Récit de la course : Ch'ti Trail Cafougnette 2011, par Mustang

L'auteur : Mustang

La course : Ch'ti Trail Cafougnette

Date : 11/9/2011

Lieu : Escaudain (Nord)

Affichage : 777 vues

Distance : 26km

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

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Pas d'autre récit pour cette course.

Morne plaine

Morne  plaine

 

Je  ne devais  pas  prendre  le départ. Je  ne devais  pas.  J’avais  pourtant annoncé  à Eric  mon attention de  ne  pas participer avant de revenir sur ma décision en début de semaine, juste avant  la date  limite d’inscription. Je voulais  seulement avoir la  liberté de  choisir au dernier  moment ! Quelle  liberté  lorsqu’on est  le chauffeur de  coureurs baignés dans  une ambiance d’avant-course ! Quand je  gare le Fiat sur le  parking du F1, coincé entre  l’autoroute et la voie rapide bordée par des  installations  pétrolières de stockage, je sais très  bien ce que je vais faire le  lendemain,  même si  je  ne  me le dis  pas… un  peu schizophrène, le canasson ! Ma tendre comprendra  à mon retour pourquoi  j’avais pris  un si grand sac alors que je  ne devais  pas courir! Par  pure  provocation,  par dérision  ou en  hommage au Lutin, au choix, j’arbore  le  magnifique t-shirt  rose fluo d’Agon-Coutainville !

 

Oups!! trahi  par l'arrière-plan! ( photo: riah50)
 

 

Toujours est-il que  nous  nous retrouvons tous  les douze sur  le stade d’Escaudain ce dimanche vers  9h.  Devrais-je dire que  le ciel est  gris, un ciel du Nord ! Nous sommes dans  la  banlieue de Denain. Bernard,  notre  mentor,  nous indique, qu’ici,  les clubs sportifs  bénéficient de beaucoup d’aides. A  voir  la magnifique piste d’athlé rouge du stade,  je veux bien le croire. Pour  une  petite  ville de  9 000 habitants, posséder  un tel équipement est  une vraie richesse  même si  la  piste  ne comporte que  4 couloirs.

 

 

 

Deux anciennes salles de classe préfabriquées ( aux  parois amiantées !!), recyclées en foyer  pour  le club de foot  et  pour  un autre club, encadrent  une  petite tribune couverte. Les  poutres de cette dernière sont  ornées de  graffitis, si certains sont explicites sur  les intentions amoureuses ou haineuses de quelques uns, d’autres sont  plus sibyllines !

 

 

 

 Dans  le foyer du foot, trône  un superbe comptoir agrémenté d’une tireuse  à bière comme il se doit ! Eric retire nos dossards. Certains vont s’aligner sur la course  nature de  15 km,  les autres sur  le  26 km. Est-il  nécessaire de vous dire que  je suis  inscrit sur  le  26 ? Nous avons tous revêtu notre  beau maillot FSGT Trail61 orné du  logo dont  je suis l’auteur (!).

 

 

 

 Tout  à  l’heure,  je suis  parti seul dans  les rues  désertes faire un  petit échauffement pour  connaître  mes sensations.  A son  issue,  j’ai bien l’impression que  mon corps  me donne  un ticket de sortie ! Cette fois,  je  repars  avec  les autres pour faire chauffer  la  machine. Tout  le  monde est détendu, c’en est  grisant. Même s’il s’agit des Fédéraux, il semble avoir  peu de  participants. Je  note que quelques  maillots de  la région  parisienne et de  la  de  la Seine-Maritime. L’essentiel du  peloton sera constitué des  locaux. Tout  à l’heure, j’apercevrai un coureur de Marseille ! La  majorité va courir  le 15 alors qu’une  petite  trentaine sera sur  le  26 ! Dommage, cela  ôte  le sens  à ces Fédéraux qui se veulent rassembler tous  les coureurs FSGT de France !

