Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2000, par l'toutou

L'auteur : l'toutou

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 27/10/2000

Lieu : Saint-Philippe (Réunion)

Affichage : 3386 vues

Distance : 135km

Objectif : Pas d'objectif

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Le récit

Chapitre 1 : l'avant course

La semaine avant la course a été consacré à une découverte de l'île.
Le samedi après midi, rando au volcan (le pic morgabim) en éruption depuis maintenant 4 semaines.
vision grandiose de la bouche à feu (dont nous nous sommes approchés à moins de 100 m) et des coulées de laves rougeoyantes dans la nuit tropicales sans lune, un spectacle que je n'oublierais pas de sitôt. Tout cela sous la pluie : ce qui ne manquât pas de rajouter une note surnaturelle à ce spectacle.
Après un rapide casse croûte sous une pluie battante, nous retournons à la voiture (3 h de marche)...et lorsque nous avons voulu redémarrer, panne de batterie !! :-(
Après maints essais infructueux, Patxi (prononcer Patchi, il est d'origine basque) est redescendu avec d'autres copains dans une voiture pour rapporter une batterie de rechange.
J'ai donc passer la nuit avec claire (CMika, pour Papy) dans la voiture à grelotter. retour à 6 h du mat'. pas génial pour une semaine avant le Grand Raid.
J'ai pu lors de cette sortie percevoir l'agressivité du terrain. mes NB 902 en sont revenues lacérées... et je n'exagère pas. Marcher environ 1h30 dans les scories, les chaussures de trails n'apprécient guère.

Dimanche repos. lundi et le mardi, je suis allé "sentir le terrain" en randonnant dans le cirque de Mafate ( celui ou il n'y a ni routes ni voitures). J'ai pu y tester la chaleur (suffocante au fond du cirque ou il n'y a pas d'air.
Lundi 5 h de marche, les descentes sont périlleuses et les montées rudes.
Mardi, après une nuit hors du monde à l'ilet de Cayenne, 7 h de marche dans une vallée perdue du fond de Mafate. Un régal.

Je ne reviens pas rassuré du tout de cette virée dans l'île, le terrain n'est pas simple et le climat peut y être rude, le grand raid ne va pas être facile.

Mercredi soir, briefing à st Denis et remise des dossards.
l'ambiance est sympa mais les visages sont inquiets, les appréhensions se lisent sur les visages tendus des néo-fous. ceux qui n'en sont pas à leur première, sont à peine moins tendus. ca promet.
pour ma part, je commence à avoir sérieusement la trouille....

Pour arranger le tout, l'organisateur nous annonce des modifs de parcours et donc, à cause de propriétaires qui refusent le passage, le départ se fera sur 15 bornes de routes en béton, pas cool comme nouvelle. Vers Cilaos aussi, il y a modif et nous descendrons ... et remonterons une ravine supplémentaire, la je préfère parce que même si ca rallonge, en km et en D+, je préfère car ca retire un morceaux de route quasi plate. et j'aime pas les terrains roulants dans ce genre d'épreuve.
La distance totale de la diagonale de fous sera donc entre 129 et 131.5 kms pour 8099 m de D+.
Un nouveau road book nous est donc remis en même temps que le dossard.
De plus, je n'emmènerais pas mes bâtons car il l'interdise (sur le règlement) je me rendrais compte qu'entre temps il a été modifié et que beaucoup les utiliserons. Dommage car je m'étais entraîné avec et psychologiquement, ca m'affaiblit.
Jeudi, repos et préparation des sacs de ravitos, j'en profite pour réouvrir les emmanchures du tee shirt que l'organisation nous oblige à porter au départ et à l'arrivée. J' y recopie aussi la maxime de Cathy Friemann l'aborigène australienne, parce qu'elle me symbolise bien : "COS' I'M FREE", à chacun ses gri-gris ou ses illusions !! ;-)
le soir, départ vers St gilles, pour me rapprocher du départ, J'y retrouve une bande de copains et copines, coureurs et coureuses.
La nuit sera courte et agitée ;-) départ à 1 h du mat' pour le stade de Langevin.
Remise des sacs au différents camions d'acheminement, je retrouve mon copain Patxi avec lequel je vais essayer de rester un maximum de temps. Il a un record à 26 h 40 et ca me rapprocherait bien des moins de 30 h que je vise.
Je suis complètement destroy et vert de trouille; c'est vraiment la première fois que je me met dans cet état la. Mais, à l'approche de la concrétisation d'un grand rêve, après des mois de prépa et de cogitation, je n'arrive toujours pas à croire à mes capacités. Ca fait beaucoup rire les copains que je croise.
Après le contrôle du matos obligatoire, nous voila dans le sas de départ, la pression monte encore, aidée par le rythme des percussionnistes qui parcourent la zone .
Je profite de ce moment pour enregistrer mon premier message d'accueil ou je vous disait que j'étais dans le sas et que j'attendais vos messages dans la soirée. (enfin c'est ce que j'ai cru jusqu'à ce que j'écoute le premier message d'une copine qui me dit qu'elle pensait être sur le mon portable et qu'elle tombait sur Kévin.
Je me rends compte que je suis pas franchement dégourdi et que j'ai fait les manips à moitié. ;-))
Je rectifierai donc et enregistrerai le premier vrai accueil, sur le grand raid, j'aurais couvert déjà la moitié du parcours.)

