Récit de la course : Ultra Trail Côte d'Azur Mercantour 2015, par OderF_06

L'auteur : OderF_06

La course : Ultra Trail Côte d'Azur Mercantour

Date : 4/9/2015

Lieu : Nice (Alpes-Maritimes)

Affichage : 1830 vues

Distance : 140km

Matos : Cascadia 9 et 10 et tout le matos obligatoire

Objectif : Terminer

11 commentaires

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Quel tuerie cette UTCAM

Quel voyage, 90 miles ! en chiffre,140 kms +1000m -9000m de Nice à Saint Martin Vésubie.
C’est 540 personnes présentes au départ en solo, 191 Finishers cette année. je n’ai pas les chiffres du relais, et ce sont des tricheurs ;) hein Christophe Jamet .
Arrivant à peine à m‘asseoir à mon bureau , je jette tout à l écrit pour ce compte-rendu qui sera mon premier Ultra Trail sur 2 nuits. J’espère que cela servira pour d’autres. les temps ne veulent pas tout dire sans le dénivelé. bonne lecture

KM9 Aspremont: un peu de bitume avant les sentiers
1h16 56ieme
Bien trop rapide mais bon l effervescence du depart, le stress du challenge s’envole en fumée pour une heure.

KM19 Col de chateauneuf: de jolie vue, des embouteillages à éviter ds les goulots:
2h57 65ieme
la je me dis «bon il fait quand meme chaud je vais ralentir, ca sert pas a grand chose sur ce genre de distance.» Frédérick Di Sandro me passe alors que j'ai un coup de moins bien, je laisse filer il a beaucoup plus d'expérience rien qu'en regardant son résultat à l 'utba.

KM28 Ferion: Tout va bien jusque:
5h06 59ieme
Rencontre avec Armand Iurea ( qui fera le relais par la suite avec Christophe Jamet ) ca fait super plaisir quand tout va bien,ce que l’histoire ne raconte pas c’est que je me suis pris une grosse boite après dans la descente du mont Ferion, genou droit en sang, et le mollet tout crampé suite au choc, passe un flash de ces 8 derniers mois d’entrainement réduit à néant pour un baton qui trainait que j’ai tout même plié en deux et le mien qui ne se dévisse pas bien, faudra d’ailleurs que je trouve l’adresse du numéro 175!! Guillaume Martinl'appareil à la main en journaliste/traileur prends la photo 2 min après ma chute dans la descente qui mène à Levens, j’en mène pas large, faire un résultat passe au second plan, grosse déception à gérer tout en descendant.

KM33 Levens: 1iere Base de vie
6h13 80ieme
J’ai pris plus de temps que prévu 25mins pour: nettoyer le genou,remplir les réserves, manger, me calmer, apres l’ adrénaline de la chute, parle un peu avec Arnaud Cognet qui me redonne le sourire, malgré la deception de la chute.
J‘ajuste la frontale, pourquoi un depart si tardif!! un si beau coin, on attaque la suite de nuit, changement de chaussettes, vaut mieux prevenir que guérir, crème nok, la course sera longue, c’es reparti. je croise @christophe dans le debut de la cote ca fait du bien.

KM47 Utelle: le doute
10h11 151ieme
J’arrive a Utelle, 2 personnes qui font un malaise, 3 personnes ds la tente abandon, le genou qui était resté tranquille commence à franchement tirailler quand je monte, je vois aussi Levente Dorogi au ravito bourré de crampes, je ne comprends pas, il a fait 11ieme au cro-magnon! ca arrive même au meilleur, 2h qu’il essaye de se décontracter rien n’y fait. il me refile sa sportenine, j apprendrais plutard qu’il se sera arrêté là.

KM53 Brec D’utelle
12h33 126ieme je regarde encore une fois ma montre, la reco avec Clau Dius de nuit a bien servi, non non ce n’est pas moi qui accélère, je ralentis même avec ce genou. minuit, des gars sur les cotés des sentiers en micro sieste. Plus ceux qui esssayent de dormir aux ravitos. Pas sommeil je continue MODE WARRIOR ON!!! dédicasse Audrey Kaczmarek :)

KM59 Col Andrion L’ heure de la decision
15h46 184ieme 
En 6 kms je suis passé de la machine à l -'escargot, j'ai grillé toutes mes cartouches en 2heure. Résultat, je me fais doubler à tout va en pleine nuit, c'est une expérience assez frustrante, le moral au plus bas j'ai failli tout envoyé valser.
Au ravito méga pause en pleine nuit sur une chaise avec couverture, pas moyen de dormir le groupe électrogène fait un vacarme du tonnerre à 1500m, cafés, thés, tout ce qu’il y a de chaud y passe. Je reste là 2 heures à peser le pour et le contre. La barrière horaire se rapproche, il est 6H00 du matin, la barrière est à 6H45, c’est dit je n’abandonnerai pas, ou alors j y serai forcer par l’organisation qui le feront à ma place.
Je décide de repartir non long derrière Frederic Goumot qui m’a bien convaincu avec notre petite discussion.

