Récit de la course : Le Grand Raid des Pyrénées 2009, par chjou2

L'auteur : chjou2

La course : Le Grand Raid des Pyrénées

Date : 28/8/2009

Lieu : Vielle Aure (Hautes-Pyrénées)

Affichage : 1857 vues

Distance : 150km

Objectif : Terminer

2 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

114 autres récits :

Grand Raid des Pyrénées : une course parfaitement maitrisée !!!

Fin juin 2009, je viens de terminer le Grand Raid du Mercantour, juste le temps de savourer un peu ma joie qui est immense (bien qu’en partie ternie par le drame qui s’y est joué) et je me projette rapidement sur ce qui est le BIG objectif de mon année, le Grand Raid des Pyrénées. Il me reste deux mois pour être au top le jour J et enfin pouvoir terminer un ultra de cette dimension (153 kms pour 9000m de D+ et 9000 m de D-). Mes deux abandons à La Diagonale sont toujours dans un petit coin de ma tête et me rappellent que pour l’instant, j’ai toujours coincé sur cette distance. Heureusement, je suis persuadé au plus profond de moi que je suis tout à fait capable de la réaliser. Un petit mois de récup, trois petites semaines d’entraînement puis de nouveau une petite semaine de récup et me voilà parti avec femme et enfants pour une semaine de vacances à St-Lary-Soulan dans les Hautes-Pyrénées. C’est là que se joue déjà un changement très important : juste avant de partir, je décide d’acheter des bâtons (moi le récalcitrant qui a toujours refusé d’en prendre !!!) et de les essayer lors de nos randonnées les jours précédent la course. Bingo……jackpot……..finalement après plusieurs essais, je trouve les bâtons supers et vraiment très efficaces et décide illico de partir avec pour le Grand Raid.

Randonnée de 8 heures, canyonning de plus de 6 heures, rafting, parcours d’accrobranches voici en gros mon planning des jours d’avant-course……..pas de tout repos me direz vous, d’ailleurs ma femme et mes gosses me diront que je suis totalement fou mais bon, moralement c’est vraiment super car je ne pense pratiquement pas une seconde au Grand Raid.

Jeudi 28 Août à 16h, direction le retrait des dossards. Et là déjà une agréable surprise, tout est vraiment super bien organisé. Un grand chapiteau, presque pas d’attente, contrôle du sac avec le matériel obligatoire et signature d’une décharge, récupération d’un petit sac contenant vin rouge, saucisson, pâté, lait et divers petits cadeaux. Je rencontre enfin Catson et Basilio avant d’être rejoint par Stephdu28. Basilio nous offre gentiment un petit écusson avec nos pseudos et nos numéros de dossards qu’il a spécialement conçu pour l’occasion……super sympa. Nous assistons ensemble avec attention au briefing…….hummmmmmmmmm….annonce de l’organisation que le temps ne sera pas terrible…….bon de toute façon après Millau sous la pluie et le Mercantour sous la grêle et le brouillard, j’ai l’habitude maintenant !!!

18h30 je rentre retrouver ma petite famille pour une petite pasta avec des amis et je me couche de bonne heure.

3h45 du mat, réveil après une très bonne nuit de sommeil ce qui n’est pas dans mes habitudes avant une telle course. En général, je ne ferme pas l’œil de la nuit alors que là, j’ai dormi comme un loir……de bon augure !!!!!

4h30 je retrouve Basilio et Catson sur la place de la mairie du village de Vieille-Aure et nous patientons ensemble. Juste le temps de papoter un peu sur nos tenues respectives, de prendre une petite photo souvenir et nous sommes appelés à nous présenter dans le sas de départ. Dernière poignée de main et encouragement à Catson et bang…….5h et des poussières, avec quelques minutes de retard, le départ est enfin donné.

Pour avoir bien étudié le parcours, je décide de partir prudemment et de réellement démarrer ma course au km 65 après le ravitaillement de la première base de vie de Villelongue. En effet, arrivera alors deux montées consécutives de 1900 m de D+ (pic du Cabaliros) et de 1000 m de D+ ( col de Riou ) qu’il faudra enchaîner.

