Récit de la course : La Course de la Vente des Vins 2012, par Benman

L'auteur : Benman

La course : La Course de la Vente des Vins

Date : 17/11/2012

Lieu : Beaune (Côte-d'Or)

Affichage : 795 vues

Distance : 21.1km

Objectif : Faire un temps

2 commentaires

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Pommard m'a tuer

Vous avez toujours rêvé de voir les effets de l'alcool sur des coureurs de bitume?


...Eh bien vous ne le saurez pas, car j'ai décidé à l'image de Philippe Rémond de résister à l'appel de la bouteille!



Adieu les larmes voluptueuses des Climats de Bourgogne bien carafés, qui coulent délicatement dans des écrins de verre aux couleurs éclatantes...


et bonjour les sueurs volumineuses de coureurs toujours verts qui courent de façon épatante pour ne pas rester en carafe sous le climat incertain de cet écrin de Bourgogne. 

Oui, j'ai enfin décidé de profiter de la vente des vins des Hospices de Beaune pour participer au semi, de manière à pouvoir dire avant d'être à l'hospice que j'étais capable d'une Beaune performance, ce dont je me semi-vante enfin, en vain... 

 Le décor est planté, le départ va être donné sous de beaux hospices; pour moi, il sera sous de bons auspices.

Certains coureurs se préparent vainement pour la Sainté-Lyon en avalant une petite reconnaissance nocturne la veille au soir. Seront-ils lents demain?

Je les encourage en leur rappelant que la reconnaissance ne s'acquiert pas forcément en restant en éveil le soir avant d'avaler du lion dans des vêtements cintrés le lendemain.


Enfin, l'heure du départ approche. 

Les coureurs se farcissent une brochette de personnalités qui leur apprennent des choses essentielles comme savoir délicatement rouler une galoche à un micro.

Le monsieur à droite est un champion paralympique pour qui le papillon se nage à une main, c'est certain.

Son voisin à gauche n'est pas la Magloire de ses pairs, et papillonne à sa main; sa fourrure déclenchera le fou-rire de certains.

 

Pendant ce temps, une armée de marathoniens qui veulent faire du semi leur jardin attendent qu'un coup de pistolet salvateur les délivrent de tout ce monde.

 

un coureur se croit plus malin que les autres, et décide de courir avec un torchon rouge au bout d'une pique pour être sûr de se faire repérer sur les photos. Personnellement, je préfère piquer la tête, même si de toute évidence je suis sur la photo. 


Parfois, la folie n'est pas que dans le peloton.

Une pseudo héroïne en 16/9è pour qui plus Belle est la Vie, décide de faire détaler la foule au son du Remington en nous demandant de compter jusqu'à 007.

L'ivresse de l'attente me rappelle alors que nous ne sommes pas là en vain, et qu'au bout de cette route des vins, viendra probablement l'ivresse de la gloire, Ma gloire.

Pan c'est parti, les premières foulées sont celles du libéré. 

L'envie d'arriver avant les bouchons me donne une démarche futée, et tel un bison, je me présente à l'orée des vignes et des chemins étroits dans une position largement meilleure qu'un missionnaire en goguette.

 

Déjà un long serpentin commence à s'étaler dans ces vignes millénaires.

les premières descentes succèdent à des faux plats pour l'instant bien avalés. Partant du principe que ce qui est avalé n'est plus à valoir, je chasse de groupe en groupe à la recherche d'une grappe de coureurs me permettant de ne pas égrener mon énergie seul au milieu des vignes.

L'organisation avait particulièrement bien revu sa partition. Les râles des coureurs éreintés, le souffle rauque, couvrent à peine le délicat pincement des cordes de ces guitare-héros qui en pincent pour un rock frèle et rythmé. 

Les gobelets bien classés, remplis d'un liquide dyonisant, écoutent bien sagement la mélopée avant de finir gouleillement dans le gosier sec de quelque coureur peu concerné par le classement.

 


Cette vision sonore me remue tous les sens, et je m'honore de franchir le ravitaillement sans être trop liquide.

 


Le chateau de Meursault pointe ses élégantes tours. Nous en ferons le tour pour déguster d'élégantes pintes d'eau.

Dans ma tête commence à reprendre la petite musique du rythme à tenir: à 4'15" au kilo, l'addition ne devrait pas être trop lourde.

L'objectif est de tout faire tenir sur un disque de 90 minutes. La face A se grave en 45 minutes. Si la face B n'est pas plus grave, l'hymne à la joie pourrait devenir aigu.

MAIS....

J'avais oublié que si elle d'or, la région est d'abord une côte.

Au diable Meursault, Monthelie et Pommard. Vous nous rappelez que vous êtes aussi des Côtes de Beaune. Avant de vous avaler tout crus, vous nous faites miroiter une bonne descente. Maintenant nous savons qu'avant toute descente de grand cru, notre âme doit s'élever. En s'élevant ainsi, certains vague-à-l'âmes se rappellent à nous.  

Des coureurs titubants se raccrochent à des mains tendues en espérant une rédemption. La course devient tendue et je dois prendre mon courage à deux mains pour continuer à espérer.


Enfin, la délivrance approche. Si la descente avait été en pente douce, nous aurions tous enlevé nos maillots pour plonger vers Beaune. Mais la pente est bientôt aussi raide que mes jambes.

Je reprends à larges foulées quelques mètres sur mes compagnons. Je me prends pour un maître dans la pente, mais après une telle descente, le plat qui suit me paraît bien indigeste.

Le panneau Beaune arrive quand mon coeur fait boum.

Dans la foule commence à se murmurer que le disque risque d'être trop court. Après la face A et la face B, je crains la fessée.

 

 

 

Je rallonge le pas qui en devient pressé. Après tout, si je cours, c'est un peu pour l'amour du disque.

 

 

 

 

Les beaunois hurlent "Benoît"! Je fais tout pour ne pas faire un temps à la noix. A ce rythme je risque de finir le cerneau en compote.


 

A quelques encablures des hospices, je suis dans un état de fraicheur qui ferait flétrir toutes les dates de péremption.

De manière péremptoire, je décide de considérer que dans mon état, je ne suis plus très chaud pour finir frais.

Je pousse la machine jusque sous l'arche, et le coeur noué, je m'arrache l'échine pour passer la ligne.

 

 Mon temps est compté: aux 90 minutes se sont ajoutées 90 secondes.

  

Au final, je me satisfais de ce ninety ninety, de toutes façons, j'étais à cent pour cent.

Je me rappelle alors que cela fait un record de plus à mon arc.

J'ai recherché en vain à expliquer l'effet de l'alcool sur les coureurs de bitume, par contre, j'ai bien senti l'effet du bitume sur mes guiboles de coureur.

Dans les côtes de Beaune, j'y ai toujours cru. 

Certes, Pommard m'a tuer, mais ce millésime restera pour moi un grand cru.


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Crédit photos : Site Le Bien Public,  ÓSD - site Lepape-info.com, site facebook semi vente des vins, photo 21.

2 commentaires

Commentaire de Eric Kb posté le 26-01-2013 à 09:31:43

Beaujeu de mots ( zut me suis trompé de vignoble ) et belle course !

Commentaire de fulgurex posté le 04-03-2013 à 07:08:05

Même si j'avais raté l'ouverture, un tel récit est un grand cru qui ne s'évente pas facilement.
Un double record (jeu de mot anglophone): celui du récit mais aussi celui du chrono!
Quand on connait le parcours, on peut évaluer le mérite du 90-90

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