Récit de la course : Paris-Mantes 2007, par corto
Kikoureur : corto
Si vous appréciez ce récit : faites le savoir !
Laissez
un commentaire ici (il apparaitra en dessous du CR)
Envoyez un message à l'auteur (corto)
Papotez avec l'auteur, il a ses habitudes sur la communauté : OnlineTri
|
|
Course : Paris-Mantes
Date : 27/1/2007
Lieu : Boulogne Billancourt (Hauts-de-Seine)
Autres récits :
il y a 9 autre(s) récit(s) de cette course dans la base. |
- Les récits de 2007 (8)
- Les récits de 2006 (1)
|
|
Ce récit a été lu par
955 visiteur(s) ! Distance : 54 kms Objectifs : Pas d'objectif |
|
Paris-Mantes la Jolie 2007
27 janvier 2007
Je n’ai pas réussi à dormir cette après-midi. Il faut dire que ce matin, je me suis réveillé à 8H30 pour prendre mon petit-déjeuner. Celui-ci est composé de tartines de confiture, ricoré, fruits et yaourt.
Puis je me dis qu’il faut vraiment que je me recouche pour éviter la fatigue cette nuit. Je me réveille donc de nouveau à 12H30 pour le repas de famille.
Heureusement le repas n’est pas préparé, ce qui me permet d’aider en cuisine et ainsi de me faire mon repas énergétique.
L’après-midi, je le passe à glander. Puis vers 18H30 je tente de faire une sieste, mais rien à faire je n’arrive pas à roupiller.
Je me résous donc à me préparer mon dernier plat de pâtes aux quinoas. Puis je me prépare mentalement. C’est vrai que 54 Km sur route, je n’ai jamais fais. Je commence à avoir des doutes dans ma tête, peut-être aurais-je dû investir dans une paire de running « route » au lieu de vouloir le faire avec mes « trail ».
Enfin bon ce n'est pas grave et surtout je n’ai plus le temps de me poser des questions.
Il est 21h et j’ai mon train à prendre pour être au départ en avance afin de retirer ma carte de route et de payer mon inscription.
J’arrive largement en avance et il y a seulement le staff.
Je ne vois aucun marcheur et je décide donc de patienter dans un bar.
Je retourne sur le départ au même moment ou les navettes venant des Yvelines apportent leurs flots de marcheurs et de coureur.
Je scrute autour de moi afin d’essayer de localiser Runner14 qui se fait guide d’aveugle. Je finis par apercevoir une personne avec une canne blanche et le fameux Runner14 à côté. Je vais donc me présenter à lui et échanger quelques mots. Nous ferons une petite photo de groupe afin d’immortaliser notre venue.
Puis je vais à la rencontre de la personne responsable des inscriptions afin de récupérer ma carte de route. Après un paiement, de 11 euros, je me dirige vers le couloir du départ afin de valider le premier contrôle et de me mettre en tenue de running.
Entre temps grâce au bonnet orange de Kikourou, je fais la connaissance de Chtigrincheux et de son ami le Hérisson.
Le Hérisson c’est un personnage comme on en voit plus. Barbe hirsute poivre et sel, maillot de cycliste des années 70 plein de poches sur le devant, sac à dos de rando remplis d’un vieux radio cassette avec de la marche militaire et des chansons « aller viens boire un petit coup à la maison », il doit aussi y avoir du saucisson, du pain, des fruits et une quantité de choses improbable qu’un vieux renard doit emporter avec lui. Nous attendons 1/2 heures le départ en sa compagnie sympathique et haute en couleur bientôt rejoint par ISOPROPALYNE venant à notre rencontre grâce au bonnet Kikourou de Chtigrincheux.
Nous discutons ensemble de la course puis nous rangeons à l’avis de Isopropylamine qui nous dit que c’est une marche et donc que courir ne fait pas partie du règlement.
00h00 le départ se fait entendre par le déversement de 2057 personnes enthousiastes sur la chaussée. Nous maintenons notre groupe en se faufilant entre les marcheurs sur la chaussée ou sur le trottoir. Rapidement nous prenons un bon rythme pour de la marche, nous marchons autour de 8 Km/h pour arriver dans le bas de St Cloud avant de monter une belle côte puis de franchir 86 marches (au dire du Hérisson qui a pris avec lui ses fiches jaunies par le temps des 40 éditions passées à faire le Paris-Mantes) avant d’arriver dans le haut de St Cloud et de faire un premier arrêt pipi. L’exercice est des plus délicats et ensuite il faut bien courir pour rattraper l’avance des autres.
Puis nous continuons à avancer tout en remontant de nombreuses personnes mais sans jamais voir la tête de la course. Nous échangeons quelques blagues entre nous, répondons aux questions interrogatives des automobilistes éberlués tout en ayant un rythme soutenu.
