Récit de la course : Tor des Géants 2012, par Cantalou

L'auteur : Cantalou

La course : Tor des Géants

Date : 9/9/2012

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1856 vues

Distance : 321km

Objectif : Terminer

6 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Tor des Géants: ultra-trail ou ultra-randonnée

Nous sommes 4 à partir de Toulouse ce vendredi 7 Septembre: Hugues (traileur que je connais depuis un moment et qui est à peu prêt du même niveau que moi) et 2 Béarnais avec qui nous avons décidé de co-voiturer Olivier (qui a escaladé pas mal de sommets sur la planète et a bouclé la PTL en 2011) et Jean-Luc (plutôt coureur de sable avec le Marathon des sables et la Trans'Aq a son actif). Nous allons faire plus ample connaissance sur la route et lors de l'arrêt à Moutiers pour passer la nuit de vendredi à samedi. Cela permet de couper un peu le trajet et surtout de limiter le stress d'avant course en arrivant directement sur le lieu de la compétition.

L'arrivée à l'hôtel à Courmayeur le Samedi en début d'après-midi plante le décors: le Val d'Aoste c'est beau, c'est haut et les pentes sont raides C'est cet environnement qui va nous accompagner tout au long de la semaine.

Alors que je n'avais pas ressenti de stress particulier jusqu'à présent, la pression va monter d'un coup et assez fort lors de l'attente pour la remise des dossards qui dure environ 2 heures. le bon côté de cette attente c'est que cela permet de rencontrer toutes ses connaissances.

L'heure et demi qui suit n'est pas de trop pour faire redescendre la pression et préparer le sac d'allégement qui nous suivra d'une base de vie à l'autre. Je mesure à ce moment la chance que j'ai d'être ici, avoir pu m'inscrire lorsque l'on sait que les 550 dossards sont partis en 24 min et ensuite d'avoir pu suivre ma préparation sans soucis.

En fin d'après-midi, retour à la salle pour remettre les sacs, écouter attentivement le brieffing et partager la pasta-party avec quelque autres participants. Au passage, la vue offerte depuis la salle par la baie vitrée au coucher du soleil:

Je passe ensuite une très bonne nuit et le départ à 10h le dimanche permet de trainer au lit et de prendre son temps tous les 4 pour le petit-déjeuner. 9h, c'est le moment de rejoindre la ligne de départ où l'émotion prend les tripes et noue la gorge, comme avant chaque départ d'ultra, mais quand même un peu plus fort que d'habitude.

Voila, nous sommes prêts avec de gauche à droite: Jean-Luc, Hugues, Olivier et ma pomme.

Je sais ça fait un peu Dalton sur la photo. Juste le temps de passer un dernier coup de fil à la maison et de recevoir les encouragements de la famille, la musique du départ retentit et fait à nouveau monter l'émotion. Ca y est, le départ est donné, c'est le moment que j'attends depuis un an date à laquelle j'ai décidé de m'inscrire. Comme pour chaque ultra, j'ai découpé la course en objectifs intermédiaires qui sont bien évidemment les 7 étapes reliant les 6 bases de vie.

1ère étape (49km, 3800 d+ et 3 cols à franchir). Durant les premiers kilometres j'éprouve une sensation bizarre et j'ai beaucoup de mal à rentrer dans la course et à me concentrer. C'est sans doute le contre-coup de l'émotion du départ.  Cette première ascension est une bonne mise en jambe avec 1300 d+ sur 8 km. Ce qui donne une pente modérée par rapport à ce qui nous attend par la suite. Le peloton est groupé pour l'instant

et va s'étirer petit à petit.

 

Comme pour chaque ultra, les discussions vont bon train pendant les premiers kilometres (d'où on vient, les courses auxquelles on a participé, ...etc) avant que le silence ne s'installe plus tard lorsque chacun va rentrer dans le dur. Nous sommes Dimanche et le beau temps a donné des idées à de nombreux randonneurs qui nous encouragent chaleureusement. Jean-Luc fait un tabac avec son béret et il est la cible privilégiée des photographes. Nous allons atteindre tranquillement le col d'Arp avec une dernière partie en lacets (la photo ne rend absolument pas compte de la pente).

Vu depuis le col sur l'autre versant avant d'entamer la descente:

Afin de se ménager au maximum nous avons décidé d'alterner marche et course en descente même lorsque celle-ci est roulante (ultra-trail ou ultra-randonnée ?). Comme lors de chaque nouvelle course je découvre et j'admire le paysage.