 Vieille-Aure - Col de Portet (11,7 kms)

 

Nous avons 1400 m de D+ à avaler dès cette première partie. Le début s’effectue sur la route jusqu’au village de Vignec, je trottine tranquillement et perd de suite de vue Catson et Basilio qui partent sur un rythme beaucoup plus élevé que moi. Je fais très attention et je m’efforce vraiment de courir en dedans. A partir de Vignec, nous empruntons un petit chemin qui monte gentiment, je suis bien, la pente n’est pour l’instant pas trop forte et je progresse toujours en  courant tout doux, tout doux…. Nous passons les Granges des Lilas puis nous arrivons à Espiaube, le jour commence petit à petit à se lever et là je sens un frémissement dans le peloton de coureurs qui est avec moi……. « Le mur arrive » disent plusieurs trailers………le mur, quel mur me demande-je, …………..pas le temps de dire ouf que se dresse devant nous un véritable………….mur, nous attaquons une piste de ski et là je peux vous dire que je suis beaucoup moins bien. Une pente qui par moment atteint les 40/100, les cuisses me brûlent et je n’ai vraiment pas de bonnes sensations, la pente est vraiment trop raide. Je pousse un max sur les bâtons afin de soulager les jambes et petit à petit, l’expérience aidant (je sais qu’après un moment de moins bien, vient toujours un moment de mieux…), je trouve enfin un rythme que je tiendrai jusqu’au sommet (2218m) que je franchis en 2h12m (161eme position).

 Col de Portet – Artigues (29,6 kms)  

 Je refais le plein de mon camel (eau) et de mes gourdettes (hydrixir + malto), prend le temps de manger du saucisson et de boire de la gazeuse et je repars pour une traversée herbeuse très agréable au dessus du lac de l’Oule puis un sentier en balcon jusqu’au Lac inférieur de Bastan. Pffffffffffff……….les paysages sont magnifiques !!! Je trottine tout le temps mais je fais très attention de ne pas me griller car il va falloir maintenant s’attaquer à l’ascension du Col de Bastanet (2507 m) point culminant du parcours. Là, changement total de décor. Comme disez très bien le road-book, du caillou, du caillou et encore du caillou !!!!!La montée s’effectue sur un petit sentier très technique sur de gros blocs, par moment très raide. Je progresse comme il faut mais comme pour le col de Portet, je n’ai pour l’instant pas de bonnes sensations en montée…..hummm…..un peu inquiétant tout cela, heureusement que les bâtons sont bien là pour m’aider !!! Nous finissons par une traversée montante puis quelques petits lacets pour finir ce qui me permet de terminer convenablement cette ascension. Agrrrr….à partir de là, c’est mon terrain…….une belle descente bien technique (surtout au début) de 1300 m de D- pour rejoindre le ravito d’Artigues. Je prends le temps de ranger mes bâtons sur mon sac à dos, il fait enfin un soleil magnifique et les paysages sont tout simplement sublimes. Nous passons successivement devant les lacs de l’Hourquette, de Campana et de Gréziolles. Je fonce mais j’en garde quand même sous la semelle, comme on dit, et je fais vraiment très attention ou je pose les pieds car cette descente est hyper technique avec de gros blocs. Eh,eh……j’aperçois quelques mètres devant moi une silhouette que je connais, c’est Basilio qui a l’air d’avoir quelques difficultés avec cette descente. Quelques mots d’encouragement et je le double, dévalant à bonne allure en slalomant entre les pierres. Au pied du barrage de Gréziolle, nous effectuons une traversée en contournant le lac de Caderolles, les pierres laissent maintenant petit à petit place à de l’herbe mais par contre la pente s’accentue considérablement. Cette descente m’a redonné un bon coup de boost et je file à bonne allure sur Artigues. Je suis maintenant dans la forêt et…….tout d’un coup…….ouppppppsssssss………..qu’est ce que c’est ? …………que c’est beau…………allez hop une petite pause photo devant le spectacle de la cascade de Garret. Magnifique !!!!!  

Le soleil a de nouveau disparu, laissant place à un léger brouillard, j’arrive enfin sur Artigues, apercevant au loin mes enfants et ma femme. Quel pied, j’ai un sourire énorme lorsque mon fils vient à ma rencontre pour faire les 400 derniers mètres. Allez papa, on court plus vite me dit-il ? Il n’est pas fou lui !!!!!!!! Hummm….un petit bisou en passant à ma femme et hop……le ravito est atteint en 5h10m (168eme position). Il y a beaucoup de monde et il fait chaud dans la cabane, je fais donc assez vite pour refaire mes pleins, prend ce qu’il faut pour me restaurer et je ressors me mettre dehors afin de profiter de ma famille. Quelques moments de tendresse, des petits mots réconfortant me font le plus grand bien, mais bon, il faut le reconnaître depuis cette descente, je me sens beaucoup mieux et mon moral est au beau fixe. Après dix minutes de repos, je décide de repartir et de quitter ma petite famille que je ne reverrai maintenant qu’à l’arrivée.

