Récit de la course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous 2017, par super papa

L'auteur : super papa

La course : Le Grand Raid de la Réunion : La Diagonale des Fous

Date : 19/10/2017

Lieu : Saint-Pierre (Réunion)

Affichage : 1309 vues

Distance : 164km

Objectif : Pas d'objectif

1 commentaire

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Récit d'un survivant

Voilà, me voilà, amateur de course en pleine nature, au départ d’un grand raid. Une course des plus dures au monde. Moi qui me suis mis au trail par hasard d’une course de quartier.

Sur la ligne de départ, je me plais à observer les équipements des autres coureurs. Moi qui suis un pseudo-minimaliste…

 

A 22h00 le départ est donné avec une météo très clémente, nous partons sous un feu d’artifice, il y a des gens de chaque côté, ça crie, applaudit,…une ambiance digne d’un final du tour de France. Je suis en queue de peloton et j’apprécie le moment. Au bout de 10 minutes, je me décide à remonter les concurrents absorbés par l’ambiance, profitant de ce beau moment pour faire le plein d’ondes positives avant d’affronter les difficultés du parcours. Je sais qu’il ne faut pas trainer sur cette première partie afin d’éviter les bouchons (merci pour l’info Patrice)

 

J’arrive au domaine  vidot à 23h39. Tout va bien, je suis dans ma course, cependant je suis étonné par la longue file de frontale qui s’étire devant moi. Je prends des petites gorgées d’eau sucrée+sel, ceci complété par de l’eau pure dans mes 2 flasques de 500ml.

Après le domaine vidot, les sentiers sont en « single » avec quelques portions très techniques, ce qui cause quelques petits ralentissements. Je comprends maintenant pourquoi des bouchons peuvent se créer.

 

Notre Dame de la Paix :1h50

Je commence à ressentir des douleurs au niveau du quadriceps interne droit.

J’ai dû mettre un peu trop d’intensité pour remonter les concurrents. Les zig zag, les brusques accélérations pour doubler…sont certainement les causes de cette douleur.

Peu à peu la douleur du quadriceps s’estompe au profit d’une douleur au TFL externe droit. Je ne m’attendais pas à avoir une tendinite. Cela affecte grandement mon moral, surtout que le parcours est encore très long et une tendinite ne va pas en s’améliorant au fil des descentes.

 

Parking du nez de bœuf : 4h36

Je continue en direction de mare à boue. Le temps est beau et le sol est sec. Arrivé sur la portion béton qui mène au ravitaillement, j’essaie de courir mais j’ai trop mal, ça tape trop fort. C’est dommage car sur un tel profil, je peux facilement dérouler la foulée mais aujourd’hui c’est impossible, je marche. Les supporters sont en nombre. Ils semblent lire sur mon visage et comprendre la peine que me cause cette inflammation.

 

Mare à boue : 6h16

Je prends une soupe, mange, remplit en eau, bois… et je repars en direction du coteau kerveguen.

C’est une rude et longue ascension, le soleil ne facilite rien. La montée est ponctuée de quelques descentes. Lorsque l’on est au plus mal, tout parait plus long.

La descente du kerveguen se fait en file indienne, cela ne me déplait pas car je peux m’économiser à l’arrière d’un groupe avec un rythme peu soutenu.

 

Mare à Joseph : 9h30

S’en suit une descente rapide sur chemin béton et une descente en ravine pour remonter sur l’autre versant vers cilaos. Je ne m’attendais pas à une montée aussi rude.

 

Cilaos :10h16

 Je me douche, change, renok les pieds, change de baskets.

Ma sœur est là, elle me fera un super pansement au genou à diffusion d’anti-inflammatoires.

Je refais mon sac et repars sans aucune douleur. Est-ce du au repos, au pansement, à l’anti-inflammatoire, au changement de basket, ???…Du coup, j’accélère, double. Je me sens très bien. Je passe à droite, puis à gauche, je dévale les descentes comme si la course venait de commencer.

 

L’ascension du taibit est facile et rapide. Je ne prends pas de tisane « ascensseur » car en 2011 cela m’avait laissé un très mauvais souvenir. Je me contente de me rafraichir au robinet. je redescends vers marla sans difficultés.

 

Marla :14h14

Sur ce poste, une bénévole me propose du riz. Je n’avais pas prévu d’en manger, mais mon estomac me le réclame. je prends du riz lentilles rougail saucisse, quel délice…

La première difficulté est la montée vers la plaine des tamarins puis la montée vers le col des bœufs. Je redescends vers le ravitaillement de la plaine des merles. Je prends mon temps, je m’assieds, bois, mange…Je prends plaisir à manger les pains de mie avec du pâté ou du jambon cru.

Dans les articles que j’ai pu lire, ils disent que la clé de la réussite d’un ultra est, entre- autre, la capacité à bien se restaurer. Fonctionnant beaucoup au feeling et aux sensations, je me jette sur les tartines de jambon cru.

 

Sentier scout :16h35

Le sentier scout est globalement descendant sauf une montée le long d’une paroi sécurisée par des cordes.