Nous atteignons ainsi La Thuile où se tient le 2ème poste de ravitaillement. Ils sont très complets (soupe, tuc, saucisson, viande séchée, pain, 2 sortes de fromages comprenant le Fontina qui est une production locale et dont je vais abuser tout au long du parcours, fruits, fruits secs, gâteau, eau plate , eau gazeuse, coca). Je vais adopter à chaque fois le même protocole: je recharge en eau, je mange et je repasse de la crème sur les pieds. J'en prends le plus grand soin car l'année dernière lors du Raid240 du Grp j'avais rencontré assez tôt des problèmes à l'intérieur des 2 talons qui m'avaient ensuite beaucoup fait souffrir. Pour l'instant les ravitaillements sont espacés de 2 à 3h et il n'est donc pas utile de trop se charger en liquide. On attaque le 2ème col (Haut Pass) avec 1400 d+ sur 12,4 km, ça reste raisonnable.

Départ de la montée dans un cadre buccolique. Olivier déja en compagnie de "Marmoto", ne cherchez pas car c'est codé et il n'y a que nous 4 qui pouvons comprendre cette allusion.

On découvre ensuite une caractéristique des sentiers du Valdotains: ces marches aménagées

Il y a toujours beaucoup de randonneurs qui continuent à nous encourager. A la sortie de la forêt la pente s'accentue et en me retournant je constate le chemin parcouru et également que le peloton s'est maintenant bien étiré.

Un peu plus haut et au détour d'un virage c'est le choc avec cette vue qui s'est découverte d'un coup: le refuge Deffeyes avec derrière le Ruitor et son glacier. Le ravitaillement permet de profiter pleinement de ce cadre somptueux.

 

On enchaine ensuite avec la traversée d'un superbe vallon

avant la montée finale vers le col dans les blocs.

 

J'ai constaté depuis le début que les sentiers sont moins techniques que dans les Pyrénées et même ici dans les blocs il y a, soit des marches qui ont été confectionnées, soit les vides entre les blocs sont comblés de manière à matérialiser un sentier. On découvre aussi une caractéristique de ces cols dans le sens où les parties finales sont raides, voire très raides et bien sur le début de la descente est de même. Arrivée au col pour une pose photo à côté de ces petites pyramides qui matérialisent les cols et dont j'ai tant rêvé.

La vue qui s'offre depuis le col est encore magnifique.

 

On enchaine avec la descente vers le refuge de Promoud où on nous propose de la polenta en plus de ce que j'ai cité plus haut. Même si c'est tentant j'évite de trop manger car derrière il reste le dernier col de la journée, le col Crosatie avec 800 d+ sur un peu moins de 4 km. Olivier et Jean-Luc ralentissent un peu dans cette ascension et l'écart se creuse avec nous. C'est un des passages emblématiques du Tdg et même s'il y a un peu de gaz sur la partie finale, ça se fait bien surtout que nous sommes encore de jour.

Dès l'amorce de la descente, il faut sortir les lampes frontales. L'approche de la 1ère base de vie à Valgrisenche est le moment pour décider de la stratégie à adopter vis à vis du sommeil. En effet, j'ai lu que sur cette base de vie il y a pas mal de coureurs et qu'il est délicat de dormir à cause du bruit. D'un autre côté, mon expérience du raid 240 l'année dernière avec une première nuit blanche ma laisse le souvenir d'une deuxième nuit très difficile où nous sommes tombés de fatique et avons du faire une sieste flash en plein vent et en altitude afin de pouvoir rejoindre la base de vie suivante. Il est 23h losque nous y arrivons et après avoir récupéré notre sac nous pouvons effectivement constater que les salles de dortoirs sont partagées avec ceux qui se changent. La lumière reste allumée et il y a un va et vient permanent. Nous attendrons donc le refuge suivant car il est possible de dormir 2 heures dans ceux-ci. La pause permet de se doucher, de changer de vêtements, de chaussures (car j'alterne avec 2 paires de marque différentes) et de recharger en ravitaillement personnel car demain il y a 2 portions de 4 à 5 heures sans ravitaillements. Les repas des bases de vie proposent en plus du classique des pâtes, de la compote, des yaourts. A noter qu'après avoir demandé notre plat, nous sommes servis à table par les bénévoles qui veillent en plus à ce que rien ne manque sur celles-ci.

