Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2014, par crazy_french

L'auteur : crazy_french

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 23/10/2014

Lieu : St Philippe (Réunion)

Affichage : 1111 vues

Distance : 174km

Objectif : Pas d'objectif

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La tangente des Fadas

3ème épisode : La Tangente des Fadas (et ouais y en qui préfèrent !!!)

L’aventure commence sur un coup de tête : et pourquoi pas y retourner ? 16 ans après,  retour à la source de mon 1er trail. A l’époque, j’étais un randonneur et cela était suffisant pour boucler la traversée de 128km et 8000mD+.

Aujourd’hui, l’épreuve s’est institutionnalisé et fait parti de l’Ultra World Tour. La distance s’est considérablement allongée (officiellement 172 km et 10000D+ sans doute plus d’après ma montre) mais la course reste l’attraction phare sur l’île, les vibrations réunionnaises raisonnent encore dans ma tête. Dès la sortie de l’avion, le ton est donné, l’organisateur accueille tous les concurrents. Il passera un peu plus de temps avec François D’haene (le futur vainqueur) et Iker Karrera (son dauphin à l’UTMB et vainqueur du Tor des géants).

Dans mon projet, j’embarque Fabio qui malgré un entrainement écourté réalisera une super performance ; Isa mon alter égo qui me portera littéralement jusqu’à la ligne d’arrivée et James un roc inébranlable qui ne doute jamais.

Depuis mon précédent séjour (1998), l’île s’est considérablement améliorée au niveau transport. Aidé par la route des tamarins, les bouchons se sont atténués du côté de St Gilles ; pour aller à St Benoit en passant par la route transversale le goudron est tout neuf tandis que la route de Cilaos et ses 420 virages est devenu bien plus praticable.

Pour s’acclimater à l’hémisphère austral, nous décidons dès le 1er jour de reconnaitre une partie de l’ascension du Maido (annoncé comme le juge de paix de la course).  La route nous permet de gagner 2000mD+ et après s’être garé nous descendons dans Mafate par un sentier improbable à flanc de montagne. Bienvenue dans le plus beau et le plus sauvage des cirques de la Réunion !!! Nous commençons à appréhender la technicité du chemin, cela promet pour la suite. Au loin la Brèche, nous renseigne sur le dénivelé à affronter.

Le 2ème jour, c’est l’arrivé de Fabio et nous concentrons notre énergie à ne rien faire  à part une petite baignade dans le lagon de l’Ermitage ; le lieu est sûr ailleurs la phobie des requins s’est installé…

Le jour suivant, nous programmons de faire une petite randonnée au volcan avant de retirer les dossards à St Pierre.

Ma préparation aura été bonne mais une aponévrose plantaire s’est déclarée lors de ma dernière sortie longue. Malgré les soins intensifs de mon kiné préféré, je gamberge et la pointe reste présente le matin au lever. Vais-je pouvoir aller au bout ?

Le jour J est arrivé, le départ est donné de St Pierre à 22h30. Isa nous y conduit, la tension règne dans la voiture. Arrivé sur le lieu de départ, un bouchon monstrueux s’est constitué avant de déposer les 3 sacs d’allégement (Cilaos, Halte-là, La Redoute). L’organisation a eu l’excellente idée de faire poser des codes barres qui sont parfaitement illisibles sur les sacs.  Tout ce temps perdu crée de l’énervement inutile et  nous rentrons dans le SAS 1/2h avant le départ donc très loin des élites (environ 2/3 du peloton).

Top départ : La diagonale 2014 est lancée. Avec Fabio, nous commençons la course en mode pacman afin d’éviter les inévitables bouchons des futurs rétrécissements. L’ambiance est incroyable : sur 3 km ininterrompu 3 rangées de spectateurs nous encouragent (même délire qu’au marathon de New York), faut rester serein. L’allure est constante autour de 12 km/h jusqu’au 1er champ de canne à sucre. Fabio imprime un bon petit rythme juste au poil. Au Haut de Mont Vert, c’est la folie, une haie d’honneur s’est installée en entonnoir, petite tape dans le dos «  Lé parti le Grand Raide !!! »… des frissons dans tous le corps.

La frontale est allumée, nous quittons la civilisation. Cela commence à grimper sévèrement ; les montées et descentes de ravines, ce n’est pas roulant. Nous nous faisons doubler par un curieux énergumène en sandale ; je doute qu’il soit arrivé jusqu’au bout. Sur les hauteurs vers 2000m d’altitude, le vent s’est levé et la température a considérablement chuté, Fabio attrapera froid.

