Récit de la course : Semi-Marathon de Boulogne-Billancourt 2013, par Prokofiev

L'auteur : Prokofiev

La course : Semi-Marathon de Boulogne-Billancourt

Date : 17/11/2013

Lieu : Boulogne Billancourt (Hauts-de-Seine)

Affichage : 1083 vues

Distance : 21.1km

Objectif : Faire un temps

4 commentaires

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Premier semi-marathon

Résident boulonnais depuis 20 ans et coureur à pied depuis un peu plus d’un an, je me devais de réserver la primeur de mon premier semi-marathon à ma ville, Boulogne-Billancourt, alias « Boulbi ». Après ma relative déception sur une course précédente, j’annonce un objectif officiel raisonnable: mois de 2 heures. Mais j’ai un objectif secret : moins de 1h55, c’est ce que me laisse espérer ma VMA de 14,5 km/h, mesurée avec des moyens maison.  J’ai aussi un objectif « rêves-les-plus-fous » à moins de 1h50, mais bon, on va le garder pour un autre jour.

Dimanche 17 novembre 2013, 7 heures du matin, je me lève, j’ai peu dormi, l’excitation, sans doute. Toute la maison dort, je m’habille dans le salon après deux tasses de café et une douche. La méteo a prévu un  froid polaire, ce sera donc tenue polaire : maillot manches longues + maillot manches courtes + collant + coupe-vent très léger pour l’attente. Pas question de m’enfiler dans un sac poubelle, c’est vraiment trop moche.

8h30, alors que ma petite famille est réveillée, je quitte la maison. Le temps est couvert mais clair, je ne sens aucune menace de pluie. Le froid est là. Il me faudra 10 minutes à peine pour rejoindre l’aire de départ. Celle-ci, devant la mairie, est presque déserte. Quelques coureurs matinaux sont déjà là. Les sas, les portiques, le podium, tout est déjà prêt  et quelques personnes terminent les derniers fignolages.  L’air est frais mais  je n’ai pas froid, je suis heureux d’être là, enfin, après tous ces mois d’attente.

Le départ est à 10 heures, mais j’ai rendez-vous à 9h pour une séance photo avec l’association « Enfants de l’Himalaya » sous les couleurs de laquelle je me suis engagé à courir. Nous sommes une trentaine à poser devant l’objectif d’un photographe de la municipalité dans un maillot orange bien flashy mais au logo trop discret.


 

Pour mon premier semi-marathon, j’ai pensé à une stratégie simple qui va consister à coller aux meneurs d’allure d’1h55 pendant les deux tiers de la course, puis à partir devant si je suis bien, sinon à m’accrocher comme je peux.

Je vois un ami qui passe devant moi au petit trot. Le temps de me souvenir de son prénom il est déjà parti. Je courrai seul, les quelques personnes que je connais et qui ont annoncé leur participation sont trop rapides pour moi.

L’aire de départ s’emplit petit à petit et je regagne le SAS 1h50, correspondant à mon dossard. Mais que font ces meneurs d’allure 1h45 dans mon sas ? Où sont mes meneurs d’allure à 1h55 ? Je finis par les voir loin derrière, dans le sas suivant. En fait, je suis dans un sas des moins de 1h50 et non des plus de 1h50. Ah zut, je me souviens maintenant que c’est exactement ce que j’avais saisi à l’inscription. Que faire ? Changer de sas ?


Trop tard, 10h, c’est le départ, la foule des 7000 coureurs s’ébranle et passe sous le portique en une masse joyeuse. Top, je démarre ma montre GPS et mon appli smartphone (oui, ok, on ne se moque pas. Les événements me montreront que j’ai bien fait de prendre deux chronos).

toutes les photos "pro" ©Resulatphoto.fr & ©AnthonyCHAUMONTE

 Je pars tranquillement avec dans l’idée de me faire rattraper par mes meneurs d’allure, je laisse donc les coureurs de mon sas me dépasser progressivement.

Kilomètre 1 :  Pas de meneurs 1h55 derrière, mais où sont-ils ? Le flot de coureurs suit le boulevard de la République jusqu’à la Seine. Les rues me sont familières mais le claquement des semelles  a pris la place du vrombissement des voitures. J’avise une vielle dame qui voudrait bien traverser. J’espère qu’elle est patiente.

Nous tournons à droite sur les quais qui nous emmèneront sur 6 kilomètres jusqu’à Longchamp.

Kilomètre 2 : Je me retourne à nouveau, toujours aucun signe de mes lièvres. Pourquoi sont-ils si loin ? Et s’ils étaient partis bien après moi ? Je réalise que si je cours avec eux, je risque de terminer bien au-delà de 1h55.   Tant pis, je ne les attendrai pas. Je me calerai sur une allure de 5’30 au kilomètre. Ma belle stratégie tombe à l’eau moins de 10 minutes après le départ.

