Récit de la course : Ultra Trail di Corsica - 105 km 2015, par LPB

L'auteur : LPB

La course : Ultra Trail di Corsica - 105 km

Date : 10/7/2015

Lieu : Corte (Haute-Corse)

Affichage : 1049 vues

Distance : 110km

Objectif : Pas d'objectif

3 commentaires

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Ultra trail di Corsica 2015

Ultra trail di Corsica 2015

 

 

La course contre le temps commence bien avant minuit, heure de départ de l’ultra trail, en effet l’attente est interminable.

La journée qui précède la course est un compte à rebours ou je reste allongé quasiment tout le temps à me reposer mais aussi à visualiser et à vivre par anticipation les difficultés du parcours.

Je n’ai pas sommeil, je ne dormirai pas.

 

22h30, J’ai rendez vous avec Dumé dans le centre de Corte, on boit un café en parlant de la course à venir. Guillaume Peretti nous rejoint, il a gagné brillament  l’épreuve il y a 2 ans, connaît le parcours comme sa poche et va nous prodiguer des conseils tactiques qui s’avèreront très judicieux pour Dumé puisqu’il gagnera cette édition.

Les victoires en terre Cortenaises ne sont remportées que par des insulaires, ils ont l’habitude de fouler ces massifs rocailleux très escarpés avec la chaleur suffocante.

 

Comme pour mieux dominer mon appréhension je me place sur la ligne de départ à côté des favoris, je vais partir vite, j’ai envie de me mettre dans la course immédiatement.

Minuit, la traditionnelle haie de fumigène accompagne les 150 coureurs de cette troisième édition, je remonte le cours Paoli sur toute sa longueur.

L’adénaline allège ma foulée, c’est parti pour 110 km et 7000 mètre de dénivelé positif et autant en négatif.

 

La première ascension est longue, une montée sèche de 1400 mètres sur 6 kilomètres que j’appréhende avec sérénité pour l’avoir gravie plusieurs fois les années précédentes sur le format du Tavignanu et du Restonica Trail.

Il me faudra 2h30’ pour arriver au premier ravitaillement des bergeries de Boniacce .

A cet endroit je vis ma première péripétie en course, ma lampe frontale s’éteint subitement…je reste quelques minutes avec un bénévole à essayer de la rallumer par tout les moyens et s’en suit une phrase terrible qui éclaire la nuit : « sans lumière ça va être difficile de continuer », miracle l’ampoule s’est vexée, elle vient de ressusciter.

Les kilomètres s’enchainent de manière agréable, je rejoins  le refuge de Sega puis Bocca Capizzolu ou je bascule dans la vallée du Golo par un superbe sentier forestier.

Déjà les premières lueurs du jour apparaissent laissant deviner les crêtes déchiquetées du massif du monte Cinto ou je serai dans quelques heures.

5h45’ je plonge aux abords du lac de Calacuccia, m’arrête quelques minutes pour boire un thé brûlant et plonger quelques canistrelli.

Moment magique, les hauts sommets s’illuminent, ils m’attendent.

Le plaisir est décuplé au fur et à mesure que le jour se lève, mon esprit s’évade et j’ai hâte de rejoindre Bocca Crucetta après 1700 mètres d’ascension.

La joie sera de courte durée, la montée au refuge de l’Erco est déjà éprouvante, je trottine péniblement et la chaleur bien présente si tôt dans la matinée …la journée commence mal. De plus, le sommet est caché derrière un vallon Alpin d’une longueur interminable, j’avance à l’aveugle, c’est long.

Un gros passage à vide s’empare de moi avant le refuge, le sentier est difficile, peu lisible avec des blocs rocheux, je progresse péniblement et l’envie d’arrêter après seulement 8 heures de combat me traverse l’esprit.

Pourtant il est impossible d’abandonner à cet endroit, il n’y a absolument aucune issue de secours si ce n’est ce sentier qui serpente jusqu’au lac du Cinto.

Je me fais doubler par quelques concurrents visiblement plus frais que moi. Trois Réunionnais me déposent sur place, j’ai l’impression qu’ils ont décidé de boucler cet ultra ensemble, je les envie subitement à les entendre parler et blaguer comme des gamins.

Ca y est j’atteins ce fameux lac, et miracle le sommet de Bocca Crucetta se dresse devant moi dans un amphithéâtre de montagnes abruptes.

La pente est vertigineuse, impossible de deviner une sente, pourtant quelques rubalises de couleur et une banderole au sommet laissent entrevoir la sortie de cet enfer minéral.

C’est la Corse, ici tout se mérite.

