Récit de la course : Paris - Alsace 2019, par FOREST Alex

L'auteur : FOREST Alex

La course : Paris - Alsace

Date : 5/6/2019

Lieu : Neuilly Sur Marne (Seine-Saint-Denis)

Affichage : 417 vues

Distance : 430km

Objectif : Terminer

3 commentaires

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Paris-Alsace 2019


Mercredi 5 juin 2019, il pleut.

Dans quelques minutes, je serai au départ de mon 3ème Paris-Alsace.

Ce matin même, Jean-Hervé m’a annoncé son désistement. Sympa ! Heureusement qu’il me reste encore les 4 meilleurs assistants, Huguette, Gilbert, Jean-Benoit et Philippe, on doit encore pouvoir rivaliser avec les 14 assistants de Jean-Marie et les 18 assistants de Florian, on reste confiant.

 

16h, le départ du prologue est donné. Dés le premier tour, je me retrouve devant avec Florian et Matthieu, on va rester ensemble jusqu’au dernier tour, où Florian n’aura pas besoin de beaucoup forcer pour me faire sauter, je suis bien incapable de marcher à sa vitesse. Je termine 2ème du prologue, les 9.2kms en 51’22", 14" derrière Florian.



 

19h45, c'est le déluge à Château-Thierry, et pourtant dans 15', il va falloir repartir sur la route. Ça promet !

20h, il pleut toujours aussi fort. Et c'est parti pour 360km jusqu'à Epinal. Après 500m, j'ai déjà repris les 14" qui me séparait de Florian, je suis maintenant en tête de l'épreuve, mais il pleut trop fort, la voiture ouvreuse n'est pas prête, je suis obligé de m'arrêter quelques secondes, j'attends qu'on me confirme que je suis sur la bonne route.

Heureusement, après quelques minutes, l'orage se calme, le temps de traverser Etampes, et j'aperçois enfin un peu de soleil, ouf !

Je prends mon rythme, je suis seul loin devant, personne ne s'est risqué à me suivre. JB me ravitaille toutes les 30 minutes, tout va bien, je veille à préserver l'équipe, j'aurai surement besoin d'eux plus tard.

22h10, j'arrive à Charly (Km29.1), un nouvel orage éclate, en quelques secondes je suis intégralement trempé. Et maintenant faudra pas compter sur le soleil de la nuit pour me sécher. Heureusement, ça ne dure pas trop longtemps, et cette averse sera la dernière.

23h56, de retour à Château-Thierry (Km44), 36km en 4h, maintenant cap vers l'Alsace.

Mon rythme baisse régulièrement pendant la nuit, j'essaye de gérer au mieux, la route est encore longue.

Pointage à Dormans (Km68.1) à 2h57.

Vers 4h, Jean-Marie me dépasse, son rythme est bien supérieur au mien, on s'encourage, mais je ne cherche pas à le suivre.

Le jour se lève, je sais que Florian revient sur moi. Il me rattrape vers 7h à l'approche de Ay Champagne (Km98.5). Il marche plus vite que moi, forcément il vient de me dépasser. Mais je me force à l'accrocher, il n'y a plus personne derrière sur la mythique, et je ne veux pas me retrouver seul dernier dès maintenant.

En plus, il y a toujours du monde autour de Florian, ça permet de papoter, et puis ça repose un peu mon équipe.

Je ne sais pas encore combien de kilomètres je parviendrai à rester avec Florian, mais tout ce qui est pris n'est plus à prendre.

On pointe ensemble à Condé (Km112.2) à 9h03. Un peu plus loin, Florian s'arrête pour soigner ses pieds, je continue donc seul, mais Florian revient sur moi à Chalons en Champagne (Km130.1), à 11h34.

On pointe encore ensemble à Pogny (Km146.4) à 13h46. Mais je commence à fatiguer, Florian l'a compris, il accélère un peu, et je ne peux que le laisser partir.

Je suis désormais dernier, seul avec mon équipe, c'est maintenant que les choses sérieuses commencent.

Pour faire passer mon coup de fatigue, Philippe me propose une boisson énergétique sucrée, oui mais là je ne supporte plus le sucre, je vomis tout, je n'avance plus. Je demande à l'équipe de sortir la chaise longue sur le bord de la route, je vais m'arrêter pour bronzer, heu non pour me reposer 5 minutes.

La pause est bien sur trop courte mais bienfaitrice, j'arrive à repartir sur un rythme certes bien plus lent que quand j'étais avec Florian, mais bon à partir de maintenant, il doit rester à peine + de 200km pour rejoindre Epinal, il ne me reste plus qu'à calculer et à gérer pour passer les 12 prochaines barrières horaires, aie, ça va faire mal quand même !

