Récit de la course : Saintélyon 2007, par jcdu38

L'auteur : jcdu38

La course : Saintélyon

Date : 2/12/2007

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 2393 vues

Distance : 69km

Objectif : Pas d'objectif

10 commentaires

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Elle et moi


C'est vers le quatorzième kilomètre un peu avant St-Christophe que nous nous sommes abordés. St-Christophe, patron des voyageurs. Est il également celui des coureurs à pied ? Après tout n'étions nous pas nous aussi des voyageurs pendant cette nuit où nous nous acheminions sur  Lyon ?

Dès le départ nous savions tous les deux que cette rencontre était inéluctable. Les quatorze premiers kilomètres furent l'occasion d'une phase d'observation mutuelle, tel un long chassé croisé entre elle et moi.

Nous nous observions du regard, chacun se demandant lequel d'entre nous ferait le premier pas vers l'autre. Au jeu de l'approche et de l'esquive, je ne sais lequel d'entre nous a fait le premier pas. Moi peut-être ? Elle plus surement ?

Etais ce la fatigue (si tôt ?) qui m'a fait dévier vers elle ou la curiosité naturelle de mieux connaître ceux qui galopaient autour de moi (et avec 4 000 participants au départ, au quatorzième kilomètre, je n'étais pas tout seul) toujours est il qu'au détour d'un chemin mal éclairé nous avons fait enfin connaissance.

La rencontre avait eu lieu. Nous allions désormais passer le reste de la nuit pendant encore 55 kilomètres (55 longs, très longs kilomètres : avez vous d'ailleurs remarqué que sur la SaintéLyon les derniers kilomètres durent une éternité ...) pour faire plus ample connaissance avant une séparation que nous savions, elle et moi inéluctable à l'arrivée.

Ce soir là, quand je m'étais élancé dans la nuit, j'étais parti avec un objectif trop ambitieux pour moi. Je le savais en entrant dans le sas de départ. Alors pourquoi essayer ? J'avais mis longtemps à récupérer de cette course des Templiers, très belle mais trop longue pour moi qui était resté coincé dans les bouchons tout le long de cette épreuve. Je savais qu'avec une récupération imparfaite et un entrainement trop léger entre les deux courses, l'objectif fixé était très ambitieux, trop sans nul doute. Mais qui n'essaie pas ne saura jamais si c'était faisable. Et si ca avait marché, quelle satisfaction  !

Les kilomètres et les minutes, puis les heures passaient et nous faisions plus ample connaissance elle et moi au détour des chemins. Nous nous éloignions l'un de l'autre au fil des passages sur le bitume pour mieux se retrouver tous les deux sur les chemins. Jusque Saint Catherine j'y ai crû. Mon objectif était réalisable, la fatigue ne s'était pas encore manifestée. J'étais bien dans les temps que j'avais prévus. Dans la suite du parcours de St Catherine à Soucieu, la partie la moins roulante avec une longue montée sur un plateau puis la traversée, glissante, très glissante, trop glissante du bois d'Arfeuille, nous primes le temps de mieux nous connaître.

Le premier relais nous avait rattrapé juste avant d'arriver sur St Catherine. Jusque Soucieu, nous eûmes , elle et moi, à faire place aux relayeurs de plus en plus nombreux qui nous rattrapaient et nous doublaient. Quelle puissance et quelle facilité dégageaient-ils lorsqu'ils nous dépassaient alors que nous les solos commencions sérieusement à devoir serrer les dents pour continuer à avancer d'un bon rythme. Rythme que j'ai perdu peu à peu. La fatigue est montée progressivement. Les cuisses ont commencée à durcir. La foulée s'est faite moins aérienne, plus raccourcie. Petit à petit je me suis replié sur moi-même La tête s'est courbée un peu, le corps s'est tassé. Il fallait continuer à avancer, à avancer, à avancer. Mais dans quel but ? Pourquoi étais je là au milieu de nulle part avec ma compagne de cette nuit ?

Elle, d'ailleurs,  ne me facilitait pas la chose en usant de ses charmes ensorceleurs pour me retenir auprès d'elle, oublier mon objectif, oublier le chrono qui tourne plus vite que les jambes n'avancent.

A Soucieu, j'ai sû définitivement que mon objectif était irréalisable cette année. Un peu d'humilité ne fait pas de mal dit-on. Quelle erreur ! Reconnaître qu'on ne tiendra pas ce qu'on s'est fixé, c'est quelque chose de très dur à admettre  et de très destabilisant pour la poursuite d'une course !

La tentation fut alors très forte d'arrêter là, de tout plaquer, et de se réfugier dans le confort d'une salle de fête chauffée à attendre le bus salvateur qui me ramènerait à  Lyon sans effort.

Mais elle et moi avions passé trop de temps ensemble. Nous ne pouvions nous séparer sur un moment de découragement de ma part. L'objectif était inattégnable. Qu'importe !! Il en restait tant d'autres à se fixer !