Avec Patxi, nous nous approchons des premiers rangs pour ne pas être trop coincé au départ, le goulet de départ fait 5 m de large et il y a 2500 coureurs qui doivent partir!!!
Nous serons finalement en 4e épaisseur (comme on dit au tiercé) et donc pas trop mal placé.

Le décompte commence...

10,9,8...
le départ est imminent...
...7,6...
les tambours accélèrent le rythme...
..5...
mon coeur aussi, je suis au paroxysme...
...4,3,2,
mes jambes tremblent et d'un seul coup...
1,0....
mes pieds ne touchent plus le sol, la pression des coureurs lors du coup de feu de départ nous soulève et c'est comme en lévitation que je franchirait la ligne de départ de cette épreuve mythique.

Une grande aventure va commencer pour moi. mais déjà dans ma tête, les idées se bousculent.
Ca y est j'y suis enfin...
Il va falloir me sortir les tripes et aller au bout de mon rêve.
Je pense à Patricia et aux enfants qui m'ont permis de réaliser ce rêve...

Je pense à vous tous, je pense, je pense et puis....c'est parti... je cours.


Chapitre 2 : de St Joseph à Cilaos

Après la tension du départ, je me trouve rapidement mieux à courir. Il était temps, le stress était vraiment fort.
Avec mon ami Patxi, nous avons décidé de courir assez rapidement au début pour ne pas être trop bloqué quand le chemin va se resserrer et se "redresser"? il connaît bien la sente que nous prendrons après les 15 bornes de route et elle comporte 2 ravines assez technique, il ne faudra pas être trop englué dans la masse.
Il ne faut pas non plus aller trop vite et se cramer pour la suite, méfiance.

les chaussures sont en place, j'ai choisi de courir avec mes Adidas Trail response qui ont déjà fait Endurance trail, je les aime bien ;-)).
j'ai mis un short court, un débardeur respirant puis par dessus, le débardeur officiel de la course. ma casquette, une paire de mitaine de vélo (pour l'accroche aux branches et l'amorti en cas de chute) et mon sac endurance complète ma panoplie de "baroudeur" ;-)))
Le dossard plastifié pend à mon cou par une ficelle.
Dans mon sac, 3 tubes de gel Maxim, 2 barres Maxim, 2 barres au miel décathlon, 2 petits sacs de sel, et une recharge de poudre Maxim pour compléter mon alimentation. Je suis quasi autonome.
J'ai pris la décision de diminuer la concentration de poudre dans l'eau pour ne pas bloquer la réhydratation, donc env. 40 g /litre au lieu de 80.
Au poids de tout ca, je rajoute 2 l d'eau, mon tshirt en carline, le matos obligatoire (pommade massante, couverture de survie, lampe, pile, road book, bande élasto, sifflet) et aussi une petite trousse de secours perso : Compeed, pansement, ciseau, medic, anti frottement et crème solaire.