Piton Sec, Piton Textor, nous coupons à plusieurs reprises la route du volcan ; pas loin de la plaine des sables et du piton de la fournaise. Le calvaire commence pour Fabio lorsque nous descendons vers Mare à Boue ; la pluie tombe et le froid l’a saisi.

La plaine des Cafres est boueuse à souhait, nous profitons du ravito pour nous couvrir. Fabio n’arrive plus à s’alimenter, la montée du Coteau Kerveguen semble sans fin. Heureusement, dans la descente sur Cilaos, il reprend des couleurs la luminosité est revenu et la pêche avec.

Cilaos est le 1er gros ravito, Isa est présente pour assurer la logistique, je fais un arrêt bref et attend Fabio à la sortie. Après 15’, je ne tiens plus en place et pars en éclaireur. Il aura bien l’occasion de me rattraper dans la montée du Bloc : mauvais calcul.

Le Piton des neiges est au-dessus de nos têtes 1200mD+ pour arriver au Gite de la Caverne Dufour : un peu moins de 2h00 sans forcer. En haut Boucané de lentilles et riz me permettent d’entamer la descente sur Bélouve sereinement. Il en faudra car le Cap Anglais est le chemin le plus difficile qui m’est donné de rencontrer ; le rocher est glissant comme un savon et le pied ne trouve jamais la place idéale pour se poser. La forêt de Bélouve s’est des racines traitresses empêchant de se lâcher. Au résultat, encore 2h00 autant qu’à la montée… mes prévisions étaient fausses.

La prochaine étape, c’est Hell Bourg au cœur de Salazie. Déjà, 17h40 se sont écoulé et Isa est au rendez-vous ; son Grand Raid a démarré. Je choisie de changer de chaussure et  de prendre les ultra Raptor car mes Rapa Nui ont besoin aussi de repos… J’apprends que Fabio est passé 40’ derrière moi au Gite, il est dans le dur !!!

Il n’est pas possible de l’attendre avec un tel écart, je repars donc vers Mafate en direction du Col des Fourches avant la tombée de la nuit. A mi-pente, je suis cueilli par le noir et ralenti mon allure. Court arrêt au ravito avant le sommet, je bascule sur Mafate vers 21h00, j’ai un moment de grâce dans la descente et rejoint Marla vers 22h00. Pourtant, le froid me saisit, couplé à la fatigue, j’ai une irrésistible envi de dormir. Allez 20’ sous la tente surveillé par les infirmières s’est mieux qu’au détour d’un sentier. Evidemment, impossible de dormir, je repars toujours congelé en ayant le sentiment d’avoir perdu mon temps.

Direction 3 roches, la température est agréable maintenant. Après avoir traversé la rivière des Galets, l’ascension commence : « Bienvenu à Air Maïdo » pour 1200mD+.

Je me cale dans un bon groupe derrière une féminine, la succession de montée courte mais pentue use le bonhomme et j’arrive à Roche Plate « à plat ». Une petite soupe salvatrice et je reprends l’ascension en direction de la Brèche.

Cette fois-ci tout seul, mon allure s’est détériorée et je n’ai toujours pas dormi. En fait, je cherche le lieu idéal pour le faire ; c’est au détour d’un chemin entre 2 rochers que je trouve enfin le sommeil pour 20 mn salvatrice. Quand je repars mon état d’esprit est différent ; Isa m’attend au sommet, il faut que j’évite de la faire trop attendre. En compagnie, d’un gars qui semble randonner (12ème au TOR 2013), j’échange quelques mots pour faire passer le temps mais lui est trop fort pour que je puisse rester en sa compagnie. Heureusement quelques marques salvatrices (déjà repéré le lundi) permettent de s’assurer que le sommet approche.

Ouf, le Maido est atteint vers 4h00 du matin, Isa frigorifiée m’attend pour un changement de chaussure express retour au Hoka avec cette fois-ci les STINSON. Il fait froid et je rejoins le campement pour m’assoupir encore 20’ sans trouver le sommeil. La descente vers sans-souci est roulante, j’accompagne un japonais qui imprime un bon rythme. En bordure de Mafate, nous contemplons notre 2ème levée du soleil en admirant le Piton des Neiges ; l’instant est magique.