En fait je comprends très vite qu’il n’y a pas de chemin, la trace est juste un éboulis ou quand je fais un pas en avant mal assuré, je glisse de deux pas en arrière.

Trente minutes plus tard et au prix d’une énergie folle dépensée, j’atteins ce sommet hostile ou la mer méditerranée  se dévoile d’est en ouest. La magie opère, je me surprend à sourire, à rire et glisser une larme tellement l’endroit est beau.

Un ravitaillement de fortune est là, j’en profite pour faire le plein de glucose car je sens l’ hypoglycémie qui me guette tant je suis euphorique.

Malgré cette ascension chaotique je reste dans mes chronos que j’avais envisagés au préalable et ça c’est primordial pour le moral.

La descente qui suit est tout aussi sauvage, si le début paraît tracé, très vite le chemin se perd dans les blocs rocheux ou je me surprends à mettre les mains pour dévaler dans cet amas de gros cailloux inhospitaliers  jusqu’au refuge de Tighiettu.

Me voilà sur le mythique GR20, je me ravitaille 15’ à la bergerie de U Vallone avec une soupe et quelques biscuits salés. A cet instant un bénévole m’indique que je pointe à la 29eme place en 10h20’ de course. Je suis au 47eme kilomètre.

Dès lors, les « mounta cala » qui suivent sont courus à une allure assez rapide, j’adore ce profil, je me sens généreux dans l’effort, je suis au pied de Bocca Foggiale relativement confiant. J’ignorais sa difficulté, le réveil est cruel…même si le dénivelé est modeste, ça monte dur, très dur, par moment je m’aide des mains pour me hisser.

L’altimètre de ma montre peine aussi, je suis lent. Autour de moi je ne vois que des visages fermés, fatigués par l’effort intense et la chaleur qui nous brûle les poumons.

Derrière ce col se cache le joli refuge en pierre de Ciottulu di i mori dans un décor féerique.

Je rentre enfin dans la partie facile de cette course, celle que j’attendais avec impatience pour reposer mes muscles endoloris. Je me réjouis de courir cette sente jusqu’au col de Vergio, unique base de vie du parcours.

Ce qui devait être un plaisir s’est brusquement transformé en chemin de croix. Blackout, je n’ai plus de force dans les jambes elles me font terriblement mal, de plus la chaleur est devenue infernale. Je marche même sur les sections planes…

A chaque détour de chemin je pense arriver à Vergio, je mets une éternité à l’atteindre…3, 4 kilomètres ou plus à cogiter, je pense abandonner. 49 kilomètres encore à parcourir, c’est bien trop vu mon état de fatigue. Je suis en colère contre moi, j’avoue ne pas comprendre ce qu’il m’arrive.

A cet instant je me remémore une phrase de Guillaume Millet parlant des courses longues distances : « Si tu te sens bien en ultra, ne t’inquiète pas, ça va pas durer ». Cette phrase prend tout son sens, la colère s’estompe, je suis dans l’acceptation.

Je n’arrive plus à m’alimenter, mon estomac me fait mal.

J’arrive à la base de vie ou un médecin m’allonge et un kiné s’occupe de me masser mes jambes, ils sont sympathiques, dédramatisent tout et me font rire. Je leur dis mon souhait de ne pas repartir, ils ne diront rien.

30 minutes plus tard, j’arrive à manger un plat de pâtes, je retrouve Loic, un copain Corse qui m’incite à poursuivre avec lui, j’accepte.

A partir de cet instant une autre course commence, Loic me fait sortir de ma course, du stress emmagasiné, du plaisir que je n’ai plus, me raconte ses 6 jours de raid passés en Bolivie, l’ambiance, me décrit les paysages fabuleux… je voyage à mon tour.

Les pensées positives inondent mon esprit.

L’allure n’est pas élevée mais régulière, les paysages défilent, déjà le col saint Pons et son célèbre arbre couché balayé par les vents violents. On arrive vite sur un sentier en crête, superbe, avant de descendre par un chemin ludique sur le lac de Nino, endroit magique ou paissent des chevaux sauvages.

Il est 16h15’, on prend son temps pour se ravitailler. A partir du lac je connais la trace finale par cœur, je sais ou sont les dernières difficultés, c’est un avantage réel dont je vais essayer d’en tirer profit.

Sept kilomètres parcourus dans le Campotile, et je suis au pied de la tant redoutée brèche de Bocca alle Porta, point culminant du GR20. L’organisation considère cet endroit comme étant le juge de paix de la course, le terrain et la montée étant d’une difficulté maximale surtout après 77 kilomètres.

