Récit de la course : Andorra UT Vallnord / Ronda dels Cims 2019, par FLØ

L'auteur : FLØ

La course : Andorra UT Vallnord / Ronda dels Cims

Date : 19/7/2019

Lieu : Ordino (Andorre)

Affichage : 460 vues

Distance : 170km

Objectif : Pas d'objectif

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Récit du dossard 182 - pérégrinations d'un coureur lambda

Désolé d'avance pour la longueur de la prose ....


Dans ce texte un peu long, il y aura très peu de chiffres. Pas d’indications kilométriques, peu de références au chronomètre, aucunes questions sur le classement et encore moins de palabres sur le matériel ; tout ayant plutôt bien fonctionné de ce côté-là. Le principal étant d’être au départ, et bien sur à l’arrivée. Ensuite, l’emploi de la première personne va certainement vous paraître un peu lourd à la longue, et j’en suis désolé. Mais bon, mon niveau intellectuel ne m’a pas permis de faire des études de lettres ……

 

Alors pourquoi celle-ci et pas une autre ? N’est-ce pas affreusement présomptueux de ma part d’oser penser que je puisse en venir à bout ?

 

A vrai dire, il y a déjà plusieurs années que l’idée d’aller arpenter les sentiers de ce petit pays trouve sa place dans ma tête. Cela se précise même à la fin de l’Utra Tour du Beaufortain 2018, ou je termine pour enfin le terminer ; mais sans en avoir profité comme je l’aurai voulu. Mais il me faut le valider pour prétendre à l’inscription future. Un peu plus tard dans l’année, comme un signe, nous passons devant le stand de l’AUTV sur le Festival des Templiers. Je m’y arrête pour prendre un ou deux documents et avoue à demi-mot à Delphine et à mes parents que peut-être, si ça trouve, pourquoi pas en 2019…… Il reste que la question est toujours sans réponse. Pourquoi la Ronda et pas la Mitic ?

 

Et bien tout simplement parce que tant qu’à faire, autant y aller à fond, mais rien à voir avec le concept de céder au « toujours plus ». Car se lancer dans un tel chantier avec pour but de simplement rallonger sa liste de courses courues ou pour arborer tel ou tel vêtement finisher… aïe. Non, des raisons, il y en a plein : l’idée de s’en « ..faire une belle.. » pour mes 40 ans histoire de voir si je suis pas foutu, faire le tour d’un Pays (ça claque, non?), le petit nombre de concurrents, découvrir ce que c’est que le « très technique », les Pyrénées, et se dire qu’il y a une quinzaine d’année Andorre était synonyme d’alcool et de vandalisme……

 

Bon, c’est bien joli tout ça ; mais il va falloir commencer courir !

 

Et comme les fois précédentes, et bien cela démarre par les cross. Pas tous ceux du calendrier, faut pas exagérer non plus. Le bon côté de l’âge, je suis maintenant Master 1 et du coup les distances sont moindres. Sauf que les Espoirs courent en même temps et ça part encore plus vite…… Bref, je continue la mise en jambes par le Trail des Piqueurs effectué en amoureux. Puis Jean-Mi et Nath me persuade d’aller prendre le départ de l’Eco Trail de Cournon. Ça va vite, bien trop pour mes faibles capacités de coureur à pied. Mais ça ne suffit pas. Je sais que je n’arriverais pas à rallonger suffisamment les sorties sans mettre de dossards. Donc ce sera direction Mirmande fin mars, pour 12 km le samedi et 46 km le dimanche. De nouveaux paysages, une orga fort sympathique et pas prise de tête. Les sensations sont bonnes tout le week-end, les parcours vraiment tops.

Un mois après, St Jean du Bruel nous attends pour le Trail du St-Guiral. 85 km pour un trail de préparation. Si on m’avait dit ça il y a 10 ans…… Justement, retour sur des chemins déjà foulés à l’époque pour le vrai Festival des Templiers. Sauf que, point d’effervescence ce jour-là. 5 °C, du vent, de la flotte, pas un chat. Déjà qu’il m’a fallu me faire violence pour sortir du chalet le matin, arrivé à bout du circuit me montre que la tête peut avoir les capacités attendues. Parcours super technique, qui doit être un régal avec une météo clémente. Enfin, encore un mois après ; dernier dossard de préparation à l’occasion du mythique GR73. Et découverte des Bauges. Beau tracé la aussi, du bien bien raide, de la montagne, et une belle ambiance sympathique. Satisfait, plus sur le plan physique cette fois. Content d’avoir pu, pendant la dernière heure sous le déluge, m’arracher à courir pour aller gratter la minute qui va bien.

 

Ne pas oublier non-plus les sorties dominicales, seul ou à plusieurs, le vagabondage dans les rues de Clermont ou de Royat, les chemins du bois de la Mûre, quelques tours du Puy-de-Dôme en VTT et surtout l’impasse des Vignettes à Chamalières et ses 120 marches.

 

Pour l’anecdote, les 3 principales courses ont eu pour dénominateur commun la présence de ravitaillements jamais vu jusque la. De part le lieu (accessible par une échelle dans une grange pour le St-Guiral), ou de part la composition (tripes-pomme de terre à Mirmande, poulet-diot-frites au Mont Pelat lors du GR73).

 

Ces excursions, je ne les aie pas faites seul avec mon baluchon. Ils étaient avec moi et je savais avant qu’ils seraient partants. De la à penser que sans eux ça n’aurait pas été possible, il n’y a qu’un pas, et il n’est pas immense à franchir. Mais c’est con, j’ai toujours eu peur de trop leur en demander ; dire que certains coureurs arrivent à être odieux avec leur assistance…… Bref, c’est pas fini ; il nous en reste un voyage !

 

 

Mais revenons à nos moutons.

 

Prise de l’hébergement, conforme à ce que je pensais trouver en Andorre, à savoir propre mais vieillot et bruyant. Nous déballons quelques affaires et d’Encamp nous filons à Ordino pour le dossard et le briefing. Le patelin est plutôt sympathique, totalement dédié à l’évènement, sans trop de fioritures. Remise du dossard et des cadeaux. Et bien c’est noël ma bonne dame ! Manchons, manchettes, t-shirt et que sais-je encore. Passage sur le stand de dépôt des sacs qui m'attendront aux bases de vie. Nous nous promenons en attendant l’heure du briefing et je sens la frousse monter un peu. Le relief visible depuis le village me laisse perplexe. Le stress augmente encore un peu lors de la présentation du parcours et des consignes. Heureusement, la météo s’annonce très clémente. Mais concrètement, qu’est-ce que je fais ici ? Y’a de la liquette de finisher de la PTL, du TOR, du Grand Raid et plein de truc que j’imagine encore pire. Y’a de la jambe rasée, musclée ; des mecs et des nanas affûtés comme des Thiers© ; des visages déterminés, d’autres détendus de part l’expérience. Et moi au milieu de tout ça, je me liquéfie. Mais ça va aller. C’est obligé, j’y pense depuis des mois. Me suis entraîné du mieux que je le pouvais.