Je passe à Vitry le François (km170.9) à 17h55, j'aurai préféré y passer 1 ou 2 heures plus tôt, mais bon c'est déjà mieux que si j'étais passé 1 ou 2 heures plus tard.

Ensuite, passage à Reims la Brulée (Km178.5) à 19h11, puis Sermaise (Km200.4) à 22h45. La nuit est tombée. Pendant la journée, l'équipe s'était bien relayée pour conduire le camping-car et pour me ravitailler toutes les 15 – 20 minutes, mais maintenant j'ai besoin que quelqu'un marche en permanence à mes cotés pour me tenir éveillé, le but étant d'arriver au plus vite à Bar le Duc.

Pointage à Mogneville (Km209.4) à 00h14, et j'arrive enfin à Bar le Duc (Km226.1) à 3h23.

2h de repos obligatoire, c'est beaucoup trop court, mais putain que ça fait du bien !

Pendant que je dors, un petit point de la situation : je souhaitais arriver à Bar le Duc vers 2h, et au plus tard à 3h. Il est 3h23, donc j'ai 23 minutes de retard sur le max que je m'étais fixé. Alors certes j'ai encore 3h de marge sur la barrière horaire, mais ça s'annonce quand même bien tendue cette ballade.

 

5h23, c'est reparti. Je suis maintenant accompagné de Cathy qui nous a rejoint pendant la nuit. J'arrive à repartir pas trop mal, mais je sais que c'est insuffisant pour reprendre de l'avance sur les barrières horaires, donc j'ai pas le droit de ralentir.

8h08 à Ligny en Barrois (Km242.3). Je viens d'apprendre l'abandon de Florian sur arrêt médical. Zut, je suis maintenant 2ème, mais ça ne change rien au problème, il faut passer ces putains de barrières horaires ! Surtout que je ne garde pas un bon souvenir du prochain tronçon, et en plus Cathy doit me laisser, et Philippe doit la raccompagner à Bar le Duc. Il ne reste donc plus que Huguette, Gilbert et JB, pour conduire le camping-car et me ravitailler. Et tout le monde est fatigué, moi le premier. Seule bonne nouvelle, Philippe a pu échanger avec Guy, et il va voir si des marcheurs de l'équipe de Florian peuvent venir m'assister

12h57 à Gondrecourt (Km271.3), je suis toujours sur le fil du rasoir. Un rien pourrait me faire basculer du bon ou du mauvais coté de la barrière horaire. C'est pile ou face. Et faut croire que ce coup-ci, la pièce est tombée du bon coté.

3 marcheurs de l'équipe de Florian arrivent à mes cotés. Et pas n'importe quels marcheurs, 3 immenses champions qui connaissent l'épreuve sur le bout des orteils : Gilles, Alain et Fabien.

Et de suite ils prennent les choses en main, 2 vont rester en permanence à mes cotés, pendant que le 3ème récupère dans le camping-car. Avec un roulement toutes les 20 minutes, où celui qui était dans le camping-car vient me ravitailler et remplace un à mes cotés.

Enorme soulagement aussi pour mon équipe, désormais elle n'a plus qu'à préparer mon ravito et à amener le camping-car à l'arrivée.

Du coup, on en oublierait presque qu'il reste encore 100km (ou 1 dixième de MilKil, ça fait moins mal) jusqu'à Epinal, encore 5 barrières horaires à passer, c'est pas encore gagné !

Enfin, en attendant j'avance, je tire sur les bras comme on me le répète toutes les 30 secondes, et les kilomètres défilent sur cette jolie petite route vallonnée que je découvre, cette partie étant nouvelle par rapport à 2017.

Pointage à Coussey (Km293.9) à 16h38. Je sais qu'il faut que je sois au prochain pointage à Gironcourt à 21h, pour être dans mes temps de 2017, et donc être dans les délais à l'arrivée. Mes accompagnateurs sont d'accord avec moi, et ils savent ce que je dois faire pour y arriver, alors je n'ai plus qu'à suivre leurs consignes. Ça semble tellement simple vu comme ça. Mais j'ai juste oublié un truc, c'est que je suis super fatigué, et là de suite ça devient moins facile.

En plus, la météo, qui nous avait plutôt épargné depuis le 2ème passage à Château Thierry, se dégrade à nouveau. Le vent se lève, le ciel s'assombrit, il se remet à pleuvoir. J'enfile ma veste de pluie. Mais ça ne suffit pas, et la fatigue aidant, en quelques minutes, je me mets à trembler fort, j'ai très froid. Je demande au camping-car de s'arrêter, pour que je puisse me mettre à l'abri le temps d'enfiler un pantalon de pluie. Je vois bien que Gilles n'est pas content que je perde du temps sur cet arrêt, alors je ne traine pas.