Il est preque minuit lorsque nous repartons pour la deuxième étape (53 km, 4100 d+ et 3 cols dont le col Loson à 3300 m). L'arrivée au refuge du Chalet de l'Epée annonce la pause dodo, du moins nous le pensons mais en fait il n'y a pas de possibilité de couchage ici!!! Un coureur m'explique que c'était bien le cas l'année dernière mais que les dortoirs ayant été salis à cette occasion, ils restent fermés cette année.

La pause sommeil va donc se résumer à un quart d'heure assis à table et la tête sur les bras avant de repartir pour le Col Fenetre. Dans cette ascension, je vais devoir somnoler un peu en marchant pour récupérer. Le vent s'est levé mais j'ai juste besoin des manchettes pour les bras et je reste en t-shirt.

Col fenetre, il est 3 heures 30 du matin.

 

La descente qui suis (1100 d- sur 4,5 km) fait partie des photos célèbres du Tdg tant elle est raide surtout juste après le col et nous n'imaginons pas ce que cela donnerait sous la pluie. La plus grande retenue est de mise et j'aimerais voir passer les premiers car je me demande s'il font preuve eux aussi d'une certaine réserve ou s'ils arrivent à se lacher.

C'est passablement fatigués que nous arrivons à 4h30 au refuge de Rhemes avec comme seule envie de s'allonger et de dormir un peu. Dès notre arrivée nous demandons s'il est possible de se reposer et le bénévole nous répond qu'il faut attendre 5h car les dortoirs sont pleins. En même temps il note nos numéros de dossard sur une sorte de liste d'attente. Pas de problèmes, on va manger un bout pendant ce temps mais une agitation autour du même bénévole nous inquiéte. Je vais le voir et il m'annonce maintenant 5h15. On peut attendre un quart d'heure de plus mais quelques temps plus tard c'est 5h45 qui est annoncé et je réalise qu'un concurrent italien arrivé après nous s'est vu octroyé une place. On sent alors que ça va être galère et c'est à nouveau parti pour une sieste flash les bras croisés sur la table. Ce sera la seule fausse note au niveau des bénévoles qui feront tous preuve d'une gentillesse et d'un dévouement extraordinaire tout au long de l'épreuve.

Il faut donc attaquer la 2ème difficulté (le col Entrelor 1280 d+ sur 5,5 km) dans ces conditions et je puise ma motivation dans l'attente de voir le jour se lever afin de pouvoir éteindre ma frontale et surtout admirer les sommets éclairés par les rayons du soleil levant.

Alors que nous n'avions rien prévu en commun avec Hugues pour le déroulement de la course, hormis de se dire qu'il serait sympa de faire un bout de chemin ensemble avant que chacun trace sa route, sans rien dire nous unissons maintenant nos efforts pour gravir ce col et nos destins pour cette course se lient. Chacun prend le relais à tour de rôle pour ouvrir le chemin et donner le rythme. De temps en temps lorsque je suis derrière Hugues je passe en mode somnolence et titube un peu mais cela permet de continuer bon an mal an jusqu'au col d'Entrelor. Un peu marqué le garçon quand même.

Je n'ai absolument aucuns souvenirs de la descente qui suit vers Eaux Rousses sauf ces 2 photos

 

Eaux-Rousses, il nous faut absolument dormir un peu surtout que ce qui nous attend derrière est le plus haut col du parcours qui culmine à 3300 m et, bonne nouvelle, une tente à l'écart de la zone de ravitaillement est prévue à cet effet avec 2 lits de libres. Avant de s'endormir on convient d'une durée de 2h pour cette pause mais nous nous réveillons au bout d'1 heure seulement. On remplit copieusement nos bidons et nos poches à eau car il va faire chaud et le prochain ravitaillement est dans 5 heures environ. Un bon casse-croute (toujours à base de Fontina), quelques mots avec les bénévoles et c'est parti.

C'est en sortant que je constate qu'une accompagnatrice quitte son coureur avec le sac jaune d'allègement. Cela signifie qu'il vient de se délester de tout le matériel nécessaire pour la nuit et donc d'une partie du matériel obligatoire. Il nous double effectivement avec un sac ridiculement petit et ne pouvant contenir que la réserve d'eau et un coupe vent léger alors que nos sacs sont complets avec le matériel obligatoire plus des vétements supplémentaires que nous avions emmenés pour la nuit en cas de dégradation de la météo. Extrait du réglement "L’assistance personnelle est autorisée uniquement dans les bases de vie". Ce genre de comportement est heureusement minoritaire car je ne verrai que peu de ces sacs en dehors des bases de vie.