Enfin c’est la sortie de route et la rentrée en forêt mais toujours sur route goudronnée. Le paysage change ainsi que le climat qui devient plus froid avec des plaques de brouillard et de l’humidité constante. Chaque fois que l’un d’entre nous s’arrête, les deux autres (depuis un moment nous ne sommes plus avec le Hérisson) continue de marcher rapidement avant d’être rattrapé par le manquant. Nous avons notre stratégie qui s’est imposée d’elle-même et elle semble bien fonctionner. Nous continuons d’échanger des blagues avec d’autres coureurs, le moral de la troupe et bonne et observons les autres randonneurs et coureurs autour de nous. De toute façon il n’y a rien à voir comme paysage, car c’est la nuit et le brouillard nous empêche de voir loin.
Chacun prend la tête de notre groupe à tour de rôle ce qui permet d’avoir une bonne allure. Je commence à sentir des brûlures sous mes pieds et décide donc de m’arrêter afin de changer de chaussette. Je rejoins Chtigrincheux et Isopropylamine en courant ce qui paradoxalement me permet de me détendre et de récupérer.
C’est vrai que la marche rapide ne fait pas travailler les mêmes muscles que la CAP et qu'ils sont énormément sollicités. Par manque d’entraînement spécifiques les douleurs apparaissent légèrement, mais sont atténuées par la cadence de marche qui devient automatique.
Nous arrivons enfin au premier ravitaillement.Je me permets un arrêt chez Emmaüs pour une bonne soupe avant de prendre le verre d’eau et le choco BN proposé par les organisateurs. On nous a pourtant bien prévenu de la pauvreté du ravitaillement, mais quand même à ce point !!!!
Heureusement que j’ai pris 4 litres d’eau dans mon Camel bag et des barres énergétiques.
Après le premier ravitaillement, le second point de contrôle, ou il faut faire valider sa carte de route, se présente.
Puis nous arrivons sur le plateau des Alluets le Roi ou une ligne droite de 6km nous attend à travers champs.
Inutile de dire que rien ne nous protéges du vent froid et humide qui souffle sur nous.
Et imaginer un peu une belle ligne droite sans fin dans ses conditions (moins terrible que d’autres années apparemment).
Devant notre groupe, au loin, un marcheur semble en difficulté. Arrivé à sa hauteur, je lui demande comment il va. Las le randonneur m’explique qu’il n’en peut plus, que sa sciatique lui fait mal, qu’il se sent très mal. Je lui propose donc de lui faire venir une voiture dès que je passerai un point-sécurité tout en m’assurant qu’il peut rester seul.Nous reprenons notre marche quand des phares de voiture m’éclairent par l’arrière, et je me mets aussitôt en travers la route pour obliger le conducteur à s’arrêter. Il s’agit de 4 jeunes revenant probablement de soirée à qui j’explique la détresse du marcheur qui se trouve à 50 mètres derrières nous.Ceux-ci acceptent gentiment de le transporter jusqu’au point de sécurité. Merci à eux et j’espère que le gars s’en remettra.
Pour notre part nous continuons sur la ligne droite digne d’un film. Nous rentrons enfin dans les Alluets le Roi avant d’attaquer la descente sur Maule. Une descente de 4 kilomètres assez chiante et qui augmente sensiblement la douleur dans mes cuisses. Mais nous marchons toujours au rythme de 7-8km/h.
Enfin nous rentrons dans Maule et tamponnons notre carte aux 3e points de contrôle.
Nous remontons sur les plateaux de Maule en croisant les marcheurs de la rando de la moyenne distance. Ils sont frais, bavards et ont une marche normale. Sa tranche réellement avec nous et les autres marcheurs qui viennent de Paris et qui ont déjà 35 kilomètres dans les jambes.
D’ailleurs cette montée, sur le plateau, continue de m’achever petit à petit pour ma part et le groupe commence à se distendre de temps en temps. Nous rappelons Isopropylamine qui est passé devant nous, pour lui demandé de ralentir un peu l’allure.
La descente suivante m’achèvera totalement et je laisse Chtigrincheux et Isopropylamine me distancer sans même les retenir ou les prévenir afin qu’ils continuent sur leur rythme et ne se sentent pas dans une obligation quelconque.
Rapidement je les perds de vue tandis que ma vitesse descend à 5km/H puis chute dangereusement en dessous. Un arrêt pipi me fait prendre conscience que j’n’ai plus rien dans les jambes au moment de repartir, et que, bien plus douloureux encore, j’ai les pieds en feu.
Mais je refuse d’abdiquer et me dit dans ma tête que je n’abandonnerai pas. Je marcherai coûte que coûte.
Je ne suis qu’au kilomètre 38 et je ne le saurai que plus tard mais un véritable calvaire va commencer.
Je commence par littéralement marcher au pas tout en surveillant mes appuis pour ne pas réveiller mes douleurs sous les pieds. Puis petit à petit le moral en prend un coup quand je commence à me faire doubler.