 Artigues – Col de Sensours (37,3 kms) 

J’attaque directement par une montée de 1200 m de D+ sur le col de Sensours (2378 m). Cette montée est longue mais relativement régulière. Je décide de mettre pour la première fois mon mp3, m’enferme dans ma bulle et monte comme un métronome, au rythme. Le temps est toujours mauvais mais arrivé à 1800 m le soleil refait son apparition. Nous effectuons plusieurs traversées avant d’attaquer les dernières pentes qui nous amènent au sommet juste sous le pic du Midi en 7h28m (212eme position). Cette montée s’avérera pour moi sans aucune difficulté bien que j’ai perdu pas mal de place, continuant ma stratégie d’arriver frais à Villelongue. Je me pose à l’ombre une dizaine de minute, refait comme à mon habitude le plein de tout surtout que le prochain ravito est dans 17.5 kms, essaye de bien faire le vide dans ma tête et hop……bouge toi mec……..c’est reparti.

 Col de Sensours – Hautacam (54,8 kms)  

Cette partie du parcours va être une succession de montagnes russes en alternant tout un tas de dénivelés positifs et négatifs. Elle me sera très agréable car les montées ne sont pas très longues et les descentes me conviennent très bien. Nous passerons par les cols de la Bonida (2302 m), d’Aoube (2369 m), le lac bleu (que je ne verrai d’ailleurs pas du tout car le brouillard cette fois-ci très épais à refait son apparition, bien dommage !!!), les cols de Bareilles (2238 m) et de la Hourquette d’Ouscouanou (1872 m). A ce moment là, nous redescendons une douce traversée menant aux hauteurs d’Hautacam, puis nous longerons les crêtes et j’atteindrai finalement le ravito d’Hautacam en 11h01m (188eme position). Sans forcer, j’ai repris pas mal de place ce qui me donne une pêche d’enfer……j’ai la gnac !!!!

 Hautacam – Villelongue (65,2 kms) 

A part refaire les pleins d’eau, je ne m’attarde pas trop sur ce ravito car je sais que nous avons maintenant une grosse descente de 1200 m de D- qui va nous amener à la première base de vie, Villelongue (je prendrai le temps de me reposer là-bas). Dans cette descente, je sens que j’ai vraiment des jambes de feu mais je fais attention de me retenir un peu afin de respecter mon plan qui est comme je vous l’ai déjà dit………d’arriver frais à Villelongue !!!!! Cette descente n’est donc en fait qu’une formalité et j’arrive enfin à cette base de vie en 12h33m (160eme position). Une petite fille faisant partie des bénévoles essaye de bipper mon dossard, n’y arrive pas devant les regards hilares d’autres bénévoles et s’y reprend à trois fois. Je lui propose de faire une petite photo souvenir, d’autres bénévoles se joignent à nous et c’est dans l’hilarité générale que je pénètre dans la base. « Eh ben vous avez la pêche vous » me lance une bénévole…..eh oui c’est vrai ça, je m’aperçois vraiment que je suis en pleine forme malgré 65 kms déjà effectué….eh eh eh…..mon plan de marche à l’air de fonctionner, en tout cas pour le moral, je peux vous dire que c’est hyper bon !!!!!!!

Là c’est le moment de bien relâcher la pression, de bien se reposer, de bien s’alimenter, enfin la totale quoi. J’ai maintenant bien l’habitude de ces bases de vies et j’essaye d’être méthodique afin d’être efficace sans trop perdre de temps quand même. Après les pleins d’eau, un bon nettoyage des pieds (changement de chaussettes + crème Nok), j’essaye de caser comme il faut ce que j’ai mis dans mon sac d’assistance dans mon sac à dos puis vient alors le moment de bien se restaurer : une bonne soupe, un bon plat de pâtes avec une tranche de jambon et une petite compote. Bon tout ça s’est fait……maintenant cinq minutes de repos les yeux fermés………et 30 minutes tapantes plus tard (exactement ce qui été prévu) je suis prêt ………à démarrer le Grand Raid des Pyrénées !!! Eh oui je dis bien démarrer car la course commence maintenant !!!!!!!!