Nous courons donc a bonne allure (env. 12-11 k/h) pendant presque 5 k puis nous ralentissons sérieusement, la foule est déjà moins dense.
nous traversons en montant d'immenses champs de cannes à sucre sur une méchante route en goudron.
il fait encore nuit et Patxi et moi nous perdons de vue, tant pis la course est longue, on se retrouvera bien !
J'ai la surprise de voir courir a mes cotés une grande dame de la course à pied à la réunion, Mireille séry, qui a finit souvent 1ère ou 2ème, un honneur pour moi. Je suis plein d'admiration pour ce petit bout de bonne femme. Elle me dit qu'elle ne pourra certainement pas tenir son rang car elle a mal au pied droit, elle n'est venue que pour faire plaisir aux organisateurs qui voulaient voir un max de gagnant ou placés des années précédentes (C'est vrai que le plateau est riche de grosses pointures), an 2000 oblige.
Le jour se lève, lorsque nous arrivons au 1er ravito, au stade de la crête, en 1h 20' pour 10.5 km. Jusque la tout va bien et je m'installe pour durer !!
il reste 4 k de route en montée à env. 12% avant d'arriver au 1er chemin, je ne traine pas trop pour rester dans la file de coureur pas trop dense, derrière, il y a de gros groupes qui arrivent.
enfin le chemin, une pente rude et glissante, 2 superbes ravines ou le choix de l'itinéraire est primordiale lors du passage de la 2ème, je double environ 50 personnes en suivant 2 créoles qui passent par une petite sente qui évite un bouchon créé par une remontée quasi verticale de 10 m dans une boue bien grasse.
Passage à piton lardé, 18.5 k et 1436 m de D+, 1er contrôle anti triche, le dossard est poinçonné.
le chemin continue a monter, il faut rejoindre la crête de l'enclos, la végétation est de type primaire, fougère arborescente, tamarin et plante epiphyte. les odeurs sont très fortes, je me régale !!arrivée à Foc Foc, le brouillard se dissipe sur l'enclos et on aperçoit fugitivement le fond de l'enclos ou la lave s'accumule et refroidit depuis des millénaires. on dirait une immense flaque de boue en ébullition.



Après avoir longer la crête nous arrivons à la désormais célèbre Plaines des sables. une véritable splendeur, un paysage lunaire fait de cendre, de scories et de blocs de laves refroidie en boule ou cordé. c'est très beau mais très technique. devant nous ( car j'ai retrouvé Patxi à Foc Foc), un créole tombe lourdement et s'entaille profondément le tour de l'arcade, nous lui faisons un pansement de fortune. il va malheureusement abandonner à la route du volcan, son oeil est complètement fermé. il faut rester très vigilant.
A la fin de la plaine, il faut remonter vers l'oratoire Ste Thérèse par un chemin taillé dans le rempart (1.3 k pour 200 m de d+). le soleil s'est levé et la chaleur est déjà bien forte. heureusement au sommet de cette cote, au grand dam de la plupart des coureurs les nuages viennent faire écran, je suis bien content, j'aime toujours pas la chaleur !! Je viens d'atteindre le point culminant de la course, jusque la, tout va bien, commence maintenant une portion que je n'aime pas, une longue descente vers Mare à boue.
Patxi me donne le tempo et je m'applique à le suivre, cette portion me paraîtra moins longue. Elle est entrecoupée de passage de clôture en barbelé par des doubles échelles glissantes qui deviennent rapidement désagréable.
A l'arrivée à la RN 3, Claire nous attend pour massages éventuels. je préfère ne pas m'arrèter et continuer en trottinant jusqu'a Mare à Boue. patxi m'y rejoindra après massage perso.
Ce ravito est surréaliste, des gars assis un peu partout sur le sol et qui mangent, qui des pâtes, qui du carry, qui même du poulet grillé. Je me contenterai, comme depuis le début d'un gobelet de soupe (pour le sel) d'une demi banane et d'un peu d'eau.je refait le dosage en Maxim et le plein de ma poche à eau.
peu après le ravito, nous rejoindrons des coureurs qui "vomissent " leur poulet, je m'en doutais un peu !! ;-)
A ce moment la cela remonte par un faux plat, je dis à patxi de faire sa course, j'ai besoin de lever le pied et de récupérer un peu, il accepte et me laisse.
je m'approche d'une des premières vrais difficultés de la course, les montées de Coteau maigre et Kerveguen, une vrai bavante mais des paysages fabuleux.
Nous longeons la crête (pas bien large par endroit) entre la plaine du tampon et la forêt de Bébour, un splendide forêt primaire; très dépaysant..
Le terrain est technique et déjà tout le monde pense à la redsecente de Kerveguen sur Cilaos, un moment d'anthologie de ce raid.
Depuis le sommet du coteau jusqu'au cirque de Cilaos, 3.3 k de descente pour 900 m de D-, pas la peine d'imaginer récupérer dans ce morceau. Je suis pris dans un bouchon de près de 200 coureurs et ne pas pouvoir descendre à son rythme est très éprouvant pour les jambes. d'autant plus que depuis le début de la montée, mon genou droit fait entendre des craquements sinistres chaque fois que je m'en sert pour monter une marche et qu'une douleur désagréable s'y est installée.
Je préfère emboîter le pas de 2 créoles qui descendent comme des cabris en coupant chaque fois que c'est possible. Nous essuyons parfois des réflexions désagréables de la part de coureurs qui aimeraient que nous restions a notre place. "Chacun sa course" leur répondent les 2 locaux. moi je suis trop concentré.il n'y a que la descente des échelles que je ne fais pas comme eux.Ils les sautent carrément, moi je préfère me laisser glisser le long des montants. Mes mitaines me sont très utiles pour contrôler les glissades et me rattraper aux branches pour tourner.
Cette descente représente une vrai dépense énergétique et psychologique mais de cette façon, j'économise mes vieux genoux qui m'inquiètent. je crois que c'est dans cette descente que mon rythme cardiaque à du être le plus élevé !!!
Il ne me reste plus qu'une ravine à descendre, à remonter et j'arrive à Cilaos, 1er gros ravito,il y a déjà 66.1 k que je cours et 4304 m de D+ et en 11h15'27".
L'arrivée dans le village me réserve une bonne surprise, j'ai un fan club. Des randonneurs (6) que j'avais côtoyé au gîte de Cayenne dans Mafate, m'avait dit qu'il m'attendrait pour m'encourager à Cilaos, je ne m'en rappelais plus.
C'est vraiment super qu'il m'ait attendu. ca remet du baume au coeur, merci à eux.
Je retrouve Patxi qui est avec une bande de copain avec qui il a fait le Mada run (un raid qui me fait bien envie ;-)) )
Je récupère mon sac de ravito et vais m'occuper de mes petites misères.
J'ai, comme lors de la traversée des maures, un énorme ( ;-)) ) échauffement sur la peau des bourses et il me faut largement pommader tout ca pour pouvoir repartir.
quelques étirements, un potage, une demi banane et je repars sous les encouragements de mon fan club.
J'ai profité de l'arrêt pour écouter déjà quelques messages qui m'ont été passé sur le GSM et enfin apprendre à enregistrer la première annonce. celle que beaucoup ont pu entendre... encore merci. ca m'a remonté un peu le moral. malgré ma douleur au genou, je repartirai, il y a trop de monde pour me soutenir, je ne voudrais pas vous décevoir. De plus, je dois encore trouver des choses au fond de moi !!!
Il y a 31 ' que je suis arrivé.
arrivé 458 è je repars 356 è, et ca va plutot bien....


