Récit de la course : L'Intégrale des Causses 2015, par sakountala

L'auteur : sakountala

La course : L'Intégrale des Causses

Date : 23/10/2015

Lieu : Mostuejouls (Aveyron)

Affichage : 1309 vues

Distance : 62km

Objectif : Pas d'objectif

3 commentaires

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Intégrale des classes....

Déclic...

L’intégrale des causses est mon premier vrai trail et « déclic » est le premier mot qui me vient à l’esprit.

Il y a tellement de superlatifs à utiliser pour définir cette course que mon récit ne serait qu’une pâle description éhontée comparée à la réalité du vécu.

J’espère que les quelques mots qui vont suivre pourront aider les prochains chanceux à se lancer dans cette aventure ou alors, pourquoi pas, convaincre les indécis en mal de sensation nouvelle.

Petite présentation rapide pour vous situer un peu le personnage (car ça peut toujours aider pour se « comparer »)

36ans bientôt et un physique à l’image de mes résultats : dans le « ventre mou » .

1m70 pour 71kg : pas vraiment taillé comme un Jornet ni affûté comme un triathlète.

J’essaye de faire mes sorties régulières (3 à 4 fois semaine) mais mon hygiène de vie ne fera pas de moi un sportif de l’extrême (j’aime trop les apéros du jeudi soir..... du vendredi aussi......... et du samedi tant qu’on y est).

J’ai fait ma première course il y a deux ½ avec un superbe 2h20 sur un semi marathon. Je me suis dit que c’était pas pour moi... Puis finalement j’en ai fait un autre...

2014 : premier marathon.... puis un deuxième dans la foulée (3h53). Je commence à aimer ça mais le bitume m’ennuie profondément. Je décide donc de passer au trail et commence par l’éco-trail de paris dans son format de 50km.... (je trouve que l’estampillage « trail » dans cette course est légèrement galvaudé....)

Je m’entraîne sur la région parisienne, du coup : les dénivelés, la nature, toussa toussa c’est vite limité.

Mon travail me prend beaucoup de temps : je ne compte pas mes heures et il m’arrive souvent bosser la nuit, et le week-end....

Toutefois, avec 3 autres compagnons ont décide de se lancer dans l’aventure aveyronnaise....

Pourquoi cette course ?

Comme tout le monde on a cherché dans tous les sens en tapant des mots clefs improbables dans google et google image : « plus beaux trails de france » « trail magnifique pas trop dur » « trail points utmb facile » « traileuse nue » « trail pas chère ».....

Puis révélation : un trail au pays !! Midi Pyrénées ou la région natale de trois d’entre nous.

« Les templiers » parce que juste le nom nous renvoie à cette période où des hommes ont choisi de se battre pour leurs convictions (choses qui font défaut de nos jours) synonyme de combat âpre, de courage et d’engagement...

Le format : 62kilomètres pour 2800D+ (enfin c’est ce qui avait été annoncé) nous paraissait dans la continué du champ de nos possibles.

Aucune barrière horaire, ce qui est rassurant pour une première fois

Le nombre de participants : limité (450 inscrits pour 400 au départ), du coup on peut vite se retrouver seul (je dois dire, que ces moments sont juste géniaux...)

Le prix : plus qu’honorable... Ça change des courses qui cherchent à faire du profit.

Le décor tout simplement magique... majestueuse forêt domaniale du causses...

Tous les ingrédients sont là pour qu’on franchisse le pas avec ce brin d’inconscience que, vous-même chers lecteurs, vous avez.

L’entraînement...

N’étant pas inscrit dans un club, et ayant une expérience du trail quasi nul, c’est vraiment « a bisto de nas » que je me prépare au combat.

Je fais un peu de musculation au poids de corps et plus particulièrement au niveau des quadris (qui sont très sollicités!!!) avec les fameux exercices des fentes et des squats...

Je m’entreprends aussi dans le gainage, push up et autres burpees (un abonnement salutaire à freeletics me permet de perdre 7kilos superflus sur 3mois et de transformer (un peu) la graisse en muscle).

Alimentairement, je fais également des efforts (oui, plus qu’un apéro par semaine)

Question running : je fais 3 à 4 sorties par semaine essayant d’alterner les courses longues, endurance fondamentale, les fractionnés (plats et avec côtes), les décrassages... Bref tout y passe sans rigueur professionnelle certaine mais avec envie et volonté d’y arriver : à quoi bon se lancer un défi si on doit abandonner (sauf en cas de blessure).

Je dois tourner autour de 550kilomètres de préparation sur 6 mois (ce qui est très très léger pour faire un temps mais jouable pour être finisher au mental)....