 Villelongue – Turon de Bene (75.4 kms)

 

Maintenant c’est le grand moment de la journée avec l’ascension du pic du Cabaliros, 1900 m de D+ d’affilé. Cette montée est en deux partie : une première de 1000 m de D+ jusqu’au Turon de Bene (1549 m) puis une deuxième de 900 m de D+ jusqu’au sommet (2334 m). J’enfile ma veste imperméable avant de partir car il pleut (dorénavant la pluie ne nous quittera plus jusqu’au lendemain matin). A partir de là, comme prévu, je me lâche et monte sur un rythme très régulier et plus important que les premières ascensions. J’ai remis mon mp3 tant qu’il fait jour (la nuit j’évite de le mettre pour pouvoir entendre les bruits environnants), suis un groupe de trois coureurs et ne les lâchent pas d’une semelle car un brouillard épais à refait son apparition. A tour de rôle, chacun prend les relais et la montée longue mais régulière se passe hyper bien. Nous atteignons le ravito du Turon de Bene en 15h36m (166eme position). Il fait de plus en plus mauvais, je me coince au chaud dans la cabane et décide de rajouter un pull car je commence à avoir froid. Je ne reste pas longtemps car la cabane est bondée et si je reste dehors, j’ai froid…….allez hop bonhomme du courage, c’est reparti pour la fin de l’ascension.

 Turon de Bene – Cauterets (91.4 kms)

 

J’attends néanmoins une minute que d’autres concurrents repartent car maintenant il fait nuit noire (j’enlève mon mp3) et hier soir au briefing, ils nous ont signalé d’être vigilent sur la fin de l’ascension car il n’y a plus de chemin et nous devons passer à travers des pentes herbeuses en suivant les balises de l’organisation. Le problème est, qu’avec le brouillard de plus en plus épais, il va être, je pense, difficile de s’orienter. Je préfère donc ne pas être seul et je repars avec un petit groupe d’une dizaine de coureurs. Je suis bien calé en deuxième position à l’abri du premier qui en plus, chance pour moi, est une carcasse ce qui me permet de me protéger un peu du vent qui s’est lui aussi levé. Les conditions deviennent de plus en plus difficiles (pluie, vent, brouillard) et heureusement pour nous le balisage est fantastique (je prends le temps ici pour tirer un immense bravo à l’équipe d’organisation car je n’ai jamais vu un balisage aussi bien fait : une balise pratiquement tous les trente mètres). Malgré cela, sur la fin de l’ascension, il est de plus en plus dure de trouver sa route à cause du brouillard, les frontales nous renvoient carrément la lumière dans les yeux et nous avançons vraiment un peu à l’aveuglette. La, il faut serrer les dents et en mettre un coup afin de ne pas se laisser démoraliser. Et là, au moment ou nous avons le plus de mal, MIRACLE……ou plutôt encore un immense « chapeau messieurs » à l’organisation, nous apercevons au loin, vers le sommet deux grosses lumières qui se rapprochent de nous. En fait, deux bénévoles nous guident vers le sommet…..super génial. Il nous suffit maintenant de suivre les lumières, yess…..cela décuple nos forcent et nous terminons l’ascension en trombe…..yessssssss…….le cabaliros est franchie (pour la première fois depuis le début de la course, je n’ai été doublé par personne en montée)…………un grand merci en passant aux bénévoles aux lumières  et nous nous élançons immédiatement dans la descente…..à deux seulement, les autres ayant décidé de faire une petite pause. Alors là, je ne vous dis pas les amis, un grand moment d’anthologie !!!! Vous commencez à le savoir la descente, c’est mon truc…..mais là une descente de 1400 m de D+ en pleine nuit avec un brouillard à couper au couteau, une pluie fine ininterrompue…..c’est la totale…..et ça me plaît !!!!! Mon coéquipier est aussi un très bon descendeur et nous dévalons les sentiers boueux en faisant surtout très attention aux pierres rendues très glissante par la pluie. Pour la première fois de ma vie, je me serre aussi des bâtons en descente et je dois reconnaître que dans ce cas là (terrain glissant) cela m’a bien aidé. De jour et par beau temps, nous aurions été c’est sur beaucoup plus vite, mais déjà là vu les conditions ce n’est pas mal du tout et surtout je prends énormément de plaisir ce qui est le plus important. Après 19h40m d’efforts (161eme position), nous arrivons à Cauterets. Une petite poignée de main à mon coéquipier et nous nous souhaitons bonne chance pour la suite.

