Récit de la course : Tor des Géants 2014, par Xaven

L'auteur : Xaven

La course : Tor des Géants

Date : 7/9/2014

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 550 vues

Distance : 321km

Objectif : Terminer

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AU COEUR DU TOR 2014

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En voyant cette banderole un novice pourrait penser: Il y a un rallye automobile dans le coin ?! Ca doit être long 330 bornes en 4*4….  

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La décision d'y participer c’est prise en 2013, puisque j’ai tenté, mais sans succès,  la loterie pour être sélectionné. Cette course est  dans les critères qui me font oser ce genre de défi; une distance et course mythique, la duréemaximum pour terminer estla plus longue (150 heures maxi) que ce que j’ai terminé jusqu’à présent (73 heures).   

La préparation:  

 A partir de mars, des randonnées en montagneet du multi-activités à allure lente, vélo, vtt, roller, Via Ferrata, le tout  mixé avec de la Course d’orientation et des Raids pour le rythme. Une alerte sérieuse à la voute plantaire début juin m’a contraint à ralentir un peu. En Juillet, un 73 km qui m’inquiète un peu plus car j’ai toujours cette douleur et la veille de cette course, j’ai mal en marchant... Finalement la douleur ne sera pas plus intense en course et je la terminerai sans trop de problème. Mais cela me confortera dans l’idée de prendre un modèle de chaussure beaucoup plus confortable (je deviens adepte des HokaStinson). Et cela marche puisque en août, le gros de la prépa(environ 60 heures)sera fait sans problème avec 2 trails de 40km et 1 semaine de rando entre les 2 à allure lente.   

Un total d’environ 40h par mois et 60hpour le seul mois daoût(réparti sur des sorties de 1 à 12h)  

  

Les 15 derniers jours:  

Tu es à l’écoute de ton corps. Tu analyses la moindre petite douleur, le moindre petit bobo, tu t’inquiètes sur la petite tension inhabituelle. En fait ton corps se prépare, tu lui as envoyé des messages inconsciemment, et il sait qu’il va se passer un gros truc dans pas longtemps. Alors il fait les derniers réglages… Tu n’oublies jamais de mettre des chaussons à la maison depeur de te prendre le coin du meuble dans le pied quiruinerait ton objectif. Surtout ne pas tenter la sortie longue de trop. Il faut faire du jus.  

Tu revérifies une énième fois le matos, mais sans tomber dans le piège d’acheter le produit miracle de dernière minute, ou la potion qui te fera gagner 0,0001 km/h et risquera de ruinertes espoirset surtout dalléger leportefeuille pour rienMa potion c’est fruits secs, cacahuètes, crème de marrons et pom-pote…  

Tu te poses beaucoupde questions du style, me suis-je assez entraîné? Ai-je fait assez d’altitude? 330 km ce n’est pas un peu trop long?   

La préparation mentale, ellese fait souvent pendant tes sorties où tu visualises la courseJe me suis préparé aux moments difficiles, parcontre, je ne me prépare pas dutout  aux moments où tout ira pour le mieux et aux moments d’euphorie. Et pourtant, il fauts’y préparer aussi,maisj’ai fait l’impasse et ça m’a coûté cher durant la course…. Mes deux phrases préférées« Quoiqu’il arrive il y a un avantage pour toi »et « Il faut s’attendre à TOUT, comme cela tu nessurpris de RIEN »  

Courmayeur la veille:  

Arrivée à Courmayeur la veille, la récupération des dossards est déjà une épreuve, car on patientera 2h debout pour que tout le monde présente son matériel obligatoire à transporter. Une dernière nuit dans un vrai lit et le jour J est là.  

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Je rigole jaune un peu non ???  

L'attente au pied de l'archede départassis en relaxant et fermant les yeux une vingtaine deminutes.   

  

1ère étape:  

COURMAYEUR vers la Basede Vie de VALGRISENCHE  

48km 3750 D+  

9H50 Le départ COURMAYEUR. On nous annonce 3 jours de beautempspour le moment et actuellement la météo est magnifique, pas un nuage et une température qui grimpe.  

Et à 10h pile. 5/4/3/2/uno... Goooo!!   

Départ en marchant dans les rues de Courmayeur, pourquoi? Car je me répète la phrase que je me dis sur les courses longues distances ; « Seras-tu capable dans 10, 20 ou 30 heures d'aller à la vitesse ou tu avances maintenant?» : Au TOR, j'ai adapté un peu la question: «Seras-tu capable dans 3, 4 ou 5 joursd'aller à la vitesse  où tu vas maintenant?» Donc la marche m'allait très bien...  