Après ces 14 kms de descentes, nous rejoignons la Rivière des Galets quasiment au niveau de la mer, avec d’abord le ravito de sans-souci et ses crêpes puis le Stade de Halte-là où je m’allonge un petit moment pour faire passer un début de nausée.

La chaleur est bien présente sans doute déjà 28°, je ma liquéfie petit à petit. La spirale négative est lancée.

La suite n’a pour moi plus de sens, nous remontons une piste infâme : le chemin Rattineau puis redescendons par un sentier de chèvre : le chemin Kaala. Je fais la connaissance d’un aixois qui s’ennuie et accélère vers son suicide. Personnellement, trop chaud pour faire le couillon.

La prochaine étape est la possession, je reprends encore la position allongée pendant 20’ et prends une douche bien fraiche à l’issu. Tous les bénévoles sont au petit soin et sont à l’écoute d’une éventuelle déshydratation. J’oublie de prendre du Coca, je manque de lucidité car la suite est le chemin des anglais et c’est un mouroir pour beaucoup de concurrent.  Imaginez une piste pavée de roche volcanique noire sur 5km avec un dénivelé de 400mD+. Il est 14h00 je suis entrain de suer les dernières gouttes de mon corps dans ce four.

A la Grande Chaloupe, il reste une dernière difficulté ; c’est la montée du Colorado. Le sentier débute comme le chemin des anglais puis se transforme en piste jusqu’au village de La Montagne sur les hauteurs de St Denis. Je ne pensais pas avoir à affronter une 3ème nuit et donc j’avais bazardé ma lampe frontale à Isa. Au dernier poste - contrôle de lampe – sic !!! J’en emprunte une à un gamin pour pouvoir m’élancer dans la dernière descente. Ouf !! J’ai eu chaud... Dans la descente, je retrouve de bonnes sensations mais le faible éclairage ne permet pas de me lâcher. D’en haut, le stade de la Redoute raisonne dans mes oreilles, je commence à apprécier le chemin parcouru. Isa m’attend à 500m de l’arrivée, les derniers mètres sont explosifs… et une énorme délivrance vient soulager mon corps.

Près de 45h00 se sont déroulés depuis le départ de St Pierre, je ne pensais pas que la course serait aussi longue.  Quelques jours sont passés... même si mon aponévrose n'a pas disparu, je constate que le corps n'est pas cassé... et c'est bien là l'essentiel !!!

4 commentaires

Commentaire de lolodu06 posté le 08-11-2014 à 08:35:25

Salut Carey french
Content de voir que malgré ton aponévrose tu as pu finir et profiter de cette tangente...
Ravi aussi de voir que je ne suis pas le seul pour qui la course semble s'être arrêter à halte la
Le sentier de bord, je me suis carrément endormi en marchant tellement c'est monotone par rapport à ce qu'on a vu avant
Le chemin des anglais, je ne suis pas forcément contre mais avec la chaleur, on joue un peu trop avec la santé des coureurs
J'espère dans le futur un retour a 2bras, sortie par la roche écrite et Colorado direct, quite à raccourcir la distance et revenir à des formats humains
Ça reste quand même une belle aventure, ne serait ce évidemment que pour l'arrivée au stade

Bonne récup

Commentaire de riri51 posté le 09-11-2014 à 08:48:20

Félicitations à tous les deux: A toi mon Denis pour ta perf et à Isa pour t'avoir "supporté" dans les deux sens du terme!!!...maintenant repos. riri ton plus grand fan.

Commentaire de laurent974 posté le 14-11-2014 à 15:07:50

Salut Carey French,
merci pour ton commentaire sur mon CR. Je te confirme que mon départ a été d'une loose inimaginable, heureusement ça c'est mieux fini !
Ton récit est vraiment très prenant , je tiens à te féliciter aussi pour ta course.
On dirait que tu as souffert sur des portions réputées difficiles, quand on ne les connait pas, et aussi à partir de Rivière des Galets, dans la chaleur. c'est sûr que la méconnaissance du parcours est un désavantage, car tu ne peux pas anticiper les moments durs, qui du coup, le paraissent encore plus. Peut-être que tu aurais dû faire un vrai stop à Cilaos, c'était tellement bucolique aaprès toute cette flotte !

Commentaire de crazy_french posté le 14-11-2014 à 16:05:56

Merci pour ton commentaire.
Cette course est inimaginablement dure; il est difficile d'en connaître tous les pièges en venant de la métropole. Je reviendrai plus fort, plus tard !!!

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