Voir la cote de St Foix et sentir ses jambes se tétaniser pendant qu'on la gravit  ! Descendre au petit jour vers Lyon alors que les jambes durcissent sous l'effort ! Remonter ces quais interminables vers la Cité Internationale et le campus de la Doua  ! Tant d'objectifs intermédiaires abordables avant l'arrivée si espérée.

Il fallait trouver la force de repartir, de quitter la lumière et la chaleur pour s'enfoncer dans la nuit noire et froide. La vitesse s'était envolée, la facilité de courir également, seule restait la volonté d'avancer. "Continue, ne t'arrête pas, avance, toujours avance" me glissait elle à l'oreille. Il fallait serrer les dents et se faire violence. Mettre un pied devant l'autre, ce n'est pas toujours facile. "Accroche toi" me disait elle "avance, avance, .."

Tenir, tenir, devient l'obsession. Ne pas lâcher !!

Le parcours sur les quais semblait se rallonger d'un kilomètre tous les cinq cents mètres parcourus. Attaqués à la lueur de la frontale sous les encouragements des premiers joggeurs matinaux et des derniers noctambules, ces derniers kilomètres je les ai fini au petit jour.

Finisher. j'étais une nouvelle fois Finisher. "Plus jamais ça" me suis-je dis une nouvelle fois à l'arrivée. "Plus jamais ça. Plus jamais ça !" .

 "Vraiment ? ... " me murmura t'elle à l'oreille avant de s'éloigner et de se perdre dans la foule. "Vraiment ? En es tu sûr ? Sache le,  je serais là l'année prochaine et je t'attendrai ..."


C'est au quatorzième kilomètre que je l'ai rencontrée et nous nous sommes quittés au petit matin. Nous le savions tous les deux, cette rencontre ne pouvait durer que le temps d'une nuit. Ce fut une belle histoire d'une rencontre d'une flaque d'eau  boueuse et d'un coureur solitaire.

--

JC

10 commentaires

Commentaire de raideur69 posté le 04-12-2007 à 07:46:00

Tres belle histoire douloureuse JC,mais c'est pour mieux renaître de tes cendres,en 2008 tu va la pourfendre cette demoiselle.....
A bientôt sur un trail

Commentaire de Moicélolo posté le 04-12-2007 à 13:39:00

C'est un beau roman, c'est une belle histoire... Hervé et moi avons été mal aussi à Soucieux mais trop contents de finir.

Bravo.
Lolo

Commentaire de le_kéké posté le 04-12-2007 à 18:07:00

Super Récit JC, bien écrit, quel suspens.
Bravo d'en avoir terminé mais même les gars surentrainés comme moi ben ils en ont sacrément chié.
Dommage de t'avoir seulement furtivement croisé ce sera pour une prochaine, surement à la corida, olé.

A+ Philippe

Commentaire de vial posté le 04-12-2007 à 21:53:00

j'avoue: quel suspens: et qui-était-elle et finira-t-il? la douceur et la douleur, la lègéreté et la brutalité
la flaque et ta course......
bravo pour avoir continuer après Soucieu
Tous les finishers savent ce que ça veut dire.

Commentaire de NoNo l'esc@rgot posté le 04-12-2007 à 22:35:00

Elle est belle cette histoire de rencontre, merci de nous l'avoir fait
partager aussi bien. Félicitations pour ta course, et bravo pour
ce joli récit tout en finesse. Ah ! le trail, une sacré histoire d'amour !
A bientôt, sur les routes ou chemins, boueux ou non...

L'esc@rgot

Commentaire de taz28 posté le 05-12-2007 à 12:19:00

Quelle histoire ensorcelante à ne pas dormir debout (de boue...jeu de mots.. ;-))
Merci pour ce joli récit, elle m'a interpelée, je me demandais qui pouvait être cette belle inconnue qui t'envoutait autant !!!

Merci JC !!!

Et bravo tout de même pour ta course...

Taz

Commentaire de blob posté le 05-12-2007 à 22:02:00

j'ai quand même l'impression que cette fameuse belle inconnue a fait de l'oeil à pas mal de monde ce soir là ...
j'ai failli moi-même succomber plusieurs fois à son charme vénéneux

Commentaire de agnès78 posté le 08-12-2007 à 18:58:00

Beaucoup d'émotion et de poésie dans ce très beau récit!
Merci JC et un grand Bravo!
bises
agnès

Commentaire de Gibus posté le 10-12-2007 à 14:39:00

Super ton récit
Ta copine était une source de jouvence !

Commentaire de Jerome_I posté le 16-12-2007 à 19:22:00

14 km pour vous rencontrer et 55km pour avancer main dans la main... Tu as bien fait de ressortir de cette tente et continuer ta progression avec elle malgré la fatigue... FINISHER tu es...

Jérome

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