Récit de la course : 100 Miles Sud de France 2021, par Kevin-Pilat

L'auteur : Kevin-Pilat

La course : 100 Miles Sud de France

Date : 1/10/2021

Lieu : Font Romeu Odeillo Via (Pyrénées-Orientales)

Affichage : 314 vues

Distance : 173km

Objectif : Objectif majeur

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La vie et l'ultra, même combat !

Pour ceux qui veulent partager un bout de mon aventure autour d'un petit café de producteur :


Je n'ai pas l'habitude de faire des récits de course mais là j'ai pris une leçon de vie. Je me demandais ce que je cherchais en me lançant sur un Ultra 100milessudefrance, je me suis posé la question pendant la course quand je marchais tel un zombie à deux à l'heure sans plaisir mais avant la conclusion, je passe à la course :
Font Romeu 10h.


Ça fait 2h30 que Clélia et moi sommes sur le site pour le retrait des dossards, le briefing, le soleil brille, ça caille, le stress monte, j'ai envie d'en découdre, je sais que je pars pour 32h prévue mais j'ai envie de donner sur la première section, d'être généreux. Pourtant le coach Patrick Bringer  m'a dit de partir tranquille mais je n'arrive pas à me sortir de la tête que je veux partir fort tout en disant l'effort.


10sec du départ, le discours est chevaleresque, ma femme est là (et pas à la kouiiiizinnne lol), l'émotion est à son paroxysme. La corne de brume sonne c'est parti.... Vite, je me retrouve 3eme ... Derrière deux relais sur les 5 premiers kms... Après une première remontée c'est un faux plat descendant jusqu'au premier contrôle, l'allure est élevée (à mon humble niveau) 3'50 /4' /4'10 mais je suis bien, ça déroule, les premiers raidars sont intégralement courus, bah oui on part pour 30k non?
Sauto premier pointage et début de la première vrai montée, mode marche bâton dynamique, ça grimpe, solide, à ce moment je sais que la journée sera bonne.
En haut de la bosse un peu de plat, relance, je croise un mec qui le propose de prendre les 5 gros bolets sur le côté du chemin, j'hésite, Clélia est 15k plus moins, ça peut le faire, mais non, je poursuis la route.
Première vrai descente, 14k oscillant entre technique et roulant sur 1400-. Je ne force pas ma technique désastreuse mais je mettrai ici 15' de moins qu'à l'entraînement, ça envoie mais je commence à haleter,je ralenti avant d'accrocher deux mecs pour suivre les trajectoires.


Olette premier ravito, il fait chaud, Clélia est là, rien n'est prêt, je suis en mode compèt donc concon sur les bords. Je lui fait la réflexion et lui donne des consignes pour plus tard, les mecs filent, je perd du temps, ça m'agace. Je file au bout de quelques instants. J'ai chaud et je commence à avoir la tête en vrac. J'ai oublié de manger sur ce point.
La montée sur escaro est terrible, j'ai explosé, pas moyen de monter à plus de 500+/h ... 3 arrêts sur le côté de 5min pour m'allonger, pas de jus, plus de salive, plus de jambe, douleur aux ischio, quadris, psoas, ... Bref je suis parti trop vite, je le paie, je le sais, j'ai utilisé la filière glucidique et mes réserves sont sold out. 3h de course et je suis en croix. J'ai quasiment tout marché jusqu'au ravito dont une descente sur une route (qui a été débalisé donc ça tombait bien...)

Escaro, je me ravitaille, je me pose, fini le classement, j'ai changé d'état d'esprit et revient dans une autre démarche, plus apaisée. Je pose des patchs Stimcare sur les zones douloureuses, je sens que ça va tenir, je reste assis et ferme les yeux 1' le temps d'exercice de respiration.
Je repars avec un gars que je déposerai dans la montée, la forme revient, le secteur entre escaro et py est sublime. Je rattrape un mec avec qui on discute pendant toute la traversée sous la falaise, ça relance, ça déconne, on papote de tout comme si on se connaissait. Le top.je suis vraiment bien.


Py, ravito rapide. Une Flask d'eau ,une compote sur la table et je repars, j'appelle Clélia je lui dit que je vais très bien, elle me dit que je suis fou (elle aussi car elle s'est tapé l'aller retour à Barca pour récupérer son ordinateur)
Col de jou, tour de Goa, c'est beau, ça avance bien. La descente vers Vernet me fera ressentir quelques douleurs aux genoux mais rien d'insurmontable.


Arrivé dans Vernet, je cours vers le gymnase.
Vernet, Clélia est là, le ravito est prêt, putin c'est comme les élites, je kiffe, elle est ultra performante, un travail d'équipe et là clairement c'est du haut niveau.
Je quitte le gymnase et c'est parti en direction du refuge des Cortalets sous le Canigou. 2h30 de montée. Il commence à faire nuit mais je refuge de mettre la frontale avant le col de voltes à 1800m. Challenge à la con mais ça m'occupe dans cette montée de 1500+. Elle est dure, raide, longue. Et là ça parle pas autour, ça respire fort.
Il fait nuit noir, il me reste quelques lacets et j'arrive au col. Frontale, pulls, pause de quelques minutes. J'entends un groupe qui arrive. Je le greffe à eux.
Dans ce groupe de 3 je vais rencontrer David Descamps, et un type de Toulouse qui va terminer 8eme.
Ca discute sur la piste vers les cortalets, mode balade du dimanche, pas de coup de mou à l'arrivée de la nuit. Parfait.