Je rentre dans la salle du ravito et trouve juste à l’entrée une chaise vide. Je saute dessus de peur qu’on ne me la prenne et je m’assoie afin de souffler quelques minutes. Les bénévoles hyper sympa me font le plein de tout. Il n’est pas loin de 1h du matin et ça se voit……la nuit commence à faire son effet et les visages de certains concurrents sont hagards……certains s’endorment même debout…….pffffffff……….pas terrible l’ambiance dans ce ravito…..ça sent la fatigue. Tout cela me motive encore plus, 91 kms d’effectué et quand je vois l’état de certains, je me trouve en pleine forme. Allez oust……..ne traîne pas là, il faut repartir.

 Cauterets – Col de Riou (99,7)

 

Je repars emmitoufler dans ma veste car je me suis refroidi au ravito et j’ai froid. Heureusement un peu de route me permet de courir et de me réchauffer assez rapidement. Nous sommes repartis à quatre à l’assaut du col de Riou (1949 m) 1000 m de D+. Je prends la tête et là franchement pour être franc, j’envoie grave, je suis hyper motivé et je mène grand train. Nous rattrapons beaucoup de concurrents qui ont l’air d’être arrêtés……plus je double et plus j’accélère…..ça c’est bon, çà en devient même jouissif……j’adore courir la nuit et en plus qu’en tout se passe bien c’est vraiment trop génial. Mon train fait du dégât car nous ne sommes plus que deux et nous continuons à progresser sur un rythme d’enfer en doublant continuellement. Le temps est le même (petite bruine et brouillard) mais cela ne nous gène pas du tout. La montée est régulière et nous atteignons le sommet en 22h45m (135eme position)…..youppiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii……………………….26 places de gagnées depuis Cauterets…………….ma tactique commence à payer et en plus………………je me régale !!!!!!

 Col de Riou – Luz-St-Sauveur (111.2 kms)

 

De nouveau reparti pour une descente de folie de 1263 m de D+ en compagnie d’un nouveau compagnon en direction de la seconde base de vie Luz-St-Sauveur. Et là, rebelote comme pour la descente sur Cauterets, c’est encore un moment mémorable !!!! La pluie redouble, par contre le brouillard a un peu disparu et la descente s’effectue dans des sentiers dégoulinants. Certaines fois nos chaussures s’enfoncent carrément dans la boue. Mon compagnon connaît bien le parcours et nous discutons tout le long de la fin du parcours….hyper important pour moi car il me donne pleins de renseignements pour bien gérer la fin….un grand merci à lui. Ouppsssssssss……………..merde, il a glissé et s’est cassé la gueule, heureusement rien de grave, ni une ni deux il est debout et nous sommes reparti. Nous arrivons à une portion ou nous n’arrêtons pas de traverser la route et de replonger dans des sentiers. La pente est assez raide et les cuisses commencent quand même un peu à souffrir. Nous traversons un petit village endormie, Grust, ou seul le bruit de nos bâtons raisonnent…….étrange impression…..on essaye de ne pas trop faire de bruit pour ne pas réveiller les villageois. Même dans le village la pente est raide !!!!!! Un petit chemin puis nous arrivons enfin au village de Sazos que nous traversons, direction Luz par la route (environ 3 kms). Là nous envoyons bien, en nous relayant, et nous courrons à allure vraiment très régulière. Incroyable de courir ainsi après 110 kms !!! Nous pénétrons dans la ville, rejoignons un concurrent et terminons donc à trois…..ça y est il est environ 6h du mat et après 24h38m (127eme position) nous atteignons la deuxième base de vie. Alors là c’est un vrai dortoir, plein de trailers allongés sur des matelas et qui dorment !!!! Un petit au revoir à mon compagnon et je prends de suite place sur un banc après avoir récupéré mon deuxième sac d’assistance.

Comme d’hab, les mouvements habituels, comme un métronome afin de ne rien oublier, je refais les pleins d’eau, je me rechange les chaussettes + crème Nok…….aie…..pfffffffffffffffff……pas prévu ça, je suis farci d’ampoule sur plusieurs doigts de pied, bizarre car je ne l’avais même pas senti (moi qui d’habitude n’en ai jamais, je pense que cela est du au fait que nous avons les pieds dans l’eau depuis un bon moment). Bon je n’ai pas mal donc cela ne m’inquiète pas. Je prends maintenant le temps de bien manger : soupe (2 fois), pâtes, jambon, compote, le tout arrosé de ……gazeuse. 30 minutes d’arrêt, il faudrait que je reparte mais je sens une légère lassitude alors je m’allonge sur le banc, ferme les yeux et décide de faire le vide pendant quinze minutes. Zen attitude…..je ne dors pas mais je suis sur une autre planète, ce petit repos me fait le plus grand bien et quinze minutes tapantes après, je repars pour la suite de l’aventure.