Chapitre 3 : de Cilaos à l'arrivée

Je repars donc de Cilaos, il y a 11h 46 et 25" que je suis parti de St Joseph, l'appareil photo jetable que j'ai emporté n'a pris que 2 photos.
Je suis trop concentré sur la course et en plus, j'ai l'impression que les photos n'arriveront pas à transcrire ce que je vois et je ressens.
Une succession de montées descentes dans un paysage agricole (encore ces maudites échelles doubles pour franchir les clôtures !!) nous amène tout doucement vers une belle difficulté de cette partie, la col du taïbit qui nous ouvre l'accès à Marla, j'ai déjà atteint une partie de mon objectif, passer cette montée de jour : 800 m de D+ pour 4 k. cette montée est traître, glissante. j'aimerais, de plus, voir le coucher de soleil sur Mafate, ce cirque fabuleux, loin de tout. C'est le lieu qu'il ne faut pas rater sur cette île.
Le début de la montée est difficile, je commence à avoir les jambes un peu lourdes mais la tête va bien, c'est ca le plus important.
Arrivé à la plaine des fraises, je crois en avoir fini avec la montée du taïbit car nous redescendons ... à un moment, je me retrouve devant un paysage splendide, deux pointes rapprochées, pointues, un peu comme des oreilles de chat, sur une crête, me domine d'au moins 200 m de D+, le chemin s'enfonce droit dans la forêt primaire, quelques marches taillées, je décide de prendre une photo...
En cadrant, je m'aperçois, qu'entre les deux pointes, des coureurs passent, va donc falloir remonter jusque la haut !! mauvaise surprise.
Je sors malgré tout du col juste à la tombée de la nuit pour voir le ciel s'embraser et parer de couleur inimaginable ce "paradis de Mafate" (je crois bien que j'y reviendrais !!). La nuit tropicale tombe très vite (en 15 ' , nous passons du jour à la nuit complète!) et il faut attaquer la descente dans une nuit très sombre sur Marla, cet ilet inaccessible autrement qu'à pied, comme tous les ilets de Mafate d'ailleurs. Allumage de la petite lampe à diode hyper légère. Je garde la frontale pour les parties plus difficiles, les 2 lampes ne seront pas de trop dans certains endroits.
L'accueil dans Marla après 2.5 k et 400 m de D- est génial, tout l'ilet est réveillé, de grands feux de bois réchauffent les coureurs fatigués, des marmites de potages, de carry, de la musique créole, une vrai ambiance de fête; les bénévoles sont gentils avec tout le monde, pratiquement chaque arrivant à droit à une prise en charge personnelle, un vrai délice. Je me retrouve avec une couverture sur le dos, un gobelet de potage à la main, sans pratiquement rien avoir demander, de la magie.
Il faut malheureusement repartir de ce havre de paix car les lits de camps posés dans l'ombre, un peu à l'écart du bruit, me tendent leurs bras démoniaques. Déjà des coureurs dorment... Vite José, sauve toi.
Merci encore à tous ces gens qui attendront tout le week end des coureurs de plus en plus hagards....