Je suis largué par tout le peloton qui est parti en trottinantvoir très vite pour certains. On doit être 3 ou 4 à l'arrière et même après 1km on ne voit déjà plus de coureurs, mais on continue tranquille, pas de panique, il y a 150 heures à faire. Il ne faut tout de même pas traîner,car il y a des points de passages obligatoires (tous les 25km) oùil faut respecter les horaires de passage (cela sappelle la barrière horaireou BH) et mon but sera de rester dans les temps le plus longtemps possiblepour continuerlacourseet ne pas se faire éliminer. Ma stratégie est de faire des pauses d'une minute d'arrêt complet assis toutes les 19mn, uniquement pour me reposer et fermer les yeux si nécessaire (les connaisseurs reconnaîtront la méthode Cyrano).  

Au moment de faire ma première pause, nous arrivons à un bouchon et retrouvons tous les concurrents, dont certains ruissellent déjà de sueurs, qui sont partis en courant et attendent depuis 10mn. J'ai bien fait de venir ici tranquille, je suis plutôt en mode échauffement.  

  

La montée au premier col, le cardio monte anormalement vite et haut, mais je me freine pour ne pas dépasser 140/145 mais je n'avance pas. Il fait une chaleur !   

Je croise mon premier "sénateur" (coureur ayant terminé les 4  éditions du TOR depuis sa création). Italien qui me balbutie, c’est le bon pas. Mais avec ce pas là, on va mettre 2 mois!! Je le passe et je ne le reverrais plus. (Je ne sais pas s’il est arrivé ??)  

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La Thuile km17Dim 14:34  40’ d’avance sur la Barrière horaire. Tous les feux au vert.   

Je redémarre avec une anglaise qui dit détester les montées et préfère gagner du temps en trottinant sur le plat. Pourquoi pas, mais il ne va pas y en avoir beaucoup, qu’elle en profite. Je la laisse partir et suis le rythme plus tranquille d'une asiatiquependant une bonne demi-heuremais les premières sensations de fatigue se font sentir alors je ne lutte pas et m'allonge au pied d'un arbre pour tenter de dormir mais je n'y arrive pas et repart après 10mn qui ont tout de même fait du bien.  

La suite de la montée, c'est un nombre incalculable de randonneurs qui nous croisent, car c’est un sentier très touristique qui mène à des cascades magnifiques. Et avec une météo pareille c'est presque l’embouteillage. Et des Bravi (bravo en italien pour les hommes) par ci, et Brava (pour les femmes) par-là, ça fait du bien et les gens sont supers sympas et prennent des positions d’équilibristes à certains passages pour nous laisser passer.   

Mais au bout de deux heures de BraviiiBravaaaa, ça commence à raisonner dans la tête… mais tu restes tout de même souriant et tu profites car tu te dis que la nuit va bientôt arriver et que les randonneursseront chez eux.  

  

Deux petitslacs magnifiques et voici le refuge où une bonne polenta nous y attend. Je ne m'attarde pas car ça va plutôt bien et je veux avancer le plus possible avant la nuit. Encore un vallon à gravir et nous serons au sommet du col. Magnifique point de vue depuis ce col puis descente au crépuscule sur un long passage dans des roches et rochers de différentes formes t et dimensions. Attention à la pose des bâtons pour ne pas les coincer et les casser(c’est les bâtons de Stéphanie, faut en prendre soin…)   

Fin de la descente sur un sentier bien agréable parsemé de résineux et qui nous amène vers un petit ravitaillement où l'on est accueilli par un cheval en liberté et des chiens  

Petite collation tout va bien. Je parle quelques minutes avec un breton et je lui indique que je suis passé dans sa région lors de la Paris-Brest Paris en 2011, ça nous donne un sujet de conversation pour un petit moment, mais il a un rythme plus rapide que moi et je lui dis que je vais rester à mon rythme  et lui dis d'y aller.   

Je me pose quelques minutes pour m'équiper pour la nuit (bonnet gants, coupe-vent et frontale) et c'est reparti sur ce sentier qui commence  à pencher fortement  et la nuit est bien avancée maintenant.  

  

La fin du col de la Crosatie ? C’est de la via-ferrata mais sans  baudrierni longe... Finalement c'est peut-être pas plus mal de le faire de nuit cela évite de voir les gouffres et le vide qu'il y a par moment. J’entre dans ma première nuit. Après le passage du col, un sentier technique sur quelques centaines de mètres puis le sentier se dégage. La pleine lune, des bonnes jambes pour marcher d'un bon pas. C'est le top! J'éteins la frontale le plus souvent possible, moments magiques, pas de vent, température douce, la lune forme des ombres sur les montagnes c'est juste magnifique! Une petite baisse de régime,un petit somme de 10mn sur le bord du sentier et ça repart! Les 8 derniers km vallonnés un peu longuets mais RAS tout, va, bien!  