Au lieudit  la plaque, des petits mafatais nous offrent des oranges. Bien que je n’en ai pas spécialement envie, je trouve cela très sympathique.

 

Ilet à bourse :18h15

Je me rééquipe pour la nuit (bonnet, frontale,…)

 

Grand place école : 19h03

Direction roche plate par la roche ancrée.Je sens que ça va être compliqué vu les difficultés qui m’attendent. Sur cette portion j’ai un coup de moins bien, je ressens la fatigue, ça monte et ça descend, il y a des lumières frontales partout autour de moi. Je n’arrive plus à comprendre dans quel sens vont les frontales que je vois au loin (sont-ils devant ou derrière moi)

J’avance péniblement. Si quelqu’un me rattrape, il me double et me laisse seul. Je me dis alors que sur 2700coureurs, il n’y a personne qui va m’accompagner durant cette nuit. Je me sens seul et fatigué.

Je m’assieds sur un galet, prend et mange les noix apéritifs (cacahuettes, noix de cajou et amandes). Je reste assis 5 min sans voir personne. Il n’y a que les cris incessants des fouquets qui trahissent ce silence de mort.

 

Roche plate :22h17

Je suis fatigué mais je ne peux pas me reposer car mon assistance m’attend en haut du maido. Ne voulant pas les laisser attendre trop longtemps dans la nuit et le froid du maîdo, je repars tant bien que mal. La montée de la brèche est un calvaire. J’arrive enfin au sommet où je retrouve les miens pour manger un peu. Mais ce n’est pas la faim qui m’handicape, c’est le sommeil. Au maîdo il fait trop froid pour dormir, je décide alors de pousser la machine jusqu’à sans-souci. C’est un sentier que je connais bien et sa deuxième partie n’est pas technique.

 

Maido (tête dure) à 1h17

Je marche en descendant, mon genou droit recommence à me faire mal, la tendinite se réveille. Il faut dire que la descente est tellement longue que je ne trouve pas étonnant de voir cette douleur me « piquer » l’extérieur du genou lors des appuis.

 

Sans souci : 4h15

 Mon assistance est là, ouf, merci à eux, je vais pouvoir me reposer. Je me douche, refais mon pansement au genou, je mange  puis m’installe dans la voiture pour 45 min de sommeil. Je m’endors comme un bébé.

Ma femme me réveille au bout des 45 min, je peine à refaire surface. Je me prépare et pars.

Cette pause m’a fait un bien fou. Avec le recul et analyse, j’aurais du faire une pause semblable plus tôt (vers roche plate).

La montée du sentier de bord est longue, heureusement que nous sommes encore au petit matin.

S’en suis la descente dans les bois avec les cordages et en s’agrippant aux branches.

 

Chemin Ratineau : 8h00.

A ce ravitaillement il n’y a pas grand-chose à manger. Je prends des bananes, oranges et tucs.

Comme après cilaos, ma douleur au genou se fait oublier, du coup, je peux « envoyer » dans la descente.

 

Possession : 9h35.

Je me repose environ 15min, le temps de manger et boire. David Hauss (vainqueur du trail de bourbon) arrive au même moment à la possession, c’est une fusée. Il s’arrête 2 ou 3 min le temps que les gens de son assistance s’affairent autour de lui pour lui donner de l’eau, refaire son sac…Chaque personne de l’assistance à un rôle précis, cela me fait penser aux arrêts au stand des formules 1. Bref, moi je suis assis dans l’herbe buvant un orangina avec ma femme.

Je repars, il fait chaud. Le soleil nous tape sur la tête tandis que les pavés restituent la chaleur. Je transpire à grosses gouttes.  Je sais que dans ces situations, avec la fatigue, la déshydratation est vite arrivée, du coup, je m’oblige à beaucoup boire.

Inutile de pester contre le devers des pavés, cela ne changera rien.

 

Grande chaloupe :11h55

Ravitaillement express puis direction Colorado. ça sent la fin et je n’ai pas envie de m’éterniser. En fait j’en ai marre et c’est ça qui me fait avancer. La montée est pénible mais je suis content car mon objectif de rentrer avant la nuit sera atteint.

 

Colorado :14h25

En voyant mon pansement au genou, le soigneur du poste me propose un massage ou autres soins. Je décline sa proposition car je veux descendre au plus vite pour en terminer.

Les jambes sont dures, j’arrive à trottiner en descente, je m’accroche au concurrent qui me précède.

 

Pont vinh san : 15h19

 

Je passe la ligne d’arrivée à 15h31 à la 350ème place en compagnie de mes enfants. Je n’ai qu’une hâte, c’est de m’allonger.

 

Mon objectif de rentrer avant 18h30 pour éviter de faire une 3ème nuit dans les sentiers est remplit. J’en suis satisfait. Merci à mon assistance qui a su me requinquer dans les moments les plus dures. Place au repos.

1 commentaire

Commentaire de Shoto posté le 23-11-2017 à 18:25:34

Bravo à toi. Finir cette course difficile avec une blessure, c est costaud !

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