Récit de la course : Marathon de Toulouse - Semi 2017, par jedaf

L'auteur : jedaf

La course : Marathon de Toulouse - Semi

Date : 22/10/2017

Lieu : Toulouse (Haute-Garonne)

Affichage : 598 vues

Distance : 21.097km

Matos : Chaussures Mizuno

Objectif : Terminer

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Toulouse pour moi tout seul... ou presque.

Le 22 octobre 2017

J'y étais. Je n'ai pas regretté le voyage.

Jamais je n'avais participé à un semi-marathon de cette envergure avec plus de 2000 participants, simplement pour cette épreuve.

Jamais je n'avais non plus participé à un semi-marathon officiel.

Encore moins à Toulouse.

L'ensemble laissait présager une organisation au top. Un superbe village olymp... pardon, marathonien, un accueil très sympathique le vendredi matin - il faut dire que j'y étais à l'ouverture. J'ai reçu un superbe sac contenant le dossard, 2 tickets de métro, une mini fiole de gel douche et un tee-shirt de marque qui m'a fait ne pas regretter le modeste investissement de l'inscription.

Tout avait été pensé, sur le site tout au moins : comment se rendre sur les lieux, les navettes spéciales affrétées auprès de Tisséo.

Donc lever 5 heures, rendez-vous avec mon fils Nicolas (c'est lui qui me porte le déambulateur quand je cours) à la station de métro Gramont. J'y vais en civil ; à mon âge (je suis V3M encore appelé PPH ce qui pour les connaisseurs du Forest Trail  signifie « Passera Pas l'Hiver ») j'hésite à me promener en ville, à l'aube, en collant et tee-shirt fluo ; on en a envoyé en maison de retraite pour moins que ça. Finalement je le regrette car Nicolas descend de voiture en tenue de course et dans le métro, à 6 heures ce dimanche matin, je ne vois que des mollets poilus.

Nous écartons les fêtards alcoolisés sortant des boîtes de nuit environnantes, nous retenons notre souffle pour ne pas risquer un contrôle positif à l'alcootest ou autres substances et nous descendons à la station des Arènes. Là, immédiatement, des bus à soufflet Tisséo nous chargent et partent vers le pont Pierre de Coubertin où se situent tous les départs. Il doit être à ce moment 6 heures 45. Notre course doit débuter à 8 heures 50. Bien plus de temps qu'il n'en faut (nous avons tout lieu de le penser) pour boire un café que je pensais trouver offert dans des stands à proximité de la ligne de départ avec des petites viennoiseries comme chaque fois que nous faisons des trails, se changer (en ce qui me concerne) et faire nos ablutions avant le départ (ce qui signifie uriner discrètement derrière les premiers végétaux qui se présentent à nous tout en jouant des coudes avec les quelques centaines de coureurs partageant ces mêmes préoccupations). Des toilettes sont bien prévues mais au vu de la queue qu'elles génèrent la solution végétale semble la plus appropriée si l'on souhaite prendre le départ avant 14 heures. Je pense que demain on risque de voir toute la végétation du bord de Garonne dépérir sans qu'aucun écologiste n'y trouve la moindre explication à moins qu'à l'inverse le plus malingre des peupliers se sente soudainement assez d'énergie pour se transformer en baobab urbain.

Nous gagnons le tablier du pont, où se situent les sas de départ. Déjà il est curieux de constater que les deux cents mètres devant la ligne de départ sont déserts et qu'une foule déjà dense se presse devant des barrières encadrant des portiques de sécurité. D'autres barrières latérales interdisent de les contourner. On commence à ressentir une certaine inquiétude parmi les centaines de coureurs qui doivent participer à la première épreuve de la journée, le 10 kilomètres, dont le départ est fixé à 8 heures 30. Il doit être 7 heures 45 et rien ne bouge. Le filtrage a commencé et les portiques ne laissent les coureurs avancer qu’au compte-gouttes. Des téméraires enjambent les barrières latérales pour gagner les sas de départ sans qu'un agent de sécurité soit présent. Dans le même temps, des accompagnants, famille ou amis sont refoulés alors qu'ils souhaitaient filmer le départ. Il semble qu'il eut été facile de gérer ce genre de situation. On comprend qu'à ce jour la sécurité soit un point essentiel mais le nombre de coureurs étant parfaitement connu, un calcul élémentaire pouvait être fait intégrant le nombre d'agents en fonction et leur rendement pour assurer un respect des horaires. Une information spécifique aurait été facile à véhiculer sur les messageries.

Finalement le 10 kilomètres part à peu près à l'heure du semi qui lui même décolle à 9 heures 10. Retard somme toute acceptable.