 

 

Assez curieusement, la nuit ne se passe pas trop mal, avec le sentiment d’avoir bien dormi. Après un petit déjeuner classique (œufs, fromage, fruit, pain, confiture, compote, jus de fruit), il est temps d’enfiler l’habit de lumière, et de s’apercevoir qu’il va être lourd ce putain de sac…… Nous prenons la direction d’Ordino, sans trop de peur ni d’euphorie. C’est un réel bonheur de n’être qu’à peine 500 à prendre le départ. L’ambiance est bonne enfant, le village s’anime. Contrôle du sac, rien à signaler. Je rentre dans le sas et mes parents sont de l’autre côté des barrières. Le temps s’écoule tranquillement, le speaker augmente un peu le rythme et la banda du coin donne tout ce qu’elle a. Les 7h s’approche, la sono envoie la musique de départ. L’émotion monte d’un coup pendant le compte à rebours et je souffle comme un bœuf jusqu’au 0. Enfin la troupe et lancée, ce qui signifie immédiatement la fin du stress et le début des réjouissances.

 

Ce parcours, je me le suis approprié en faisant plusieurs morceaux. Jusqu’au refuge Sorteny, ça ne compte pas. Je dois continuer pépère jusqu’à Arcalis ou la course doit commencer. Ensuite, les bases de vie marqueront la fin d’une étape. Je dois arriver le plus frais possible à la Margineda, en gardant un œil sur les barrières horaires. Sur le papier, il me semble que le passage vers le Pic Nègre nous aura fait avaler beaucoup de dénivelé. Le Pas de la Case devrait signifier que ça sent bon (et ce fut une erreur d’avoir ça en tête…), enfin, le second passage au refuge Sorteny marque la fin de la course. Toutes ces affirmations dont je me suis persuadé se sont dans l’ensemble avérés justes. Enfin presque toutes……

 

Le troupeau trottine dans les rues. Je lève la tête, le relief paraît abrupte ; partout. Première d’une longue série, la montée vers Collada Ferreroles. Le cheminement démarre en forêt, l’environnement est agréable, mais c’est déjà sacrément raide par endroits ! Je suis d’ailleurs surpris de doubler des congénères soufflant et transpirant abondamment. Nous sortons peu à peu de la forêt, le paysage s’offre alors. Difficile de décrire exactement l’endroit à ce moment. Le panorama se dévoile petit à petit, il est vraiment comme je l’avais imaginé. Sauvage. Je sais que je vais y être à ma place. Au fur et à mesure, le sommet de la première difficulté s’approche, l’endroit devient de plus en plus minéral. En file indienne, nous en terminons et attaquons la descente vers le Refuge Sorteny. Le mot d’ordre est alors la prudence. Car la trace est technique, caillouteuse à souhait, piégeuse. Et pourtant, il faut trouver le moment de lever le nez et de profiter. Plus nous perdons de l’altitude, plus la chaleur se fait sentir. Rien de très méchant toutefois. Jusque-là, la journée se passe comme prévu. La machine a le frein à main, et le bonhomme est content. Il fait soif et ça tombe bien, il reste juste un petit raidard avant le ravitaillement. Comment ne pas penser à le revoir ce refuge, ne pas oser deviner par où nous devrions descendre dans quelques dizaines d’heures………

Premier pointage donc, et première pause repas. En gros, il y a beaucoup de choses. Mention spéciale au jambon cru assez maigre, et surtout au duo melon-pastèque. M’en suis fait un plein ventre, comme à chaque fois. Quelques mots à mes parents qui ont eux aussi bien commencé leur ultra ; le rendez-vous est donné à Arcalis.

 

C’est avec du melon plein les doigts que le chemin se poursuit. Une courte montée puis une légère descente nous conduisent au départ d’un joli vallon que nous allons remonter, le ruisseau sur la gauche. Il fait à peine chaud et dès que l’occasion se présente, nombre d’entre nous y trempons casquettes et autres couvre-chefs. Je n’ai plus de souvenirs précis du tracé. L’ascension vers Portella Rialb se passe tranquillement, la vue se dégage vers la station d’Arcalis. Mais on y est pas… Nous nous en approchant doucement après une montée ou les spectateurs sont de plus en plus nombreux. Et parmi eux, les Creusois bien sur ! Nous devons échanger quelques mots je pense, mais hélas je ne m’en souviens plus. Je les laisse pour pénétrer dans le ravitaillement. C’est la bousculade autour de la fontaine à eau, tout comme devant le buffet. Encore une fois, je me goinfre de melon-pastèque, mais en sachant que ça ne nourrit pas son homme ! Je continue avec bananes et jambon. Par contre, c’est peut-être une spécialité Andorrane, mais le combo lentilles-thon-maïs, ça le fait pas… Pause finie, il est grand temps de repartir. Mon père doute de pouvoir se rendre au Col dela Botella, trop difficile et je ne devrais pas y passer de bonne heure… Pas de problème, rendez-vous à la Margineda, après une courte nuit. La course commence maintenant.

 

Tout d’abord, nous effectuons un cours cheminement sur le domaine skiable d’Arcalis. Comme il n’est pas non-plus immense, les remontées mécaniques ne nous polluent pas très longtemps. La pente s’accentue, les alentours se font un peu plus arides. Ma mémoire me fait défaut sur cette partie du parcours. Je me rappelle de la descente en forêt pour atteindre Bordes dels Prats Nous. De la pente, des racines, de quoi forcer sur les cuisses. Petit à petit, le chemin s’adoucit, la vue vers « le monstre » devient plus claire. C’est dans un environnement magnifique, abrupte que nous rejoignons le Pla de l’Estany. Au menu cette fois, toujours la même chose (humm ! ! !) mais aussi, pour être repus avant d’attaquer la bête, 2 bols de soupe. Après une bonne période de repos, et avoir admiré les alentours, c’est le moment d’aller l’affronter.