KM75 Roquebilliere 2ieme Base de vie  
Apres le malheur de la descente, le reconfort
21h09 173ieme
le soleil se lève enfin, un joli parcours de crêtes, je regarde le levée de soleil surplombant roque, et crac !! un clic clac de ma cheville qui sort et revient, quel douleur, bon là j’ai vraiment cru que c’était la fin, je m affale dans l’herbe , le soleil me rechauffant, je bricole un semblant de strap avec la bande du matos obligatoire, une descente assez hallucinante m’attends, de l herbe et un sentier à peine visible -1300m en 12kms, après 4 ans de Trail je pensais avoir tout vu, le GR54 tour du massif des écrins parait facile à coté , contre tout attente, la descente fut surprenante, transpirant, à grosses gouttes, j ‘enchaine comme un skieur dans la rosée du matin avec mes vieilles cascadia 9 quasi lisses, des batons de rando de decath qui n’ont jamais autant servi qu’ici ,je me dit que je verrai donc après être arrivé à mis parcours, une energie qui arrive de nullpart, les sensations reviennent et un genou droit qui semble complètement se taire, le cheville qui est chaude, je double plein de personnes qui m avait doublé pendant le ravito, ils n’en croivent pas leur yeux, ca booste.
J’arrive à Roquebilliere le samedi à 9h30 en repart à 11h15 , au lieu d’un programme de 2 à 5h du mat prévu, et oui les prévisions sont toujours idéal, jamais prévu pour quand rien ne va. Je collecte mon sac d’allègement, et regardant la queue au kiné et le ravito decide de filer à la douche, pas une ampoule enfin une bonne nouvelle, deja 21h dans les pattes dehors premiere nuit blanche. J’allume mon tel la pluie de notification des réseaux sociaux, ma femme , les enfants , les amis, ca fait oublier les bobos. Grosse surprise de voir Olivier Lesny et Audrey Kaczmarek, ca m’a fait un peu oublier toute la nuit, que ca fait du bien de voir des tetes connues, je mange par force, on discute, Oliv me ressere un baton que je n’avais plus la force de desserer, ca c ‘est de l’assistance !!! je vais m’allonger 10 min , trop de bruit aussi bien ds la salle que ds la tête, je dormirai jamais. il est 11h10 la barriere horaire ici avant d'etre disqualifié est de 12h45 il faut absolument que je garde de l’avance dessus, ca ne parle que de ca autour de moi.

KM83 Croix de Suolcle ou la fournaise du belvedere
23h22 171ieme
Reparti frais comme un gardon, après une grosse pause, 2 places de gagnées; 1h45min a Roq, les roches rouges en plein soleil l’aprem n’auront pas eu raison de moi, mais des autres, je me surprends à aller mieux , à passer quelques mecs que je pensais bien meilleur que moi, une vue de la vallée de la vésubie juste grandiose.

KM 89 Relais des Merveilles 
25h06 167ieme  
Les écarts semblent immenses, je ne vois personnes et gagnent des places, alors que j’attaque autant que je peux depuis que j’ai passé la moitié du parcours.
Super ambiance au relais des merveilles, la mienne sera leur soupe à l’oignons, qui me redonnera la patate avant d’attaquer la cime de la valette de prals, ca commence à être du lourd leur montagne.

KM101 Vallon Madone:
28h45 155ieme
Encore une ascension et du courable sur les crêtes je reprend espoir, puis une descente super technique bien négociée. Toujours pas de problèmes d’estomac je commence à y croire, je commence à me dire que c’est possible, limite les autres se demandent d’où je sors, j’en croise un qui met sa veste en le passant, supris de voir quelqu’un trottiner la banane au visage. Le couché de soleil a 2000m est sublime. La descente finie, le faux plat descendant menant au Boréon parait interminable, une horreur, autant sur un 45 kms j’aurai relancer, autant la c’était un calvaire, plus la force de courrir, les reserves à vide, Au bord de poser le sac au boréon. encore une fois une montagne russe d'émotions.