76.6 k et 5704 D+ couverts, il y a déjà quelques temps que j'ai commencé le compte à rebours des kilomètres restant, c'est bon pour le moral.



le départ de marla est descendant sur 2 bornes, pas trop technique, ca permet de récupérer un peu. le cardio va toujours bien, les muscles a peu près mais les genoux, surtout le droit, sont douloureux. J'ai toujours la sensation d'avoir du sable dans l'articulation, ca m'inquiète. J'essaie d'économiser ce genou en prenant le plus souvent possible les marches avec le gauche, mais c'est pas facile de changer 40 ans d'habitude !! mon pied d'appel a toujours été le droit !!
nous voila dans la plaine des tamarins, un arbre endémique de l'île de la réunion, une espèce très protégée. Le chemin étant humide, par endroit l'onf a aménager des passages en rondins posés à même le sol, on dirait un peu des traverses de chemins de fer sans rails, l'effet est étrange, il faut faire gaffe à ne pas se tordre les chevilles. Tout au long de cette forêt en créole quand on dit plaine, ca veut pas dire plat, ca veut simplement dire "plein de ... " ex : plaine des fraises, plein de fraise etc...)sur les morceaux de replat, des jeunes créoles bivouaquent dans des tentes et près de feux de bois nous encouragent et jouent de la musique, c'est assez magique dans cette nuit sans lune, encore des sensations gravées au plus profond de ma mémoire...
J'attaque la montée finale du col des boeufs avec 2 créoles qui n'ont plus de piles, je les éclaire avec mes lampes et nous passerons le col sans trop de difficultés.
Plus que 1890 m de D+ et 46.7 km à parcourir, nous arrivons mes 2 compagnons et moi à un ravito tenu par des militaires qui mettent une ambiance du tonnerre. Je prends comme d'habitude du potage, une demi banane et pour la première fois un café fort et une pastille de vitamine C. le sommeil commence à se faire sentir. J'écoute tous les messages sympas que vous m'avez passé, le moral remonte. je change de message et je repars, sans mes accompagnateurs qui préfèrent s'allonger un peu.
après une longue descente monotone , seul, de 4.8 k pour 800 m de D-, il me reste encore 5 k de montagnes russes, avant d'arriver à grand ilet ou m'attend Claire et un sac de ravito. pour le ravito, il était temps, je commençais à être a cours de Maxim en gel.
J'arrive à ce point important de la course à 23h43'20" après 19h43'20" de course (? est ce vraiment encore une course, d'ailleurs ?).
Je suis crevé, j'ai sommeil, le bas du dos brûlé par le frottement du sac et la transpiration combinés, et le genou droit vraiment pénible.
Claire me conseille d'aller me faire masser, j'hésite un peu mais à la vue des jolies kinés qui me tendent leurs mains douces, je me douche les jambes et m'abandonne à leurs mains expertes ;-D.
D'Ailleurs, leur mains ne sont pas si douce que ca... elles savent (une sur chaque jambe) dénicher tous les points de crispations, les moindres douleurs et n'hésite pas à appuyer.
Un médecin passant par là me met un pansement cryo sur le genou droit. j'ai les jambes assez velues et je m'en souviendrait lorsqu'il faudra retirer l'élasto après l'arrivée.
Claire me guide ensuite vers le réfectoire ou je continue à ne consommer que du potage et un bout de banane.
Je repars avec un de ses copains, parti pour faire environ 24 h et qui se trouve en perdition.
Nous partons donc David et moi pour ce que je pensais être la dernière bavante de la course, la désormais célèbre roche écrite.
Après 2 k de faux plat montant, nous arrivons au pied du sentier, 2.9 k et 1025 m de D+ !!! va falloir serrer les dents.
nous sommes face à un rempart de 1000 m ! David me dit rapidement qu'il a du mal à suivre et ma demande de ne pas l'attendre. Je le laisse et rentre dans une longue galère.
J'ai de plus en plus sommeil, la tête, par moment me tourne, et je manque plusieurs fois de partir en arrière.
Le chemin est assez dangereux et je vais faire pratiquement le dernier tiers de la montée quasiment à quatre pattes, m'accrochant avec les mains à chaque gratton que je trouve.
Je rattrape des gens complètement hagards, hébétés, perdus, un créole dort même assis sur un rocher, le dos en appui dans les broussaille, face à 800 m de vide. Hallucinant !!! J'apprendrais à son arrivée que David a pleuré dans cette montée, vindiou que l'Homme est grand !!
Je suis totalement cuit et il me tarde de sortir de ce mur.
J'aperçois enfin les lampes du point d'accueil sur la crête, j'en frissonne.
j'ai mis 2 heures pour parcourir 3 km !!!
je crains de ne plus pouvoir rentrer sous les 30 h et ca me fout un coup de blues terrible, j'ai froid, sommeil, faim et un grand besoin de douceur.
Mais, je dois aller jusqu'au bout de la nuit, au bout de l'envie, au bout du rêve (?!?), c'est quand même un sacré cadeau d'anniversaire !!!