 

Le début s’effectue sur une pente herbeuse assez classique. Puis, le profil se durcit de plus en plus, le rythme ralentit. La verdure cède la place à la caillasse. Avant d’attaquer le gigantesque pierriers, je m’assoie et contemple. D’où nous venons. Le dernier ravitaillement est minuscule, la, juste en dessous. Nous venons de si loin et il en reste tellement à faire… Debout, continuons la route. Un pierrier, c’est rien ; je connais. Pour résumé, je fais le malin en pensant aux Piqueurs ou à Tiranges. Mais oui, j’ose me dire que c’est que dalle. Alors ça roule, je trouve mon chemin, le tempo est bon, c’est cool. Sauf que la longueur de la chose et le pourcentage de pente n’a rien à voir. Et d’un seul coup, je le prends dans la figure. Je souffle, suis un peu à la ramasse. Ça m’apprendra à faire le beau. En approchant du sommet, les blocs laissent la place à un sol souple et friable. Un pas en avant et le pied recule. C’est une tannée…… Pas très long mais épuisant. Les fanions se dessinent vers la gauche, dans les rochers. La cornemuse laisse échapper quelques notes, la croix se laisse deviner. J’y suis. Le point culminant du pays. Pointage, et pause photo. C’est grandiose. Le sentiment évoqué plus haut ressort de plus belle. Nous venons de si loin, il en reste tellement… Mais ça ne m’effraye pas. Je suis content d’être ici. Si ça devait s’arrêter là ou pas très loin, je serai presque déjà heureux. Décrire cette sensation à ce moment-là est impossible. C’est unique.

 

Mais hélas, pas le temps de s’attarder trop longtemps. Il faut maintenant descendre sur une trace au milieu d’un désert de cailloux, nous apercevons 2 lacs en contre-bas. A leurs niveaux, nous les longeons en traversant un beau névé. Ça devient pénible et répétitif de dire que c’est magnifique ou splendide, et pourtant !!! La trace se radoucit et la végétation de plus en plus présente. Je me permets de trottiner, pépère, avec au loin les lumières de cette immense bâtisse qui nous attends après une courte rampe : le Refuge Comapedrosa. Juste avant, un coureur est mal. Il vomit et rien ne passe. Courage l’ami.

 

Je prends alors le temps de faire le tour du buffet, me délestant du sac et des bâtons. Enfin des pâtes ! Sauce tomate et fromage, 2 bols feront l’affaire. Je picore diverses denrées, fait le plein de liquide. Rien d’exceptionnel. Certains visages sont déjà marqués, d’autres ont l’air surpris de la rudesse de la chose. Ce n’est pas mon cas, je repars donc serein. La lumière commence a déclinée, personne loin devant, derrière non-plus.

 

La mise en route se fait calmement. Le chemin classique n’est pas très pentu pour l’instant. Le pourcentage augmente régulièrement en même temps que l’altitude, les abords se font un peu plus aride. Quelques lacets très raides et me voila en hauts de la crête de la Portella de Sanfons. Le paysage se dévoile sombrement en premier plan de la lumière rouge-orange de la tombée de la nuit.

A ce moment-là je m’assoie pour prendre la frontale et mettre la veste. Mais surtout pour profiter de l’instant. Je suis seul et ce moment de la journée reste mon préféré sur une course. C’est si simple, à cet endroit, maintenant, je me sens à ma place. Si le temps pouvait s’arrêter la, ce serait parfait. Ce doit être cela la plénitude. A présent, un profil plutôt descendant va nous permettre d’atteindre le Port de Cabus. Pas de difficulté particulière (enfin !) et le pointage est rejoins, il fait nuit depuis un bon moment déjà. S’en suit une bonne descente à travers l’herbe épaisse, au milieu des bovins. Le terrain n’est pas super intéressant, pas si facile que ça et me fait poser les fesses à plusieurs reprises. Quelques mètres de pistes, et nous remontons en direction du Col de la Botella par une piste de ski. L’ascension n’est pas très longue mais monotone. Je m’oblige à faire quelques zigzag pour que la progression soit plus facile. Enfin le col et son ravitaillement dans le restaurant d’altitude. Je sens que ça va être grand luxe !

 

La pièce est grande, mais il faut bien ça. Pas mal de monde, coureurs et accompagnateurs sont assis. Je pose mes fesses, me déleste du superflu et fait le tour du buffet. Décidément, les lentilles ne me font toujours pas envie, ce sera soupe et plein d’autres chose, sans oublier la banane. L'atmosphère est déjà bien pesante pour certains. Décidément Des yeux sont déjà bien fatigués, d’autres obtiennent du réconfort de leurs suiveurs. Je me sens au-dessus de cette ambiance, la route est longue.

 

En parlant de route, il faut désormais la reprendre. Le tracé vallonné mais facile reprends des pistes de VTT il me semble. Cela permet de trottiner, histoire de déplier les jambes. Courte descente jusqu’au Collada de Montaner. D’un coup, nous remontons brusquement à travers la forêt. Je manque de gaz à ce moment-là, et tente de m’accrocher à 2 italiens. Mais c’est dur. Nous sommes à découvert lorsque nous arpentons la crête qui nous mènent au sommet Bony de la Pica, qui me semble à cet instant n’être qu’un éperons rocheux. Les bénévoles présents y font régner une bonne ambiance et cela fait chaud au cœur. Une fois avoir pointé, ceux-ci nous mettent en garde sur ce qui va suivre. Et je les comprends.

 

Nous amorçons longue redescente. Pour commencer, le sol à été carreler. Sauf que l’entrepreneur à sceller les carreaux sur la tranche ! Pas très longtemps, mais assez pour que la prudence prenne le pas sur toute autre émotion. Une chute ici, la course s’arrête. Je ne vois pas comment quelqu’un pourrait s’en tirer sans mal. Un moment après nous bifurquons vers la gauche. Et nous y sommes, la redoutée descente vers la Margineda. Effectivement, c’est particulier. Je n’ai jamais eu l’occasion de passer par un endroit si pentu, si peu propice à la promenade. Des chaînes sont ici pour aider, mais aussi pour nous indiquer le bon chemin. C’est du technique comme jamais. Du coup, le rythme est ultra lent et que le temps paraît long à être tout le temps sur ses gardes… Enfin un chemin, ou plutôt une trace. Mais toujours aussi pentu. Si je pouvais rien qu’une fois y revenir de jour…… Bientôt nous distinguons les lumières du petit hameau d’Aixas. Rapide pointage, et pour quelques instants je peux essayer de reprendre la course. Pas pour très longtemps car il nous faut remonter en haut du petit Col Jovell, avant de basculer dans la partie finale vers la Margineda. Mystère, je n’ai plus aucuns souvenirs de cette remontée. La descente elle est plutôt joueuse, par rapport à la première partie. Des lacets en forêts nous mènent à apercevoir les premiers bâtiments. Une courte portion de route, et je me hisse alors dans le gymnase qui fait office de base de vie.