KM110 Boreon: Base de vie
32h21 132ieme
Arrivant de nuit à 21h, c’est la fête au b-Boréon, groupe de musique, une clameur incroyable en sortant de la forêt, ebloui par tout les spots, c’est pas ici que j abandonnerai ou que je ferai une sieste, va pour ta 2ieme nuit blanche, donc je regarde la salle de kinés, personne, hop je saute sur l’occasion, massage des cuisses qui commencent à cramper, surtout le vaste interne. je redécolle du coté de la salle de ravito, Soupe, thé, café, pates, et re soupe, tout le monde est en vrac et se regardent dans le blanc des yeux quand ils sont encore ouverts, je sais que les 2 plus gros morceaux arrivent et pour moi ca sera de nuit, J’essaye de me préparer mentalement, 30kms +2000m c ‘est rien, 5h d'habitude , surement 7, 8h max. Encore 1H30 de pause de « gaspiller» mais au combien nécéssaire, au vu du nombre d’abandons, avant de passer le portique qui passe le bagde gps, l’organisation me demande comment ca va, je réponds soupe à la grimace, il check mon matos, me redemande encore si je veux pas rester une heure de plus, il n’est que 22h30 la barriere ici est à 2h45, je me dis que je peux aller gratter des places l’instinct de compet alalala..

KM116 Archas:
34h52 122ieme
La montée tout seul «polaire», pantalon, veste, bonnet,buff, gants, mon sac est vide, un vent glacial, et je regrette pas d’avoir garder mes compotes de bananes en cas de coup dur, +1000m de d+ et personne, 2H30 là où à l’entrainement je mettais 1heure à peine, me voici à 2500m , je pensais que j’allais pouvoir redescendre et attaquer et là oh quenéni des touffes d’herbes de la pierre en veux tu en voilà pas de sentier ou à peine, ma frontale baisse un peu, je descend de touffes en touffes fusillant mes quads et tout le bénéfice du massage.

KM124 Pepoiri
Ici, pas de chrono,le gars tout en haut, devaient dormir dans sa tente au chaud, il avait bien raison!
Le vallon d’Anduebis fut une aventure extraordinaire passant par toutes les émotions en un clin d’oeil et une éternité à la fois, sans cesse en train de chercher les balises, hallucinations, je prends peur plus d’une fois dans la pénombre de ma frontale à penser que je vais me faire attaquer par un loup, parce que j’ai entendu a la radio la veille au matin, la prolifération des loups dans les aples, les balises qui tournent avec le vent, l’impression d’arriver au sommet et à chaque fois de trouver un petit lac décourage, rien à à voir de jour où c’est splendide mais de nuit c’est franchelent moyen. Je n’y vois plus grand chose, la fatigue, le sommeil, rien de dangereux, juste une course d’orientation en pleine lune par 2/3 degrés!! patience donc, oui oui je me suis bien demandé ce que je faisais là. combien de fois j’ai pensé à appeler l’hélico mais pour leur dire quoi que j en avais ras le bol? Et hop ca repart.

KM132 Colmiane 
41h36 116ieme
J‘arrive au ravito de la Colmiane, après une interminable descente, le mèche de mes cascadia à lacher, quand tu te dis que les 10000m de d+ sont fini mentalement ca lache, mais 2000 de descente, quand la tête et les es jambes lachent, c’est très très mais alors très long comme mon compte rendu ici ;)!!! , entre joie ( de finir ) et deception chronométrique , la descente qui est ma spécialité quand je suis en forme, devient mon point faible et semble ne jamais finir.

KM140 Saint Martin:
43h10 119ieme
La fin de la descente le retour à la civilisation, gros choc émotionnel, les larmes coulent à flots, incontrôlable, j’arrive dans le village vers 9h, les gens m’applaudissent de leur fenêtre, j’en prends plein les oreilles, une ovation sur la ligne d’arrivée par les gens qui prennent leurs dejeuners, et ceux qui vont partir pour le 21kms, me laisse tout étourdi.
Cette course est la chose la plus dur sportivement parlant auquel j’ai dû faire face. rien dans ma préparation ne m’a fait apercevoir ce que j’allais affronter. Mon frère finit 40ieme en 31heures, anecdotique, 15 ans de Ski rando pour Jérome, une vrai machine de guerre en longue distance mais même avec l’arrivée des bébés, 2 en même temps en juin il me met la misère, respect et encore bravo. le 55ieme finit en 38h, le premier en 26h, un mystère et le dernier en plus de 50 heures.

Pour parler des raisons qui m’ont poussé à cet Ultra:

Je me suis toujours demandé ce qui pousse les athlètes d‘endurance à chercher leurs limites. Depuis l’opération de ma main et l’arrêt du volley ,me voilà 4 ans après, dans les collines et montagnes du coin à courir, moi qui avait du mal à faire 3 tours de terrain. comprenne qui veut, j’en ai besoin.