 Luz-St-Sauveur – Tournaboup (123.2 kms) 

Il fait encore nuit et je repars tout seul. Je ne suis pas inquiet car pour l’instant le balisage a vraiment toujours été parfait. Je traverse les rues de Luz puis emprunte un petit sentier qui monte jusqu’au village de Viey. Je rejoins trois coureurs et nous continuons notre route ensemble en franchissant quelques petits raidillons  puis en suivant un sentier en balcon au dessus du village de Barèges. Nous sommes rattrapé par un espagnol qui se joint au groupe, j’ai de nouveau la pêche, le train ne me convient pas (trop lent) alors je décide d’en remettre une couche. Je passe devant et accélère l’allure….j’en revient pas, plus de 26 h de course et j’ai toujours une forme du tonnerre, ça c’est le top du top !!!!! Les gars s’accrochent derrière moi mais je sens bien qu’ils sont à la limite de la rupture. Nous attaquons une portion faites de toutes petites montagnes russes, alors là j’envoie dur et à part un espagnol qui me dit dans un français difficile « t’as la banane toi » les trois autres ont lâché. J’arrive finalement au ravito de Tournaboup en 28h02m (124eme position). Tout va bien à part……que je ressens…..que j’ai maintenant des ampoules……sous les pieds….hummmmm…..plus inquiétant ça, pour l’instant je n’ai pas trop mal mais bon ce n’est pas bon signe tout cela…..allez on se reconcentre car après ce ravito va se présenter la montée vers le col de Barèges

 Tournaboup – Lac de l’oule (136.7 kms) 

Mon coéquipier de la descente vers Luz qui connaissait parfaitement le parcours m’avait prévenu « là tu va bouffer du caillou dans tous les sens et alors la fin tu va finir par un mur droit devant !!! » et bien le bougre……il n’avait pas tort….cette montée est véritablement impressionnante, bon facile au début,  puis d’un coup sans sentier mais carrément droit devant à travers une montagne de bloc, un paysage minéral très brut et rude !!!!! Je commence à sentir un léger moins bien mais bon ça va quand même, c’est ce qu’on appelle imperceptible, j’avance mais bon je sens que ça commence à tirer…. oh eh collègue un peu normal non après 125 kms de course…..allez je me rebooste, m’arrête deux seconde pour remettre mon mp3 que j’avais délaissé durant la nuit, regarde le soleil qui est définitivement revenu et hop……je repars sur un rythme régulier, montant de bloc de pierre en bloc de pierre et soudain…….deux avions enfin deux…….trailers me dépassent pratiquement en sprint…….pfff…..là ils me cassent le moral……..ils se retournent pour m’encourager et là……yesssssss…….je m’aperçois qu’ils n’ont pas de dossards , en fait ceux sont simplement des coureurs qui font leur footing du samedi matin…….allez je continue donc en me disant que c’est la dernière grosse montée de la journée (en effet la dernière le col de Portet n’est pas très longue 400 m de D+). J’alterne maintenant des zones rocheuses  et des replats herbeux. En fait, nous remontons le vallon d’Aygues-Cluses, traversons plusieurs fois le ruisseau, au loin derrière moi, j’aperçois une vingtaine de concurrents qui me rattrapent……humm……..inconsciemment, sans m’en rendre compte j’ai du baisser de régime. Plus inquiétant, je commence à boiter un peu et j’ai mal surtout sur le pied droit à cause des ampoules. Bon là encore en montée c’est supportable mais tout à l’heure en descente, je risque d’avoir des surprises !!! J’atteins la cabane d’Aygues-cluses et me fait doubler juste avant par une dizaine de trailers……grrrrrrrrr………j’ai les nerfs………je ne comprends pas pourtant j’ai l’impression de bien tourner……….bon je m’arrête deux minutes pour enlever mon pull et ma veste car maintenant que le soleil est bien là, j’ai trop chaud. A hauteur de la cabane, je lève la tête en face et là que vois-je ?..........un serpentin de trailers montant une pente très, très raide dans l’herbe rase et les cailloux (il avait encore raison mon coéquipier de tout à l’heure quand il parlait de mur !!!) Là, franchement entre le fait d’avoir été doublé et ce mur en face de moi, il faut reconnaître que je ne suis plus très bien. Je me remotive et hop…….je me lance dans cette pente, monte le son du mp3 et avance non pas mètre après mètre mais plutôt centimètre par centimètre…….les cuisses me brûlent, le soleil commence à bien taper………là, oui ça devient vraiment dur !!!!!! Allez Christophe, lâche rien, je donne tout ce qu’il me reste, pousse un max avec mes bras sur les bâtons et petit à petit, je vois le haut de la pente se rapprocher, la fin, par chance est un peu moins rude….allez encore un petit effort…………je donne vraiment tout……….je sais qu’après cette montée c’est pratiquement gagnée……..ça y est le sommet n’est pas atteint mais la pente est beaucoup moins raide et en plus de loin, je le vois ce p… de sommet…yesssssssss…..youpi…..j’ai un sourire qui m’envahit le visage…….le plus dur est passé……..mais bon là dans cette fin de montée, j’en ai vraiment chié !!!!!! Voilà, je franchis le sommet………oupps…………vu magnifique sur le lac de Gourguet. Je rejoins plusieurs trailers qui font une pause et là certains d’entre eux me félicitent et me disent « chapeau de faire le 150 kms »…….en une seconde je comprends………mais que je suis con………en fait tous les coureurs qui m’ont doublé tout à l’heure dans la montée ne faisaient que le 75 kms……c’est pour cela qu’ils allaient plus vite que moi et non moi qui avait baissé de rythme……….alors là pour une bonne nouvelle, c’est une super nouvelle et je reprends une pêche d’enfer. Du coup, je décide de ne pas faire de pause et je me lance dans la descente pour rejoindre le lac de l’Oule 650 m de D-. Je fonce avec envie…….mais je suis vite rappelé à la raison…….les ampoules, surtout du pied droit, me font un mal fou lorsque je pose le pied par terre……..allez hop, je ralentis, de toute façon la descente devient de plus en plus technique et il est de plus en plus difficile de courir. J’avance quand même bien (pour preuve personne ne me rattrape), je suis maintenant en sous-bois et cette descente est très agréable avec ces petits ruisseaux, j’alterne des parties rectilignes et des parties en lacets…….aie….merde, j’ai mal posé le pied et les ampoules se rappellent à mon bon souvenir. Ca y est maintenant, j’ai mal tout le temps, bon que fais-je, je m’arrête et je regarde mon pied…….après réflexion je ne préfère pas de toute façon il reste une vingtaine de kms et pas de problème ça va le faire. Voilà, j’aperçois le lac de l’Oule et l’atteins en 32h05m (120eme position)……….yess encore quatre place de gagnée ce qui confirme que tous ceux qui m’ont doublé participaient au 75……..très bon pour le moral çà !!!!!!