 

M’y voila enfin à la Margineda. Rapide état des lieux du gars, tout va bien. Enfin bien, comme on peut l’être après une telle journée en montagne. Ni plus ni moins. Mes parents ne sont pas présents. Je ne m’inquiète pas. Même si j’ai la certitude de les voir quasiment partout ou cela est possible, je comprends que ça leur soit difficile à certains endroits. Et puis, je me suis préparé comme si je devais être complètement seul du début à la fin, sans aucun contacts. Les sacs d’allégements me permettent d’être autonome. Je récupère donc le premier, et file aussitôt à la douche. Vestiaires du gymnase, c’est grand luxe. Il y en a qui se brossent les dents. Tu parles d’aventuriers……… Je me mets propre de A à Y (et oui, y’a que les chaussures qui perdureront !), ressort du vestiaire, et les voila ! Je savais bien qu’ils ne manqueraient pas ce passage. Merci d’être la à cette heure de la nuit, être aux petits soins et aussi pour écouter mes bêtises. Après avoir refait le plein de l’estomac, discuter et plaisanter avec un bénévole, je décide d’aller m’allonger. Certains le sont directement par terre, en pleine lumière et dans le bruit ; alors qu’une salle est prévue pour ça. Bref, je m’y rends sur la pointe des pieds, en demandant à mon père de venir me chercher dans 15 ou 20 minutes. Je le sais, je vais dormir, c’est sur. Et bien non, rien du tout. Un peu d’excitation, mêler au lit qui grince à côté, plus le mec qui renifle un peu plus loin et le connard qui fait sonner son portable. S’en est trop. Trop l’habitude de dormir au calme, on verra un peu plus loin, un coin tranquille me tendra bien les bras ! Je me remets en ordre de marche, fait le plein du sac. En leur souhaitant bonne journée car il nous sera impossible de nous revoir avant le Pas de la Case, le bénévole en sortie me pointe. Fin du premier acte.

 

Je serpente dans la civilisation, traverse routes et ruelles. Heureusement que cela ne dure pas longtemps car l’envie de reprendre de l’altitude tout comme un peu de solitude fait surface. La course bifurque sur la droite et nous nous lançons dans une partie couverte assez raide jusqu’à la bifurcation d’avec le parcours de la Mitic. Plusieurs avions de chasse de celle-ci me doublent d’ailleurs. Côté sensations, c’est très curieux. Nous sommes au moment qui me convient le moins, ou le sommeil se fait cruellement sentir. Qu’est-ce que je ne l’aime pas ce lever du jour ! Je suis toujours amorphe. En plus, des éléments contradictoires viennent s’entrechoquer et me font me sentir encore plus bizarre. C’est-à-dire la sensation de propre après la douche, est à l’opposé de ce que je devrais être après tant d’heure de course. Ceci est d’une infinie bêtise, et pourtant je le ressens très clairement. Au détour d’une partie en balcon, je m’arrête pour regarder le paysage au niveau d’un banc sur lequel sont assis 2 autres candidats à la Ronda. Allez savoir pourquoi, mais la conversation s’engage. Enfin uniquement avec l’un des 2. En effet, laissez-moi vous présenter Laurent et Takeya (celui-ci sachant juste dire merci…) ! Nous repartons ensemble, vers le ravitaillement de ComaBella. Nous arpentons une partie inintéressante de la Principauté. Nous traversons des exploitations agricoles, de larges pistes et des routes. Nous abordons tous les sujets, le sport bien sur mais aussi la vie professionnelle. Je m’aperçois vite aussi que Laurent aimerait se séparer un peu du 3e larron, celui-ci ayant une conversation plus que limitée. Nous nous moquons gentiment de notre ami nippon de temps en temps, mais restons quand même impressionnés par son aptitude à la résilience. Au fil du temps, je comprends que Takeya en est à sa troisième tentative sur la Ronda, et que Laurent le Marseillais s’est déjà enquillé une Mitic, et surtout une Euforia ! Mais que fais-je donc avec ces 2 zigotos……… De fil en aiguille, nous pointons au ravitaillement grand luxe, aménagé au rez-de-chaussée d’un hôtel.

 

Quelques pâtes ici je crois, en plus de toutes les autres denrées classiques. Mais surtout pas mal de liquide. Je me charge en eau au maximum, fait un tour aux toilettes et nous reprenons le chemin tous les 3. Nous traversons 1 ou 2 routes, puis les fanions se dressent d’un coup à travers la forêt. Laurent s’arrête pour souffler, lève les bras en direction du parcours, se tourne vers nous et hurle : … Takeya ??? Banzaï !!!!!… Celui-ci esquisse un sourire, courbe l’ échine et ouvre la marche. Droit dans la pente, le chemin est cassant. Je sens que je suis juste, assoiffé car la chaleur augmente. Je laisse donc filer mes compagnons de route. Je continue seul un long moment, à couvert, le rythme à alors bien baissé. Soudain, je retrouve le binôme assis sur un tronc. Laurent m’indique qu’il a besoin de dormir.

 

Je continue sans eux et la fatigue commence à être pesante. La végétation se fait de plus en plus clairsemée. Je débouche alors sur le parking de la base de loisirs du coin. Peut-être 400 m à traverser en plein soleil, le bitume déjà chaud. A cet instant ci, je prends un méga coup de bambou dans la figure. Je commence à rationner la flotte, et l’appel du dodo est de plus en plus fort. N’y tenant plus, j’attends l’endroit propice à une sieste bien méritée. Ce n’est qu’une fois allongé que je me rends compte des bruits de moteurs aux alentours. Je reste un bon quart d’heure ainsi, sans plonger vraiment à cause des divers buggys et quads. Je décide alors de continuer l’aventure. Ce morceau est pas sympa du tout. Trop de civilisation à cet endroit, l’environnement n’est pas plus sauvage que ça. Et ça cogne, mes réserves sont quasi vides. C’est alors une vraie délivrance que d’apercevoir le petit ravitaillement de Roca de Pimes. Un véritable oasis ……

 

J’y prends alors tout le temps nécessaire au rafraîchissement. Je bois plus que de raison, mange comme d'habitude. Je repars sur une large piste au profil descendant. Malheureusement, celui devient ascendant assez rapidement. Nous nous faisons doubler par des motos, le paysage est complètement dégagé et devient de plus en plus minéral au fur et à mesure que nous approchons du Pic Nègre. Clairement, je souffre. De la chaleur, du manque de sommeil, et peut-être aussi du manque d’alimentation consistante. Bref, je ne lève plus beaucoup la tête là ou la rampe est la plus raide. J’en suis réduit à regarder le sol, et à faire le point tout les 3 ou 4 fanions. Enfin, le chemin se radoucit et je comprends que nous n’allons pas au sommet du Pic, ou les 2 roues pétaradent et ou quelques jeunes font la fiesta. Longue traversée d’un désert tout plat avant d’entamer la redescente vers le col de Caulla, ou nous retrouvons nos amis de la Mitic. L’environnement redevient un peu plus boisé, le chemin se rétrécit et devient sympa, je retrouve à peine de pêche. Un peu dans la confusion, je lis mal le profil et me croit arrivé au refuge Claror. Erreur mon bon seigneur !!! Cette jolie cabane est le refuge de Prat Primer……

 