Petit bémol : 3 semaines avant la course, semaine importante pour moi dans mon plan d’entraînement avant de se lancer dans « le jus » : grosse contracture aux deux mollets (suite à une séance d’escalier à Montmartre.... J’aurais dû courir dans le funiculaire).

Impossible de courir pendant 7 jours, et là les gros doutes arrivent... Le mental, l’envie prennent des coups. La semaine clef de la prépa : aux oubliettes)....

Et finalement, on se dit, qu’on doit le tenter, et on verra le moment venu.

Les blessures sont le pain quotidien des coureurs... c’est comme ça. Mais j’ai cette fameuse tendance à ne pas écouter les médecins et leurs fameux : « euh... deux mois de repos et vous pouvez reprendre » comprendre « en gros je ne sais pas, mais le repos ça fait du bien, 28€ s’il vous plaît ».

Le périple...

Nous partîmes à quatre, la veille de la course dans notre belle voiture de papa : départ de Paris à 06h30 pour une arrivée à 13h... L'ambiance toujours détendue, on essaye de se rassurer comme on peut, on expose nos plans de course , tout y passe : les temps de récup, le nombre de gels, les relances, l'étude des points d'eau et des ravitos, comment aborder les côtes.... Bref, on refait un film qu'on a pas encore vu.

On y arrive... Le panneau annonce Midi Pyrénées puis l'Aveyron..... Dernière arrêt avant de descendre vers Millau...

On essaye de se repérer dans ce paysage en cherchant sur une carte publicitaire les noms de « Rozier » « Saint André de Vézine » « Pierrefiche ».... On vient de se rendre compte d'une chose : on est nul question sens de l'orientation et ça promet si le balisage n'est pas au top.

Après avoir déposé nos sacs à l'hôtel (qui possède la plus belle façade de la ville) et s'être restauré direction le 1er salon du trail au monde (oui, la modestie est de mise)

Première chose : retrait du dossard !!

Vérification faite des deux puces et hop, on fait le circuit traditionnel des stands.

Quasiment tous les accessoires de toutes les marques sont au rendez-vous. On sait jamais, si vous avez oublié quelque chose dans votre sac...

Les organisateurs des autres courses tiennent également leurs stands et y a du choix... Certaines courses nous appellent déjà.

Fin de la visite par la remise de cadeaux... Et je dois dire, plutôt sympa : un buff templier, une paire de chaussette templier, un haut technique toujours floqué templier et une bière... devinez quoi : « La templière » (allez y les yeux fermés!!)

La voiture déposée à un endroit stratégique pour la reprendre tranquillement à l'arrivée, notre dernier gros plat de pâtes avalé et hop au lit.

Jour J

Levée : 4heures du matin...

Petit rituel : douche et on prend le temps de s'habiller en checkant une dernière fois son matériel. Il fait frais (pas trop froid) j'opte pour un short, un tee-shirt technique, des manchons et un coupe-vent imperméable intermédiaire en gore tex. Buff autour du cou et bandeau protège-oreilles (buff.... placement de produit) qui supportera également la frontale.

Départ vers la navette à pied. Lieu de départ proche d'un camping (prendre les bons renseignements la veille à l'accueil car les bénévoles, très efficaces et volontaires, ne sont pas si bien briefés que ça)

La navette nous emmène en direction de Mostuéjouls pour le départ : les premiers kilomètres sont bon enfant et ça ressemble plus à une colonie qu'une compétition de trail. Les petites blagues entre nous sont juste là pour cacher l'appréhension de la course. On commence à se concentrer sérieusement lorsqu'on aperçoit dans la nuit les frontales des courageux partis à 04heures du matin pour avaler les 100kilomètres de l'endurance trail.

Mostuéjouls... on rejoint à pied la sale des fêtes, on peut y prendre café, thé ou eau du robinet.

Positionnés sur la ligne de départ nous faisons face à une grosse déception : sono en panne !!

Cela veut dire qu'on entend pas les consignes, mais surtout qu'on aura pas la fameuse musique qui nous a tant donné de frissons lorsque nous regardions toutes les vidéos des courses.

Premiers kilomètres... Et là consigne de ne pas sortir les bâtons avant le premier ravitaillement n'est pas respectée et c'est très gênant (voir agaçant) surtout que dès le 2ème kilomètres on fait face à un monotrace qui oblige le peloton à s'arrêter pour se ranger à la file indienne...

Pour moi, la course commencera réellement après ce petit raidillon et la traversée des ruelles du petit hameau de Comayras.