Kilomètre 3 : Je me sens bien, pas d’essoufflement. Le flot de coureurs est toujours compact. J’ai enlevé hier l’autolap de ma montre, pas confiance dans la précision du GPS,  j’enregistre manuellement le passage à chaque kilomètre en appuyant que la touche « lap ». Les indications kilométriques  sont bien visibles sur des panonceaux jaunes fluo.

Kilomètre 4 :  Les meneurs d’allure à 1h50 me rejoignent lentement, avec leur oriflamme qui se balance au gré de leur foulée, suivis par leur troupeau. Je ne tente pas de les suivre et reste sur l’allure prévue.  Et, d’ailleurs, pourquoi je n’ai plus d’allure à ma montre ? A la place des chiffres ne s’affichent que quatre tirets. La barbe ! Problème de GPS ? ça va sûrement revenir. J’entends déjà des souffles courts, ils n’iront pas bien loin ceux-là.

Kilomètre 5 : horreur ! Mon chrono indique le même temps que tout à l’heure, il est arrêté ! Je le relance aussitôt, j’ai du me tromper de bouton, abruti que je suis. Depuis combien de temps est-il arrêté ? Me voilà aveugle, sans repère chronométrique autre que l’indication de l’allure, qui, bien sûr, est revenue. Ça m’apprendra à faire joujou à marquer les kilomètres moi-même.

Je passe à côté du ravitaillement et je bois le contenu d’une de mes petites gourdes. Je suis parti en auto-suffisance. Pas pour gagner des secondes, non, mais pour éviter la bousculade, pour boire quand je le veux, pour porter mon smartphone, pour porter mon coupe-vent. Et puis j’ai pris l’habitude de porter ma ceinture pendant mes sorties longues. Elle ne me gêne pas.

Kilomètre 7 : Nous quittons Boulogne sur une portion où nous croisons en sens inverse des coureurs partis avant nous. C’est la première fois que nous voyons les coureurs en face. Des grands et des petits, des gros, des maigres, des vieux et des jeunes, des tenues « j’me la pête » côtoient  des « sweat-shirt-baskets », des visages crispés et d’autres qui rêvassent.   Mais tous tendus vers le même but.

Puis nous arrivons au demi-tour et nous longeons la moitié sud de l’hippodrome. Je maintiens toujours mon allure, toujours bien, toujours heureux d’être là.

Kilomètre 8 : Alors que jusqu’alors je courais en compagnie de coureurs un poil plus rapides, ma vitesse est maintenant sensiblement égale à celle des coureurs qui m’environnent. Nous longeons l’hippodrome et croisons des pelotons de cyclistes lancés à fond en sens inverse sur la partie gauche de la chaussée. Je m’offre un gel. Trop pâteux et qui m’essouffle. J’en jette la moitié dans une corbeille au passage.

Kilomètre 9 : Nous quittons Longchamp et entamons la seule petite côte du parcours vers les lacs. Je l’attendais, celle-là. Monter dans le même effort. Elle n’est pas bien méchante.

Kilomètre 10 : Nous passons sous le portique des dix kilomètres en plein bois de Boulogne, avec un  chrono de… ben j’en sais rien à cause de mon raté de tout à l’heure.

Kilomètre 11 : Virage à droite en épingle face aux lacs du Bois de Boulogne, à partir de là il y a 3 kilomètres en pente douce jusqu’à la Seine. C’est l’occasion d’allonger un peu l’allure et je m’autorise à courir entre 5’15 et 5’20 au kilomètre.

Kilomètre 13 : Bien peu de spectateurs sur le bord de la route depuis le début. Dommage. Je souris à ceux qui encouragent. Je tape dans les rares petites mains tendues que je rencontre sur mon passage. Déjà des marcheurs. La densité a bien diminué et on peut courir à l’aise.

Kilomètre 14 : Nous revoilà sur les quais. C’est plat. L’allure revient à 5’30. Il nous faut refaire en sens inverse les 7 premiers kilomètres. Je suis toujours bien mais je décide d’attendre encore pour lâcher les chevaux. C’est mon premier semi-marathon, je ne veux pas le finir sur les genoux.

Kilomètre 15 : Nous arrivons au ravitaillement, je bois le reste de ma deuxième gourde. Et je m’offre un deuxième gel. KOF !! Aaaaaarg ! Je viens de m’envoyer la moitié de mon gel aux fruits rouges dans la trachée, quel con ! J’ai les poumons mouchetés de glucose ! Peux plus respirer !  ça brûle, je tousse, je crache, je râle. Zut !

Kilomètre 16. L’incident m’a essoufflé, a cassé mon rythme et mon moral. Nous passons sous le pont de Saint-Cloud. Je dépasse une joëlette poussée par une joyeuse compagnie qui chante à  tue-tête « On n’est paaas fatiguééés ! ».

Kilomètre 17 :  Ça brûle toujours dans la trachée mais je peux maintenant respirer normalement. Je reprends une allure correcte. Il nous reste encore les deux toboggans du pont de Sèvres à passer, je déciderai après si j’accélère ou non.