Pas de ravitaillement ici, mais j’y aperçois une fontaine, quelques coureurs sont déjà autour. Je tends ma casquette sous le filet d’eau. Horreur, elle est chaude ! Comment est-ce possible ? En regardant plus haut, je vois que celle-ci est alimentée par un ruisseau par l’intermédiaire d’un tuyau noir assez long. C’est donc pour ça que plein de concurrents sont accroupis le long du dit ruisseau…… Je fais comme tous le monde et me rafraîchit allègrement la cuirasse avant de commencer la courte ascension du Col de Bou Mort, qui devrais cette fois nous conduire au refuge Claror… Objectivement et avec le recul, elle n’est ni longue ni très technique ni exagérément raide cette montée. Pourtant, je galère comme pas permis, m'arrête plusieurs fois et tente même un somme en arrivant presque en haut. C’est dur en ce moment. Pas de fatigue physique, les jambes et le dos vont pas trop mal ; hélas je manque de lucidité et d’énergie. Enfin, au bout d’un bel effort, je me hisse au sommet et voit à peine plus bas le prochain ravitaillement. Je le rejoins enfin après une descente de plus en plus facile.

 

Refuge Claror, c’est pas trop tôt. Je le sais en y arrivant, je vais prendre mon temps. Le temps de bien se remplir, bien se rafraîchir, et pourquoi pas bien dormir ? Dans cette optique, je fais un peu le tour du propriétaire à la recherche de l'endroit idéal à l'extérieur. La température est trop élevée et l’endroit trop dégagé. Je me résous donc à profiter de l’intérieur. Je m’allonge sur un des lits, en reconnaissant à côté de moi le maillot de la Team Mouflard porté par une concurrente, qui malheureusement est en train de rendre son dossard. Sans vraiment sombrer à cause du bruit, j’arrive à me détendre un moment et à fermer les yeux. Je ne sais ce qui me décide à repartir, mais j’y retourne. Un autre coureur décide d’arrêter la. Sauf que pour s’échapper de cet endroit, quand on ne peut le faire à pied, c’est l’hélicoptère obligatoire ! Il me semble qu’un secouriste est en train de discuter d’assurance, et cela n’a pas l’air de bien se passer……

 

L’aventure continue. Par une courte descente vers un splendide petit lac ou 2 jeunes sont en train de bivouaquer. C’est un instant comment on en voit sur carte postale. Notre progression dans ce décor de rêve nous mène jusqu’au refuge de Perafita. Un pointage et nous nous dirigeons vers la Collada de Maiana. Dans mon souvenir, la montée n’est pas très difficile, peu pentue et traversant un alpage. Mais les idées sont de nouveau altérées par la dette de sommeil à cet endroit. Heureusement, je discute avec 2 coureurs de la Mitic, qui me semblent être des Toulousains. Au fil de la conversation, l’un d’eux avoue en avoir marre des ravitaillements, que les lentilles et le thon, ça ne passe pas non plus. Il envisage un coup de fil à sa femme en pensant qu’elle lui trouvera bien un panini ou autre chose à Grau Roig. D’un coup, cela fait tilt. Je prépare aussitôt un sms à destination de mon papa lui demandant de voir si éventuellement il peut dénicher une pizza au Pas de la Case. En espérant réussir à l’envoyer à temps…… A peine attaquée la descente, mes yeux se ferment tout seul et je sens que la démarche n’est pas sereine. Je file à l’abri dans un bosquet et m’allonge un moment. La encore, je me détends mais sans véritablement dormir. Cette fois-ci ce sont les insectes, sans doutes attirés par mon odeur corporelle prononcée, qui auront raison de ma patience au bout d’une dizaine de minutes. Je me relève donc. Et c’est pas cool. La trace devient très caillouteuse vers la fin. A ce moment-là, j’en ai plein le cul. Je me laisse descendre parce qu’il le faut bien mais j’en ai marre, limite colère et je n’en comprends pas la raison. Au fond de cette vallée, se trouve un pointage au bord d’un ruisseau, celui d’Estall Serrer. Nous sommes dans la tant rêvée vallée du Madriu, et c’est plus que beau. Sauvage et accueillant. A part les bruits de bâtons, nous n’entendons que de l’eau.

 

Après une rude période donc, je me refais un peu la cerise et arrive à augmenter le rythme. Il faut dire que l’environnement se prête à l’enchantement. Nous progressons au bord d’un cours d’eau, parfois calme, mais grondant par moments. Cette eau claire, je m’y plonge la tête à loisirs ; ce n’est que pour repartir encore mieux. Je me sens bien. Le chemin serpente entre rochers et arbres, en légère montée. Un lac ou deux, un peu de replat. Nous pensons voir le refuge de l’Illa à plusieurs reprises, mais il se joue de nous. Tant pis, nous profitons de l’instant. Quand enfin la civilisation se profile, c’est avec stupeur que je comprends que le ravitaillement n’est pas dans le refuge même ; mais plutôt dans la tente juste au pied. Ce n’est pas le luxe espéré. Bien fait pour moi, je n’avais qu’à mieux étudié le parcours.

 

Routine identique ici. Pointage, quelques denrées mais la perspective de ce qui peut m’attendre au Pas de la Case me donne envie d’y être au plus vite. Avant cela, direction la tente pour une énième tentative d’endormissement. Il y a un peu de bruit, mais j’y suis bien. Malgré cela, je ne sombre toujours pas mais avec la sensation d’être un peu reposé. Je reprends la route. Nous contournons le refuge. La tentation d’aller y troquer quelques euros contre un sandwich ou autre est présente. J’hésite. Finalement non. Nous passons à côté du lac de Vallcivera. Superbe. Nous arrivons ensuite au Port du même nom, c’est à cet endroit que les parcours de la Mitic et de la Ronda se séparent. Nous sommes en fin de journée. C’est un profil descendant qui nous attend jusqu’à la cabane des Esparvers. Ce sera féerique tout le long. La lumière d’une fin de journée d’été, un cours d’eau qui serpente dans cette étroite vallée, des petits arbres et un beau single joueur à souhait. Ni trop dur, ni trop facile. Alors certes oui, la vitesse est pas élevée puisque le bonhomme ne cours plus beaucoup. Mais il m’en faudrait plus pour ne pas en profiter. J’ai les mêmes sentiments qu’à peine 24h de cela sur la crête de la Portella de Sanfons. En ce jour et à cet instant précis, je suis à ma place à cet endroit. L’esprit est ailleurs, je fais le point sur plein de choses et mesurent pleinement la chance qu’il m’est donné d’être ici. La fatigue aidant, mes yeux se mouillent un peu…… Près de la rivière, j’aperçois une tente ; un couple va y bivouaquer pour la nuit. Je les envie. Je me fais doubler, pas plus de trois fois. La solitude dans ce coin de Pyrénées me convient à merveille. De fil en aiguille, je me rapproche de la fin de la descente ainsi que du jour. Le passage devant le pointage de la cabane des Esparvers marque le début du changement de pente.