Les premiers kilomètres sont là pour nous chauffer, pas de difficultés majeures : ça monte ça descend.... Pas de dénivelé conséquent, juste une mise en jambe. On s'adapte au terrain qu'on sent rocailleux et qui nous rappelle qu'on aura intérêt de faire gaffe à nos chevilles.

Tout le monde se suit, chacun cherchant son allure pour ne pas se griller d'entrée mais tout en faisant attention de ne pas traîner non plus.

6ème Kilomètre : premier ravitaillement (« Le Rozier »)

Comme tous les ravitaillements de cette course, il est complet !!

Vous trouverez : eau, boisson énergisante, cola (pas coca), de la soupe. Du salé, du sucré, du fromage, des fruits... Bref vraiment au top.

Pour la plus part d'entre nous, on y reste pas longtemps : juste le temps d'ajuster ses affaires (pour moi sortir les bâtons, quitter la frontale et enlever les buff et les gants... ça commence à chauffer), boire un coup, et avaler un truc et hop ça repart...

C'est maintenant qu'on va se tester avec la première difficulté : un côte de 3,6kilomètres pour 480 D+

Les premiers pas se font sur la route puis très vite sur un chemin de grande randonnée pour enfin emprunter les sentiers rocailleux du Causse noir: on y est vraiment.

C'est en longeant les corniches du causse noir qu'on sait pourquoi on est venus : pour en prendre plein les yeux. A chaque virage, une vue toujours plus impressionnante sur le cirque de Madasse.

Les passages sont légèrement techniques : faut faire attention aux gravillons et petites pierres qui se détachent. Relancer une fois les petites côtes franchis pour longer le rocher de Franchebouteille et surtout ne pas oublier d'en profiter. Le « Vase de Sèvres » et le « Vase de chine » se succèdent. On va de plus en plus haut par des endroits de plus en plus étroits. Obligé d'y aller avec les mains par moment. Une main courante, puis un petit portail en acier, rouillé par le temps... On se demande ce qu'il fait ici.

On descend le tour du causse Méjean pour croiser le premier photographe !! (arrêtez, je sais que tout le monde aime taper la pose)

La descente est technique, comme beaucoup sur le parcours mais le dénivelé négatif reste facile à gérer, surtout que nous sommes qu'en début de course...

Nous arrivons au Truel et ses premiers spectateurs (je pensais que mes soeurs seraient à cet endroit...). Ici se trouve un petit point d'eau (très bien indiqué) et le premier pointage. On emprunte les escaliers du village pour accéder à la deuxième difficulté....

Après avoir traversé la Jonte (petit cours d'eau) nous attaquons la deuxième côte de 4,2kilomètres pour 532 D+

On rentre dans la forêt avec ses sentiers humides. Pas de boue, c'est pas plus mal. C'est en marchant dans les sous bois qu'on sent vite le temps se rafraîchir. Le champ de vision est restreint et seules les cimes des arbres peuvent nous donner une indication quant à la fin de cette montée.

Certaines portions sont raides et on commence à souffler sérieusement (enfin pour ma part).

On atteint relativement vite les plateaux découverts de la Matte et Espaliès. Cela permet de bonnes relances sur 7 à 8 kilomètres pour arriver au deuxième ravitaillement situé à Saint André de Vézines.

Dans un petit hangar on retrouve tout ce qu'il faut pour soulager faim et soif. Tout a été prévu et on peut refaire le plein tranquillement avant de repartir vers Saint Jean des Balmes.

Une bonne descente de 6kilomètres environ nous attend. Aucune difficulté particulière et au contraire très roulante, elle nous remet dans la course. On peut profiter de la vue sur la plaine des Brunas ou encore celle des Cadés.

On remonte ensuite vers la corniche du Rajol qu'on va très vite laisser tomber pour arriver à la Roque Sainte Marguerite et ses points d'eau (toujours très bien indiqué)

On traverse la Dourbie et on attaque la troisième difficulté : une pente très raide de 1,5kilomètre environ.

Toujours en plein milieu de la forêt de la « miolle ». Le chemin est étroit mais et il n'est pas rare de s'aider des branches pour se projeter vers l'avant (oui parce que vers l'arrière ça sert à rien).

Bien que courte, elle fatigue pas mal. Heureusement que le troisième ravitaillement arrive juste derrière au niveau de Pierrefiche (du larzac). Heureusement ou pas d'ailleurs, parce que la prochaine étape va être longue, très longue....

Ravitaillement toujours aussi copieux séparé en deux parties : la première pour se restaurer et la deuxième pour refaire le plein d'eau dans les sacs.