Quelques minutes plus tard en échangeant avec un autre concurrent sur la gestion du sommeil nous apprenons qu'il a résolu le problème en dormant dans son camping-car qui l'attend à chaque base de vie. C'est effectivement incomparable de pouvoir s'installer confortablement à l'écart du bruit et le nombre de ces véhicules sur le parking de la 2ème base de vie montrera que c'est assez répandu.

Retour sur la course avec l'ascension qui démarre sous un beau soleil qui tape fort et le passage près d'un refuge avec une fontaine provoque un arrêt de tous les concurrents afin de se rafraichir et de se reposer. Hugues en profite d'ailleurs pour une micro-sieste. Lui qui me disait avant l'épreuve avoir des difficultés à s'endormir, je crois que maintenant c'est bon pour les siestes flash.

On continue à monter mais on n'aperçoit jamais le col, très très long.

 

Il faudra une nouvelle halte et une autre micro-sieste avant d'attaquer la dernière partie qui est très raide. Je n'essaye plus de regarder le chemin qu'il me reste à parcourir jusqu'au col mais simplement ce que j'ai déja gravis.

La récompense est là avec le panorama qui s'offre à nous.

A la différence des autres cols, on ne bascule pas directement dans la descente mais on suit d'abord une paroi rocheuse sur un sentier étroit assuré par une corde car côté droit il y du gaz.

On peut ensuite attaquer la longue descente (1600 d-) vers la deuxième base de vie

 

avec un arrêt intermédiaire au refuge de Vittorio Selta pour le ravitaillement.

Alors que je trouvais les sentiers peu techniques jusque là je vais changer d'avis sur la dernière partie de la descente vers Cogne faîte de racines et de grosses pierres.

Arrivée enfin à Cogne Lundi à 19h00 (fin de la deuxième étape). Après la douche et s'être changés, comme nous n'avons pas de camping-car nous rejoignons le dortoir. Malgré le bruit incessant des portes battantes à l'entrée, les téléphones qui sonnent et surtout la présence d'un gros ronfleur à mes côtés, j'arriverai à dormir 1 heure mais pas Hugues. Le casse-croute avec le même menu et en plus maintenant une bière.

Nous sommes prêts à attaquer la 3ème étape (47 km, 1400 d+ et un col seulement). Le départ est toujours technique (pierres et racines) et à notre surprise les cuisses répondent plutôt bien même après ces 2 premières étapes (en cumulé environ 100 km et 9000 d+). Lorsque nous arrivons au refuge Sogno, nous demandons s'il est possible de dormir et la gardienne nous amène dans un dortoir de 4 lits où nous sommes seuls. La durée max de repos dans les refuges est de 2h mais c'est énorme de pouvoir enfin dormir ces 2 heures d'affilée dans le calme. Au réveil, nous continuons avec les bonnes surprises car les gardiens ont agrémentés le ravitaillement classique d'un minestrone et de saucisson chaud avec des pommes de terre. Enorme.

Dans ces conditions, la montée vers le col Fenetre de Champorcher n'est qu'une formalité

Comme avec les montagnes russes, lorsque l'on a fini de monter on redescend pour environ 30 bornes jusqu'a la prochaine base de vie. C'est au lever du jour que nous atteignons le ravitaillement de Chardonney où le classement est projeté sur grand écran. Cela nous permet d'avoir la position de Jean-Luc et Olivier. Je ne résiste pas à l'appel d'une chaise longue pour 5 minutes de micro-sieste. La partie qui va suivre est magnifique, nous allons longer un torrent alimenté par des cascades, passer sur des ponts en pierre ou des passerelles en bois, traverser des villages superbes.

 

Je prends plein de photos et je ne vois pas passer les kilometres jusqu'à l'entrée de Donnas

par contre les kilometres restants jusqu'à la base de vie vont être long maintenant car il nous faudra presque 1 heure pour traverser tout le village qui s'étire en longueur jusqu'à la base de vie. Il est 11h40 et il fait déja chaud.

A l'arrivée nous avons droit à une belle frayeur car les bénévoles ne retrouvent pas nos sacs d'allègement. Le protocole est toujours le même sauf qu'en plus de la douche j'en profite pour me raser. Le dortoir est à l'étage et est très calme ce qui nous permet de dormir une heure. Je constate sur cette base que la fatigue commence à faire ses effets vu le nombre d'objets oubliés par les coureurs (chaussettes, casquette, gant pour les batons Leiki, buff).