Mais je décide de continuer, me disant que je n’ai pas tout fais cela pour rien, et que la prochaine fois, je le ferai en courant et avec des chaussures adapter au bitume.
Ma vitesse de déplacement est réduite au strict minimum dans les derniers 10km.
Je tente de passer le temps en téléphonant (il est 6H30 du matin) mais n’arrive même plus à me servir de mon téléphone. Je me dis qu’il faut économiser mon énergie pour parcourir ces derniers kilomètres.
Puis ce sont des groupes entiers de randonneurs qui me dépassent, puis des bus, des villages, des villes de personnes qui passent devant moi.
J’en peux plus moralement de voir tous ce monde me dépasser et surtout de reconnaître certain marcheur que j’ai dépassé, il y a plus d’une heure. Physiquement c’est pire. À chaque fois que je pose le pied je serre les dents, mais je veux à tout prix terminer, l’inconscience a pris le dessus sur le bon sens.
J’arrive enfin à Mantes la Jolie, il me reste encore deux kilomètres à faire. Je continue de me faire dépasser par des groupes. Tant pis après tout je suis presque arrivé donc a quoi bon m’arrêter maintenant. Quand je franchis enfin la ligne d’arrivée c’est pour rassembler mes dernières forces et récupérer la médaille ainsi qu’un chocolat chaud et le fameux BN.
Puis je trouve une place assise sur laquelle je m’écroule. Je suis assis là, les larmes aux yeux par l’émotion et de la douleur que je ressens.Je réfléchis sur comment je vais faire pour rentrer, faut-il que je prévienne la sécurité civile pour faire inspecter mes pieds ? Quelles sont les erreurs commises. Quand un appel au micro pour une personne proposant une place dans sa voiture en direction de chez moi me fait rassembler mes dernières forces et bondir du banc en levant le doigt comme un enfant l à l’école qui est sûr de sa bonne réponse.
Le chauffeur s’approche de moi et me propose gentiment de me ramener. Nous sommes deux à se faire ramener gentiment par ce type qui n’a même pas marché mais juste venu chercher un pote à lui. Je le remercie plusieurs fois, lui expliquant que je ne peux pas marcher plus vite pour aller à sa voiture à cause de la douleur. Lui me répond que ce n’est pas grave, et que j’ai du mérite à l’avoir fait.
Quand j’arrive enfin à pousser la porte du palier c’est pour m’écrouler dans le lit, sans même la force de me déshabiller. Il est 9H45 et je me réveillerai à 16H. Les pieds sont gonflés par les ampoules, les jambes refusent de répondre normalement et le moral est bas. À l’heure ou j’écris ces lignes, je suis quand même content d’avoir terminé, mais je me promets à moi-même que la prochaine fois, je le ferai en courrant et avec des runnings pour le bitume. Ce fut dur de se prendre pour Yoann Diniz (champion olympique 2006 de marche rapide) et il est plus facile de courir, c’est aussi plus naturel à partir d’une certaine vitesse. J’ai terminé les 54km du Paris-Mantes la Jolie en 8H31.
Commentaires
Ben dis donc chapeau bas
En effet on a morflé des pinceaux avec un peu de recul je n’en retiens que le positif
La marche est bien différente de la course à pieds
Un coureur dans une marche vat droit dans le mur au dessus d’un certain kilométrage et vis versa.
On s’est quand même offert une belle tranche de vie, on a très vite sympathisé tout les trois
Je suis arrivé à 8h01 juste une pincée de minutes devant toi, j’avais le mental un peu plus gonflé et en pensant à la pizza qui m’attendait j’en avais l’eau à la bouche
Tu aurais du aller voir les podologues sur moi ils ont fais un travail extra
Fracassé marchant comme un crabe sur du savon j’ai rejoint péniblement ma voiture judicieusement stationné a quelques mètres de la salle la veille au soir .Trois cent mètre, un vrai supplice et même pas une mobylette …..
Deux apéros, un bon repas, ensuite perception du canapé qui va bien pour une séance de tronçonnage
A quinze trente j’ai repris péniblement la route direction Lille
Je m’octroi une journée de repos je me mets au vert les pieds nus (pas sur la plage) mais sur le sol frais
Le premier qui dis que les marcheurs font un sport de filles je l’invite à participer à celle de 2008 et qu’il ne lui sera pas nécessaire de courir car il y en aura pour tout le monde des BN enfin un à chaque ravitaillement
Bonne récup Corto. C'était un très beau CR. maintenant, tu sais ce qu'il te reste à... acheter!
A+
Bravo pour avoir fini cette marche car tu as du puiser pour la finir. 54 kms ce n'est pas rien, et je tiens encore à te féliciter et pour ta course et pour ton CR
On va dire que c'est le métier qui rentre.
Amicalement
Noel et patate
Tcho
XD
Laissez un commentaire ici.
Note importante : l'auteur du récit a la possibilité de modérer lui-même les commentaires qui sont faits sur son récit (en supprimant les commentaires indésirables).