Récit de la course : Tor des Géants 2016, par crazy_french

L'auteur : crazy_french

La course : Tor des Géants

Date : 11/9/2016

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1485 vues

Distance : 321km

Objectif : Pas d'objectif

8 commentaires

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Un TOR ça se raconte mais ça se vit surtout !!!

Ma participation au TOR cette année n’est connue que depuis 6 semaines. L’ouverture de quelques places supplémentaires pour équilibrer un budget devenu fragile depuis le départ de quelques sponsors et de la région a été une opportunité pour moi. L’inconvénient est le manque de temps pour préparer sereinement la logistique.

Les semaines avant la course sont pleines de questions matérielles, logistiques, accompagnant. Heureusement, on trouve plein d’informations sur le net ; ça prend du temps et il faut trier. Entre les anxieux et les robots, il doit y avoir un juste milieu permettant d’avancer tout en profitant du cadre et des habitants.

Pour humaniser ce parcours dantesque, j’ai fait une fiche par section ; j’avais trouvé cette solution super utile pour la Ronda.

Section 1 : Courmayeur-Valgrisenche (bonne)  50km 4200mD+

Section 2 : Valgrisenche-Cogne 58km 4300mD+

Section3 : Cogne-Donnas 45km 1400mD+

Section 4 : Donnas-Gressoney 54km 4864mD+

Section 5 : Gressoney-Valtournenche 33km 2788mD+

Section 6 : Valtournenche-Ollomont 48km 3551mD+

Section 7 : Ollomont-Courmayeur 50km 3078mD+

Les sections impaires sont réputées plus difficiles que les paires, je confirme a posteriori.

Pour faire la route jusqu’à Courmayeur, je suis accompagné par Sam (Isa me rejoindra à partir de Donnas pour faire une assistance toujours aussi efficace). Sam découvre l’Ultra et malgré une attitude coolissime, il s’interroge sur sa capacité à finir l’épreuve. Sa force est de chercher l’aventure plutôt que de faire une course, cela le mènera au bout.

A la pasta party de la veille, nous faisons connaissance avec Didier et Enrico ; ils ont participé à l’édition précédente sont restés en contact et veulent boucler cette année ensemble. Ils racontent la pluie, le froid aux mains, l’exiguïté dans les refuges mais si ils sont là c’est que cela devait être bien quand même !?! Sam devient pâle moi j’appelle Isa pour qu’elle prenne veste de ski, moufle et pantalon de montagne : je n’aime pas le froid. Je me rappelle Domnin m’alertant sur le fait qu’avec la fatigue et l’humidité le froid devient extrêmement pénétrant.

Lors du briefing, la météo s’annonce radieuse pour les premiers jours après cela se dégrade mais cela reste hypothétique. J’aperçois Thierry, des bêtes de trail, le catalan, cela me fait plaisir de le revoir après la Ronda. Nous nous souhaitons bonne chance !!!

Pendant le repas, nous allons voir Antoine pour récupérer les autocollants magiques qui permettent de connaitre le profil de toute la course, j’en colle sur chaque bâton et ma gourde. La table de kikoureurs semble stress nous ne nous attardons pas.

C’est l’heure d’aller se reposer à l’hôtel et de finir le sac d’allégement qui est transporté de base de vie en base de vie. Sam fait des choix cornéliens car tout ne rentre pas, heureusement il a ordonné ses affaires par base de vie. Ce sac est très important pour la suite quand on n’a pas d’accompagnant, il peut, s’il est mal fait, précipiter à l’abandon.

Le départ est  à 10h00, cela nous laisse le temps de bien dormir et de prendre un bon petit déjeuner.

Nous partons en voiture au gymnase déposer le sac et trouvons miraculeusement une place de parking pour la voiture qui restera là 5-6 jours ?

L’ambiance est forte au départ, nous patientons 30 mn avant le grand saut dans l’inconnu.

 

 La traversée des rues de Courmayeur est un véritable shoot d’adrénaline, je reste zen car parfois cela peut perturber. Chacun prend son rythme, Sam reste en retrait, je double Didier qui souffle fort puis j’échange quelques paroles avec Enrico, je sens qu’il est préoccupé par son choix de faire la course avec Didier, avant de basculer au Col de l’Arp déjà 1400m de D+ franchi. C’est une habitude sur le TOR , on prend très souvent plus de 1200m de D+ dans les montées autrement dit c’est long, il faut gérer du début à la fin. Ambiance sympa à La Thuile, mais beaucoup trop de monde, je suis 277ème, placé comme dit Christophe.