Je m’assois deux minutes, mange du saucisson, bois un peu de gazeuse et hop allez on repart.

 Lac de l’Oule – Col de Portet (141.4 kms) 

Deux kilomètres de plat sur une large piste ou malgré le mal, j’arrive à bien courir. Nous longeons le lac de l’Oule avant d’attaquer la dernière montée du jour le col de Portet par un autre versant qu’à l’aller. Je rejoins deux concurrents puis un autre nous rattrape et c’est donc à quatre que nous attaquons cette ascension. Très, très raide au début, comme pour le col de Barèges un véritable mur, mais bon je sais qu’il n’est pas très long donc j’avance méthodiquement, pas après pas….un des concurrents passe devant et prend de l’avance, je sens que j’en ai encore alors je saute les deux autres et hop…..ni une ni deux je le rejoins et me cale derrière lui. La pente est maintenant plus réalisable et nous montons sur un bon rythme à travers les pistes et les remonte-pentes. Nous finirons tous les deux cette montée et quelques mètres avant le sommet, il se retourne vers moi et me dit « on a gagné gars » avec un sourire magnifique sur son visage. Je sens l’émotion m’envahir, je REALISE à ce moment précis que je vais allez au bout. Dernier ravito 33h15m (117eme position), juste un petit coup de gazeuse et nous repartons.

 Col de Portet – Vieille-Aure (152,7 kms) 

Il me propose de faire la descente ensemble mais je lui réponds que, vu mes ampoules, ce n’est pas la peine qu’il m’attende. Il me reste donc 11,3 kms pour 1400 m de D- et je peux vous dire qu’avec les ampoules ça va être un vrai plaisir. Le début de la descente se fait en pente douce  ce qui me permet de trottiner malgré tout. J’entame une traversée dominant la route et alterne des parties plates et des parties à flanc de montagne (avec vue sur St-Lary là-bas tout en bas !!!!!) A hauteur du village de Soulan, oupppssssssssss…………la pente se raidit……………d’un coup, mais c’est plus une pente çà, c’est une véritable verticale !!!!!!!