  

Valgrisinge KM 48      Arrivée leLun 0:29           MARGEBH = 4H31. 14h31 decourse   

Première étape terminée à 00h29, je prends mon sac jaune que l’organisation nous a donné et qui nous suivra toute la course à chaque base de vie (quelle organisation!…) mais je ne sais pas trop quoi faire entre, manger, se doucher, dormir, se faire masser? J’opte pour le repas en premier. Puis je me déshabille pour prendre une douche mais elle est glacée et j’ai perdu du temps précieux. Je tente de dormir dans une chambre d’hôtel que lorganisation nous propose mais je ne trouve pas le sommeil et cela me fait perdre encore du temps. Il faut reconditionner le sac de course et refermer le sac jaune suiveur… Dur dur à gérer cette première Base de vie. Je n’avais pas de plan pour m’organiser sur les bases de vies et là je pense que tu apprécies quand tu peux être accompagné.  

  

Valgrisinge                      DépartLun 1:56           MARGEBH= 5h04 (15h04 de course)  

2ème étape:  

VALGRISENCHE-COGNE   

53km 4137 D 

Un début d’étape par une montée agréable et régulière et toujours sous une magnifique lune dans les alpages. Passage au sommet pour dégringoler par une descente très sèche où il faut être très vigilent. On aperçoit le ravitaillement en contre bas.Petit raviode RHEME. Au petit matin les coureurs ont les traits tirés et même si le lieu est bondé, on entendrait une mouche voler. Tout se passe en silence et chacun se déplace et se frôle dans un ballet très bien orchestré, mais ici pasbesoin de chef. Certains dorment allongés à même le sol d'autres à table la tête dans les bras. La bannette des dossards des concurrents qui ont abandonnéest bien déjà bien remplie….  

  

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La montée vers le premier 3000 mètres de la journée, le col d’Entrelor, se fera aux premières lueurs du soleil. Les releveurs(muscles devant les tibias qui ont pour rôle de relever le pied) se font sentir par moment et il faudra que je prenne le temps de me faire strapper au prochain ravito. Sinon tout va bien physiquement dans cette montée à part  quelques moments de somnolence. La descente se déroule sur un sentier très agréable et bien dégagé avec un panorama superbe sur le massif du Grand Paradis, propice à la course pour certains,mais pas pour moi aujourd'hui.  

Le sentier passe à proximité d'un troupeau de vaches "reines" toutes plus imposantes les unes que les autres" avec le berger qui tente de les rassembler et les faire aller dans la même direction. Il a du boulot le berger, car il yen a 2 qui ne se laissent  pas faire et qui se baladent sur "notresentier".En attendant, ce n’est pas ce qui va m'inhiber cette douleur au releveur qui commence se fait sentir de plus en plus et je décide de me poser pour m'alimenter et faire un petit somme afin de tenter de les relâcher un peu. Je m'allonge et commence à me détendre en entendant au loin les cris du berger. Tout près de moi j'entends le bruit d'une  respiration grave, à laquelle je ne prête pas attention car je suis en train de m'assoupir. Mais le bruit se rapproche et finit par me faire ouvrir les yeux. Et là, une sensation de peur m’électrise le corps. J'ai à un mètre de  moi un mastodonte noire qui doit pas être loin de la tonne (et allongé ça fait encore plus gros) avec une paire de cornes énormes et pas coupées comme dans Intervilles! Là j'ai pas dutout envie de rire! Je ne bouge pas d'un millimètre (je ne peux même pas je suis momifié), je battrais un immobiliste pendant 3 jours. Bigard il avait oublié celui-là comme grand moment de solitude...  Je n'ai même pas le temps de me poser des questions que je croise le regard du berger venu récupérer sa bête égarée et qui lui crie dessus pour qu'elle parte de là. Ben là le berger, à ce moment-là, tu l'aimes! Même si il est moche,barbu,pas lavé depuis 4 moiset qui ne parle pas un mot de français, tu l'aimes ! C'est ton meilleur pote!!! Tout va si vite et lentement à la fois... Etonnante rencontre qui finalement m'anesthésie toutes les douleurs et le sommeil. Plus mal nullepart,  plus sommeil, tout est au vert! C'est reparti! Je reprends aussitôt mon chemin avec tout de même les jambes qui en tremblent encore. Mais l'anesthésie n'a effet que quelques minutes car la douleur et la fatigue refont leur apparition ainsi que la chaleur qui commence à se faire sentir à mesure que je descends.   

Je distingue plus loin une ferme avec une fontaine. Je décide de m'y arrêter d'enlever chaussures chaussettes cuissard et d'y rafraîchir pieds et jambes. Cela me fait le plus grand bien car l’eau est à bonne température et des randonneurs italiens m'encouragent et me prennent même en photo dans la fontaine.   

Encore 1h30 et je seraisen bas de cette descente qui n'en finit pas. Le paysage il est beau, il est magnifique, il est tout ce que tu veux, mais quand tu en as marre et que t'as les releveurs qui commencent à brûler et que la fatigue t'envahit de partout, bah le paysage tu ne le regardes plus vraiment.  

Eaux Rousse KM 79.Lun 12:10        MARGE