Les 2 cols qui suivent sont minérales respectivement le Passo alto (2857m) et le col de la Crosatie (2829m).

 

Dans la descente de Crosatie, je m’arrête 30 secondes pour une petite pensée vers le concurrent chinois décédé en ce lieu.

Après un bref arrêt à Planaval, je finis ma course à Bonne terme de cette 1ère section.

Au bilan de cette 1ère section (169ème) : 11h10 pour 54km et 3900mD+ bon début

La base de vie est bien foutue, je récupère mon sac pour juste me changer : pas de dodo. Je vais ensuite manger une assiette de pomme de terre avec des œufs un régal sans oublier une tarte au chocolat. Entretemps, j’ai chargé la montre, je peux repartir.

Arrêt Valgrisenche : 1h19 dont 10’ de repos

J’attaque donc en début de nuit la section la plus montagne avec 3 cols au programme Fenestre (2852m), Entrelor (3002m) et Loson (3299m). La montée par le col de Fenestre est régulière et sans difficulté par contre la descente est fantastique, je me régale de nuit j’enchaine les virages dans une forte pente, je double énormément et me retrouve à Rhèmes 124ème au pied de l’Entrelor , il est 2h00 du mat’ ; la température est idéale. L’effet de l’altitude commence à se faire sentir, j’essaie de surventiler pour compenser et bon en mal en j’arrive au sommet. Je poursuis vers Eaux Rousses 102ème le jour commence à se lever.

Cette montée du Loson me fait peur et je l’aborde avec prudence il y a encore 1800mD+ à gravir, il faut s’armer de patience.

Pour pointer, on redescend un peu pour accéder à un passage exposé ; je suis essoufflé, j’ai la tête qui bourdonne mais j’ai le temps d’admirer ce lieu incongru. 

S’en suit une interminable descente vers Cognes et une non moins longue portion de route parfois en terre, sur la fin bitumée.

Au bilan de la section 2  (sorti 89ème): 15h08 pour 62km et 4100mD+

 A cognes (haut lieu de la 4K) peu d’ambiance, j’arrive cramé et je gère mal mon temps. Je pense avoir des ampoules et prends donc une douche pour passer au podologue. En fait j’ai rien, je fais faire un massage inefficace et je perds du temps à attendre mon tour, je refais complétement le laçage de mes chaussures (Hoka et La Sportiva). Je mange une assiette de pate froide, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps…. Sérénité quand tu nous tiens !!!

Arrêt Cognes : 2h45 dont 20’ de repos

La section suivante, c’est normalement les retrouvailles avec Isa du côté de Chardonnay. La bougresse préférera monter jusqu’à Dondena pour me voir avant… c’est bon de retrouver son accompagnatrice !!!  

La descente sur Chardonney est technique, nous empruntons des chemins dallés de pierres irrégulières. Dans le noir, les appuis sont irréguliers, je pensais plus facile ce passage.

A Pontbosset, je me refais la cerise. Sur le profil, il est décrit une descente régulière vers Donnas : ce n’est pas du tout le cas ; il y a des petites montées raides, de multiples passage de rivière sur des ponts instables et parfois vermoulus, le sommeil commence à me prendre, cela fait presque 40h00 que je n’ai pas dormi et j’ai hâte d’arriver. J’accélère et je sens poindre une douleur insidieuse au-dessus de coup de pied ; j’essaie de desserrer les chaussures : c’est trop tard le mal est fait !!!

Quand on arrive à Donnas, il y a encore une longue partie de bitume avant d’arriver à la BV, je bois le calice jusqu’à la lie.

Au bilan de la section 3 : 8h30 pour 46km et 1700mD+ section réputée la plus facile mais calvaire pour moi

L’objectif est de dormir au moins 1h30, mais aussi de soigner le releveur, les 2 sont incompatibles, il y a la queue  aux physio… je vais dormir… je retourne voir la physio au bout de 30’…. On me pose un tape… puis je retourne dormir. Pas top !!!

Arrêt Donnas : 6h30 dont 1h30 de sommeil

Au réveil, je fais la connaissance de Kévin le guyanais, nous partons ensemble jusqu’à Perloz mais rapidement il adopte un rythme que je ne peux suivre, il faut dire que je m’arrête tous les 2 kms pour refaire un nouveau tape. Isa fait connaissance de la femme et de la sœur de Kévin, une bonne façon de rentrer dans la course pour elle.

Après Sassa,et le refuge de Coda, le parcours reste globalement sur crêtes entre 1500 et 2300m, c’est usant mais j’ai la pêche sur cette portion.