Il est  passé  10h00. Le maigre peloton pour  les deux courses s’est regroupé derrière  la  ligne de départ  à l’injonction ferme de  l’organisateur. Mais  nous attendons car  le  maire est en retard ! Je  me suis  placé en retrait ;  pour  moi, ce sera footing. Ça tombe  bien,  à vrai dire,  à part Brasparts et Agon et deux footings durant  l’été,  je  n’ai pas suivi d’entraînement depuis  juin. Ouah, ouah ! Voilà, tout  le  monde est  là, le  maire,  la députée. Nous  pouvons  partir. Non,  tradition  oblige,  nous sommes dans  le  Nord, il faut  procéder  à un  lâcher de  pigeons. Ma foi, c’est  bien sympathique.

 

                photo: organisation

 

Madame  la députée tient  le  pistolet d’une  main guère rassurée. Elle appuie sur  la détente, voilà,  nous  partons. Nous traversons d’abord les faubourgs coquets d’Escaudain avant d’arriver en campagne.

 

 

 
 
 
 

 

Morne  plaine. Lignes  à  haute tension, cheminées, tour de refroidissement, terrils se dressent au-dessus des terres  labourées et des champs de betteraves. Eric et Sylvie s’éloignent  progressivement.   Je  garde  ma  petite allure, contrariée  par  le fort  vent de face qui balaie  la  plaine.

 

Tout  à l’heure,  nous avons  juste  longé  un terril. Il  nous en a été  promis  trois en fin de  parcours ! Même si ce  paysage semble  ingrat, je  prends  plaisir à  trotter  de  part  les chemins. Pour  l’instant,  j’évolue encore en compagnie de coureurs. Voilà  le  ravitaillement du  7 km : juste de  l’eau ! Va  pour  un gobelet que  je repose sur  la table, d’autres n’auront  pas ce respect en s’en débarrassant sur  le sol sur  les quelques dizaines de  mètres qui suivent.

 

 

 

Je passe sous  l’autoroute pour rejoindre  un  parc. Les allées sablées sont  larges. En fait, il s’agit d’une ancienne friche industrielle reconvertie. Le terrain est vallonné. Des  bouleaux  ont colonisé ce territoire redonné  à la  nature. Je traverse  une route,  bien  protégé  par des signaleurs très attentifs  à ma sécurité. A  nouveau, je progresse au  milieu des champs. La  pluie commence  à tomber. Mais elle se fait discrète comme si elle  voulait s’excuser d’ajouter de  la tristesse  à ce paysage ravagé  par  l’homme. Voilà le  11e  km, les coureurs  du court  prennent  à gauche ;  pour  le  long, c’est  à droite. Une route  à traverser, et  me voilà seul dans cette  nouvelle friche reconvertie. Sur  une  longue  ligne droite,  je double quelques  promeneurs. Mes chevilles  me  laissent tranquille,  je respire bien, je tiens  un  petit  11 à  l’heure. Je  me sens  bien  juste  un  peu  inquiet sur  la suite du  programme.  En fait,  j’accomplis  une  petite  boucle  pour revenir au  point de séparation de tout  à  l’heure. Et  je trouve  un  long chemin où  je double  l’arrière-garde du  peloton du  15 ! Ceux-ci  ont  la  gentillesse de  m’encourager. Je rejoins  une  ligne de chemin de fer  que  je vais  longer par  un chemin désolé jusqu’au  bourg de Rœulx. Je traverse  l’avenue  là encore  bien protégé  par  une  brigade de signaleurs. Le  parcours  m’emmène dans  un quartier  pavillonnaire. Je trouve les  maisons de brique  bien  jolies. Les rues sont désertes. Seules,  les vestes  jaunes des signaleurs annoncent  une  présence  humaine.

 

 

 

Je quitte  le bourg  pour rejoindre  un nouveau parc. Ah, voilà un  juge  de  paix ! Un terril se dresse devant  moi. Il  n’a  pas  la forme conique attendue mais il a  l’air de tenir ses  promesses. La  piste est  noire.

 

 

 

 
photo: organisation

 

Au sommet,  j’aperçois  une forme qui semble assise.

 

 
étonnante  vision !