IL fait maintenant très chaud à l'attaque de la 4ème étape qui s'annonce difficile sur le papier (50 km, 4000 d+ et de nombreuses montées et descentes). Hugues a repéré que l'année dernière les coureurs de milieu de peloton avaient mis 24h !!! Nous allons commencer par traverser encore de beaux villages

et seulement 5km après la base de vie, dans Perloz, il y a un nouveau ravitaillement. Je n'ai pas faim mais mais je me laisserai tenter par les gâteaux qu'a préparés une habitante du village afin de compléter le ravitaillment. Quelle attention.

Passsage au pont Moretta

avant d'attaquer la longue montée (1700 d+) jusqu'au refuge Coda. La première partie jusqu'a Sassa est constituée majoritairement de marches assez éprouvantes. Après la pause à Sassa, il nous reste encore 900 d+ sur 4,5 km, pas de lacets c'est droit dans la pente. Hugues, optimiste, estime qu'on pourra les gravir en 2 heures. Je suis un peu sceptique vu ce que l'on a déja dans les jambes mais c'est effectivement le temps qu'il nous faudra pour rejoindre le refuge. Il est 20 heures et par chance il y a de la place dans les dortoirs pour 2 nouvelles heures de repos. Je me réveille au bout d'1h50 mais je suis complètement dans le cirage au point que je ne sais plus où je suis et qu'est-ce que je dois faire. Lorsque je reprends conscience, je ne me rappelle plus du prénom d'Hugues pour le réveiller. A la sortie du refuge, je ne mettrai pas longtemps à finir de me réveiller car il a plu, il y a du brouillard et juste après le refuge le début de la descente est à nouveau très, très raide. Les 6,5 km qui nous séparent de Lago Vagno vont être interminables, on aperçoit les lumières du refuge mais on n'y arrive jamais. Le ravitaillement est proposé dehors mais nous allons opter pour l'intérieur ou les gardiens nous proposent une assiette de pâte. On est tous dans le dur à ce moment là et j'adore cette ambiance pendant les nuits des ultras: chacun dans sa bulle, les regards vides, hagards.

Nouvelle côte sévère pour rejoindre "l'entaille du loup". Je vais avoir beaucoup de difficultés sur cette portion qui est raide et technique.

La partie qui suit est elle aussi éprouvante car le sentier est technique et après être descendu un peu on reste longtemps autour de 2000m sans jamais prendre franchement la descente vers Niel. Je me rends compte maintenant que j'ai commis une belle erreur de débutant dans la préparation de cet ultra: je me suis focalisé sur les kilometre et le dénivellé sans jamais visualiser le parcours sur les cartes qui étaient fournies. Cela m'aurait permis, surtout pendant cette étape, de beaucoup mieux appréhender cetains passages comme celui-ci.

Le jour se lève et on aborde enfin la descente vers Niel et c'est sur une dalle mouillée que je vais glisser une première fois et tomber sur l'épaule sans gravité. Un peu plus loin, je vais à nouveau chuter et me retrouver avec la jambe droite complètement pliée sous les fesses. Le sommeil nous gagne à nouveau et une sieste flash de 5 minutes sera nécessaire allongés sur le bord du sentier avant de pouvoir rejoindre Niel avec au menu ce coup-ci, saucisse/polenta. Un concours de circonstances nous permet d'accéder aux chambres pour 1 heure de sommeil supplémentaire.

Lorsque je me réveille, le genou droit est très enflé avec un bel épanchement tout autour (je ne distingue pratiquement plus la rotule). En fait depuis une vieille opération du ménisque je ne peux plus plier complètement le genou droit et dans ma chute la flexion a été complète et violente avec en plus le poids du corps dessus. Je ne souffre pas mais néanmoins je suis très inquiet car cela m'est arrivé dans le passé et j'avais du me faire ponctionner tout le liquide qui remplissait la poche formée autour du genou. Je laisse un message à un copain médecin et traileur pour essayer de connaitre les risques que j'encours à continuer ainsi et je commence à évoquer le fait de devoir m'arrêter à la prochaine base de vie.  Pour l'instant il faut grimper jusqu'au col Lazoney (930 d+) et pour la première fois depuis le départ je n'arrive pas à monter à mon rythme. Les jambes sont terriblement lourdes et Hugues me distance.