Kilomètre 18 : Le pont de Sèvres est passé sans difficulté, il reste 3 kilomètres, c’est le moment  ou jamais de gagner du temps. Les meneurs d’allure à 1h55 sont toujours hors de vue derrière. Je ne sais pas du tout si j’ai de l’avance ou pas.

Bon, check-liste : Jambes :  OK,  souffle : OK, moral, OK. On y va ? On y va ! Je monte un poil ma vitesse et petit à petit je gagne sur les coureurs qui m’accompagnent. Beaucoup sont hors d’haleine. Pas moi.

Kilomètre 19 : Pont de Billancourt. J’avais suggéré à ma femme de se poster là, à 5 minutes de la maison, pour voir la course. Ma petite famille est-elle là ? Non.  Je garde un bon rythme. Je continue de doubler. J’ai l’impression de reconnaître des silhouettes qui m’avaient doublé dans les premiers kilomètres.

Kilomètre 20 : Quittant les quais de Seine vers le centre-ville j’accélère franchement l’allure, je ne regarde plus le chrono, je me fie à mes sensations et elles sont bonnes ! Je gratte tout le monde ! Heureux ! Je file, les spectateurs sont cette fois nombreux et acclament les coureurs. Je me sens porté.  La place Marcel Sembat est noire de monde. Nous courons entre deux haies de barrières. Je vois le panneau des « Enfants de l’Himalaya » sur la droite, je leur fais signe, ils me répondent joyeusement.


La ligne d’arrivée, devant la mairie, est maintenant en vue et je continue d’avaler coureur après coureur. Sur la gauche une voix familière : ma femme et mes enfants !  Je lève les bras. J’appuie sur le bouton « turbo » et je sprinte vers la ligne d’arrivée. Pour faire rire les enfants j’adopte une posture comique, tête en arrière, genoux hauts, ce qui a pour effet de provoquer une bourrasque de rires chez les spectateurs. Je franchis la ligne en trombe et j’y jette mon dernier souffle.

C’est fini !

Hors d’haleine, j’éteins mon chrono-montre et extrais mon chrono-smartphone du fond de sa poche. C’est ce dernier qui m’annonce le résultat : 1h54:09. Yesssssss !  Objectif secret battu ! Que c’est bon  de courir ! Je suis aux anges.

 Je suis arrivé pile au moment du podium. Je reste quelques minutes pour reprendre mon souffle et admirer les vainqueurs. Quelle leçon de voir ces êtres petits, frêles, et intimidés que le protocole encombre de fleurs et d’objets publicitaires, ces hommes et femmes humbles sont de formidables champions. J’applaudis. Ils ont couru quasiment deux fois plus vite que moi. Le speaker annonce que le record est battu d’une petite seconde. 1 heure et 11 petites secondes, chapeau l’artiste ! Je reconnais la kenyane qui avait aussi remporté le Paris-Versailles fin septembre.

Je prends la médaille qu’on me tend, bizarre, on ne me la met pas autour du cou. Je regarde autour de moi si je vois des amis (ben non) et regagne ma famille près de la ligne d’arrivée. Embrassades, félicitations, remerciements. Les enfants se disputent l’honneur de garder la médaille : « je garde les deux semi-marathons et toi le marathon ». « Holà, les enfants, on n’y est pas encore, au marathon ». Et nous rentrons à la maison déguster un bon bœuf bourguignon.

C’était mon premier semi et je suis heureux, je l’ai réussi. J’ai parcouru le denier kilomètre, un faux-plat montant, en moins de 5 minutes.  Que c’est bon de finir ainsi ! Mon Paris-Versailles commencé trop vite et  terminé dans la souffrance il y a un peu plus d’un mois n’est plus qu’un lointain souvenir.  Leçon du jour : partir raisonnablement  et terminer fort.

Autre leçon du jour : Ne pas inspirer et avaler en même temps. L’un après l’autre, oui, mais pas en même temps.

Merci à l’organisation irréprochable, aux bénévoles souriants, aux spectateurs, à ma famille. Vous m’avez offert un beau premier semi-marathon et ça c’est précieux pour moi.

4 commentaires

Commentaire de akunamatata posté le 19-11-2013 à 08:12:18

bravo pour ta perf. je pense que tu vas bien progresser !

Commentaire de Prokofiev posté le 19-11-2013 à 10:31:50

Merci!

Commentaire de OlivKiKour posté le 21-11-2013 à 23:01:57

Alors là, je dis triple bravo !!! Bravo pour ta perf, bravo pour ta gestion de ce semi de "Boulbi" et bravo pour ce récit ;-)
Rendez vous le 6 avril pour le marathon de Paris (je serais aussi de la partie).

Commentaire de Prokofiev posté le 22-11-2013 à 10:23:13

Merci. J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce récit. C'est un peu comme si je refaisais la course à nouveau. Rendez-vous pour le Marathon de Paris, j'ai hâte d'y être !

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