Maintenant que je suis bien couvert, ça va mieux, je me réchauffe doucement, mais quand même je doute de + en + dans ma capacité à tenir les délais.

Mais un coup de téléphone va tout changer. Mon assistance m'apporte mon téléphone et me demande d'appeler May. Je galère pour composer le n° avec mes doigts gelés, je râle intérieurement. Mais ça en valait la peine. May m'annonce qu'elle voulait me faire une surprise, elle voulait me rejoindre avec les enfants demain à l'arrivée. Mais pour cela il faut que j'aille jusqu'à l'arrivée, et elle me demande si j'y arriverai. Mon visage s'illumine. Oui bien sur, oui c'est sur, oui c'est une certitude à 200%, je serai à l'arrivée dans les délais. Des larmes coulent, je pleure de joie, je suis tellement heureux !

A partir de maintenant, tout devient plus facile. Je pointe à Gironcourt (Km318.1) à 20h42, c'est 18 minutes d'avance sur le temps que je m'étais fixé. Je ne pense plus qu'à une seule chose maintenant, assurer, gérer la fatigue et arriver correctement à Epinal.

Mirecourt (Km335.6) à 23h37, c'est maintenant 30 minutes de mieux qu'en 2017. Mais comme 2 ans plus tôt, le manque de sommeil se fait vraiment sentir en cette 3ème nuit, et je ne veux prendre vraiment aucun risque. Alors dès le point de contrôle passé, je demande à dormir 5 minutes dans la chaise longue.

Mon assistance veille à ce que je ne dépasse pas le temps de repos autorisé. Les 5 minutes sont écoulées, allez hop je dois repartir ! Mais la pause est bénéfique, et avec mes supers accompagnateurs à mes cotés, je sais que je marche plus vite qu'en 2017.

Dernier pointage à Madonne et Lamerey (Km350.7) à 2h20, cette fois c'est bon, reste 4h40 pour les 19 derniers kms. Mon assistance me relance, au plus vite j'arrive à Epinal, et plus long sera mon temps de repos. Oui mais c'est encore long, je suis vraiment fatigué, et alors que je marche sur cette route bétonnée non déneigée, mes yeux se ferment, je manque de tomber 1 fois, ouf je me réveille, je continue, mais un peu plus loin, je me rendors, je manque de tomber une 2ème fois, je me réveille, et puis encore une 3ème fois, …, stop, je peux pas continuer comme ça, c'est pas possible !

J'arrête le camping-car au milieu de la route, et je dors encore 5 minutes assis sur la chaise.

Allez, cette fois c'est bon, je ne m'arrête plus, Epinal approche et le jour se lève, ça tourne, ça monte et ça descend, je ne me souviens absolument pas être passé ici en 2017, mais peu importe.

Jean Cecillon est venu à ma rencontre et parcourt avec moi les derniers hectomètres.

5h40, je franchis la ligne d'arrivée à Epinal, soit 55h40 pour les 360km entre Château-Thierry et Epinal. Je l'ai fait, j'ai réussi !!



 

9h, Plainfaing, 3h de sommeil m'ont fait beaucoup de bien, je me réveille doucement. Mon état physique est bien meilleur qu'en 2017, mes pieds sont beaucoup moins douloureux, je n'ai même pas besoin de les soigner.

On m'annonce que je partirai pour la dernière étape à 9h45, 15min plus tôt que prévu, mais comme nous ne sommes plus que 2 sur la Mythique, et puis Jean-Marie a tellement d'avance, alors ça me permettra d'arriver plus tôt moi aussi.

Il y a un grand soleil, et qui devrait rester toute la journée, ça fait plaisir.

Alors que je me réveille doucement, mes nouveaux assistants me demandent de m'échauffer un peu avant le départ. Heu sérieux ? Bah oui, ils ne rigolent pas ! Alors me voilà quelques minutes avant le départ en train d'effectuer quelques mouvements d'échauffement, surréaliste !

Enfin 9h45, allez, c'est parti pour cette dernière étape.

On commence par la montée du Col du Bonhomme, tout va bien, mais je reste prudent, j'avais tellement souffert dans la descente en 2017.

Pointage au Col du Bonhomme (Km381.4) à 11h24. On continue vers le Col du Calvaire, je me méfie vraiment des premières petites descentes qui avaient marqué pour moi le début d'un long calvaire en 2017, mais cette fois tout se passe agréablement bien. Mon équipe veille sur moi en permanence, me ravitaille, je n'ai rien à penser, juste à avancer.