Les cortalets, ça caille, je ne reste pas longtemps, je pars avant les gars. Je m'arrêterai quelques mètres plus loin pour observer les étoiles et la plaine du Roussillon, putin que c'est beau, j'adore.
Le terrain est technique, je ne cours pas, je commence à avoir plus de difficulté à descendre le raide m, les genoux veulent pas bosser. Donc j'y vais cooool. Et là paf, coup de mou à pra de Cabrera, juste avant les balcons du Canigou. Les gars m'ont déposé. Je m'assois sur un cailloux. J'éteins la frontale. Je respire. J'attend.
Je repars 5' plus tard, titubant sur un sentier technique.
David me rejoins, me double. Je m'accroche et là c'est parti... J'ai mis le mode automatique, il court je cours. Il marche je marche, il marche vite, je fais comme je peux. strategie gagnante, ça filoche, ça envoie même, on commence à faire connaissance et je suis surpris qu'il m'attende à certains moments. Il ne veut pas passer la nuit seul, à deux ça passe mieux et on avance plus vite.
Superbe section oscillant encore entre technique et Belledonnien lol

Petit ravito à l'estanyol et on file sur batere, un cote horrriiiiible et une descente raiiiideee avant d'arriver à ce refuge. L'ambiance des ravitos est exceptionnelle et clairement, j'ai même pas l'impression que le covid est passé par là, ça fait du bien.
Batere, passage au stand, magnifique prose de ma composition. Jamais vu aussi beau venant de moi. La stratégie alimentaire de Benoit Nave paie , pas de probleme d'alimentation!
Avec David on a décidé de cheminer ensemble et on repart de batere pour Arles sur tech. Une descente interminable de 12k... J'y ai laissé des plumes. David m'a attendu. On papotait encore et encore. C'était long mais j'avais l'impression d'être avec les copains du club.


On arrive à Arles, c'est moche, il est quasi 2h du mat. Le gymnase est loin.
Arles sur tech, ravito tenu par un dictateur... Un gymnase rempli par une vingtaine de coureur et des bénévoles et ce vilain homme refuse l'entrée de Clélia, ça m'énerve et manque de sortir ma carte pro pour le placer en GAV. Je m'énerve, Clélia le supplie de la laisser entrer, on gruge en disant qu'elle va juste me poser mon ravito. On entre et c'est parti. J'ai oublié de mettre un rechange, je me rafraichi, j'ai froid, j'ai sommeil, je me pose 5' elle me lève les jambes, sa veste sur moi. Pas moyen j'ai trop froid. Je préviens David que je pars et je vais ralentir pour qu'il me rattrape.
Je sors avec la chérie qui m'accompagne quelques centaines de mètres avant de filer seul dans la montée.
Je vais avancer pépère mais ce rythme va m'endormir, dans la montée je trouve un lit de feuille et de terre. Position foetale, extinction des feux 5'. La bienveillance des trailers fait qu'à chaque mec qui passe il me demande si ça va donc je sors de mon état de relaxation, pas grave, le job est fait. Je reste assis et attends David. Il arrive. Banzaï vers montalba.
Sauf que 30' plus tard je lui demande de filer, plus de jus. Je recommence mon pseudo dodo dans le noir. C'est agréable et mine de rien je trouve une bonne position.


Je ferai le yoyo avec des mecs entre dodo et retour tonitruant.
A 3h50 je me plains vers Clélia. J'en ai marre. C'est nul l'ultra on avance pas, je ne fais que marcher. Et en plus je suis fatigué. Elle va me donner le conseil ultime : musique !
Je branche les écouteurs, Coone, podcast 64 ( je l'adore et il représente beaucoup pour moi)et là... Je cours, j'envoie sur le plat, en descente et redouble les gars qui m'ont vu affalé. Passage sur un magnifique pont suspendu, 30' plus tard Montalba. Ravito rapide. J'ai vu David partir.