il est 3 h07 quand j'arrive au gîte des chicots, ce n'est que le dimanche que j'apprendrais qu'il y avait un gîte superbe avec une magnifique cheminée, je n'en ai rien vu. Heureusement d'ailleurs, je n'en serais peut être pas reparti.Je refuse la couverture que l'on me pose gentiment sur les épaules, je ne dois pas m'abandonner au confort; des gens dorment sur les lits de camps sous une bâche d'autres assis dans l'herbe sont perdus dans des réflexions qui n'appartiennent qu'à eux. Vite, je me sauve, pensant n'avoir plus qu'une longue descente à parcourir avant St Denis.

Je rentre alors dans une immense galère faite de montées descentes interminables, glissantes, piégeuses a souhait.vraiment j'en bave.
Des mecs pètent les plombs sur le bord e la sente et hurlent leur dépit : "elle est ou cette descente!!! je veux plus monter...etc.. et tout un tas de grossièreté que la décence m'interdit de répéter".
J'écoute encore de vos messages et enregistre la dernière annonce, le moral remonte un peu et je repars un peu ragaillardi par vos encouragements. Je commence a descendre mais je m'aperçois que le tracé de la course n' est pas du bon coté de la crête, il va donc falloir remonter sur le piton que j'aperçois devant moi dans la pénombre.
Le jour se lève, je suis en train de remonter l'interminable piton fougère.
Après la roche écrite et contrairement à ce que j'avais enregistré, ca descend pas vraiment!!!
Je me traîne péniblement, tout en somnolant à moitié, jusqu'au ravito de la plaine d'affouche.
Je viens d'y arriver lorsque je vois déboucher du sentier, Mireille Séry, chapeau bas Madame, elle a dormi un peu à Cilaos, un peu à Grand Ilet et continue sa course, par amour de ce sport. Tous les autres favoris, dès qu'ils n'ont plus été dans le coup ont abandonné, elle non, elle ira jusqu'au bout en écoutant ses douleurs, un bel exemple !!!
Au départ de ce ravitaillement, il y a une portion de route en terre sur laquelle je vais m'endormir complètement, je vais même me réveiller par terre, je ne sais pas combien de temps j'ai perdu pied. Ma têt tourne vraiment beaucoup, je suis en manque de sommeil !!! J'ai même loupé un sentier qui coupait 2 grandes épingles et suis tout étonné de voir des gars déboucher du talus devant moi. une petite borne de plus, tant pis, n'y pensons plus.
J'essaie de m'accrocher à ce groupe qui pense encore pouvoir rentrer sous les 30 h. Ca fait quelques temps que j'essaie de me réveiller pour tenir cet objectif.

"Cours Forest, cours ..."

il est 8 h 10 lorsque j'arrive au dernier ravito, il me reste 1 h 50 pour parcourir les 7 dernières bornes, c'est donc encore possible.
je ne m'arrête pas, je ne peux plus, il faut que je rentre.
J'attaque alors la descente immonde du Colorado, une descente glissante, sale, je trottine chaque fois que je le peux.
Dans un bout un peu plus difficile, à 6 bornes de l'arrivée environ, il y a un gars roulé dans une couverture de survie, un médecin près de lui, il attend une civière... il s'est fracturé la malléole :-(((( pas cool, si proche du but !!
Cela me redonne un peu de lucidité, je décide de faire bien gaffe sans trop ralentir quand même, toujours mon souci des trente heures !!
J'entends enfin la sono du stade de la redoute, j'aperçois maintenant tout St demis, le soleil brille fort, j'ai chaud, j'ai froid, je frissonne... je vais enfin arriver !!!
Je passe sous le pont 300 m de talus je traverse la rue et rentre dans le stade. encore 3/4 de tour de stade, je cours, je vole, je pleure...
oui, je pleure comme un gosse, je suis au bout du rêve, au bout de moi.
à 2 m du portique mon GSM sonne, coïncidence superbe, c'est Maël, mon dernier qui m'appelle pour savoir ou j'en suis, juste lorsque je passe la ligne, magique, génial, je raccroche la photo officielle est prise, le portique affiche 29 h 16.....
je tremble, je craque, ca y est j'y suis arrivé !!!!!!!!!!!