Le col du Calvaire franchit, voilà maintenant cette descente tant redoutée. Maitre Gilles vient à mes cotés et me donne une leçon de descente. Une boule de pétanque dans chaque main, on balance les bras, et ça marche tout seul. Ça semble tellement simple, mais avec un tel professeur à mes cotés, c'est surtout très efficace. Je descends aussi vite qu'à la montée, et surtout j'avance beaucoup plus vite qu'en 2017

Pendant la descente, je pense aussi beaucoup à May, Sasha et Samuel, j'espère qu'ils font bonne route, j'ai vraiment hâte de les retrouver.

Après quelques kms de descente, il me semble reconnaître notre voiture garée sur le parking d'un resto à quelques mètres de la route. Et en passant devant, May, Sasha et Samuel sortent en courant du resto. On n'a même pas le temps de s'embrasser, mais ils me rejoindront dès qu'ils auront finis de manger. Je suis trop heureux, des larmes de joie coulent.

Pointage à Orbey (Km399) à 13h55. Mon rythme a clairement augmenté. Je vole depuis que j'ai vu mes 3 amours. Ils me rattrapent un peu plus loin, et cette fois je peux les embrasser tous les 3, dans l'ordre Sasha, Samuel et May. Je suis tellement heureux, je ressens une joie immense, à laquelle s'ajoute une grande fatigue, je suis dans un état indescriptible, mais c'est tellement bon !

Allez, Sasha et Samuel monte à l'avant du camping-car, et moi je continue de marcher, mais ça devient trop facile maintenant, c'est que du bonheur, je profite à fond !

Dernier pointage à Kaysersberg (Km410.7) à 15h29. Plein de monde dans les rues qui m'encourage, ça aussi c'est bon. Incroyable contraste avec 2017 où les pavés étaient une torture innommable, alors que là je prends un plaisir énorme.

Ensuite on longe les vignes, dommage on nous a supprimé la dernière bosse de 2017. Mon équipe me demande de me protéger du soleil qui tape fort, mais je réponds que ce n'est pas la peine, je marche à l'ombre des vignes.

Saadi me dépasse, on s'encourage, il sera le seul à me reprendre parmi ceux partis après moi.

Maintenant je profite de ces derniers kilomètres, même plus mal, même plus fatigué, c'est juste du bonheur.

Je vire à gauche, et j'attaque la dernière grande ligne droite qui mène à Ribeauvillé. Je relance une dernière fois.

Ça y est, j'entre dans Ribeauvillé. Toute l'équipe me rejoint. Les enfants me donnent mon maillot de St Tropez. Je tiens les enfants par la main, Sasha à ma gauche, Samuel à ma droite. Je profite de ces derniers mètres, c'est tellement bon !

Je franchis la ligne d'arrivée avec Sasha et Samuel, tellement d'émotion, c'est sans hésitation ma plus belle arrivée que je suis en train de vivre, une joie immense, je n'ai pas de mot pour décrire le bonheur que je ressens !

Il est 17h31, je suis 2ème de Paris-Alsace 2019, 64h15'22" pour les 426 kms, et 7h46' pour la dernière étape de 56km, soit 2h30 de moins qu'en 2017.



 

1000 Mercis à toute mon équipe, Huguette, Philippe, Gilbert, Jean-Benoît, Cathy, puis Gilles, Alain et Fabien.

Des remerciements également à tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette épreuve mythique.

Et puis des millions de Bisous à mes 3 Amours, Sasha, Samuel et May, grâce à vous j'ai vécu ma plus belle émotion en compétition. Je vous aime.

3 commentaires

Commentaire de Cheville de Miel posté le 08-06-2020 à 10:17:53

Toujours admiratif de tes performances et ta manière de les relater!
Bravo et merci, tu es inspirant.

Commentaire de thomasgus posté le 10-06-2020 à 12:51:53

waouw ! superbe récit : on a l'impression de t'accompagner dans cette magnifique aventure ! jeune je voyais passer les coureurs du Paris Colmar devant ma maison à 10 kms de l'arrivée et j'allais les encourager à Colmar… c'était impressionant de savoir le chemin parcourus ! Merci à toi de me le faire partager grâce à ton récit !

Commentaire de benoitb posté le 18-06-2020 à 15:13:12

Merci pour ce récit Alexandre (j'écris ce commentaire pendant que tu en baves sur la MilKil...), je le lis le jour où ce magnifique article sur Roger Quemener, multiple vainqueur de ce qui était alors le Paris-Colmar, paraît dans les DNA :
https://www.dna.fr/sport/2020/06/18/roger-quemener-l-homme-de-colmar

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