Je quitte Montalba pour la terrible montée du Roc de France... Bah ça alors, c'est long raide et ultra technique en haut. Je monte cool 700/800+/h.
Ca reste monotone dans la nuit mais le chemin Demande une concentration totale.
Roc de France, brouillard, vent, froid, descente côté espagnol. Descente sur ... Un chemin bitumé puis 4*4... Dégueulasse, je marche, cours, c'est nul et long. Je marche .. beaucoup.
Je retrouverai David, le jour se lève et je vois le soleil qui pointe, ma première vraie nuit totale dehors, j'ai des frissons... Surtout qu'à ce moment c'est Two step from Hello dans les oreilles. Putin je me vois déjà finisher. Je veux finir quoi qu'il arrive.
Las illas, magnifique point de ravitaillement. Ici Clélia aura été à un niveau d'assistance ultime. Elle est vraiment formidable. Quelques minutes après je quitte le point de ravito, prêt pour la journée. Ca couine un peu de partout mais les douleurs sont stables.
Et là... 2k de route... Berk. Je cours, marche, marche et cours. La foulée est affreuse, sans amplitude mais ça avance.
Début de la côte vers le Perthus, je ne fais que marcher les plats sur chemin.
Gros raidar dans la forêt, je rattrape un catalan. On papote. Il me dit qu'il a mal au releveur. Je lui dit qu'on est pas mal en temps et qu'en finissant en marchant on arrive avant la nuit.
Je m'arrête pour une petit pissou au dessus de la bosse. Tente de courir sur le petit plat et là... impossible, l'insertion quadri psoas os iliaque est ultra douloureuse, je ne peux pas ouvrir l'angle. Je pose en urgence un patch. Tente de marcher, puis courir. Impossible ça fait affreusement mal. Au bout de 5 min, connaissant la fin je décide d'arrêter au perthus, j'appelle Clélia. Sauf qu'à ce moment là jambe droite se fige. Impossible de faire un mouvement avec la jambe qui reste bloqué quasi droite. La douleur est insurmontable. Je clique sur la balise pour envoyer ma position. Je ne peux plus avancer. Fin du bal au kms 131 après pile 24h de course.


Un bénévole vient me chercher comme il peut sur ce chemin chaotique, Clélia se retape des routes de montagne pour retourner à las illas. Je suis déçu mais pas comme d'habitude, je savais que je pouvais le faire, je me voyais le faire, je voulais ce top 10. Là j'évite de me fracasser le corps même si de toute manière c'était impossible d'aller plus loin.
C'est un peu égocentrique de parler de soi sur des réseaux mais j'ai envie de partager cette première vrai expérience d'ultra mixé à l'envie de faire un chrono.
J'ai été parfaitement préparé par Patrick de 2EP. Les entraînements sont durs, jouissifs, contraignants et délicieux lol
J'ai suivi le plan nutritionnel de Benoît parfaitement et tout à roulé.
J'ai voulu jouer devant au départ, je savais que je prenais des risques. Patrick m'avait demandé de partir très cool sur les 60k.... Je n'ai pas écouté, généreux, je voulais montrer aux autres, à moi même que j'étais en forme.
Je passe les aléas des jours avant entre sommeil désastreux, problème au pied, tout s'est règlé avec Philippe de Donna qui a paramétré mon corps pour que ça envoie. Philippe tu es un homme en or, présent jour et presque nuit! Je te dois beaucoup, énormément et pas que pour le trail!
J'ai partagé un beau weekend avec ma chérie d'amour, elle est formidable, altruiste, impliquée, elle n'a pas d'égale dans cet univers! La femme de ma vie!


Pour conclure, pourquoi l'ultra ? Je me suis posé la question en fin de course, à quoi ça sert? A mon niveau on marche beaucoup, j'ai envie de courir pourtant, je serais surement performant sur plus court! Alors pourquoi ? Pour ce qu'il y a écrit précédemment, plutôt sauvage habituellement, j'ai passé des moments superbes en compagnie de très belle personne! Les UP and down représente la vie, ce sentiment de renaissance est jouissif, libérateur, en revanche dans l'autre sens il faut accepter.


J'ai appris, place au repos!

 

Axes de reflexion : J'utilise un sac avec poche à eau ... et ça me soule de devoir la sortir pour la remplir, je perd du temps, les affaires bloque le remplissage, bref pas l'idéal... est ce que prendre 2/3 flasks en plus dans le sac serait mieux ? à tenter

5 commentaires

Commentaire de philkikou posté le 05-10-2021 à 07:00:28

Récit sans concession envers toi, les erreurs commises et vu le récit tu vas en tirer plein d'enseignements au niveau course et pas que... bonne récup.

Commentaire de Mazouth posté le 05-10-2021 à 10:22:14

Tu as serré le moteur, mais ça reste un beau et gros moteur ! Sûr que tu es performant sur du court, et je ne doute pas que tu vas nous faire de belles perfs sur ultra à l'avenir en te servant de cette expérience, et de ton gros moteur ;)

Commentaire de Kevin-Pilat posté le 05-10-2021 à 14:06:12

Merci à vous :)
Oui @philkikou , j'ai vraiment appris, la prochaine fois le bouzin me verra au milieu de classement
@mazouth , on se croisera encore sur la piste caliente de Parilly :D

Commentaire de Mazouth posté le 05-10-2021 à 14:21:56

Sûrement... la prochaine fois que je me remets à faire du fractionné kipik ! Par contre c'est pas trop des séances propices au papotage, vu comment j'étais cuit à chaque fois qu'on s'est croisés ;)

Commentaire de Arclusaz posté le 05-10-2021 à 14:16:47

un vraiment chouette récit qui résume bien l'ultra. Tu as deux ou trois trucs à caler, mais ton potentiel est énorme, jeune chien fou ! Dommage, Olette aux champignons, ça aurait eu de la gueule....
Bises à Clélia dont j'ai fait la connaissance à ND de la Gorge avec tes enfants.

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