je me sens étonnamment bien mais Marion m’oblige à aller me reposer.
Elle a raison car je risque de le payer par la suite. Je me rends compte que je ne suis plus trop lucide sur mon état et me résous donc à aller me coucher.

Je file à la cantine coureur pour avaler un repas chaud et croise Christophe qui arrive.

Il n’est pas au mieux depuis Hellbourg. Il compte se reposer et dormir et fera le point à son réveil.

Je lui dis ne pas lâcher et qu’un peu de repos lui fera que du bien.

 

Je rejoins Bart dans la tente n°3 et m’allonge sur un lit de camp, enroulé dans une couverture.

Il fait froid, c’est bruyant et je suis tellement excité que je n’arrive pas à trouver le sommeil.

Je somnole pendant 1h en dormant véritablement pendant 15mn.

Un texto de Bart me sort du lit pour repartir. Que c’est dur de se motiver, ressortir dans le froid, remettre ses baskets humides.

Allez plus que 70 bornes, je ne vais pas lâcher maintenant alors que je n’ai pas de gros problèmes à part la fatigue et la toux.

 

Pied du Taibit – 02h04 – 96 Km

 

Bart et moi reprenons la route après cet arrêt réparateur.

Prochaine difficulté : le Col de Taibit, porte d’entrée dans le cirque de Mafate.

 

Nous redescendons sur la cascade de Bras Rouge qui nous mène au pied du col.

L’ascension débute, ça monte dur et retrouvons la route où un ravitaillement nous attend. Un café et une soupe et c’est reparti.

Nous montons tranquille à un rythme régulier. A chaque virage nous pensons arriver au Col mais le chemin grimpe encore et encore. Après une dernière grosse pente nous atteignons enfin le col.

Tout au long de la montée nous avons dépassé des coureurs endormis au bord du chemin, frontale allumée ou enroulé dans la couverture de survie.

 

Nous sommes fatigués mais à deux on s’encourage.

 

Ca y est nous sommes dans Mafate, le soleil pointe le bout de son nez. Il est presque 4h du matin et une longue journée dans le cirque nous attend.

Le cirque de Mafate est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Pour y entrer il n’existe que deux voies : celle des airs et celle des sentiers de randonnée.

Donc une fois engagé dans le Cirque, obligation d’en ressortir : pas d’abandon possible durant cette traversée d’environ 30 km !

Nous plongeons rapidement vers Marla, prochain village. La descente est vertigineuse et piégeuse. La fatigue nous oblige à redoubler de vigilance et de bien assurer chaque pas.

 

  

Marla – 04h27 – 102 Km

 

Marla, village perdu au pied du Taibit.

On s’attable pour manger : le fameux carry poulet.

J’ai sommeil et donc froid : qu’une envie : dormir.

Mais ce n’est pas le moment de s’arrêter ; il faut avancer en attendant le soleil et la chaleur.

Nous repartons en suivant des sentiers perdus au fond du Cirque, entourées par des murailles.

C’est beau et envoûtant ; on se sent minuscule face à cette nature majestueuse.

 

mafate.jpg
 

Trois Roches – 05h44 – 105 Km

 

Nous arrivons à Trois Roches, point de ravitaillement en bord de rivière.

La rivière serpente et plonge sur des à pics rocheux vertigineux. Tout est démesuré autour de nous.

Ca monte, ça redescend sans cesse.

Pas de stop à Trois Roches, nous avons hâte d’atteindre Roche Plate, village que nous avons aperçu 4 jours plutôt au cours d’une ballade.

 

Roche Plate – 07h16 – 110 Km 

 

Arrivés à Roche Plate, nous prenons 10 minutes pour se reposer et se ravitailler.

Il fait jour et la tête et le corps se réveillent.

Je commence à en avoir plein les jambes.

Cette succession de montées et descentes a fini de me ruiner les cuisses et je profite au maximum de chaque ravitaillement pour faire le plein d’énergie.

 

Ilet des Orangers – 08h44 – 115 Km

 

Nous montons à la Brèche pour redescendre sur l’Ilet des Orangers.

Le chemin suit la rivière des galets ; c’est toujours aussi cassant.

Ce n’est pas un chemin mais plutôt un amas de pierres énormes qu’il faut enjamber pour avancer.

Une courte mais raide montée nous amène au village.

Nouveau stop de 5 minutes. Il commence à faire chaud et le prochain ravitaillement est annoncé dans 3h.