Cela va durer pendant la moitié de l'ascension avant que cette sensation ne s'estompe et que j'arrive à recoller pour que nous franchissions le col ensemble.

 

Après un passage sur un plateau nous attaquons la descente vers Gressonney avec la traversée d'alpages parsemés de bâtisses en pierres. Magnifique.

L'arrivée au refuge de Loo se fait au son des cloches.

 

A l'intérieur c'est le festin avec quiches et gâteaux maison plus quelques liquides sympathiques (je ne parle pas du Coca mais des autres bouteilles). La personne au premier plan est en train de démouler un gâteaux aux pommes lorsque l'on rentre.

Je suis obligé d'y goûter.

On termine en pente douce vers Gressoney et en arrivant à la base de vie je reçois la réponse au message envoyé plus tôt qui ne me surprends pas sur le fait que, vu ce qui reste (150 km et 9000 d+ environ), je cours de gros risques à continuer dans cet état et c'est sans aucunes hésitations que je décide d'arrêter là. J'aime trop le sport (la course à pied et le vélo) pour devoir m'en passer pendant des mois et je ne voudrai pas laisser croupir au fond du garage mon vélo neuf qui arrive fin Septembre. J'aurai peut être un jour à subir une blessure qui m'obligera à m'arrêter mais là je peux encore décider et aucune course à mes yeux ne justifie que je prenne ce risque. J'aurai ressenti beaucoup plus de frustation si j'avais du m'arrêter plus tôt en ne dépassant pas la distance classique d'un ultra (160 km) mais là je me suis bien éclaté pendant ces quelques 76 heures, 3 nuits dehors et avec 200 km et 15000 d+.

Par contre j'en ai vraiment gros sur le coeur d'abandonner ainsi mon compagnon de route qui d'ailleurs n'insiste pas trop pour que je continue et je ne me résouds pas à rentrer ainsi à Courmayeur. Je décide donc de rester et de l'"accompagner" en quelque sorte en l'attendant à chaque base de vie. Pour l'instant je mange un morceau avec lui et le regarde partir en l'encourageant.

J'entame alors ma deuxième partie de course qui va s'avérer hyper passionnante car je vais voir défiler tous les concurents qui nous suivaient et pouvoir discuter avec pas mal d'entre eux. Ce sera aussi l'occasion d'échanger beaucoup avec les bénévoles lorsqu'ils ont un moment de calme. C'est tellement prenant que même avec le manque de sommeil des 3 nuits précédentes je ne vais dormir qu'une heure en fin d'après-midi.

Pour revenir sur cette 4ème étape, il nous aura fallu effectivement 24h pour la boucler et c'est pour moi une étape charnière du Tor car même si on l'aborde avec de l'avance sur les barrières horaires, cette avance peut vite diminuer et on se retrouve ensuite à la limite. C'est ce qui arrivera à Jean-Luc et Olivier qui arriveront hors délai. A noter quand même que les organisateurs laisseront une demi-heure de mou (de 1h jusqu'à 1h30 du matin ) pour les derniers arrivés qui souhaitent repartir. Quand à moi le temps a passé très vite et la salle est maintenant presque vide alors que je souhaite rejoindre la base de vie suivante (Valtourmenche). Il faudra toute la gentillesse des bénévoles pour que l'un d'eux m'amène pendant qu'ils rappellent une voiture qui est déja partie pour revenir me chercher. Génial.

C'est pendant cette journée que je vais pouvoir constater que le peloton est bien formé de 2 types de participants: traileurs et randonneurs qui se distinguent à la tenue (vétements, chaussures, batons, taille du sac), au profil (les traileurs étant globallement plus affutés) et au fait que le randonneur s'arrête plus longtemps sur les bases de vie. Mais quelque soit l'approche (trail ou randonnée) c'est de toute façon du costaud et il faut s'avaler les 330 km et 24000 d+.

Les prévisions météo n'étaient pas bonnes pour la nuit précédente et cela se vérifiera car il va faire très froid. De plus un éboulement près du refuge Barmasse a obligé à un arrêt de la tête de la course vers 2h du matin. Au cours de la nuit un parcours de contournement de la zone a été mis en place et la course a pu reprendre après une neutralisation de 5 heures.

Je vais continuer mes rencontres et discussions avec les coureurs jusqu'à l'arrivée d'Hugues qui ne semble pas trop marqué. Il a par contre besoin de ranger un peu son sac.