Chapitre 4 : après course. et Chapitre 5 : mes impressions...

Et bien voila, la course est maintenant finie, je me dirige vers la douchette à code barre qui va officialiser mon temps. Je me rendrai compte après que je suis crédité sur cet ordinateur la de 29h20'40"; tant pis, je me moque bien de cette différence, je suis arrivé au bout.

Je suis un peu comme sur un nuage, mon fils me rappelle pour plus d'infos, il doit partir au collège faire un cross et veux pouvoir raconter à ses copains et professeurs qui ont vécu bien malgré eux, pendant les cours du vendredi au rythme de mes "exploits". L'émotion est forte et je crois que Maël a bien compris, il est des silences qui valent mieux que de long discours.

En relevant la tête, je m'aperçois que le caméraman officiel du Grand Raid me filme, je dois avoir l'air fin avec mes yeux brillants et ma mine défaite... !!
Je raccroche et me dirige vers le stand de ravitaillement, la sonnerie du GSM me signale que Christian (la linotte pour la ML) essaie de me joindre, c'est le 1er au courant, à part ma famille de mon arrivée, je lirai plus tard le message qu'il vous a envoyé et qui me touche beaucoup, merci Christian, je crois bien que nous sommes sur la même longueur d'onde... ;-))
Le sport est beau quand il permet à des hommes et des femmes de rentrer en communion d'aussi belle façon.

Patxi (qui a terminé en 24 h 15) et Claire s'approche de moi, les mots sont inutiles, nous avons vécu ensemble des moments extraordinaires.
Ils m'accompagnent jusqu'à la douche (pendant laquelle j'arrache sans douceur le strap de mon genou, vive l'épilation!) puis jusqu'au poste de secours ou je vais me faire soigner la brûlure du dos, une partie de plaisir quand l'infirmière me désinfecte, j'ai bien failli monter au plafond, un peu de tulle gras, une compresse et je remet mon genou aux mains d'un coureur, médecin qui 2 h après son arrivée s'est mis au service du poste de secours, Sympa. Il me rassure un peu à la suite de diverses manipulations en me disant que ce n'est certainement pas le ménisque; peut être les cartilages qui souffrent un peu.
Ce diagnostique me sera confirmé, quelques jours après par le médecin du sport en charge des équipes de foot et de basket du havre que je rencontre chez Patxi. Il m'a filé le nom d'un produit à prendre pendant 2 mois puis à renouveler 6 mois après, il ne me reste plus qu'à décidé mon médecin à me prescrire ce traitement.

Après un petit somme de 2 h chez mes amis, nous retournons sur le stade attendre les copains qui restent encore en course et continuer à vivre dans l'ambiance de la course. Ca manque déjà. Les discussions et échanges d'impressions vont bon train entre coureurs, accompagnateurs et spectateurs incrédules parfois...
Combien il est dur d'exprimer, d'expliquer et de faire comprendre ce qui peut pousser des hommes et des femmes de tout milieu, de toutes origines à se mener au delà de leur limite, de façon gratuite et volontaire.
Je crois qu'il faut être passer par là, pour comprendre tout ce que l'on peut y découvrir, y gagner.
tout au long de l'après midi et de la soirée, nous verrons arriver des copains et amis immanquablement, à chaque fois, l'émotion est grande.

Après une nuit réparatrice, nous voila à nouveau sur ce stade, pour assister à la finale de coupe de France d'escalade sur bloc (intéressant), en attendant le ou la dernière arrivant dans le temps imparti.
En fait, les serre files arriveront en 61 h et quelques avec une créole qu'ils n'ont pas eu le coeur d'arrêter. C'est une fabuleuse ovation qui l'attend pendant son tour de stade. Les caméras ne sont là que pour elle, une vraie vedette !!