 

Nous tournons sur la gauche, continuons un moment le long d’un cours d’eau. La montée est douce pour le moment, mais je sens que ma lucidité décline en même temps que la lumière. Le chemin se poursuit au milieu des vaches. Je n’y tiens plus et décide de m’allonger encore une fois. Pas pour longtemps non-plus, car un coureur espagnol vient me taper sur l’épaule en me demandant bruyamment si tout va bien. Je me lève en grommelant et reprends la route en le maudissant. Cette fois il fait bel et bien noir, la lampe est allumée et la progression est difficile. J’ai du mal à comprendre ou se trouve le sommet du col et ça m’énerve. Finalement, celui-ci arrive plus vite que prévu et je me vois déjà basculer vers le Pas de la Case. Encore une erreur de jugement. En effet, je me crois arrivé au Col des Isards et pense admirer les lueurs de la station. Rien du tout. Je bascule et c’est le noir complet. Quel idiot suis-je ! Je viens de passer à la Portella Blanca…… C’est donc un peu saoulé que le chemin se poursuit. C’est à peu près plat, toujours au milieu des bovins. Je me souviens de passer à côté d’un petit lac avant de se lancer dans une courte montée vers le col tant attendu. Le vent se lève un peu et j’accuse bien le coup à ce moment-là. Je me pose pour changer la batterie de la frontale et cela m’arrange bien. Un dernier coup de collier, et me voila enfin hissé au sommet du Col des Isards. Du réseau à cet endroit, j’envoie quelques messages et en reçoit ; mais c’est dur de pianoter avec ce vent et de rester immobile.

 

J’entame le plongeon vers le Pas de la Case. Le début est hyper technique, bien glissant, rocailleux et raide. Ça n’avance guère vite. Pas que les jambes soient très malades, mais la prudence et la vigilance sont de mises. Le halo de lampe me donne l’illusion que les lacets à venir vont devenir courables. Même pas. Le terrain reste le même. La pente se radoucit plus nous approchons du lac des Abelletes. Le parcours débouche alors sur les pistes. Quelques centaines de mètres sans trop d’intérêt et la seconde base de vie se profile, au milieu du jardin des neiges !

 

Ouf !. J’y suis enfin, avec plus d’avance que je ne l’aurai imaginé, ça sent bon. Encore une erreur de commise… Bref, je récupère mon second sac, échange quelques mots avec mes parents et file à la douche, un luxe dont je n’ai pas envie de me passer. Sauf que, point de vestiaires ici. Il s’agit d’une douche de chantier avec de l’eau froide, on se change dehors. Enfin je dis « on », mais il n’y a que moi qui ose. Même froide, ça requinque un homme. Un peu trop peut-être, dans le sens ou cela m’aura sans doute redonné du tonus. De retour à l’intérieur, nous nous asseyons ensemble et discutons, enfin je crois. A ce moment, j’aperçois Laurent et Takeya qui repartent. Mais surtout, il l’a trouvée ! La pizza tant attendue est là dans son carton. Même si elle vient d’un bar à pochtrons, celle-ci est bien la meilleure que je n’ai jamais mangé. Elle me fait tellement plaisir, et je lui fais honneur. Le ventre bien remplie, je tente un hypothétique dodo. Sur la pointe des pieds je rejoins un lit de camp. Évidemment, il y en a qui ronfle. Évidemment, le lit grince ; donc je m’allonge par terre. Évidemment, un connard fouille dans son sac en faisant un boucan de tout les diables. Évidemment ça me prend le chou, je me relève. En sortant, direction l’espace de massage. Pas que je sois friand du truc ni que le besoin s’en fasse ressentir. Mais c’est toujours bon à prendre et y passer ne peut m’être que bénéfique. Bon sang, c’est qu’elle y va gaiement la demoiselle ! Les jambes bien sur, mais surtout les trapèzes y passent et c’est eux les plus douloureux finalement. J’en tremble encore. Nous nous rasseyons, je reprends un bout à manger et me remets en ordre de marche pour la suite. Par manque de lucidité et car l’estomac est bien rassasié, j’oublie de faire le plein de nourriture. Je m’imagine la suite bien plus facile que ce qu’elle va être en réalité………

 

Nous quittons alors en famille la base de vie. Traversons le parking ou nous avons pique-niqué il y a quelques dizaines d’heures. Nous contournons le centre-ville par une passerelle piétonne construit le long du ruisseau. En bas de la station, nous nous quittons. L’heure pour eux d’un repos bien mérité. Nous devrions nous revoir au Refuge Sorteny normalement.

 

Autant le dire tout de suite, la partie pour s’extirper du Pas de la Case est affreuse. Heureusement qu’il fait nuit, cela nous évite de mieux distinguer l’usine de traitement des déchets de la station. Le tracé continue à descendre dans la végétation, je devine le viaduc menant au tunnel. D’un coup, la frontale clignote, batterie faible. Comment est-ce possible ? La première m’a fait l’intégralité de la première nuit et le tout début de la deuxième. La nouvelle est déjà morte au bout d’une poignée d’heures…… Note pour plus tard : toujours vérifier l’état des batteries, même quand celle-ci est neuve. Résultat, je dois continuer avec une luminosité au minimum. Le calvaire commence alors, à peu près au moment où nous virons à gauche toute. Déjà, il n’y pas de trace ; il faut viser les fanions. Ensuite, le terrain m’est insupportable. Dans la flotte au tout début, puis dans l’herbe humide quasiment tout le long. J’ai froid, envie de pioncer, et jure tout ce que je peux envers ce passage inhospitalier. Ça n’avance pas vite, et la lueur du haut de l’ascension, tantôt vive tantôt flou car cachée par le brouillard me paraît inaccessible. C’est peu de dire que j’en chie. Je compte plus le nombre de fois ou je dois stopper pour reprendre mes esprits. Une tentative de sieste à l’abri du vent se solde par un échec, le corps grelottant de froid. Pas le choix, il faut courber l’échine et accepter. Tant bien que mal, l’œil de Sauron se rapproche. Le terrain devient plus minéral sur la fin, plus simple mais la pente s’accentue. A l’arrache, j’atteins le Port Dret. Un bénévole est présent, un grand coup de chapeau à lui ; en tout cas j’espère avoir mangé mon pain noir. S’en suis la traversée du Pas des Vasques. Sans aucune difficultés apparentes. Le terrain est lisse, plat, donc j’essaie de mettre en route un peu de course. Un peu seulement, hélas. Le vent me gêne un peu mais je ne suis surtout pas super réchauffé, et surtout, la faim me prend. C’est dommage, et comme je l’ai écrit plus haut, toutes mes denrées sont restées dans le sac du Pas de la Case ou dans la voiture. Plus de compotes, pas de banane, plus de barres « mangeables », juste celle donnée par l’organisation. Je tente le coup sans y croire vraiment. Chocolat-café, sur le papier cela me semble alléchant. Une bouchée……c’est dégueulasse et aussitôt recraché.