 

Je  m’arrête  pour  photographier  l’inscription qui  précède  la  montée : « Courage ! ». Je souris. Après  le  premier  palier : « Encore ! ». L’homme au sommet  m’encourage. Certes  les derniers  mètres sont  bien raides mais je  m’attendais  à pire.  Le sommet a été arasé. La descente  s’effectue dans du croulant sans  problème. C’est  un bon  moment  ludique. Je continue  ma course solitaire par  une rue  pour retourner dans  le centre de Rœulx. Cette fois,  je franchis  les voies ferrées  par  un  pont  métallique. Les  signaleurs toujours aussi  nombreux sont toujours aussi attentifs  à  ma sécurité et  m’encouragent gentiment. Cela fait chaud au cœur. Je  ne vois  pas  le regard des automobilistes arrêtés dans  leur voiture. Le  20e  km se  profile. Je commence  à  peiner,  pas étonnant avec  l’absence d’entraînement.  Le ciel se  plombe de  plus en  plus. Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité … Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner.

 

 

J’aborde le dernier terril. Ce  n’est qu’une  modeste côte d’une vingtaine de  mètres. « Courage ! ». Un « ouf »  m’accueille  à son sommet. J’adore !

 

 

La descente  est rapide de  l’autre côté. Le terrain est  vague, comme  on dit. La végétation désordonnée n’arrive pas  à cacher tous les immondices laissées par l’homme.  J’arrive à nouveau dans  un  grand  parc qui cache une friche industrielle. Petite  à petit,  l’herbe  recouvre le béton. Je devine d’anciennes voies. Etait-ce un carreau de  mine ? Et  là, sous  mes  pieds, fermées  à jamais,  les galeries  où tant d’hommes  ont  peiné. Ma solitude  à ce  moment renforce cette  impression trouble de cheminer en compagnie de fantômes. Un sordide  tunnel me  permet de franchir  l’autoroute. Je débouche sur  une  immense esplanade herbeuse où trône un formidable  objet  noir  posé sur  un socle de  béton. J’en reste saisi. A quoi  pouvait  bien servir cette colossale machine, désormais monument dérisoire du génie  humain.

 

 photo récupérée sur  le net

 

 Je rejoins  la route. La course s’achève. Un dernier virage  à droite,  je  pénètre dans Escaudain. Voilà  l’entrée du stade. Mon cœur s’allège. J’aperçois  un couple qui en termine sur la  piste.  Je cherche  le  passage  pour  y entrer  mais  je  comprends qu’il faut contourner d’abord  la  piste par  l’extérieur pour  y  entrer ensuite et  faire  un tour d’honneur. Grrr. Yannick et Jean-Louis, arrivés depuis  longtemps  m’accompagnent sur  la piste rouge. Très chers amis !  Voilà, j’en ai terminé. Bien dans  ma tête, bien dans  mon corps.

Ce fut  un  parcours qui  aurait  pu  paraître morne mais qui, en fait,  est transcendé  par son  humanité.

 

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6 commentaires

Commentaire de totoro posté le 15-09-2011 à 08:54:18

Tu es allé dans le plat pays qui est le mien, j'ai habité 25 ans à 10 bornes d'Escaudain :-) Bravo pour ton récit et merci !

Commentaire de xaxa posté le 15-09-2011 à 09:39:06

Effectivement Mustang pas encore de repos cette fois-ci !
Joli compte rendu en tout cas.

Commentaire de domi81 posté le 15-09-2011 à 19:15:16

belle épreuve avec des bosses ENORMES ! ;)
félicitations pour la course et le CR.

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 15-09-2011 à 20:26:46

C'est la plaine des Sports en plus grand... Toujours poétique le Mustang !

Commentaire de Vivien (100bornard1022) posté le 15-09-2011 à 21:13:26

Joli récit empli d'émotions !
Tu as visiblement pris beaucoup de plaisir ... Bravo à toi !

Commentaire de RogerRunner13 posté le 16-09-2011 à 17:54:23

Un très beau récit, toujours aussi poétique, merci et bravo pour ta course.

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