Nous aurons le privilège de pouvoir aussi applaudir les serre-files qui ont bouclé tout le parcours en ramassant dans de grands sacs, les déchets que de "gros dégueulasses" (il n'y a pas d'autres mots, désolé !) auront disséminés le long de ce superbe parcours. Les applaudissements qu'ils reçoivent sont leur seule récompense. Messieurs les traileurs, vous qui aimez tant la nature, respectez la! vos tubes et emballages vides sont moins lourds que lorsqu'ils étaient pleins et n'apportent rien au paysage que vous traversez.
Un jour, peut être, se verra t on interdire de pratiquer notre sport favori ou encore se verra t on parquer sur des circuits car nous n'auront pas pris conscience des dégâts que nous causons à notre terre en ne la respectant pas !! Pensons y avant qu'il ne soit trop tard. je pense que ce discours ne doit pas trop attaquer les animaux de la ménagerie car je vous pense et vous crois responsable, mais n'hésitez pas à relayer le message, laissons la terre propre à nos enfants. il n'y a pas que les grosses pollutions qui sont dommageables... il est de notre devoir d'être humain de songer à ce patrimoine. Chacun à notre niveau, nous pouvons quelque chose pour arranger tout ca.

Avec 1 h de retard sur l'horaire annoncé, débute la remise des prix.
c'est LA fausse note de cette grande course!!!
pas ou très peu d'ambiance, des podiums farfelus, des personnalité qui ne veulent pas remettre les coupes, un gigantesque bazar.
Heureusement que quelques déclarations sympas de Gilles Dhiel et de Thierry Techer (1er ex aequo) relèvent un peu le niveau. Moment d'émotion lorsque Thierry remercie particulièrement le directeur de course qui l'a fait sortir de prison après une 8 ans d'enfermement et lui a appris les vertus du sport et de la souffrance personnelle, bravo.
Le podium femme nous fera encore bien rire, quand notre copine Corinne Favre, montera sur la 1ère marche en vêtements de ville, elle a encore oubliée qu'elle un sponsor officiel, ca devient une habitude.
D'autres instants super aussi lorsque le vétéran (71 ans) de la course montera nous expliquer sa course et nous fera un discours sur le respect de son île, merci l'ancien.
ou bien encore, ce malade cardiaque, victime d'un infarctus il y a 6 mois et qui termine la course dans un état de fraîcheur extraordinaire, accompagné de son chien. Il a été suivi tout le long du parcours, à chaque point de ravito ou de secours, par des médecins qui lui donnaient les consignes à suivre jusqu'au prochain poste. un bel exemple qui doit nous inciter à écouter et respecter le corps si merveilleux que la nature nous a donné.
N'oublions jamais même au profond de l'effort que l'on a de la chance de pouvoir faire tout ca et que bien d'autres aimeraient en faire autant !!!

Voila, je crois vous avoir tout dit, raconté, analysé, décortiqué.
Tout ce qu'il me reste dans la tête ne se raconte pas, ca se vit, s'utilise tous les jours me renforce.
Je vois plus ce type d'épreuve comme une démarche philosophique ou une recherche personnelle plutôt que comme un exploit sportif.
J'intellectualise peut être trop, mais en tout cas, ca me fait du bien.
C'est peut être pour ca que dans mon récit je n'ai pas trop de référence physique

Il me reste à parler de la récup, comme d'habitude après du très long, sur chemin, pas de trace physique, si ce n'est quelques douleurs lorsque mes articulations restent bloquées dans la même position un certain temps.
Dans la semaine qui a suivi la course, j'ai rapidement re randonné, fait de la plongée dans le lagon, au milieu de poissons colorés et peu farouches ainsi que de formations coralliennes splendides.
J'ai aussi profité un peu (beaucoup dira patxi) des boissons diverses et variés à base de rhum dont regorge l'île. Tant à l'occasion de repas entre coureur, ou encore avec les basques organisateurs des championnats du monde de pelote basque (espoir) et on connaît bien le sens de la fête de ce peuple fier.
Les menus diététiques composés de multiple carrys, civet, ou encore canard à la vanille que j'ai consommé n'ont nuit en rien à ma récup.
actuellement, je suis en complète surcompensation, tant physique que morale et il me tarde ce week end de recourir un peu. Je ne suis toujours pas redescendu de mon nuage.

Vivement les calendriers 2001 des trails, que je puisse me fixer de nouveau objectifs!!

Salut et A+
Merci encore de tous vos encouragements, cette course, je l'ai aussi un peu finie grâce à vous.
J'espère aussi vous avoir donné envie de participer à ce que j'ai tendance à considérer comme le trail ultime... jusqu'au prochain rêve ?

José, le toutou


2 commentaires

Commentaire de LtBlueb posté le 02-05-2012 à 12:02:59

un de mes récits préférés... merci mon toutou mauriennais !

Commentaire de LTDB posté le 20-10-2015 à 07:54:20

Je confirme : ce récit est un pur moment d'anthologie qu'il m'arrive de relire à l'occasion. Aujourd'hui en était une. Vivement la prochaine !!!

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