 

Commence alors ce qui doit être une belle descente dans un endroit sympa avec un panorama splendide… Mais pas au bout de tant d’heures de course. La trace est tranquille jusqu’au Lac de Siscaro, le rythme n’est pas plus élevé pour autant. Le jour pointe son nez et comme d’habitude, je subis assez fortement. Je poursuis comme un zombie sur le chemin pierreux, passe devant le refuge Siscaro que je pensais être le ravitaillement. Ce n’est pas pour tout de suite donc. C’est avec une démarche devenue chaloupée par l’endormissement que je me laisse glissé, comme tous les autres coureurs rencontrés. Le petit matin est là en même temps que la découverte au bout de la route du ravitaillement d’Inclès. Je le vois alors comme un havre de paix tant mérité, comme la corne d’abondance tant souhaité. Hélas, trois fois hélas……

 

Donc, ce que j’avais imaginé comme un autre ravitaillement situé dans un refuge ne se résout qu’a un simple barnum avec 2 lits dans le fond. Je mange un peu et profite illico de la place restante pour aller m’enfouir tout entier sous une couverture. J’ai du mal à me réchauffer, alors dormir, n’en parlons pas. J’y reste quand même un bon moment, mais il y a encore une fois beaucoup trop de bruit sous la tente. Je me relève donc avec la conviction que le soleil ne tardera pas à nous abreuver de ses rayons. Les niveaux sont faits, et s’est encore engourdi que je débute la montée vers Cabana Sorda. La pente est douce et finalement l’ensemble du corps n’est pas trop mal. Nous forçons un peu dans un raidillon avant de traverser de grandes dalles de pierres, le refuge et le lac en vue. Une impression curieuse vient alors à moi. Ce grand cirque rocheux majestueux et cette étendue d’eau à son pied, je l’ai déjà vu. Tant mieux, car le décor est splendide. Mais c’est bizarre. En plus, tous les autres participants, le groupe d’Espagnols, la nana un peu plus loin ; j’ai déjà couru avec eux. Tout ce moment, je l’ai déjà vécu. Cet état second durera tout le long de l’ascension vers Cresta Cabana Sorda. Et elle fut longue, difficile et terriblement raide. Plusieurs fois des arrêts auront été nécessaires pour en venir à bout. Très pierreux et technique au début, puis à travers un alpage ultra pentu sur la fin. Mais que tout paraît difficile à ce stade…

 

Le chemin pour atteindre le prochain ravitaillement de Com de Jam n’est pas très compliqué en soi, même si très caillouteux. Le soleil cogne sévèrement, je peine à m’accrocher au moindre groupe. Je souffre clairement et le temps paraît être une éternité. Je n’ai plus qu’une vague notion des heures qui passent et sans me traîner non-plus, j’arrive à rejoindre la petite bâtisse en ayant pris soin de m’arroser dès que possible. La mémoire me fait un peu défaut pour savoir ce que j’y ai ingurgité, je sais seulement m'y avoir allongé quelques minutes sans savoir si cela fut bénéfique. J’ai basculé depuis des heures dans une sorte d’errance lucide. J’arrive à comprendre les choses mais reste dans une douce torpeur, au bord de l’endormissement. Le but à présent est d’escalader le Collada dels Meners. Sur le profil, il s’agit juste d’une courte grimpette, certes raide mais ou un dernier coup de collier devrait suffire à l’avaler.

 

Sauf que la chaleur est écrasante, et que je n’arrive que mal à me faire violence. Nous passons à proximité d’un magnifique petit lac juste avant que la pente se durcisse une dernière fois. Je me courbe, les mains à hauteur des oreilles. Les randonneurs nous encouragent, leurs regards trahissant le véritable état dans lequel nous devons êtres. Ici encore, plusieurs pauses furent nécessaires pour en venir à bout. Et enfin, la délivrance. Le dernier point haut. Le temps est alors à la contemplation et un regain soudain de lucidité me fait comprendre que la fin est proche. Elle paraît simple cette descente. Un peu plus pentu sur le début, caillouteuse ; puis un léger replat courable. Mais qu’elle est belle cette vallée. Hélas, je n’en profite que peu, toujours assommé par la chaleur et par l’envie de dormir ; ajouté à cela le temps qui ne passe pas. Combien de fois aurai-je cru l’apercevoir ce fichu refuge… ? En haut d’un surplomb, il me semble apercevoir des silhouettes connues. Est-ce eux qui m’ont appelé. M’avaient-ils prévenu ? Je ne m’en rappelle pas mais peu importe. Je m’engage dans les petits lacets caillasseux, à la vitesse d’un escargot paralytique. Mes parents ont installé le pique-nique sur une petite passerelle, les boissons au frais dans le ruisseau. N’est-ce pas ce genre de situation qu’on qualifie parfois d’idyllique ? Tout ceci est d’un réconfort difficilement descriptible. Certainement quelques mots, mais peu. Et puis surtout, le reste de la pizza du Pas de la Case. Du pur délice, tout comme le Coca frais. Sorteny n’est plus très loin, et une pause à l’horizontale y est envisagé. Alors debout et en avant marche. Nous semons hélas ma maman. Autant je me rappelle bien mon état et notre marche entre les Houches et Chamonix, que les souvenirs de notre descente jusqu’au refuge Sorteny reste flou. Avons-nous couru ? Marché ? Peut-être un peu des deux, mais tu me le diras.

 

Dernier ravitaillement, celui-là même dont nous avons profité il y a des dizaines d’heures. Celui-là même que j’avais la ferme intention de revoir alors sans trop oser y penser. J’y suis enfin, et le peu de coureurs arrivant au compte-gouttes y est accueilli comme des héros. Les bénévoles, d’une gentillesse commune à tous ceux rencontrés, nous encouragent encore à fond et sont aux petits soins comme jamais. Je réclame un couchage, privilège accordé avec plaisir. Ce ne sera pas encore ici que Morphée viendra me tendre les bras, car il fait chaud ; et l’enthousiasme de mes hôtes est d’un volume sonore assez haut. Et puis bon, on va pas se mentir, il ne reste pas grand-chose à faire, ça descend et ce sera facile. Dernière erreur……

 