C’est reparti avec dans un premier temps une terrible descente pour rejoindre le fond de la vallée et la rivière.

Poussière, pente, chaleur : tous les ingrédients sont là pour accentuer la difficulté du terrain.

Nous traversons une passerelle et remontons pendant 20 minutes. Le ravitaillement est là ; à 10 minutes à vol d’oiseau. Nous mettrons encore près d1h30 pour l’atteindre.

Bart commence à souffrir du tendon d’achille et chaque pas pour moi est une souffrance : j’ai les pieds en sang. Je serre les dents et m'efforce de ne pas y faire attention.

On se motive, avançons plus par rage que par envie et arrivons enfin à Deux Bras, deuxième base vie de la course.

 

Deux Bras – 11h18 – 125 Km

 

Ce ne sont pas deux bras qu’il me faudrait mais plutôt deux pieds.

Je file directement vers le coin podologue tandis que Bart va se faire soigner les tendons.

Pendant près d1/2 h, 2 médecins s’affairent sur mes pieds : superbe travail car je repars les pieds comme neufs, protégés par 3 km d’élasto et 2 liltre d’éosine.

Nous avalons un énième carry poulet, changeons de tenue ; c’est la dernière ligne droite qui nous attend.

Il reste encore près de 12h de course mais nous sommes plus proches de la fin que du début. On ne peut pas lâcher maintenant.

Je me dis à cet instant qu’il faudra un cataclysme pour que j’abandonne.

On appelle Christophe qui est à 3h derrière. Il tient le coup et avance. Trop bon !

 

Dos d’Ane – 15h12 – 130 Km

 

Sortie de Deux Bras et grosse montée pour rejoindre Dos d’Ane.

Les réunionnais appellent ce passage le mur !

C’est simple : pas de lacets, juste une montée raide de 600 m + avec échelles et gros blocs de pierre.

 

montee_dos_dane.jpg
 

Même tactique que pour les autres montées : rythme tranquille mais régulier sans pause.

A la fin, le chemin se radoucit et nous retrouvons notre team qui nous attend.

Je tombe dans les bras de Marion qui court vers moi ; j’ai envie de pleurer ; un mélange de joie, de fatigue, de ras le bol et de bien être. Difficile à expliquer !

 

On redescend sur Dos D’Ane accompagné des filles pendant 10 mn.

Au ravitaillement, je m’allonge sur le goudron les jambes en l’air pendant 5 minutes. Je pourrais m’endormir.

 

La Possession – 17h22 – 141 Km

 

Allez 10 km de descente pour rejoindre la civilisation et la ville de La Possession.

D’après les locaux la descente est roulante et rapide … on ne doit pas avoir la même définition du mot roulant.

C’est raide et vallonné au début en raison des ravines à traverser.

La suite est moins difficile mais tout aussi piégeuse avec des racines et pierres qui font office de chemins.

Arrivée à La Possession, c’est dur de positiver même si l’arrivée est dans 20 km
Je suis fatigué physiquement c’est normal mais surtout j’ai un sentiment de ras le bol qui m’envahit : je ne m’attendais pas à un terrain aussi difficile et suis frustré de ne pas pouvoir avancer plus vite.

Les filles qui nous attendaient au ravitaillement ont du mal, à juste titre, à comprendre notre état d’esprit et essaient de nous motiver comme elles peuvent.

  

La Grande Chaloupe – 19h51 – 146 Km

 

A partir de là nous fonçons dans l’inconnu.

L’arrivée est si proche et si loin en même temps.

Nous devons rejoindre la Grande Chaloupe par le Chemin des Anglais.

Ce chemin pavé de dalles ne présente pas de difficultés majeures mais avec la fatigue et après 45h d’efforts, il peut vite se transformer en chemin de croix

Impossible de courir, chaque pas se transforme vite en douleur sur ces dalles irrégulières.

La nuit commence à tomber et nous mettons près de 2h pour parcourir 5 km

La tête de course du semi-Raid parti le matin même nous rattrape et c’est démoralisant de se faire dépasser toutes les 2 minutes par des fusées.

La fin du Chemin et la descente sur La Grande Chaloupe sont un calvaire pour moi : je dors à moitié, n’est plus aucune tonicité dans les jambes et les pieds en feu.

Au ravitaillement je m’allonge de nouveau 5 minutes par terre.

Au prix d’un terrible effort, je me relève pour repartir.

Bart m’attend et me motive.