Les premiers kilomètres depuis le dernier ravitaillement sont assez roulant malgré la fatigue. On longe tout en surplombant les gorges de la Dourbie. Les paysages sont extrêmes et la vue est imprenable sur Millau et son fameux viaduc.

Sur la droite un peu voir d'où l'on vient et c'est assez extraordinaire de dire qu'on accomplie tout ça... Çà motive pour continuer

Les descentes sont assez abruptes et cassantes. La fatigue commence à se faire ressentir et faut faire encore plus gaffe où l'on pose les pieds.

Cette partie est très longue avant de rejoindre la ferme du Cade et sa dernière difficulté. C'est une succession de paysages totalement différentes. On passe par des champs, par des sous-bois, ici un plateau désert et là une clairière ensoleillée... Mais ça reste long.

La descente vers « Massebiau» et son point d'eau ressemble plus à jeu d'adresse.

Je vois les coureurs du 100k me doubler avec agilité : on sent vraiment la différence de niveau. Pas grave, je sais que je suis là pour m'amuser... et finir.

Point d'eau de « Massebiau » étape importante avant de gravir cette côte infernale. Bien s'hydrater, bien remplir ses bidons...

Enfin, la voilà... Dernier rempart vers la ferme du Cade, avant le dernier ravitaillement... Gravir pour réussir

De tous les récits que j'ai lu, je peux vous dire qu'elle tient sa promesse... Même préparer psychologiquement, elle envoie du lourd. Elle monte sec d'entrée de jeu. La difficulté dans cet exercice est que l'on ne voit pas ce qui se cache derrière ce tournant... On espère une accalmie... ben non. On monte encore, toujours. Faut dire que la fatigue des 50 précédents kilomètres on tendance aussi à exagérer la difficulté.

Concrètement : il faut débrancher le cerveau et avancer. En mode diesel....

Si je l'ai trouvée très dure c'est peut être par manque d’entraînement au dénivelé. Y en a qui sont plus à l'aise dans cet exercice et je sais quoi bosser sérieusement maintenant.

J'ai mis plus d'une heure pour faire ces pauvres petits kilomètres... Mais j'entrevois la fin. J'arrive sain et sauf à la ferme du Cade.

Je prends le temps de bien manger et boire et c'est à ce moment là que je sais (sauf blessure majeure) que je vais finir.

Je reste dix bonnes minutes et je repars en ayant pris soin de remettre la frontale sur la tête parce que je sais que je risque de rencontrer la nuit sur ma descente qui le puncho d'agast.

La première partie est simple, limite agréable malgré des douleurs aux mollets et aux cuisses mais très vite on arrive en sous bois où la descente ressemble fortement à la monté vers le Cade.... C'est dire le dénivelé négatif. Avec l'humidité le sol est pas très stable.

La grotte du hibou apparaît signe pour d'allumer ma frontale... Et ce fut impératif. Je soupçonne les organisateurs de ne pas mettre de repère dans cet endroit pour accentuer la difficulté du site. Un petit côté oppressant qui rappelle que tout n'est pas joué....

Question balisage d'ailleurs, les organisateurs ont mis les moyens : aucune fausse note.

Je sais qu'il me reste même pas deux kilomètres et on entend au loin le speaker faire ses annonces.

Les derniers mètres sont excitants.

Je crois que j'aime courir pour ça... pour ces derniers mètres. Encore quelques instants avant de retrouver la civilisation. Ces instants sont uniques parce qu'on trouve la réponse à la question : « suis je capable ? »

63 kilomètres.... Ça en laisse du temps pour faire une introspection. Penser à tout à rien. Partir, divaguer, réfléchir, s'ennuyer, se parler, s'étonner, se surprendre. On fait des bilans sans tirer de conclusion.

Il y a l'ivresse des profondeurs et je crois qu'il y a celle de la distance. Rien de mystique dans tout ça... faut simplement essayer et peut être avoir un déclic....

3 commentaires

Commentaire de saco64 posté le 30-10-2015 à 11:24:56

félicitation
super récit de course de L'Intégrale des Causses 2015 ,ça donne envie j ai fait le marathon des causses 2015 ,je pense que t on superbe récit a réussi ,2016 L'Intégrale des Causses .
sportivement

Commentaire de ThomasL posté le 16-10-2016 à 09:46:39

merci pour ton récit, superbement écrit! Je serai sur la course vendredi, ça me donne une bonne idée du terrain. J'ai hâte!!

Commentaire de Shoto posté le 18-07-2017 à 08:47:07

Merci pour ton très beau récit complet et plein de humour. Je participe à cette belle course en octobre et ton ressenti de course me permet une bonne préparation. Merci à toi.

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