Après son départ je continue mon "suivi" des coureurs et je vois arriver ceux que j'ai cotoyés la veille à Gressoney pour de nouvelles discussions sur leur course. Je vais constater que certains ne feront pas le même choix que moi d'arrêter et vont martyriser leur corps: application de 2 poches de glace à chaque genou dès l'arrivée à la base de vie, pieds presque entièrement recouverts de pansements, démarche de plus en plus raide, ...etc. Combien leur faudra-t-il de temps pour s'en remettre ? La palme reviens sans doute à ce concurrent qui me raconte en être à sa 3ème participation et l'année dernière il a voulu améliorer son temps de l'année précédente. Il y est effectivement parvenu mais s'est blessé au point de devoir arrêter le sport pendant 10 mois et de prendre 15 kilos. De mon côté, je me rends compte que les ligaments croisés ont aussi dérouillé et je ne peux pas plier la jambe lorsque je m'assois.

Le temps a passé très vite depuis ce matin et nous sommes maintenant en milieu d'après-midi. Je commence ma séance "d'auto-stop" en demandant à quelques accompagnants s'ils vont sur la prochaine base de vie d'Ollomont mais je n'ai pas de succès. Je vais à nouveau solliciter l'organisation et ils vons rapidement me proposer une solution avec la camionnette qui amène les sacs d'allègement.

Une photo souvenir de la vue depuis Valtourmenche avant de partir

Je remercie le chauffeur en montant dans la camionnette et on commence à discuter. Il s'agit d'un des organisateurs et je vais apprendre énormément avec lui sur l'histoire de la course depuis sa création et sur le Val d'Aoste. Il est responsable de toute la partie ravitaillement sur le Tor, une paille lorsque l'on voit la qualité et la quantité de ceux-ci. Il faut aussi prendre en compte la météo qui modifie l'alimentation des coureurs. En plus de cette responsabilité il est au four et au moulin (là c'est pour le transport des sacs) et cette camionnette est sa maison pendant une semaine. Je suis certain qu'il n'a pas dormi plus que moi.

Arrivée à Ollomont en fin d'après-midi

Je m'installe tranquillement et je vais faire connaissance avec les bénévoles de cette base de vie qui sont surpris au départ de me voir rester là (je n'ai plus de dossard mais j'ai gardé ma tenue de course) et ce jusqu'à ce que je raconte mon histoire. Lorsqu'ils ont quelques minutes ils viennent discuter, je leur montre les photos que j'ai prises, ...etc. J'apprends ainsi qu'une personne a tenu un ravitaillement la veille et que demain matin elle ira dormir un peu à 5h du mat car ensuite son boulot l'attends.

Avec cette liaison en voiture sur Ollomont j'ai gagné des places au classement et je vois maintenant une autre partie du peloton (2ème quart du classement). Je suis surpris par l'état des coureurs, bien sûr les traits sont tirés mais les coureurs ne sont guère plus marqués que pour un ultra classique de 160 km. La nuit est maintenant tombée et je n'ai toujours pas sommeil ou plutôt, je suis tellement pris par cette ambiance que je ne veux pas en louper une minute. Ambiance

Les heures passent et je commence à m'inquiéter lorsque je ne vois pas arriver Hugues aux alentours de l'horaire que j'avais estimé suivant notre tableau de progression. Je suis un peu rassuré lorsque le bénévole en charge du pointage me permet de consulter le classement en ligne et de voir qu'il a été pointé à Closes

Nous apprenons ensuite qu'après une inspection technique, le comité de course informe que le passage du Col Malatra (2.936m)- le dernier col avant l’arrivé - n'est pas accessible pour des raisons de GLACE tout au long du parcours. Ces conditions ne permettent pas aux coureurs de poursuivre la course en sécurité. Le comité d’organisation a donc décidé d'arrêter le Tor des Géants à Saint-Rhemy-en-Bosses au km 303. Pour en avoir parlé avec un concurrent à la fin de la semaine qui y est passé, il nous a confirmé que c'était vraiment chaud et qu'il fallait prendre cette décision même si elle frustre les coureurs lorsqu'ils l'apprennent dans le refuge.

C'est avec soulagement que je le vois rentrer dans le refuge, les traits tirés mais globallement en bonne forme. Après le ravitaillement nous allons dans la tente qui sert de dortoir et je suis chargé de le réveiller au bout de de 2 heures mais la chaleur qui y règne nous réveille au bout d'1 heure. C'est parti pour la dernière étape qui est donc raccourcie.