 

Colorado – 23h13 – 156 Km

 

Encore 600 m de montée avant de rejoindre Colorado. Ensuite il nous restera plus que 5 km de descente.

Nous attaquons par une raide montée au milieu des dalles, dans la nuit noire.

Je dors à moitié et commence à avoir des hallucinations : je suis persuadé de voir des parapluies et des cochons sur le bord du chemin !

Mais j’avance à un bon rythme en essayant de faire abstraction de tous les sentiments et sensations qui m’envahissent.

Nous rejoignons Saint Bernard et devinons Colorado au loin.

Il nous faut encore 1h30 pour rejoindre le ravitaillement : après 3 km de bitume en faux plat montant, nous plongeons dans le parc de Colorado : racines, pierres et humidité sont au rendez-vous.

C’est tout sauf une partie de plaisir : nous montons, redescendons, tournons, remontons….

Nous arrivons au dernier ravitaillement soulagés mais tellement pressés d’en finir

Je m’assois 5 minutes sur une chaise, change les piles de ma frontale, avale une soupe et repars avec Bart pour la dernière descente.

 

La Redoute – 01h15 – 161 Km

 

Saint Denis est là tout proche. Nous apercevons le stade où est jugée l’arrivée.

Et c’est reparti pour une succession de passages jonchés de gros blocs de pierres, de racines.

Nous faisons sans cesse des détours et nous avons l’impression que le stade s’éloigne.

Je descends sans en mot pendant que Bart souffre de plus en plus des tendons d’achille.

Tous les 10 mètres nous nous arrêtons pour laisser passer les concurrents du semi-Raid qui descendent comme des chamois.
C’est interminable et c’est avec soulagement que nous apercevons les filles au pied de la descente.

 

Je n’arrive pas à réaliser que je vais terminer la Diagonale des Fous : sans doute la fatigue et le manque de sommeil qui me font perdre de la lucidité.

J’ai également le sentiment de ne pas avoir pris autant de plaisir que j’espérais : terrain trop difficile et technique par rapport à nos chers sentiers alpins.

 

Je cours la dernière ligne droite accompagnée de Marion et franchissons la ligne d’arrivée main de la main.

C’est important pour moi de partager ce moment avec elle.

 

Au bout de 51h de course, j’ai atteins mon objectif : terminer cette course hors norme.

Plusieurs sentiments m’envahissent : joie, fierté, soulagement mais également un peu d’amertune.

 

L'arrivée se fait dans un relatif anonymat : pas de musique, pas de speaker.

Difficile d'extérioriser ses émotions dans ce contexte.

 

arrivee.jpg

 

  

Après course

 

Un rapide repas et nous rentrons sur Saint Gilles.

Coucher à 3 h et réveil à 7h pour retourner à Saint Denis accueillir Christophe.

Réveil plus que difficile mais pour rien au monde je ne raterais son arrivée.

 

Il franchit la ligne à 9h du matin après 3 nuits dehors dont la dernière seul et blessé au genou.

Chapeau Christophe, suis admiratif

 

Une dizaine de jours après cette aventure hors norme, je repense souvent à tous ces moments incroyables vécus.

Nous avons souffert 80 % du temps mais se sont les 20 % restants que je retiens aujourd’hui.

J'ai juré que l'on ne m'y reprendrais plus une fois la ligne d'arrivée franchie : je n'en suis plus si sur au moment où j'écris.

De là à recommencer pour améliorer mon temps….

 

Je me remémore les magnifiques paysages traversés, les moments de galère, de joie, de rage, de bonheur.

Tout est mélangé pour ne finalement retenir que le positif

 

Merci aux filles pour leur soutien et disponibilité.

Si nous finissons tous les 3 c'est aussi grâce à elles.

 

Nous avons été assaillis de messages d'encouragement tout au long de la course : pas toujours pratique de répondre dans l'instant mais tellement réconfortant et motivant de les lire : MERCI

       

 

2 commentaires

Commentaire de KikourOtreize posté le 28-10-2011 à 19:16:47

Merci beaucoup pour le récit,quelle belle aventure.J ai suivi la course sur le site http://ilela.re, bravo!! vous êtes tous des champions merci.

Commentaire de helmut posté le 28-10-2011 à 22:19:09

Salut, j'ai suivi ce raid 2012 depuis mon ordi car 2 potes faisait partie des finnischers et j'allucine devant tant de motivation. BRAVO Ce recit ma transporté dans une autre dimension. Merci et encore B R A V O . Olive de DIGNE dit helmut

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