à Propos de cette course:
«...Mais t’es fou?!!» «ce n’est pas pour toi» «voyons réfléchis!!» , «t’as vu comment t’es taillé?».
Cela faisait longtemps que j’avais un ultra derrière la tête à force de lire tellement d’histoires plus dingues les unes que les autres, la création de celui-ci tomba idéalement, en dehors du rush de l’été, les enfants plus grands, Ma femme ultra compréhensive sans qui rien de tout cela ne se serait réalisé, ( 2 jours de compet sans dormir à courrir, grimper, dont une nuit à 2500m dans le froid et le noir, ca laisse perplexe voir irresponsable, oui oui). Donc cocher la case,oui la prochaine sera certainement un Ironman ... oui oui 13/14h c’est tranquille maintenant :D

Donc pourquoi?
Difficile à expliquer, il faut le vivre: très certainement la même chose qui fait que lorsqu’on croise un gars avec la trop belle veste donné seulement aux Finishers 2015 ( je suis encore trop fier haha) , on sourit car on sait à quel point c’est mérité, peu importe le temps, le classement, le mérite, la niak, aller au bout de soi-même , au mental .


Un grand Merci à tous les Bénévoles, plus de 600, qui attendent dans des endroits glaciales pour pouvoir vous pointez ou vous donnez la soupe qui fait repartir.

11 commentaires

Commentaire de Japhy posté le 07-09-2015 à 20:37:15

Bravo Fredo, il donne la chair de poule ton CR...
Tu n'avais pas lu toutes nos discussions sur la descente de l'Archas on dirait, effectivement les recos nous avaient montré que ce n'était pas super courable !
Il y a des petites erreurs de chiffres je crois, d'abord au tout début, c'est pas 1000m de D+ que t'as fait, mais 10 000 ! :D
Et la descente de Roquebillière, c'est 1200m de D- mais en 7 km non ?
Repose toi bien !

Commentaire de OderF_06 posté le 07-09-2015 à 21:07:26

Merci, Oups va falloir que je corrige tout ca j ai les paupieres qui tombent :) bravo à toi aussi

Commentaire de banditblue29 posté le 07-09-2015 à 21:32:48

Merci à toi pour le partage. J'imagine que tu as du me doubler dans la descente de Roquebillière... Là où un infirmier m'a annoncé une arrivée en bas à 9h/9h20....Alors que j'ai mis une heure de plus.
Bravo et bonne récup'

Commentaire de Gilles 75 posté le 10-09-2015 à 14:28:40

bonjour Fredo, c'est moi que tu as entrainé dans ta chute mais je n'ai pas eu l'impression que cétait du à un de mes batons qui trainait mais plutot du à une pierre puisque mes batons étaient sur mon dos. je vois avec plaisir que tu as pu terminer, félicitations. Pour ma part je vais essayer de trouver un contact chez CAMP pour savoir si il est possible de changer le brin cassé. Bonne journée Gilles

Commentaire de OderF_06 posté le 10-09-2015 à 14:45:50

Salut Gilles, envois moi ton adresse je te ferai un cheque, c etait soi je tombais sois je me prenais ton baton dans le visage :/ j allais trop vite, c est bien de ma faute

Commentaire de Gilles 75 posté le 10-09-2015 à 15:03:54

merci Fredo c'est très sympa mais je vais d'abord voir ce que je peux faire.

Commentaire de Gilles 75 posté le 10-09-2015 à 16:05:03

merci Fredo c'est très sympa mais je vais d'abord voir ce que je peux faire.

Commentaire de pinafl posté le 02-05-2017 à 22:43:55

Récit très instructif, mais qui ne m'encourage pas à m'inscrire cette année :-|
Bravo pour en avoir terminé en tous cas!

Commentaire de Pieromarseille posté le 06-06-2017 à 18:57:55

Je lis ce récit 2 ans après... un immense bravo pour en avoir fini, et merci beaucoup de ce témoignage d'un autre monde qui achève de me convaincre que ce type de distance inhumaine n'est pas à banaliser et n'est pas pour moi. Effectivement, la moitié est bien suffisante pour se faire plaisir à moindre frais.

Commentaire de Pieromarseille posté le 06-06-2017 à 19:30:27

Je lis ce récit 2 ans après... un immense bravo pour en avoir fini, et merci beaucoup de ce témoignage d'un autre monde qui achève de me convaincre que ce type de distance inhumaine n'est pas à banaliser et n'est pas pour moi. Effectivement, la moitié est bien suffisante pour se faire plaisir à moindre frais.

Commentaire de OderF_06 posté le 06-06-2017 à 19:40:22

En relisant 2 ans après c est sur que ca fait peur, c etait mon premier ultra à l arrache complete, depuis j en souris, je vais tres certainement le refaire en 2018 avec une toute autre experience.

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