Entre temps, nous avions déposé nos affaires à la consigne sous le pont Coubertin. Peut-être ne fut-ce pas la meilleur idée de la journée. Bien sûr on comprend que la tâche est ardue vu les quelques milliers de bagages à trier et acheminer mais le terme associé à « Marathon de Toulouse » étant « International », on peut difficilement banaliser une gestion pour le moins amateur dans quelque domaine que ce soit. Mais place au plaisir. L'essentiel est la course et la fête.

Je ressens une excitation, un stress, bénéfique dans les départs des courses et notamment celle-ci qui est la plus importante, à défaut d'être la plus longue ou la plus difficile, à laquelle il m'était donné de participer. La distance n'est pas un problème, je sais qu'elle est très largement à ma portée, d'autant plus que je le fais habituellement dans des trails où il y a des difficultés et des dénivelés ; la performance ne l'est pas non plus, mon seul but ayant toujours été résumé en ces deux mots : Plaisir et Finir. Plaisir de courir, de respirer, de vivre et Finir quelles que soient les difficultés et les conditions. Courir c'est du mental.

Ce qui me surprend au premier abord c'est que je trouve que le rythme est lent et pourtant je suis tout sauf une bête de course. Je n'en ai ni l'apparence, ni les capacités, ni l'envie mais d'habitude dans les trails je ne vois que des gens pressés, qui doublent dès le départ et disparaissent à l'horizon comme Lucky Luke sur Jolly jumper.  Et rien n'est plus frustrant au 18ème kilomètre, en rase campagne de voir un personnage vous dépasser allègrement en vous laissant dans son sillage une odeur de gel douche ou de charmantes traileuses (?) qui trottinent joyeusement en discutant le bout de gras tout en veillant à ne pas déranger l'agencement harmonieux de leur tenue fluo qui vous dépassent et disparaissent dans un nuage de fumée à la recherche de Jolly Jumper alors que vous-mêmes, courbé sur le chemin escarpé, essayez de ne pas marcher sur votre langue desséchée qui depuis plusieurs kilomètres traîne sur le gravier. Ici rien de tel. Le rythme est lent, toute la route est encombrée. Je piétine, fougueux. Ce n'est pas normal.

Je laisse passer le pont Coubertin et dans la cité Empalot je me risque à déboîter et mon rythme semblant convenir je dépasse, ce qui s'apparente à faufiler un chariot de supermarché dans un rayon de sacs à main en promotion un jour de soldes. Je regarde mon fils qui me surveille et je ne sais si je le lui dis ou si je le lui transmets télépathiquement mais il comprend mon message :  « Bon, tant pis, je me sens bien, j'y vais. » 

Les dénivelés les plus importants que j'ai à vaincre sont ceux qui permettent de gravir le pont St Michel et le Pont Neuf. C'est véritablement une promenade, le rythme est beaucoup plus abordable que je ne m'y attendais. Je me sens en jambes, je cours régulièrement à près de 11 kilomètres/heure sans effort (pas de moqueries s'il vous plaît), je double toujours bon nombre de coureurs ce qui ne laisse toujours pas de m'étonner. Je demande à Nicolas de me signaler la mi-course pour que je vois si je peux espérer une légère augmentation de cadence. Le problème est que je n'ai pas encore intégré, outre le problème de l'alimentation, la gestion de l'énergie. Comme un véhicule, il convient de gérer ses ressources énergétiques au mieux. Rien ne sert de franchir la ligne d'arrivée avec des ressources inexploitées de même qu'il serait catastrophique de les avoir épuisées à mi-course. Quand il me signale que nous sommes au 11ème kilomètre, je souris en pensant que les sas d'élite sont au restaurant en train de humer le fumet d'un somptueux Cahors. Nous avons le plaisir d'évoluer entre la Garonne et ses magnifiques quais, le Canal du Midi et ses platanes encore vigoureux (à condition qu'une envie pressante de quelques 3000 coureurs ne vienne troubler leur séculaire quiétude ou les guérir de leur maléfique champignon. Qui sait ?) Nous voyons la cathédrale Saint Étienne, le pont des Demoiselles, la nouvelle rue Bayard. Impressions désordonnées mais radieuses. Moi, vieux Toulousain, je me délecte de courir dans ces belles rues que je connais par cœur et qui sont enfin à moi. Il me manque une chanson de Nougaro. Pensez-y au lieu d'un stéréotype anglo-saxon sans âme.