Durant l’ascension j’essaye de gérer les crampes en poussant fort sur mes bâtons, je suis dans un bon rythme, Loic n’a pu me suivre, je ne le reverrai plus. Il finira la course 4 heures après moi.

Au sommet, la joie s’empare de moi, je sais que c’était la dernière difficulté sérieuse de la course et que je la finirai. A cet instant mon principal objectif n’est pas de rejoindre tranquillement Corte mais bel et bien de rattraper le temps perdu et de gagner des places au classement.

La descente vertigineuse sur les bergeries de Grotelle me procure une joie immense, le soleil se couche, l’ambiance donne une dimension incroyable à cette course.

20h45’, je rentre dans la vallée de la Restonica sur 6 kilomètres de sentier valléen au profil descendant. Je rattrape et double 2 concurrents visiblement fatigués, je m’amuse, je joue avec le terrain .

Pour la 2eme nuit je rallume ma frontale avant d’attaquer l’ultime col débouchant sur les bergeries de Cappellaccia puis sur le plateau d’ Alzu.

L’avantage de la pénombre c’est que je distingue facilement le faisceau lumineux des lampes, je repère mes proies.

Ma motivation est telle que je décide de rejoindre le sommet droit dans la pente oubliant le sentier muletier. Cette option me permet de rattraper rapidement 2 coureurs, il y en a un qui semble en hypothermie et semble épuisé. Je pousse sur mes bâtons et sur mes jambes pour en rattraper encore deux autres, bizarre leur lampe ne bouge plus, je les surprend prostrés sur le chemin, assis.

Mon état de forme me laisse présager une fin de course réussie.

Dernier point de contrôle aux bergeries d’Alzu, le point de ravitaillement ressemble à une infirmerie à ciel ouvert, j’en aperçois un blotti dans une couverture de survie, il semble plus étanche. Devant cette ambiance morose je décide de partir au plus vite, je change ma dernière batterie de ma lampe pour avoir un faisceau bien lumineux qui me maintiendra éveillé dans les gorges du Tavignanu.

Il ne reste que 13 kilomètres.

J’avoue ne pas comprendre pourquoi je croise des personnes pétries de froid, mon corps est en ébullition, mon maillot sans manche me suffit largement.

Je pense mettre 2 heures pour rallier Corte, le final dans la nuit me paraît interminable, méconnaissable aussi. Par moment je me demande si je suis sur le bon chemin…je ne reconnais plus l’endroit que j’ai tant foulé.

Quelques hallucinations sur le parcours me font sourire et me distraient, je reste lucide sur mon état de fatigue et me dis qu’il est vraiment temps d’arriver.

A 5 kilomètres de l’arche d’arrivée je croise un coureur allongé à terre, il dort profondément, Morphée lui a fait les yeux doux…

Les lumières de Corte embuent mes yeux, je donne tout ce qu’il me reste en moi pour gagner une poignée de secondes, à quoi bon ? je veux vivre cet instant intensément.

Je quitte le sentier, monte à la citadelle et dévale cette jolie voie pavée qui débouche sur le Cours Pascal Paoli.

Il est 1h52, je passe la ligne et m’isole de longues minutes afin de réaliser que je l’ai fait. Je m’endors dans une tente de l’organisation vers 3 heures, serein et heureux.

 

Epilogue.

 

25h52’ de course, j’avais un objectif de 25h mais 52’ ce sont des poussières . Au final je finis à la 30eme position sur 85 finishers. La forte chaleur et la technicité du parcours ont fait des dégâts.

 

Le plus beau reste à venir.

 

LPB.

 

3 commentaires

Commentaire de robin posté le 19-09-2015 à 21:52:21

merci pour ton C.R. il m'a donné l'occasion de me remémorer le Restonica. j' en apprécie encore plus ta course. L'ultra trail di Corsica est encore au dessus. Bravo

Commentaire de Japhy posté le 23-09-2015 à 17:08:55

T'es un grand malade, parce que même si tu ne connaissais pas tous les détails du grand parcours, tu connaissais le terrain et tu y es retourné ! Immense bravo.
Bon j'ai vu hier que tu avais bien récupéré tes allures !

Commentaire de LPB posté le 23-09-2015 à 21:59:08

Oui l'appel des jolis sentiers corses....j'ai pas pu résister, mais je vais passer à autre chose maintenant après 4 courses faites à Corte, je pense en avoir fait le tour.
D'ailleurs je peux que te conseiller d'y aller Japhy
A plus sur les sentiers....ou le long du canal

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