Après une dernière salve d’encouragements, je reprends le chemin d’Ordino. Nous croisons quelques personnes de temps en temps, eux aussi nous encourage ; mais ont l’air aussi un peu surpris de l’état dans lequel nous pouvons être. Pas temps physiquement, car même si la foulée n’est pas celle du début ; je me sens pas défoncé musculairement. Seuls les épaules tirent pas mal, mais rien d’alarmant. Non, ce qui est plus méchant c’est cette incapacité mentale absolue de forcer un peu. Pourtant, ils sont roulants ces derniers kilomètres. Tantôt une route à longer puis à traverser (oh, des Creusois !!! Coucou !), tantôt de larges pistes roulante, quelques habitations… Mais rien à faire, je suis à l’ouest. Je tente un moment de course, les jambes sont raides mais tournent quand même. Une minute, guère plus. La tête dit non , « … tu arrêtes tes conneries, tu marches. Tu va courir, pourquoi faire ? De toutes façons, t’as plus de carburant et tu ressembles à rien. Alors tu marches, tu te trempes la tête quand tu peux et tu fais pas chier… ». Mais oui, ma tête me parle. Vous pouvez rigoler mais c’est vrai ! On va pas se mentir non-plus, la partie finale est pas super intéressante. Mes parents me préviennent par message qu’ils seront à la Cortinada. En effet, ils m’attendent, comme à l’accoutumée. Il me semble avoir ingurgité un fond de jus d’orange bien frais. Je crois que mon père me demande si je souhaite être accompagné. Mais hélas, je suis incapable de prendre une décision. Je ne sais pas si c’était par crainte au vu de mon état, ou par envie. Avec le recul, j’ai été nul et j’en suis désolé. C’est donc seul que je poursuis, en planant, sans émotion et en me parlant à moi-même.

Des bravos s’élèvent du camping que nous longeons. Mon Aïe-Phone sonne un peu plus souvent, je tente d’évaluer à peu près ou j’en suis pour en informer Delphine. Je sais seulement qu’il y a un mec tout en bleu pas loin devant moi.

 

Puis, le bord de la route ou retentissent les klaxons des véhicules croisés. Des mains me font signe également. Ma maman s’est posté un peu avant l’arrivée. Nous faisons les derniers mètres ensemble. Je ne sais plus ce que nous nous sommes dit, c’est dommage. Mon plus grand et seul vrai regret, est que l’aventure m’a rendu totalement hermétique à toutes émotions. Pas de joie exacerbée, ni de larmes. Ambiance sympa pourtant sur la ligne, simple mais sincère. La photo bien sur, et l’arrivée en direct, parait-il. C’est fait. Et donc ? Et pas grand-chose finalement. Je crois qu’on s’embrasse, mais je n’en suis même plus certain. Ce qui est sur, c’est la bière d’arrivée qui nous est promptement apportée. Elle n’aura pas fait long feu……

 

Il est presque l’heure de l’apéro, celle du goûter un peu dépassée mais qu’à cela ne tienne. Il y a un peu de monde en terrasse, l’atmosphère est à la détente. Nous nous posons un moment, un demi, un panaché et un citron-givré… cherchez l’intrus ! Nous ne nous attardons pas et regagnons notre logis. Avec le recul, peut-être aurions-nous dû rester un peu plus longtemps dans l’espace d’arrivée. Mais sur le moment, je plane ; en étant ni très en forme, ni très exténué. De mon côté, les membres inférieurs qui ont pris des proportions inattendues. Les orteils, les mollets, les cuisses ; tout a gonflé à cause de la rétention d’eau. Enfin je pense, j’ai lu ça dans d’autres récits.

 

Rien de particuliers ne me revient concernant la soirée. Il me semble avoir passé une nuit à peu près correcte. Il est temps de quitter notre lieu de villégiature, et j’arrive plutôt bien à descendre les valises bagages jusqu’à la voiture.

 

Un morceau de route est effectué avant la pause du midi. Jusque-là, la fatigue n’avait pas refait surface. Curieusement, devant mon assiette, je bug sévèrement. Pendant 10 secondes, je suis incapable de choisir ou planter ma fourchette en premier, entre les haricots verts et les frites…

 

Le retour à la réalité est dure. Je travaille le mercredi et le jeudi suivant la course. Après le repas midi, d’un coup, je me prends un coup de pelle derrière les oreilles, quelque chose de violent. Impossible de me tenir éveillé. Je m’allonge par terre une bonne demi-heure à chaque fois. Il me faudra jusqu’au premier vendredi de nos vacances en famille pour retrouver un tonus normal.

 

Physiquement par contre, je récupère pas trop mal. Les membres ont désenflé rapidement, je pourrai courir si je voulais. Oui mais voila, j’ai plus envie. Encore maintenant, 5 mois après, la motivation n’est pas revenue. J’ai lâché du lest sur la nourriture et mon tour de taille s’en ressent un peu. Que c’est bon le grignotage !

 

Merci aux copains des Croque-Chemins pour leur soutien, malgré mon silence et mon refus des nouvelles technologies ; ces trucs-là ne sont pas faits pour moi. Merci donc, pêle-mêle, d’avoir tenu compagnie à Chouchou et aux garçons, de vos messages d’encouragement à tout moment de la journée (même ceux ou vous vous moquez de mes arpions !), et à vos coups de fil même si je n’ai pas répondu à tous.

 

Merci bien sûr à Chouchou qui me laisse faire ce genre de folie.

 

Merci Papa, Maman pour le soutien sans failles à tous les niveaux. J’ai enfin compris pourquoi vous aimiez tant les Pyrénées.

 

 

 

Peu de journées ne se passent sans que mes pensées ne vagabondent encore la-haut. Els cims són màgics………

3 commentaires

Commentaire de Philippe8474 posté le 20-04-2020 à 08:48:30

Quelle belle histoire Flo!!!
Un sacré morceau, une belle errance, une sacré aventure intérieure... des moments de plénitudes sans égal, des sentiments décuplés avec ses accompagnants...
Une belle volonté aussi. Se sentir à sa place!

Une erreur pour moi dans ton récit ;) tente une fois le lavage de dents, tu verras c'est pas mal... et peut vraiment retarder l'impression d'écoeurement et apporter une fraicheur intérieure... Sans parler apparemment d'un bienfait au niveau de l'acidité dans la bouche

Et sinon la biz aux Croq' ;)
Et au plaisir peut-être un jour de se recroiser sur un chemin!

Commentaire de FLØ posté le 20-04-2020 à 10:17:19

Salut Philippe,

et merci de ton commentaire. Le lavage des dents, c'était surtout pour faire un bon mot ! Je ne doute pas du confort que ça apporte.

Ce petit pays comptait pour moi depuis des années pour plein de raison, et réaliser ça avec les parents nous à marquer au fer rouge. Il ne manque plus pour toi que d'y aller faire un tour ....

A une prochaine.

Commentaire de Philippe8474 posté le 20-04-2020 à 14:26:31

Le lavage de dent tient une place bien trop importante dans mon commentaire, en effet. Le plus important était bien sur le reste du message et la belle aventure que tu as vécu!
Chapeau Flo!!!!

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