Bon là, je suis pas beau à voir, je marche très difficilement tellement les ampoules me font mal, la pente est trop raide…..allez  on s’accroche, on serre les dents, de toute façon il faut bien qu’on y arrive en bas…….pfffffffffff……ça va la pente est de nouveau moins raide et je peux de nouveau trottiner. J’arrive à un endroit ou deux bénévoles nous attendent et me montrent la direction…….merde…….. « vous n’êtes pas gentilles avec moi » leur dis-je avec un grand sourire, « pourquoi » me répondent-elles, « j’ai des ampoules » leur hurle-je……de nouveau nous avons droit à une verticale à travers un champ de fougères !!!! L’enfer, les ampoules me lancent à chaque pas mais bon par chance cette verticale n’est pas très longue.

Voilà maintenant, je rejoins une piste descendante……youpi je crois bien que le plus dur est fait….un concurrent me rejoint et se cale derrière moi, « vas y » lui dis-je, « non, non je suis mort, je reste avec toi » me répond-t’il. Nous arrivons au village de Soulan, la descente est maintenant facile et nous alternons marche et course. A, enfin un peu de route, puis de nouveau un chemin descendant assez raide, quelques lacets et nous atteignons le village de Vignec. Voilà maintenant, c’est le moment de commencer à savourer……..pleines d’images de cette formidable aventure me reviennent à l’esprit, je commence à avoir des frissons……humm……..qu’est-ce que c’est bon…….nous nous tapons plusieurs fois dans les mains, traversons Vignec puis nous dirigeons vers Vieille-Aure……dernière ligne droite, le public commence à être là et à nous féliciter, je les remercie, hurle ma joie……je scrute l’horizon, le bout de cette ligne droite et là……..oui c’est bien çà…..j’aperçois mon fils qui ne m’a pas encore vu……..je lève mes bâtons en signe de victoire…….il me voit……se met à courir vers moi……et là c’est comme dans un film vous savez quand deux personnes courent l’une vers l’autre avec une super musique !!!!!! Cinq mètres, quatre, trois, deux, un…..ça y est, on s’est rejoint et on s’étreint comme jamais……..bordel….c’est magnifique…..le temps de reprendre ces esprits et on repart en petite foulée applaudit par les spectateurs…….un avant dernier virage et maintenant c’est ……ma fille qui arrive et qui me tombe dans les bras……boudiou…..là s’en est vraiment trop……ma femme est là, elle aussi derrière les barrières……..dur de retenir ces émotions……place de la mairie, les gens sont agglutinés derrière les barrières, je lève les bras, crie toute ma joie et franchis la ligne d’arrivée avec mes enfants en 35h et 24 m.

A peine la ligne franchie que Catson accoure vers moi. Il me félicite, je lui demande son résultat et il m’apprend qu’il a abandonné. Je suis déçu pour lui pour son premier ultra, j’aurai bien aimé qu’il aille au bout. Pas grave Catson, je suis sur que ce n’est que partie remise. Ma femme nous rejoins et nous sommes maintenant tous ensemble.

Voilà mon Grand Raid des Pyrénées est terminé.

Je suis vraiment fier d’avoir terminé enfin une telle épreuve et en plus sans vraiment aucun problème (les ampoules m’ont bien sur fait mal mais n’en ont pas été), l’expérience acquise commence certainement à payer.

Je garderai un souvenir mémorable et comme pour mon premier marathon (Paris) ou bien mon premier 100 kms (Millau), cette course restera à jamais gravé dans ma mémoire.

Pour finir, une immense coup de chapeau à l’équipe d’organisation et aux bénévoles car tout était simplement parfait.

2 commentaires

Commentaire de martinev posté le 06-09-2009 à 18:59:00

Quelle belle gestion de course, bravo pour cette performance

Commentaire de Yvan11 posté le 08-09-2009 à 20:55:00

Belle course et beau récit...
Du suspens , de l'émotion...
Bravo

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Votre annonce ici !

Accueil - Haut de page - Aide - Contact - Mentions légales - Version mobile - 0.21 sec
Kikouroù est un site de course à pied, trail, marathon. Vous trouvez des récits, résultats, photos, vidéos de course, un calendrier, un forum... Bonne visite !