Je me préoccupe à nouveau du moyen de transport pour rallier Saint Rhemy. Pendant l'attente de l'arrivée d'Hugues j'ai envisagé un moment de repartir pour l'accompagner sur ce dernier tronçon mais même si le genou a désenflé un peu les ligaments sont toujours douloureux, dommage. C'est finallement l'accompagnatrice d'un coureur qui va m'y emmener sur le petit matin.

Pour l'instant rien ne matérialise l'arrivée de la course à Saint Rhémy.

Au bout d'un moment, je craque et décide de partir en marchant tranquillement à la rencontre d'Hugues. C'est l'occasion de prendre quelques dernières photos

Lorsque nous revenons, l'arrivée c'est un peu étoffée

Voilà, Hugues termine 149 ème sur 392 en 120h et en bonne forme, très belle perf.

La navette nous redescend ensuite à Courmayeur où nous rejoignons Olivier et Jean-Luc. Nous sommes vendredi midi et le reste de la semaine va être mis à profit pour passer du bon temps tous les 4, flanner dans Courmayeur, bien rigoler et pour ça on peut compte sur Olivier. C'est aussi l'occasion de récupérer en profitant des 2 entrées offertes avec l'inscription dans des centres de balnéo (un avec massage et un autre très classe). Il ne faut pas oublier non plus la boisson de récupération.

Photo souvenir devant le poster du parcours

et c'est fini

 

Conclusion: Aujourd'hui je ne regrette absolument pas ma décision d'avoir du arrêter car une semaine après j'ai pu reprendre le vélo et 2 semaines après le footing en augmentant maintenant pour envisager un trail mi-novembre. Même si j'ai souffert au début de la dernière côte, j'ai pu ensuite repartir et sans cette chute j'avais la forme pour aller un peu plus loin. Je n'avais aucuns problèmes au niveau des pieds et après l'arrêt je n'ai pas eu mal aux cuisses. Est-ce que cela aurait été suffisant pour aller au bout, peut-être pas ?

Par contre cet arrêt forcé m'a permis de vivre une deuxième partie de course passionnante et de découvrir une autre facette du Tor des géants que je n'aurais jamais connus sinon.

Je reviendrai, c'est certain mais j'hésite aujourd'hui entre refaire la course ou faire le tour en rando-course et pouvoir profiter ainsi pleinement des paysages magnifiques, des refuges d'altitudes et de l'acceuil des Valdotains.

6 commentaires

Commentaire de toto38 posté le 23-09-2012 à 13:48:33

Et la suite???

Commentaire de akunamatata posté le 23-09-2012 à 16:23:11

l'eau a la bouche, quel suspens !

Commentaire de L'Dingo posté le 26-09-2012 à 13:57:10

bon c'est que la première étape.;-)

Teasing: -> l'integralité de mon commentaire pour le passage sous l'arche ;-))

Commentaire de KiKiKoureur posté le 09-10-2012 à 14:02:36

Récit sympa et sans fioritures pour décrire un abandon pour une raison plus que compréhensible!
Je te souhaite le meilleur sur ton prochain Tor! Avec une chance de te rencontrer si tu choisis la version "touriste".

Commentaire de tomlacaze posté le 10-10-2012 à 20:21:56

Comme d'habitude JP un excellent CR.
Amicalement.

Commentaire de aragorn23 posté le 30-10-2016 à 11:32:51

Je lis ton récit un mois et demi après mon Tor. C'est pas évident de prendre la décision d'abandonner sur blessure et beaucoup de trailers continuent malgré elle et avec des conséquences graves. Tu as eu le courage de le faire.
Effectivement cette 4ème étape est terrible tu m'avais prévenu de vive voix. Je retrouve les mêmes photos que les miennes et je n'avais pas fait attention à l'arrêt de la course à St Rhemy. Le col Malatra st vraiment un gros morceau et les conditions climatiques y sont souvent mauvaises : pour nous c'était la neige. Je me rends compte que j'ai eu de la chance de pouvoir faire le parcours en entier. En tout cas encore merci pour tes précieux conseils.

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Votre annonce ici !

Accueil - Haut de page - Aide - Contact - Mentions légales - Version mobile - 0.2 sec
Kikouroù est un site de course à pied, trail, marathon. Vous trouvez des récits, résultats, photos, vidéos de course, un calendrier, un forum... Bonne visite !