Je remercie les bénévoles. Ils sont partout, discrets mais toujours criant des encouragements à notre passage. A moment donné j'entends près de moi quelqu'un crier : « Allez, Jean-François ! » Je me redresse (je cours voûté, c'est irréductible et je me console en me disant que ceci permet de mieux résister au vent d'Autan. Avez-vous couru un jour où le vent d'Autan vous expédie ses rafales violentes ? Il m'est arrivé d'être stoppé net en ligne droit par l'une d'elles). En entendant mon nom, je me dis que c'est une relation ou bien la gloire, mon ego enfin reconnu (Marathon International !) et je me suis souvenu enfin que les organisateurs avaient eu la sympathique idée de mettre nos prénoms sur le dossard. A propos, pourquoi doit-on mettre un dossard sur le ventre ? Est-ce qu'un parachutiste met son ventral sur le dos ?

Les points d'eau sont appréciés et suffisamment nombreux ainsi que quelques ravitaillements basiques. Je pense aussi aux nettoyeurs, franchement, 3 secondes pour mettre la bouteille dans le container en prolongement du stand, ça serait trop demander ? 

Je demande fréquemment à mon fils qui est connecté quelle distance il reste et je suis chaque fois étonné ; ça fonctionne encore, je suis en jambes, je ne suis pas essoufflé. Allez, je double. A l'occasion de certains passages, on peut voir la file des coureurs qui vous suit. A mon âge, on regarde plutôt derrière quand on court et on se sent rassuré de voir que d'autres galèrent plus encore et c'est le cas aujourd'hui. Plus que 4 kilomètres. On sent la rue Alsace se profiler. Est-ce que je peux ? Est-ce que j'ose ? Un petit coup de collier. Mon fils qui se porte à ma hauteur avec facilité me dit : « Tu sais, on peut encore le faire en moins de deux heures. Tu t'en sens ? » Je m'en sens.

J'accélère rue Alsace, je maintiens rue de la Pomme, je me fais plaisir place du Capitole. Nicolas me dis :  « Lève les yeux, regarde le chrono. » 1 heure 59 minutes et 33 secondes. Un dernier sursaut et je passe. Mon meilleur temps (s'il vous plaît, ne riez toujours pas). Je suis ravi comme chaque fois que je fais une course.

En effet, chaque fois que je me fixe un objectif, bien modeste diront certains qui ont la chance de lire ce superbe récit, je l'atteins au minimum. 

Lors du Brassacatrail, je m'étais fixé 2 heures et j'ai passé la ligne d'arrivée au bout d'une heure 59 minutes et 50 secondes et le trail du Cassoulet 2017 m'a vu finir le 32 kilomètres en 3 heures 59 minutes alors que dans les derniers kilomètres l'insistance discrète mais tonitruante de Nicolas me susurrait : « Tu sais, tu pourrais espérer le faire en moins de quatre heures. » J'aurais dû travailler dans le prêt à porter, j'aurais été un spécialiste du 19 € 99.

Pour en revenir au semi-marathon, à partir de l'arrivée, le plus facile s'achève, courir était du plaisir, récupérer nos affaires s'avère beaucoup plus complexe. Loin de vouloir vilipender les bénévoles qui ont sans doute sué sang et eau pour accomplir leur mission mais un réexamen de cette mission pourrait s'avérer profitable à la réputation de l'épreuve 2018.

Les sacs ont été préalablement répartis dans divers barnums en fonction des numéros de dossards. Les coureurs pénètrent dans l'aire réservée, présentent leur dossard et les sacs leur sont remis. Sauf que quand nous arrivons, une foule de coureurs ressemblant à des scarabées dorés et scintillants, s'agglomèrent devant des barrières qui interdisent l'accès direct aux dépôts. La sécurité ne laisse passer qu'au compte-gouttes les demandeurs. Les couvertures de survie qui enveloppent nombre de sportifs dans un bruissement permanent me font regretter de n'avoir pas mon appareil photo grand angulaire (vous savez ? L'appareil photo c'est un smartphone qui n'a pas la fonction téléphone). Nous nous regardons et nous voyons dans nos prunelles assoiffées l'image d'un demi-pression bien glacé. Celui-ci n'étant pas, contrairement à nos trails favoris fourni gracieusement par l'organisateur dès le passage de la ligne d'arrivée (j'aurais volontiers échangé ma médaille, très belle par ailleurs, contre une de ces boissons délicieusement ambrée) , nous partons place Wilson nous installer à la terrasse d'un café. Le nectar, sauvagement ingurgité, nous nous apercevons que nous n'avons fait que retarder l'inévitable cohue. Nous voici intimement agglutinés pendant plus d'une demi-heure jusqu'à ce que nos sacs nous soient remis.

En conclusion, nous avons participé à une bien belle épreuve. Il est effectivement regrettable que quelques problèmes d'organisation aient perturbé le plaisir de milliers de coureurs mais les contraintes de sécurité peuvent sans doute expliquer ces menus inconvénients.

Merci quand même mais franchement... un café au départ et une bière à l'arrivée, cela mettrait en danger le budget international du Marathon de Toulouse ?

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